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Signature
d'une convention de collaboration entre le CEA et l'Université
Paris VI dans le domaine de la robotique
CJ 09/08/02
Le
Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et l'université
Pierre et Marie-Curie (Paris VI) ont signé le 17 juillet
dernier une convention pour associer leurs compétences scientifiques
et leurs moyens dans le domaine de la robotique. Par
cette convention, les deux organismes rapprochent le Service de
robotique et des systèmes interactifs du Laboratoire dintégration
des systèmes et des technologies du CEA (CEA/DRT/LIST) et
le Laboratoire de robotique de Paris (LRP/Paris VI-CNRS), Unité
de recherche de l'UPMC, qui s'implante sur le centre CEA de Fontenay-aux-Roses.
Les thématiques
de recherche communes aux deux unités concernent les véhicules
à haute mobilité, les interfaces homme-machine, les
systèmes pour la chirurgie mini-invasive robotisée
et les techniques de micro-nano manipulation.
Un certain
Amartya Sen, prix Nobel d'économie en 1998 et professeur
à Trinity Collège, se demande dans Le Monde du 23
août p.1 comment définir le concept de développement
durable. Tout le monde en parle (du moins dans les cercles de la
lutte contre la mondialisation libérale) mais y met des objectifs
bien différents. La tenue du sommet mondial de Johannesburg
consacré au développement durable exigerait un peu
de clarification, ne fut-ce que pour évaluer les résultats
de ce sommet, qui risque une nouvelle fois de n'accoucher que d'une
souris. L'expérience de son prédécesseur le
sommet de la Terre à Rio il y a 10 ans, nous incite à
la prudence, sinon au pessimisme le plus noir.
Le rapport Brundtland de 1987 (http://www.doc.mmu.ac.uk/aric/eae/french...)
a donné du développement durable une définition
sans doute acceptable mais qui ne mobilisera pas les foules : "répondre
aux besoins du présent sans compromettre la capacité
des générations futures de répondre à
leurs propres besoins".
La Banque mondiale propose un guide sur le développement
durable, destiné notamment aux jeunes, qui n'est pas sans
intérêt http://www.worldbank.org/depweb/french/.
Mais son Rapport sur le développement 2003 remis à
Johannesburg (non encore publié sur le site de la Banque
au 25/08/02), présenté par le président de
celle-ci, James D. Wolfensohn sur le site http://web.worldbank.org/
n'est guère encourageant. On y prévoit 9 milliards
d'humain vers 2050 (soit une croissance, non encore stabilisée,
de 50%) et un PIB quadruplé (sans compter les activités
de survie de populations non enregistrées en statistiques).
Ceci veut dire que les tensions sur l'environnement auront, bien
avant la moitié du siècle sans doute, dépassé
le supportable. La BM se veut néanmoins optimiste, en recommandant
aux gouvernements du monde la prise de mesures audacieuses destinées
à limiter les dépenses et pollutions du Nord, assurer
un meilleur transfert de ressources du Nord vers le Sud et plus
généralement, élever la conscience commune
relative aux besoins d'une gestion démocratique de la planète.
Tout cela semble très irréaliste. Les égoïsmes
des pays occidentaux, à commencer par les Etats-Unis, ne
s'inclineront pas de sitôt. Quant aux exigences de développement
des pays pauvres, elles ne diminueront pas, même si l'effondrement
des équilibres naturels fait de ces pays les premières
victimes des catastrophes à venir. Par ailleurs, rien ne
sera fait vraisemblablement pour contrôler la natalité
- la bombe démographique - encore considérée
comme une arme de puissance par des pays s'engageant de plus en
plus dans des affrontements armés.
Dans ce panorama extrêmement inquiétant, il est certain
que les programmes proposés par les ONG du monde, dont on
trouve un reflet dans le portail judicieusement consacré
à Jonannesburg par le collectif Jo'burg 2002, offrent des
solutions ayant l'intérêt de mobiliser dans des initiatives
de terrain des militants du Nord et du Sud, utilisant notamment
les ressources des réseaux pour coopérer. On peut
craindre cependant que ces solutions ( à encourager) restent
marginales face aux grands déséquilibres qui sont
en train de s'accélérer.
Nous pensons, pour notre part, que le développement durable
ne deviendra une réalité que si les pays du Nord,
en coopération avec ceux du Sud, mettaient en uvre
dès maintenant des programmes scientifiques et technologiques
de grande ampleur, capable d'explorer et développer toutes
les possibilités qu'offrent actuellement les sciences "propres".
Il faudrait d'abord que les Etats, seuls capables de financer de
telles recherches, se convainquent que là serait la solution.
Il faudrait aussi que les opinions publiques cessent de voir dans
ces sciences et techniques des dangers possibles. Ceux-ci sont infiniment
moindres que ceux résultant du laisser-faire actuel. Mais
pour éviter les dérives technicistes dévoyées
par des intérêts à court terme, il faudrait
aussi que le développement scientifique ne soit pas laissé
sans contrôle à des firmes privées visant le
profit immédiat, mais soit réintégré
dans le domaine des politiques publiques démocratiquement
décidées et contrôlées. Voilà
qui devrait alimenter les discussions de ceux qui, notamment en
Europe et à gauche, s'interrogent sur le rôle de l'Etat
et sur la coopération entre celui-ci et les associations
militantes. 25/08/02
Un
mathématicien français lauréat de la médaille
Fields
CJ 20/08/02
Laurent Lafforgue, mathématicien
français de 35 ans, et Vladimir Voevodsky*, se sont vu attribuer
le 20 août la médaille Fields 2002, la plus haute distinction
en mathématiques, lors de l'ouverture du Congrès international
des mathématiciens tenu à Pékin.
Ancien élève de l'Ecole normale supérieure
à Paris, directeur de recherche au CNRS, Laurent Lafforgue
est professeur permanent à l'Institut des Hautes Etudes Scientifiques
(IHES - Bures-sur-Yvette). La médaille Fields lui a été
décernée pour ses travaux sur le "Programme de Langlands",
série d'idées et de conjectures émise en 1967
par le mathématicien canadien Robert Langlands qui relie
des parties importantes de la théorie des nombres, de l'algèbre
et de l'analyse, et est devenue un véritable programme de
recherche. Cette récompense vient ici couronner plus de 6
années de travail du jeune chercheur.
Considérée comme le "Nobel de mathématiques",
la médaille Fields est remise tous les quatre ans à
2, 3 ou 4 mathématiciens de moins de 40 ans.
Son attribution à un mathématicien français
témoigne de la vitalité de notre pays en cette matière
: rappelons en effet qu'avant Laurent Lafforgue, les Français
Laurent Schwartz (1950), Jean-Pierre Serre (1954), René Thom
(1958), Alexander Grothendieck (1966), Alain Connes (1982), Pierre-Louis
Lions et Jean-Christophe Yoccoz (1994) ont également reçu
cette médaille.
*Mathématicien
de 36 ans, né en Russie, professeur permanent à l'IAS
(Institute for advanced studies) à Princeton (Pennsylvanie),
distingué pour ses travaux en théorie des nombres
et géométrie algébrique.
Si les singes ne parlent
pas, c'est parce qu'ils n'ont pas le "gène du langage", supposé
être le FOXP2, ou plutôt la version humaine de ce gène,
présente chez l'homme, dont l'absence priverait des capacités
langagières. C'est ce que pensent Svante Pääbo, Wolfgang
Enard et leurs collègues du Max Planck Institute for Evolutionary
Anthropology de Leipzig. Le gène FOXP2 présent chez
les grands singes diffère sur deux points importants du gène
humain. De ce fait, il ne donne pas la mobilité de la bouche
et du larynx à partir de laquelle s'est construite la parole
humaine.
Des chercheurs
comme Martin Nowak, spécialiste de l'évolution du
langage à l'Institute for Advanced Study de Princeton, voient
là l'amorce de la mise à jour des bases génétiques
du langage humain. La mutation aurait pu apparaître il y a
200.000 ans, époque d'apparition des premiers hommes modernes.
Le rôle exact du gène FOXP2 n'est pas encore clair.
On suppose qu'il active d'autres gènes.
Peut-on rêver
et imaginer pouvoir un jour greffer chez nos cousins simiens un
dispositif génétique qui leur donnerait enfin la parole,
sachant que leur cerveau est tout à fait capable de communications
symboliques par signes ou lettres.
Tous
les médias ont présenté, les 11 et 12 août,
comme une découverte scientifique majeure, l'annonce de la
possibilité de mettre en sommeil ou désactiver des
gènes bien identifiés.
Le phénomène avait été identifié
depuis déjà plus de 10 ans (1990) par le biologiste
Richard Jorgensen (université d'Arizona), à propos
de greffes de gènes intéressant le pétunia*,
puis confirmé par d'autres travaux sur le Caenorhabditis
elegans et la drosophile, puis sur des champignons et enfin sur
des cellules mammifères, hommes compris.
C'est un article de The Independent du 10 août 2002
qui remet la nouvelle au goût du jour, permettant aujourd'hui
une large diffusion auprès du grand public. A un moment où
le décryptage de divers génomes, dont celui de l'homme,
arrive à terme, il est important de savoir s'il sera possible
d'inhiber (ou d'activer) certains des gènes de ceux-ci, notamment
dans une perspective thérapeutique. Pour cela il faut identifier
avec précision les mécanismes permettant à
l'ADN de piloter la synthèse des protéines constitutives
des diverses cellules de l'organisme, à partir de l'ARN.
Or il semblerait qu'introduire des fragments d'acide nucléique,
sous forme de fragments d'ARN, au sein de cellules données
inhiberait ou modifierait la reproduction de celles-ci. Ce qui serait
précieux s'il s'agira de cellules responsables de comportements
pathogènes. Il s'agirait d'un mécanisme primitif toujours
actif dans le vivant d'aujourd'hui. Nous reviendrons sur cette question
ultérieurement.
* Voulant
obtenir des pétunias encore plus violets, le chercheur a
introduit dans leur génome une copie supplémentaire
du facteur responsable de cette couleur, obtenant des pétunias...
blancs. C'est ce qu'on appelle la "cosuppression" : au lieu de se
conjuguer, les deux gènes de la couleur violette s'annihilent
- en d'autres termes, l'ARN neutralise ici l'instruction, jugée
aberrante du fait de sa duplication. On parle ainsi d'"interférence
de l'ARN" ou encore de "Post-Transcriptional-gene-silencing" (PTGS).
Le
Total Awareness Information System
JPB 09/08/02
La
Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency) met en place un
Système d'information destiné à assurer une
veille exhaustive: le Total Awareness Information System (TIA),
placé sous la direction de l'Information Awareness Office
(IAO). Les directeurs du TIA estiment que les exigences du renseignement
dépassent les possibilités des technologies actuelles.
D'où l'intérêt pour les systèmes de technologie
avancée permettant aux humains et aux machines d'aborder
ensemble les problèmes complexes.
On lira avec attention les objectifs et la stratégie du programme,
sur le site TIA.
L'objectif affiché
est d'atteindre un saut technologique radical, une "total
reinvention of technologies for storing and accessing information
... although database size will no longer be measured in the traditional
sense, the amounts of data that will need to be stored and accessed
will be unprecedented, measured in petabytes."
Ce programme
suscite comme on pouvait s'y attendre l'inquiétude des défenseurs
des libertés civiques, notamment de l'Electronic Frontier
Foundation.
Le
champion du monde en titre Garry Kasparov vient d'annoncer qu'il
allait battre Junior (appelé pour l'occasion "Deep Junior",
joueur électronique d'échecs créé par
les deux israéliens Amir Ban et Shay Bushinsky. Le match,
qui sera coordonné par la Fédération internationale
des échecs (FIDE), doit avoir lieu du 1er au 13 octobre prochains
à Jérusalem. Il comportera 6 parties. Cinq experts
en intelligence artificielle s'assureront que tout se déroule
dans les règles. Enjeu du challenge : un million de dollars
!
Rappelons que si Kasparov a battu Deep Blue en 1996, il a dû
s'incliner l'année suivante lors du match retour*. Depuis,
il n'a jamais rejoué publiquement un challenge homme/machine.
Que l'on sache, il n'a encore jamais testé Junior, qui a
déjà mis au tapis quelques maîtres et qui pour
la deuxième année consécutive a encore remporté
le titre de champion du monde des joueurs d'échecs électroniques.
Cela dit, Junior n'est peut être Deeper Blue. En tout cas,
certains le considèrent comme le plus fort et le plus dangereux
programme informatique jamais réalisé.
Il fonctionnera sur une machine massivement parallèle, analysant
des millions de positions par seconde.
A suivre de près donc...
Notons qu'un
atelier sur l'Intelligence artificielle, dirigé par le professeur
Martin Charles Golumbic de l'Université Haifa (spécialiste
d'algorithmique) est prévu en marge de la manifestation..
*Certains,
comme David Levy -président de l'International Computer Games
Association, estiment que le match contre Deeper Blue n'a pas été
joué dans les règles car la machine a dû être
relancée plusieurs fois pendant le jeu. Par ailleurs, aucune
information concernant le programme n'a été disponible,
que ce soit avant ou après le match. Ici, toutes les toutes
les données d'analyse de Deep Junior seront disponibles après
le match.
(Ajouté
en septembre) : Initialement prévu du 1er au 13 Octobre,
le match Kasparov-Deep Junior a été décalé
de deux mois, et devrait finalement commencer le 1er Décembre
prochain.
(Ajouté
en octobre) : Le champion du monde d'échec, Vladimir Kramnik,
27 ans a rencontré la machine Deep-Fritz du 2 au 22 octobre
2002. La cadence prévue des coups : 40 coups en 2h puis 16
cps à l'heure. Ajournement après 6 heures de jeu.
Peu avant la rencontre Kramnick déclarait : "Pour ce
match je dois changer ma manière de jouer aux échecs.
Ce qui importe le plus c'est de développer le moins possible
de tactique. Je dois empêcher l'ordinateur d'employer ses
qualités de calculateur. Et je ferais tout pour lui jouer
des coups qu'il ne comprendra pas. La machine doit se sentir mal
à l'aise.
Les ordinateurs sont des bagarreurs de rue. Je n'aurai pas la plus
petite chance dans un rythme rapide. Un ordinateur n'est pas capable,
à la manière d'un humain, de mettre ses connaissances
dans le contexte approprié. L'intuition est quelque chose
qui lui est totalement étranger,et à cause de ça,
la machine peut avoir des problèmes. Parfois j'ai juste un
sentiment intérieur pour jouer un coup. Je le sens juste
et ses sentiments m'ont rarement mis dans des problèmes."
Le match (qui a comporté 8 parties), s'est soldé
par un nul (4 à 4).
Du
nouveau en mémétique
JPB 06/08/02
Les
psychologues et sociologues français, fussent-ils cognitivistes*
ignorent encore le plus souvent la mémétique et les
milliers de travaux et de références qu'elle suscite
dans le monde anglo-saxon. Ils ne considéreront sans doute
pas la parution d'un nouvel ouvrage sur ce thème comme une
très grande nouvelle. Mais soyons plus ouverts qu'eux. L'ouvrage
en question s'appelle The Electric Meme écrit par
le britannique Robert Aunger. Remarquons en passant à quel
point, de même que l'Ecosse est la terre des fantômes,
le Royaume-Uni dans son ensemble est la patrie des méméticiens
- le premier phénomène expliquant peut-être
le second. Robert Aunger est un anthropologue aux horizons très
divers. Il présente son ouvrage, et selon lui, "comme
devant apporter enfin à la mémétique les fondements
qui lui manquaient encore pour en faire une science véritablement
dure".
Nous avons
commencé à lire le livre, afin de vous le présenter
en détail dans un prochain numéro. Disons seulement
ici que l'une des hypothèses (qui donne son titre à
l'ouvrage) est que les mêmes sont des réplicants, un
peu analogues aux prions, qui prennent naissance et se dupliquent
en mutant dans la matière cérébrale, sous forme
d'entités quasi-biologiques. Ils se transmettent d'individus
en individus par les supports langagiers et autres moyens de la
communication symbolique, comme les prions se transmettent par la
consommation de viande contaminée. Mais c'est dans le cerveau
qu'ils vivent et meurent - quand ils meurent.
Le livre ouvre
de nombreuses perspectives nouvelles sur la culture, les contenus
de connaissance et la conscience. De plus, étant écrit
de façon très pédagogique, il incite le lecteur
à ajouter ses propres hypothèses à celles de
l'auteur - peut-être est-ce d'ailleurs là une forme
de contamination recherchée par l'auteur.
*Soit dit
en passant, il nous faudra revenir sur la définition donnée
à ce mot en France. S'agit-il de traiter des contenus
de connaissances en général ou de ces mêmes
contenus analysés par référence à la
computation, c'est-à-dire à l'ordinateur?
Dans
un numéro précédent, nous avions rendu compte
du livre de Matthew Alper, God
part of the brain, qui faisait le point sur les connaissances
relatives à la localisation cérébrale des états
mystiques ou de croyance. Il citait notamment les expériences
de Andrew Newberg et Eugène d'Aquili qui scannent le cerveau
de moines tibétains en extase. Une hypothèse de plus
en plus partagée, dans la ligne de la sociobiologie et de
la psychologie évolutionniste, suppose que les aires cérébrales
consacrées aux croyances religieuses se sont développées,
très tôt chez les premiers hominiens, lorsque ceux-ci
ont pris conscience de leur mort. Face au désespoir existentiel
en découlant, n'ont survécu que les groupes et les
individus ayant acquis l'appareil neurologique leur permettant de
croire en un au-delà rassurant. Aujourd'hui encore, la plupart
des humains trouvent dans la foi en un dieu ou en un paradis quelconque
la force d'affronter les duretés de la vie - certains y trouve
aussi parfois hélas celle de mourir en martyr.
Sur ce sujet
très important, Sciences & Vie consacre un dossier dans
son numéro d'août 2002 : "Pourquoi on croit en Dieu.
Les étonnantes réponses des neurosciences". Différents
articles sont consacrés aux premières traces d'apparition
de rites religieux et de croyances en des divinités bienfaisantes
ou malfaisantes. Pour nous l'élément neuf de ce dossier
se trouve dans la référence au livre récent
de Pascal Boyer, directeur de recherche au CNRS " Et l'homme créa
les dieux " paru chez Laffont en 2001. Nous en tireront prochainement
une note de lecture. L'auteur développe l'idée que
la religion se comporte comme une épidémie mentale,
les croyances se répandant dans la population comme des virus,
s'implantant durablement ou périclitant selon la " fitness
" ou adaptation qu'elles procurent à leurs hôtes. Il
est intéressant de voir repris par un auteur français
un propos qui est directement inspiré de la mémétique
ou sciences des mèmes, réplicateurs autonomes à
la source de la plupart des créations culturelles.
L'hypothèse
mémétique relative aux idées religieuses n'exclut
pas, au contraire, l'hypothèse sociobiologique évoquée
plus haut. On considère généralement aujourd'hui,
au lieu d'opposer mémétique et sociobiologie ou psychologie
évolutionniste, que les deux séries d'explications
se complètent. En cas de succès évolutif, il
se produit une co-évolution entre des mèmes ou mèmesplexes
et les structures cérébrales leur offrant des " encapsulations
" favorables. Les croyances se transmettent et s'adaptent ainsi,
à la fois par la transmission génétique et
par la transmission culturelle. Pour les matérialistes, ceci
suffit à expliquer leur vigoureuse persistance.
Anton
Zeilinger: un regard différent sur le monde quantique
JPB/CJ 06/08/02
Hervé
Poirier, dont nous avions déjà souligné en
février dernier le travail de découvreur dans Science
& Vie à propos de son article
sur le lambda-calcul, nous surprend encore en présentant
dans le numéro d'août de ce journal un dossier consacré
à l'oeuvre de Anton Zeilinger, et au regard différent
sur le monde quantique que propose ce dernier(1).
Comme nos lecteurs
s'en sont rendu compte, il est de plus en plus nécessaire
de rapprocher les représentations macroscopiques du monde
et celles proposées par les physiciens quand ils traitent
des particules élémentaires. En effet les nanotechnologies
manipulent des atomes en très petite quantité, voire
individuellement : il convient alors de savoir si les électrons
et les protons qui les constituent se présentent sous forme
d'onde ou de particule. Constamment maintenant, les physiciens signalent
qu'à ces échelles les lois classiques de la physique,
de type probabiliste quand il s'agit de particules élémentaires,
peuvent cesser de s'appliquer. C'est ainsi que le 19 juillet dernier,
un article du New Scientist rapportait l'observation selon laquelle
la 2ème loi de la thermodynamique (qui est de type statistique)
se trouvait momentanément mise en échec, dans les
conditions de l'expérience réalisée, à
des échelles du micromètre et du dixième de
seconde(2).
C'est un propos
d'une toute autre ampleur que celui d'Hervé Poirier dans
l'article "Il n'y a plus de paradoxes quantiques", dont le
titre devrait réjouir les millions de citoyens qui ne comprennent
rien à la formalisation mathématique de la mécanique
quantique ni même aux types d'univers qu'elle nous décrit.
L'auteur
s'est reporté aux travaux du physicien autrichien, Anton
Zeilinger(3), travaux déjà connus des spécialistes
mais apparemment non exploités par la littérature
destinée au public. Selon ce scientifique, nous dit Hervé
Poirier, il ne faut pas chercher à comprendre ce qu'est
le monde tel que décrit par la mécanique quantique.
Rafraîchir
la page pour voir l'animation
Celle-ci marche
parfaitement quand il s'agit de prédire de façon probabiliste
les résultats d'un dispositif quantique. Ceci jusqu'à
présent convenait à tout le monde, théoriciens
comme praticiens. Mais il ne faut pas chercher à aller au-delà,
c'est-à-dire se donner une image intelligible du monde quantique.
Celle image n'existe pas à ce jour. On s'engage alors
dans des "interprétations" plus exotiques les unes que les
autres, généralement contre-intuitives pour ceux qui
n'ont pas largué tout lien avec la réalité
sensible.
En fait, selon
Anton Zeilinger, les observations et les équations qui en
traduisent les résultats désigneraient non l'objet
matériel étudié, mais l'information que nous
pouvons en obtenir compte-tenu de nos appareils de mesure et aussi
de notre organisation mentale. La mécanique quantique ne
serait donc pas une théorie (ou une hypothèse) sur
le monde physique mais sur l'information telle qu'elle fonde le
monde à nos yeux, qu'il soit physique, biologique ou mental.
Ainsi l'apparente
indétermination du monde quantique tient au fait que nous
ne possédons pas assez d'informations sur lui pour prévoir
un événement avec précision. Nous pouvons juste
calculer la probabilité qu'il se réalise. Il en est
de même des autres paradoxes de la mécanique quantique.
Nous ne résumerons
pas ici le dossier de Science & Vie consacré à
ce sujet. Il comporte une importante contribution de Michel Bitbol,
lequel enseigne la philosophie de la physique à l'Ecole Polytechnique.
Bornons-nous à une question : si la mécanique quantique
constitue comme le dit ce dernier une nouvelle métaphysique
de l'information dont nous disposons sur le monde physique, qu'en
est-il cependant de ce dernier ? Puis-je me passer de savoir exactement
ce qu'est l'électron que je compte utiliser dans mon prochain
système à base de nanotechnologies, onde ou particule
? Plus précisément, ne serai-je pas un jour obligé
de le savoir? D'un autre côté, si je m'en tiens à
l'information, ne convient-il pas d'explorer encore plus activement
cette "métaphysique" qu'elle nous permet d'élaborer
relativement au monde et à tout ce qu'il y advient. L'interprétation
quantique, comme d'autres façons d'interpréter le
monde à base de computations, ne recèlerait-elle pas
des variables cachées non encore apparues (ce que Wolfram
appelle des underlying rules) générant les phénomènes
de complexité intrinsèque que nous sommes amenés
à constater sans les comprendre et que la science humaine
aura la possibilité de découvrir un jour.
Il faudra vraiment
revenir sur ce sujet qui nous semble très important, en interrogeant
notamment les spécialistes de la mécanique quantique,
tel Roland Omnes, dont nous avions déjà indiqué
l'importante contribution à la connaissance du sujet par
son livre Comprendre la mécanique quantique publié
en 2000 chez EDP Sciences.
Pour en
savoir plus
(1) Science & Vie annonce à la date de rédaction
de cette rubrique la fermeture momentanée de son site éditorial
http://www.science-et-vie.com/
(2) http://www.newscientist.com/news/news.jsp?id=ns99992572.
Des billes de latex en suspension dans l'eau peuvent momentanément
récupérer l'énergie due à l'agitation
désordonnée des molécules de liquide, c'est-à-dire
que le système produit de la néguentropie, quitte
à la reperdre ensuite, en conformité avec la 2e loi.
Il s'agirait d'une application du théorème dit de
la fluctuation visant à décrire le comportement des
particules aux niveaux microscopiques
(3) Rappelons que l'équipe de ce physicien a été
la première à réussir expérimentalement
en 1997 la téléportation de l'état quantique
d'un photon (voir l'encadré "Quelques repères"
à la fin de notre article du 17 juin dernier : "Une
équipe australienne réussit la téléportation
d'un rayon laser").
On trouvera le site d'Anton Zeilinger sur http://www.quantum.univie.ac.at/zeilinger/.
Voir notamment un article très éclairant http://www.quantum.univie.ac.at/zeilinger/philosop.html
Lire aussi sur le site du Journal anglais New Scientist l'article
"In the begining was the bit" du 17 février 2002:
http://www.quantum.univie.ac.at/links/newscientist/bit.html
Fête
de la Science, Paris, 14-20 octobre 2002
Appel aux chercheurs et étudiants
JPB/CJ 06/08/02
Opération
"Les chercheurs parlent aux enfants".
La Mairie de
Paris et l'Académie de Paris s'associent pour mettre en relation
les écoles élémentaires et les centres de loisirs
de Paris avec des scientifiques. L'objectif est de sensibiliser
les enfants, dès le plus jeune âge, et les enseignants,
à l'importance d'une culture scientifique et expérimentale.
Chercheurs,
enseignants-chercheurs ou étudiants, présenteront
aux enfants, sous forme d'exposés interactifs et de démonstrations
expérimentales, des sujets scientifiques touchant à
la vie et à l'environnement quotidien, tels que la matière,
le corps humain, l'énergie, les TIC, le ciel et la terre
les sciences humaines sont également concernées.
Les scientifiques
qui souhaitent participer à l'opération sont appelés
à élaborer des propositions. Une fois validées,
ces " fiches actions " seront publiées sur les sites internet
de l'Académie et de la Ville de Paris. Les écoles
et les centres de loisirs pourront alors les consulter et inviter
leurs auteurs à intervenir dans les classes pendant la semaine
de la Fête de la Science.
Dès
le 5 septembre, connectez-vous sur l'un des sites Internet pour
retirer un dossier. Répondre de préférence
par Internet avant le 11 octobre 2002.
Les
raëliens mettent en vente la "première machine à
cloner"
CJ 22/07/02
Dans
la série "la minute de Monsieur Cyclopède" qui n'aurait
pas déplu à Pierre Desproges, signalons que la société
Clonaid - créée par le fondateur de la secte des raëliens
- met en vente sur son site web la première "machine à
cloner", imaginée par une équipe de scientifiques
coréens membres du mouvement. Objectif avoué du gourou
Raël (alias le français Claude Vorilhon) : "permettre
la multiplication des efforts pour cloner des êtres humains
partout dans le monde"...
Baptisée RMX 2010 et vendue au prix de 9 199 $, cette machine
est capable selon Clonaid de "créer une pulsation électronique
stable nécessaire pour développer un embryon de clone
humain susceptible d'être implanté dans l'utérus
d'une femme".
Pour les spécialistes sérieux, il s'agit là
en fait d'un électro-simulateur ordinaire de fusion membranaire,
utilisés dans les laboratoires de biologie. Cela dit, et
selon Clonaid, plusieurs de ces machines auraient déjà
été vendues, notamment après sa présentation
au salon Bio Expo Japan qui s'est tenu à Tokyo au début
du mois de juillet...
Notons que d'après Raël, "les humains ont été
clonés par des extra-terrestres, les Elohim, qui sont arrivés
sur Terre en soucoupes volantes il y a 25000 ans". Raël,
qui se présente comme un prophète dans la lignée
d'un Moïse ou d'un Mahomet, prétend être le fils
génétique d'un Terrien et d'un Elohim, affirmant que
le clonage permettra à l'humanité d'atteindre la vie
éternelle.
Etonnant non !
Risible ? Peut-être,
sauf que depuis 30 ans qu'il sévit, l'illuminé est
aujourd'hui riche. Selon les sociologues, la secte compterait 25000
adeptes (55000 selon Raël) : manquerait plus qu'ils se dupliquent
par clonage...
Caravela,
navire autonome pour réduire les coûts de la recherche
océanographique CJ
22/07/02
Euromar Caravela, projet Eurêka mis en place
par le Portugal, le Royaume-Uni et la Norvège, vise à
la réalisation d'un vaisseau
autonome de recherche océanographique dont la gamme de performances
en acquisition de données est comparable à celle des
navires de recherche conventionnels. En effet, les dispositifs et navires nécessaires
pour les campagnes océanographiques sont extrêmement
coûteux, et dans les faits, leurs missions sont aussi fortement
limitées par les coûts de personnel et de fonctionnement.
Dans ce cadre, Caravela aura dès lors tout son rôle
à jouer. La maintenance,
notamment, qui limite aussi la cadence de travail des navires de
recherche traditionnels, est ici prévue à des niveaux
très bas.
Devant rester
opérationnel dans des conditions météorologiques
très difficiles, le vaisseau sera complètement autonome mais aussi
contrôlable à distance depuis la terre ferme ou depuis
n'importe quelle plate-forme via une liaison satellite radiofréquence.
Cette liaison fournira un canal utilisable tant pour recevoir les
données des capteurs de mission du navire que pour lui envoyer
des commandes, afin de rediriger sa mission si besoin est.
Caravela sera équipé d'un système d'évitement
d'obstacles et d'un système de sécurité pour
la navigation. La coque non conventionnelle (d'une longueur de plus de
7 mètres sur 2 de large) sera de forme hydrodynamique. Deux
moteurs électriques propulseront l'engin à une vitesse
moyenne de 4 noeuds. Les chercheurs envisagent trois méthodes
alternatives de renouvellement de l'alimentation en énergie
électrique pendant les opérations en mer : énergies
éolienne, solaire et gaz naturel.
Les
essais d'un prototype (qui doivent commencer dans les prochains
jours) devraient confirmer que les frais d'exploitation annuels
du Caravela sont équivalents aux frais d'exploitation hebdomadaires
d'un navire de recherche conventionnel.
Spyfish,
votre petit sous-marin personnel CJ
22/07/02
H2Eye International, société
basée à Londres propose le Spyfish, petit sous-marin
robot capable de plonger jusqu'à 150 mètres. Avec
lui, vous pourrez notamment faire de la plongée par
procuration et explorer les fonds marins en restant confortablement
installé sur votre bateau ou sur la rive. Le robot vous relayera
les images de ce qu'il voit au moniteur que vous regarderez en surface.
La société prévoit la commercialisation de
Spyfish en 2003, en édition limitée à 1550
exemplaires. Avis donc aux amateurs.
Prix : 14 900 dollars.
Convergence
de technologies pour améliorer les performances humaines
JPB 21/07/02
Sous le titre Converging
Technologies for Improving Human Performance: Nanotechnology, Biotechnology,
Information Technology and Cognitive Science, un rapport vient d'être
remis par des experts travaillant sous l'égide de la National
Science Foundation des Etats-Unis et le Département du Commerce
(Juillet 2002)
La convergence
entre les nanotechnologies et les autres sciences et techniques
ouvre de nouvelles possibilités pour développer les
performances humaines. Pour en tirer parti, les experts recommandent
que le gouvernement encourage la R&D dans les technologies qui
accroissent les capacités et l'efficacité des humains,
en conjuguant les 4 NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Infotechnologies
et technologies de la Cognition). Ceci couvrira notamment les domaines
des nanosciences et nanotechnologies, de la biotechnologie et de
la biomédecine, de l'ingénierie génétique,
des technologies avancées de l'information et de la communication,
des sciences cognitives et des neurosciences cognitives.
Dans les 10
à 20 prochaines années, il en résultera notamment
des réseaux à large bande unissant les machines et
les cerveaux humains, avec des capacités considérablement
accrues tant pour les hommes que pour les machines, de nombreuses
améliorations corporelles en ce qui concerne les performances
et la résistance à la fatigue et à l'âge,
un accès de chacun à toute l'information pertinente
n'importe où dans le monde, des ordinateurs portables utilisables
en toutes circonstances, etc.
Le rapport
recommande également le lancement par le gouvernement d'un
Human Cognome Project, analogue à l'Human Genome Project
dont les retombées se sont révélées
si prolifiques. Tout ceci devrait faire dans les meilleurs délais
l'objet d'une priorité nationale.
On se demande
ce que l'Administration fédérale actuelle retiendra
de ces propositions clairvoyantes, empêtrée qu'elle
est actuellement dans les scandales financiers. En tous cas, on
ne peut que regretter de voir de telles perspectives totalement
absentes des préoccupations et de la communication des gouvernements
européens et de la Commission.
Un
calculateur quantique dans une seule molécule
JPB 21/07/02
Un
calculateur quantique dans une seule molécule : voici ce
que propose Christian Joachim, pionnier des nanosciences, Directeur
de Recherches CNRS au Centre d'élaboration de matériaux
et d'études structurales de Toulouse . Pour lui, même
avec les nanotechnologies et les nano-matériaux, la puissance
de calcul des ordinateurs va plafonner vers 2015. Il propose de
réduire les ordinateurs à des dimensions intra-moléculaires,
en développant les picotechnologies (1.000 fois plus petites
que les nano-technologies). Mais à ces échelles, le
calcul ne peut se dérouler dans l'espace. Il doit faire appel
à la dimension du temps, en utilisant les états
quantiques des particules.
Le Critical
Assessment of Techniques for Protein Structure Prediction (CASP)
qui se tient tous les ans en Californie est un concours mettant
en compétition plus de 200 chercheurs. L'objet est de désigner
ceux d'entre eux qui font les meilleurs prédictions concernant
les formes repliées (folding) affectées par les protéines
générées par des séquences d'ADN données.
Cette démarche constitue la suite logique des travaux d'identification
des chaînes d'acides aminés constituant les gènes.
Tant en effet que la forme finale adoptée par la protéine
dans l'organisme n'a pas été obtenue, il n'est pas
possible d'étudier l'effet de cette protéine sur le
développement ou la physiologie dudit organisme. Plutôt
qu'utiliser la voie logique mais coûteuse consistant à
implanter la séquence génique dans une cellule afin
d'observer les protéines synthétisées, les
biologistes peuvent tenter de la prédire, par différentes
techniques de type probabiliste. Le CASP récompense les prédictions
qui se sont révélées les plus justes.
L'informatique
est évidemment utilisée pour optimiser ces prédictions.
L'enjeu scientifique et économique est important, car l'afflux
des séquences géniques découvertes oblige à
accélérer le travail d'identification de nouvelles
protéines susceptibles de trouver des applications pharmaceutiques
ou autres.
Depuis deux
ans, IBM s'est mis dans la course, en annonçant la réalisation
d'un puissant ordinateur, Blue Gene, dont le coût dépasserait
les 100 millions de dollars. Cet ordinateur devrait entrer en opération
vers 2004. On suppose qu'alors il apporterait à ses concepteurs
d'importants retours sur investissement. Comment vont réagir
les concurrents dans cette course à la puissance dans le
champ de la protéomique ?
Chez IBM,
le projet Blue Gene est présenté comme la façon
de rester en tête de la course à la puissance de calcul
(200 teraflops), en exploitant les possibilités des ordinateurs
auto-administrables, auto-réparables et auto-configurables
(autonomic computing).
Bernard Sapoval
a été interrogé par Stéphane Deligeorges
le 18 juillet dans Continent Sciences de France-Culture. Ceci nous
a permis de mieux connaître ce physicien et ses travaux, ainsi
que plus généralement le problème des fractals
(ou fractales). Mais pourquoi Bernard Sapoval n'a-t-il pas cité
les publications de Stephen Wolfram, qui éclairent d'un jour
nouveau la question de la génération de structures
complexes à partir de règles simples (voir notre dossier
consacré à Stephen Wolfram). Il nous parait difficile
de les ignorer aujourd'hui qu'elles sont connues de tous.
Bernard Sapoval
est l'auteur d'un ouvrage sur le sujet : Universalités et
fractales -Coll . Champs, Éditions Flammarion 2000 dont la
notice de l'éditeur dit ceci:
"Jusqu'aux années 1970, les seules
lois physiques considérées comme universelles étaient
celles qui régissent les interactions fondamentales entre
les constituants de la matière. Deux faits nouveaux sont
venus modifier ce paysage : - la reconnaissance des similitudes
de comportements entre des systèmes pourtant gouvernés
par des interactions internes différentes. Il s'agit là
d'un nouveau type d'universalité, - la naissance d'un nouveau
langage, celui de la géométrie fractale qui décrit
des objets possédant une symétrie particulière.
Dans cette géométrie, les parties ressemblent au tout,
à une dilatation près. Or, précisément,
la plupart des systèmes "universels" possèdent cette
symétrie de dilatation. Bernard Sapoval introduit d'une façon
simple aux fondements de la géométrie fractale, et
notamment à ce que représente une dimension dont la
valeur n'est pas un nombre entier. Chemin faisant, il explique certains
concepts nouveaux en des termes dont la facilité et l'attrait
évoquent les jeux d'enfants et qui ne sont pas nécessairement
réservés à quelques initiés. Les fractales
et l'universalité sont de formidables outils de classement
des phénomènes et constituent un grand pas dans la
réduction de la complexité. Bernard Sapoval nous indique
comment la géométrie fractale est devenue le moyen
indispensable à la description et à la compréhension
des systèmes très irréguliers. Parallèlement,
l'auteur met en lumière la façon dont s'articulent
les différents rôles de la science dans le monde actuel
et se livre à une réflexion originale sur la notion
de complexité. Cet ouvrage a été couronné
par le prix de la culture scientifique et technique du ministère
de l'Education nationale."
Pour en
savoir plus
Bernard
Sapoval http://pmc.polytechnique.fr/bs/
Vincent
Fleury - Arbres de pierre , la croissance fractale de la matière-
Éditions Flammarion 1998
Per Bak
- Quand la nature sorganise, avalanches, tremblements de terre
et autres cataclysmes - Éditions Flammarion, 1999
Catastrophe
d'Ueberlingen
JPB 18/07/02
La catastrophe
d'Ueberlingen, qui a été produite par la collision
d'un Tupolev 154 de la Bashkir Airlines et d'un 747-cargo de DHL,
dans la nuit du 1er au 2 juillet, pose de nombreux problèmes
intéressant la sécurité aérienne, dont
celui de la coexistence de systèmes de contrôles aériens
nationaux ne se coordonnant en cas d'urgence que par l'intervention
humaine des opérateurs au sol. Mais nous en voyons un autre,
qui intéresse la fiabilité des automatismes par rapport
à celle des hommes censés les mettre en oeuvre. Même
si l'enquête est loin d'être terminée, il semble
bien en effet que le système anti-collisions dont chacun
des avions étaient doté ait fonctionné correctement,
puisqu'il aurait commandé à l'un des pilotes de descendre,
dans le cadre de la procédure d'évitement déclenchée
en dernière minute, et à l'autre de monter. C'est
l'ordre venu du contrôleur Suisse, auquel un des pilotes a
obéit, qui a fait que cette mesure prescrite par l'automate
n'a pas été réalisée, d'où le
crash. Cet automate assure un "dialogue" entre les deux aéronefs
pour leur prescrire des routes divergentes. Encore faut-il lui obéir.
Dans le livre
Are we spiritual machines (dont
nous rendons compte par ailleurs), Ray Kurzweil fait justice
de la critique facile selon lesquelles les automatismes (au moins
dans les systèmes à sécurité renforcée)
sont pleins de bugs générant des catastrophes. Ce
n'est absolument pas le cas, dit-il. Dans l'immense majorité
des cas, les erreurs sont humaines. La question sera de plus en
plus à l'ordre du jour lorsque les automates intelligents
seront chargés (ou se chargeront eux-mêmes) d'assurer
notre sécurité en lieu et place de contrôleurs
humains débordées par le grand nombre de données
à traiter dans l'urgence, en cas de crise.