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René Girard a été un anthropologue et
philosophe très écouté, tant en France qu'aux
Etats-Unis. Une grande partie de son oeuvre est une défense
et illustration du message évangélique, où
il voit, à juste titre, une originalité, puisque le
Nouveau testament a été le premier et est demeuré
le seul document de ce type à prôner de tendre l'autre
joue à l'offenseur, plutôt que déclencher la
guerre sainte. Mais ce n'est pas pour cela qu'il a intéressé
les scientifiques. C'est par ses études sur le mimétisme,
présenté comme le véritable moteur de toute
évolution, aussi bien dans les sociétés animales
qu'humaines. Avec le développement de la biologie évolutionnaire,
ces thèses ont perdu beaucoup de leur audience. Un facteur
unique comme le mimétisme, dont les bases épigénétiques
restent confuses, ne peut servir à tout expliquer.
On peut penser utile cependant de relire René Girard. Beaucoup
de ses observations et propositions méritent encore d'être
connues, même si elles doivent parfois être redocumentées.
On trouvera sur le web, sous la signature de Philippe Cottet, une
analyse rapide de son oeuvre. Visitez à cette occasion l'ensemble
du site de Philippe Cottet, l'Alphabestiaire, curieux et intéressant.
Rupert Sheldrake se situe à la limite de la science avec
sa thèse sur les résonances morphiques et la mémoire
des formes. Biologiste ayant accumulé une énormequantité
d'informations, il en avait déduit que l'évolution
faisait appel à des phénomènes mal étudiés,
différents de ceux généralement admis comme
commandant l'organisation des atomes et des molécules, la
fabrication du phénotype à partir du génotype,
et l'évolution darwinienne des génotypes. Pourquoi
les molécules adoptent-elles des topologies bien définies?
Pourquoi un lapin devient-il un lapin, et non autre chose? Pourquoi
les sociétés retrouvent-elles des lois identiques
d'organisation? La nature aurait selon lui une mémoire,
que les présupposés réductionnistes empêchent
de détecter. Il estime que la nature n'est pas une machine
dont l'on pourrait analyser les comportements basiques afin de comprendre
l'organisation du tout. Chaque système, des cristaux aux
animaux et aux sociétés, est mis en forme en fonction
de "champ morphiques" spécifiques à chacun, qui contiennent
les éléments d'une mémoire collective elle-même
spécifique. Les organismes ne partageraient ainsi pas seulement
le matériel génétique de leur espèce,
mais un "champ morphique "spécifique à cette même
espèce.
Sheldrake a présenté ses thèses,
ainsi plus récemment que d'autres relatives à la transmission
de pensée entre espèces vivantes, et aux liens possibles
entre la science et l'esprit, dans plusieurs livres. Le plus connu
est The Presence of the Past: Morphic Resonance & the Habits
of Nature (version française La mémoire de
l'univers, Editions du rocher, 1988). Il semblait que l'impossibilité
de prouver réellement de telles propositions ait déconsidéré
Sheldrake, dans le courant dominant du darwinisme moderne. Comment
par exemple expliquer l'évolution et l'apparition de nouvelles
formes, si chaque structure existante dispose d'une mémoire
morphogénétique qui, a priori, devrait s'opposer à
toute évolution? Comment ces milliards de formes se conjuguent-t-elles
en se superposant quand on s'élève dans le niveau
d'organisation, de la molécule à l'animal et à
l'espèce. Par ailleurs, ces derniers temps, Sheldrake s'est
rapproché de philosophes spiritualistes tels Mathew Fox,
pour justifier les grandes croyances mystiques, y compris celles
relatives à l'existence des anges (!) , à la lumière
de ses analyses supposées scientifiques. Tout ceci semble
se perdre dans une atmosphère New Age, qui devrait déconsidérer
définitivement Rupert Sheldrake aux yeux des scientifiques.
D'où l'étonnement que l'on peut ressentir en apprenant
qu'il a prononcé récemment une série de conférences
devant le Starlab,
Think Tank belge à la recherche d'idées et hypothèses
nouvelles pouvant avoir des applications scientifiques et industrielles.
Le Starlab estime sans doute qu'il vaut mieux essayer de comprendre
ce qui paraît étrange, que le rejeter d'emblée.
Nous ne pouvons que l'approuver. C'est par une ouverture raisonnée
que progressent les connaissances.
Pour en savoir plus :
Consulter la page de R. Sheldrake, très complète:
Sheldrake on line http://sheldrake.org/
Curieux et intéressant: Sept expériences qui peuvent
changer le monde, proposées par R. Sheldrake http://www.transaction.net/science/seven/
Spyros
Artavanis-Tsakonas au Collège de France
JPB : 05/05/01
Biologiste et généticien, Spyros Artavanis-Tsakonas
est, entre autres responsabilités, en charge du programme
de biologie du développement et cancer de l'hôpital
général du Massachussets. Il vient d'être élu
au Collège de France dans la chaire de biologie et génétique
du développement qui vient d'être créée.
Le 26 avril 2001, dans sa leçon inaugurale, très applaudie,
il a présenté la biologie informatique qu'il considère
comme une nouvelle discipline appelée à rivaliser
avec la biologie moléculaire et la génétique.
Il explique que l'unité d'expérimentation n'est plus
le gène isolé, mais le génome tout entier.
Or la production des "informations génomiques" est encore
hors de portée des laboratoires. Ceux-ci restent de petite
taille, et travaillent sur des domaines relativement étroits,
les mouches de Morgan, les vers de Brenner, l'embryologie de Spemann,
la biologie moléculaire du Medical Research Council de Cambridge,
par exemple. Approches, cultures et découvertes sont plus
ou moins différentes.
Au contraire, les approches globales, à l'échelle
du génome, apparaissent stupéfiantes de possibilités.
Un rapprochement entre les hypothèses évolutionnaires
et la génétique moléculaire s'impose. Les questions
sur le comment et le pourquoi des mécanismes peuvent être
dorénavant conjuguées. Les comparaisons entre espèces
étroitement apparentées deviennent fertiles, par exemple
entre le chimpanzé et l'homme. Une nouvelle image de la complexité
en découle. Celle-ci résulte moins de l'accroissement
du nombre des protéines que de la combinaison accrue d'éléments
du même répertoire génique. La cellule comme
"intégron", selon le mot de François Jacob, utilise
au cours de son développement le même mécanisme
pour des objectifs différents (intégration du signal
cellulaire). La "synergie" est source de complexité en permettant
la recombinaison des éléments du cadre génique,
sans que change celui-ci.
L'approche nouvelle permet de jeter un regard unificateur
sur l'ensemble du monde vivant. Autant que la composante génétique
des maladies, par exemple, elle permet d'étudier l'action
des facteurs environnementaux. Les gènes n'agissent jamais
seuls dans la cellule, ils s'auto-influencent, selon des modes d'intégration
d'ailleurs encore mal élucidé. Les conséquences
de l'action d'un gène sur les autres au niveau de la physiologie
cellulaire peuvent alors être corrigées au niveau de
l'organisme en manipulant non pas le gène, mais l'activité
d'autres points du réseau cellulaire. Les génomes
étant proches d'une espèce à l'autre, de la
mouche à l'homme par exemple (60% de gènes pathologiques
communs) l'étude des fonctions géniques de la mouche
facilitera considérablement la transposition à l'homme
(systèmes modèles, ou modèles de la maladie
permettant d'identifier les rapports entre gènes et maladies
et d'envisager des remèdes). La biologie du développement
étudiant l'action coordonnée de hiérarchies
de gènes spécifiques devrait devenir la base commune
de toutes les autres études biologiques. Mais elle reposera
sur la mise au point de nouvelles méthodes de calcul et d'analyse
chimique. La compréhension des mécanismes de la morphogenèse
et même de la pensée sont au bout du chemin. Tout cela
exige un constant dialogue entre chercheurs et public, pour que
ces développements nécessairement "réductionnistes"
et "matérialistes" fassent apparaître de nouveaux systèmes
de valeurs scientifiques acceptables par la société.
Nous
avions signalé (Rubrique actualité du n° 11,
"Biomimétisme-bionique" http://www.automatesintelligents.com/actu/010503_actu.html#actu)
les difficultés rencontrées lorsque l'on veut reproduire
les technologies du vivant, mises au point par des millions d'années
d'évolution, et ceci même lorsque les ingénieurs
disposent de toutes les ressources de la technique moderne.
Sciences et Avenir de mai 2001 en fournit un exemple à propos
du fil de l'araignée, dont la synthèse et la production
donnent encore du fil à retordre - si l'on peut dire - aux
chercheurs. Le scientifique David Knight, de l'Université
d'Oxford, prévoit encore 10 ans de travaux.
Cela ne doit pas signifier que la bionique soit une activité
non profitable. Mais sans doute faudra-t-il y mettre plus de moyens.
On trouvera dans le Hors-série de La Recherche,
n° 5 d'avril 2001, une série d'articles consacrés
aux divers aspects du temps, physique, géologique, biologique,
psychologique, etc. De telles questions intéressent, à
un titre ou un autre, les travaux sur l'intelligence et la vie artificielles.
Nous avons particulièrement retenu l'article de Marc Lachièze-Rey,
directeur de recherches au CNRS: "Le temps cosmique existe-t-il?".
Résumons l'article :
Selon la relativité générale d'Einstein, il
n'y a pas de temps cosmique, mais un espace-temps ne définissant
pas un temps a priori, donc ne permettant pas, par exemple, d'estimer
l'âge de l'univers. La relativité ne permet de parler
que de temps relatifs, d'ailleurs suffisants pour situer la plupart
des phénomènes physiques, si les observateurs sont
suffisamment proches pour que leurs temps propres soient comparables.
Il n'en est plus de même lorsqu'un observateur se déplace
par rapport à l'autre à des vitesses relativistes
(voyageur de Langevin). Il est possible cependant d'adopter un temps
cosmique en synchronisant les temps propres des observateurs si
l'on se situe dans un modèle cosmologique homogène
et isotrope comme celui du Big Bang. D'où la possibilité
à nouveau d'estimer l'âge de l'univers ou de dater
les phénomènes s'y produisant.
Dans cette définition du temps cosmique, l'irréversibilité
est tenue pour impossible. Plus exactement, c'est la réversibilité
de la description des phénomènes qui apparaît
comme impossible. Nous ne pouvons en effet décrire le futur
des phénomènes macroscopiques que de façon
statistique, donc avec une précision insuffisante pour rendre
compte d'une éventuelle réversibilité. Il faudrait
pouvoir décrire l'univers entier.
Cependant, aux limites, notamment à l'origine
du Big Bang, antérieurement au temps de Planck (10-43s),
les conditions changent. Une nouvelle physique s'impose, tenant
compte de la gravitation et des effets quantiques. Mais la physique
quantique, compte tenu du principe d'indétermination, ne
peut décrire des phénomènes isolés.
Il lui faut décrire l'univers entier, à nouveau, et
pour cela disposer d'une cosmologie quantique. Dès qu'au
sein de celle-ci, on voudra remonter aux origines de l'univers,
et donc à l'origine du temps, s'imposera l'établissement
d'une théorie de gravité quantique, qui serait aussi
une théorie de l'espace et du temps. Dans une telle théorie,
l'espace-temps, phénomène dynamique, ne pourrait être
déterminé. L'Univers y serait un état quantique,
décrit par une fonction d'onde que l'on pourra, nous dit
l'auteur, "dans certaines circonstances, associer à la
superposition quantique de plusieurs espace-temps de plusieurs univers
classiques à la géométrie bien définie".
Certains physiciens, pour construire cette cosmologie
quantique, s'efforcent actuellement de partir de la cosmologie actuelle
en la "quantifiant" .
Une fonction d'onde de l'univers serait définie, dans un
"superespace" baptisé S.
Le temps comme l'espace y disparaîtraient comme conditions
limites, mais il serait possible d'y calculer un temps opérationnel
analogue à celui de la physique. En cosmologie quantique,
il n'y a pas d'observateur extérieur susceptible de réduire
le paquet d'ondes correspondant à l'univers quantique.
La théorie dite de la décohérence s'efforce
de montrer que ce serait l'univers entier, ou une partie de lui,
qui réduirait le paquet d'ondes, pour faire apparaître
le cas échéant un espace-temps classique comme le
nôtre. Pour fonder cette nouvelle physique, il faudra de nouvelles
études ambitieuses. (NDLR ainsi, peut-on penser, que de
nouveaux outils mathématiques et de calcul...).
Les
dauphins sont capables de se reconnaître dans un miroir
CJ 03/05/01
Deux
chercheuses américaines, Diana Reiss et Lori Morino, viennent
de montrer que les dauphins savaient se reconnaître dans un
miroir, faculté pour l'instant uniquement attribuée
aux humains et aux grands singes.
Publiés dans les Proceedings of the National Academy of Sciences
(PNAS), les travaux rapportent que les deux scientifiques ont maquillé
deux dauphins du New York Aquarium avec un crayon "encreur" à
l'eau (sans danger pour les animaux), faisant des marques sur leur
tête et sur leur ventre. Un maquillage qui a poussé
ces mammifères marins à nager plus vite vers des miroirs
placés dans le bassin, afin de s'examiner sans tarder.
Pour en savoir plus :
PNAS du 1er mai 2001 : "Mirror self-recognition in the
bottlenose dolphin : A case of cognitive convergence", par Diana
Reiss and Lori Marino
(abstract : http://www.pnas.org/cgi/content/abstract/101086398v1)
Automates
et anthropologie
JPB - 03/05/2001
Le bulletin du CNRS,"CNRS-INFO", d'avril
2001 publie sous le titre "Le monde de l'aviation comme société
digitale" un article signalant le programme de recherche Aéronautique
et société, mené par l'Institut de recherche
interdisciplinaire en socio-économie IRIS/CNRS/Université
Paris 9
format PDF http://www.cnrs.fr/Cnrspresse/n392/pdf/n392a07.pdf
sur le même sujet, voir Victor Scardigli, Un anthropologue
chez les automates, de l'avion informatisé à la société
de l'information, PUF, février 2001.
Source Jean Grisel Service communication de l'université
Paris 7 - Denis Diderot mmtx@sigu7.jussieu.fr
que nous remercions.
Saluons ici l'initiative du Journal Electronique
Pratique faisant renaître la revue "Micros et Robots", aventure
déjà tentée il y a une vingtaine d'années
mais qui n'avait pu tenir parce que les techniques de l'époque
n'étaient pas capables de répondre au champ d'expérience
de la robotique. Cette nouvelle revue entièrement consacrée
à la robotique va passionner tous les roboticiens en herbe.
Le n°1, disponible en kiosque depuis le 26 avril dernier au
prix de 30 F, outre de nombreux conseils, offre notamment 25 pages
"Constructions" qui vous permettront de réaliser un capteur,
un robot chercheur de balise infrarouge ou encore un robot pouvant
reproduire fidèlement un itinéraire préalablement
acquis lors d'une phase d'apprentissage initiale. Notons aussi la
présentation des caractéristiques techniques de Pekee
(plate-forme robotique et bientôt robot ludique, dont
nous avons parlé dans nos colonnes) réalisé
par la société française Wany.
Idée excellente : avec cette revue, et dans la mesure des
stocks disponibles, vous pouvez recevoir à partir de la première
quinzaine de mai (contre 25F de participation de frais d'emballage
et d'envoi) un coffret de 2 CD-ROM qui comprend tous les PCB et
programmes des montages présentés, accompagnés
de vidéos montrant différents robots en action.
L'éditorial, de Frédéric Giamarchi(1)
rappelle qu"aujourd'hui, avec la plus grande fiabilité
et la considérable chute du prix des composants électroniques,
la mise en oeuvre d'un robot avec un assortiment de capteurs et
d'actionneurs est à la portée de tous".
Souhaitons donc longue vie à Micros et Robots qui, nous
en sommes sûrs, va susciter de nombreuses vocations.
Nouvel
exploit des algorithmes génétiques
JPB 01/04/01
On sait que les amis de Jean-Marie Messier abrègent
son nom en J6M: Jean-Marie Messier, moi-même maître
du monde. Un concours a été lancé pour ajouter
des M, tout en formant une phrase intelligible. Un des concurrents
a annoncé J17M: Jean-Marie Messier, moi même maniaque
maître du monde modérément motivé matériellement,
marginalement manipulateur mais méritant méfiance
minimale...etc.... Or cela n'est rien, car un nouveau concurrent
vient d'annoncer J119M. Il dit avoir utilisé des algorithmes
génétiques. La série de 119 n'a pas été
publiée à ce jour.