Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
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Joëlle
Proust, cogniticienne et auteur de nombreux ouvrages, s'intéresse
depuis quelques années à la pensée animale.
Dans un livre remarqué, Comment l'esprit vient aux bêtes,
(NRF Essais, 1997), elle avait montré que l'esprit vient
dès lors que s'opère la distinction entre l'intérieur
et l'extérieur, entre l'expérience et son objet, et
que la représentation s'affranchit de la corrélation
entre des états internes d'un organisme pour signifier des
états du monde. C'est ce qui se passe chez les animaux dès
qu'ils disposent d'un cerveau.
Joëlle
Proust vient de publier un second livre qui prolonge la réflexion
du premier sur ce thème de la pensée animale: Les
animaux pensent-ils ? (Bayard 2003). Nous en rendrons compte
prochainement. Rappelons que pour nous il existe (au moins) des
analogies entre les animaux pensants et ce que l'on appelle désormais
des "machines pensantes" informatiques.
Pour en
savoir plus: Les animaux pensent-ils? Présentation
de l'éditeur: "Comment procéder pour savoir comment
un animal voit le monde ? Comment savoir s'il pense, et de quoi
sont faits ses états de conscience ? Comment éviter
de simplifier, quand le terme unique d'"animal" recouvre tant d'organismes
adaptés à tant de milieux différents, pourvus
d'organismes sensoriels exotiques, les uns vivant solitairement,
les autres socialement ? " Peut-on dire des animaux non pourvus
de langage qu'ils pensent ? Contre les partisans du mystère,
qui trouvent la question insoluble, Joëlle Proust montre que
la question est non seulement légitime et en principe soluble,
mais doit impérativement être posée pour éclairer
notre jugement sur les droits des animaux" Joëlle Proust. Site personnel http://joelle.proust.free.fr/
Le
robot ApriAlpha de Toshiba
JPB 30/04/03
Toshiba
Corporation a présenté au Comdex 2003 en avril dernier
son robot domestique ApriAlpha. Il s'agit d'un changement significatif
dans la politique de produits robotiques suivie par Toshiba.
Celui-ci fait ainsi son entrée sur le marché des robots
domestiques, dominé par Sony. Il y a quatre ans, il s'était
essayé à un robot humanoïde, puis s'était
tourné vers la fabrication de robots industriels. Or au Japon,
et sans doute aussi ailleurs dans le monde, une véritable
demande semble apparaître en faveur de robots susceptibles
d'interagir avec les humains dans le cadre de la vie courante. On
sait que cette orientation avait été pronostiquée
depuis déjà quelques années par Hans Moravec,
qui développe une ligne de robots à cette fin.
ApriAlpha n'est
pas humanoïde, mais de forme sphérique. C'est une boule
de 35 cm de diamètre pesant 9, 5 kilogrammes. Pour se déplacer,
il utilise plusieurs rangées de roues placées sous
sa coque, et s'appuie sur des capteurs à ultrasons pour se
repérer dans l'espace et éviter les obstacles. La
vocation d'ApriAlpha est de faire office «d'intermédiaire
etre les humains et leurs réseaux de communications domestiques»,
indique Toshiba dans un communiqué. Il est pour cela doté
de fonctions de reconnaissance vocale et faciale (jusqu'à
100 individus reconnus), ainsi que de synthèse vocale pour
communiquer avec les humains.
Afin de recevoir
les données des réseaux, il dispose d'un module de
communication radio Wi-Fi et du système radio à courte
portée Bluetooth.. Le robot peut non seulement faire visionner
à son heureux propriétaire les mails qu'il reçoit,
mais les lui lire à haute voix. Parmi les fonctions les plus
demandées par les clients potentiels figure le rôle
de majordome des différents dispositifs de la maison intelligente,
et celui de gardien vigilant de celle-ci, au regard des risques
domestiques et des intrusions.
Le système
est susceptible de nombreux enrichissements. Son prix devrait être
"très raisonnable". Voici encore un marché qui va
échapper à nos braves industriels européens
de l'électro-ménager!
Cinquantenaire
de la découverte de l'ADN
JPB 26/04/03
Cette manifestation de la Royal Society qui devait être
une grande commémoration scientifique a été
largement éclipsée par les évènements
internationaux. Le 25 avril 1953, comme nul ne l'ignore parmi nos
érudits lecteurs, les jeunes (à l'époque) Francis
Crick et James Watson publiaient dans Nature l'article qui devait
révolutionner la génétique, et donner au Darwinisme
ses fondements biologiques. La commémoration a réuni
à Londres plusieurs éminents généticiens,
en présence du toujours jeune Watson. Elle a été
l'occasion de nouveaux actes de foi en les possibilités de
la génétique appliquée à l'homme, alors
qu'à quelques jours près le projet Génome Humain
annonçait avoir terminé de décryptage de celui-ci.
Pour James Watson (aujourd'hui président du Cold Spring Harbour
Laboratory à New York), comme pour le généticien
et prix Nobel Sydney Brenner, la génétique permettra
dans quelques années de mieux comprendre la nature humaine,
que ce soit au plan individuel ou social. On pourra étudier
notamment les liens entre les variations génétiques
et les différences de comportement ou de caractère,
ce qui devrait conduire à une symbiose entre la biologie
et la psychologie. Ce devrait être une nouvelle ère
pour les sciences humaines. Le Professeur Miro Radman (Inserm) a
insisté de son côté sur les possibilités
thérapeutiques des recherches sur l'ADN, par exemple en fournissant
des "vaccins génétiques" permanents contre le cancer.
Sur ces prémisses,
les participants se sont accordés à convenir que les
manipulations génétiques destinées à
améliorer l'homme n'allaient pas tarder à être
envisagées. Il ne faut pas porter au génome humain
un respect excessif, vu que celui-ci n'est pas particulièrement
soucieux du bien-être des individus, une fois accomplies les
fonctions de reproduction. Certes, les modifications génétiques
risquent d'être héréditaires, mais, a souligné
Miro Radman, c'est bien ainsi que travaille l'évolution depuis
des millions d'années.
Les participants
n'ont pas négligé les résistances que de telles
perspectives font naître. Mais les bénéfices
attendus feront selon eux fondre les inquiétudes. On peut
en effet penser que la connaissance des génomes des êtres
vivants et de leurs conséquences sur l'évolution des
espèces ne sont plus accompagnées aujourd'hui de ce
radicalisme du tout-génétique qui avait fait beaucoup
de tort à la sociobiologie dans les années 1970. Comme
l'ont bien montré Kupiec et Sonigo dans leur livre "Ni
Dieu ni gène", il n'est plus possible de prétendre
trouver des liens de causalité linéaire entre un élément
de génome et telle caractéristique du phénotype
ou du comportement culturel.
Des
essaims de robots sur le champ de bataille
JPB/CJ 26/04/03
La
DARPA, qui décidément mise de plus en plus sur la
robotique pour minimiser les interventions humaines sur le champ
de bataille, étudie les perspectives offertes par un bataillon
de 130 robots disposant d'une intelligence en essaim (swarm) analogue
à celle des insectes sociaux. On sait depuis longtemps que
des instructions simples commandant le comportement individuel de
ces insectes font émerger des comportements et structures
infiniment plus complexes et adaptables. Le projet est confié
au plan du logiciel à la société Icosystems.
Les robots sont fournis aux militaires par la société
iRobot de Rodney Brooks.
Un aspect intéressant
de ce projet consistera à évaluer et éviter
les éventuels comportements pathologiques. C'est ce qui se
produit dans la nature lorsqu'une fourmi se trouve engagée
par accident dans la description d'un cercle. A chaque passage,
elle renforce la trace de phéromone sur laquelle elle se
guide, s'enfermant ainsi dans une prison virtuelle au sein de laquelle
elle finit par mourir d'épuisement.
Vu l'argent
que les militaires américains investissent dans la robotique
intelligente, il ne faudra pas s'étonner s'ils gagnent sans
même avoir à les livrer les batailles militaires (et
économiques) de ce siècle.
Pour en
savoir plus Icosystems http://www.icosystems.com/
Le jeu The Game
proposé sur son site par Icosystems permet de se rendre compte
concrètement des possibilités de la construction de
complexité à partir de règles simples. Faites
l'expérience, elle vaut le détour. iRobot http://www.irobot.com/home/default.asp
Voir le Swarm Project http://www.irobot.com/rd/p07_Swarm.asp
évoqué dans le présent article.
Dans un tout autre domaine, on fera sur le site de iRobot
connaissance avec le robot Packbot ( Man Portable Tracked Ground
Vehicle: une meilleure protection pour nos soldats - rien à
voir avoir le Queen Mary 2) http://www.irobot.com/rd/p08_PackBot.asp DARPA http://www.darpa.mil
"J'ai le plaisir
de vous annoncer la parution d'un livre collectif, Le péché,
la bête et l'homme (Edition du Seuil), développant
des thèmes que vous abordez dans votre revue:
"Nos
amies les bêtes ont bon dos. On est certes malin comme un
singe et courageux comme un lion, mais on bâfre comme un porc,
on médit de son prochain avec une langue de vipère,
on copule tel le chaud lapin, on est orgueilleux comme le paon,
avare comme le rat, voir paresseux comme le paresseux. Longtemps
considéré comme allant de soi, le tour de passe-passe
qui consiste à rejeter sur le règne animal tout ce
que notre morale réprouve, a fini par prendre un tout autre
sens. L'étude du comportement des hommes et des animaux,
l'éthologie, a non seulement trouvé chez l'homme quantité
de traits animaux, mais aussi identifié chez l'animal la
plupart des caractères que nous considérions jusque-là
typiquement humains. Le péché, dès lors, serait
d'ignorer que rien, sinon un orgueil mal placé, ne trace
une frontière nette entre l'homme et l'animal. En sept chapitres
capitaux (plus un véniel, consacré au mensonge), ce
livre en donne une souriante démonstration. "
"Le
péché, la bête et l'homme" Editions du Seuil,
sous la direction de Jean-François Bouvet
Avec la collaboration de: André Langaney,
Bertrand Deputte, Pascal Picq, Anne Collet, Emmanuelle
Grundmann, Dominique
Lestel, André Holley" .
Le
neuro-chip ou puce neuronale
JPB/CJ 26/04/03
La
revue Solid State technology présente le neuro-chip, développé
par des chercheurs de Infineon Technologies à Munich, en
coopération avec le Max Planck Institute (Biochimie). Un
biosenseur (circuit intégré) est directement connecté
à des neurones vivants d'escargots. Ceci permet d'enregistrer
les signaux électriques produits par ces neurones, et de
mieux comprendre les fonctions biologiques respectives des neurones,
du tissu nerveux et des réseaux neuronaux.
En pratique,
les neurones individuels sont placés dans une solution nutritive
au-dessus du réseau de senseurs, un senseur correspondant
à un neurone. Dans ces conditions, les neurones ne sont pas
endommagés. Leur activité peut être observée
de façon continue pendant plusieurs semaines, ce qui permet
d'analyser leurs fonctions d'apprentissage, de traitement d'information
et de mise en mémoire. Le système travaille à
la limite des possibilités d'observation des systèmes
physiques :
The 5 ¥
6mm Neuro-Chip includes a 128 ¥ 128 array of capacitive sensors
in 1mm2. Below each sensor is a circuit that amplifies and processes
the extremely weak signals of neurons (i.e., 100µV-5 mV peak-to-peak);
the sensor array presents more than 32 million information bytes
Guerre
digitale, autrement dit Network-centered warfare, par opposition
à la guerre du Golfe, qualifiée d'analogique. Les
experts du Pentagone se sont félicités des succès
enregistrés par ce concept de Network-centered warfare lors
de la guerre en Irak: images vidéo en temps réel permettant
de visualiser des missiles en vol, assistants personnels sans fil
reliant certains militaires à des centres de gestion, simulations
en réalité virtuelle anticipant la fourniture de matériels
de rechange aux troupes sur le terrain.
Mais ceci est
considéré comme simple par rapport à ce qui
se prépare. La DARPA envisage de consacrer une part importante
du prochain budget militaire (lequel avoisine les 500 milliards
de dollars) à des projets plus importants :
- baliser les
forces "amies" afin d'éviter les erreurs de tirs qui ont
marqué les deux guerres en Irak. C'est le Blue-force tagging.
Des senseurs analyseront les échos-radar, les signatures
acoustiques et les informations émises par les amis. Le tout
sera rapporté à des centres de contrôle qui
pourront ainsi éviter les erreurs de tir de l'artillerie
ou des blindés, en distinguant amis et ennemis.
- Les projet
Forester, jigsaw et SPI 3D. Il s'agira d'identifier les mouvements
ennemis se déplaçant sous des couverts végétaux,
afin de ne pas renouveler les erreurs de la guerre au Viet-nam,
où les défoliants avaient provoqué des désastres
écologiques majeurs. Le projet utilisera des hélicoptères
et drones à déplacement lents, dotés de radars
basse fréquence. Les informations détectées
serviront à construire des hologrammes à partir desquels
des attaques précises pourront être déclenchées.
- Le Système
de combat futur (Future Combat System). On créera
de nouvelles unités fusionnant des unités classiques
et des robots, ainsi que des drones sans pilote. Ces unités
devraient pouvoir être déployées partout dans
le monde dans un délai de 96 heures. La mise en réseau
des hommes et des robots permettra d'obtenir une force de projection
plus efficace, moins chère et plus mobile.
Différentes
techniques logicielles permettront par ailleurs de protéger
de tels systèmes de l'intrusion toujours à craindre
d'agents ennemis. Les pirates on le devine sont en effet plus
dangereux dans la guerre digitale que sur le web civil.
- Des équipements
militaires et uniformes pour le fantassin utilisant les nanotechnologies
afin de réduire les poids et augmenter l'efficacité.
Le MIT et Dupont de Nemours étudient de tels équipements,
dans le cadre de l'Institute for Soldier Nanotechnologies ISN
Rappelons enfin
l'existence de l'UCAV. Unmanned Combat Air Vehicle X-45 que
nous avions déjà présenté dans notre
revue.
Vers
des langages de programmation pour les ordinateurs quantiques?
JPB 26/04/03
Bien que de tels ordinateurs n'existent encore pratiquement pas,
des programmeurs réfléchissent au parti qu'ils pourront
tirer des Q.bits, c'est-à-dire de bits superposant l'état
1 et l'état 0 tant que l'on ne procède pas à
la mesure de leur état. En état de superposition,
les qubits peuvent effectuer un travail en parallèle impossible
avec des bits ordinaires.
Un article
paru dans la revue à comité de lecture European
Physical Journal propose une architecture de machine susceptible
de procéder à des calculs quantiques. Ce pourrait
être un calculateur classique contrôlant un sous-système
quantique. A noter que l'équipe responsable de ce projet
travaille à l'université Paul Sabatier de Toulouse,
sous la direction de Stefano Betelli. Pour de plus amples détails,
le lecteur pourra se référer à l'article proprement
dit http://arxiv.org/PS_cache/cs/pdf/0103/0103009.pdf
ainsi que la présentation faite par The Economist
htttp://www.economist.com/printedition/displayStory.cfm?Story_ID=1682086.
Alain
Berthoz : la décision
JPB 03/04/03
Le
nouveau livre d'Alain Berthoz, La Décision, Odile
Jacob, janvier 2003, fait suite à ses deux précédents
ouvrages : Leçons sur le corps et l'esprit (collectif),
1999 et Le sens du mouvement, 1997, tous deux publiés
chez le même éditeur.
Psychologue, neurophysiologiste, Alain Berthoz est professeur au
Collège de France où il dirige le laboratoire de physiologie
de la perception et de l'action. Dans ce dernier livre, il explore
les racines biologiques et neuronales de la décision. Celle-ci,
généralement attribuée à la conscience
volontaire réfléchie, spécifiquement humaine,
découle au contraire des fondements mêmes de l'activité
biologique. Elle permet à des organismes aussi simples que
la bactérie de se projeter dans son environnement avec l'intention
d'y survivre. L'émotion, qui traduit la réaction de
l'organisme aux modifications de son milieu, est le premier déclencheur
de la décision. On retrouve là, appliquée à
des cas concrets, l'idée fondamentale des neurosciences contemporaines,
selon lequel c'est le corps et les émotions ressenties par
lui qui sont à la base des activités cognitives, non
seulement chez l'homme mais chez les animaux que plus personne aujourd'hui
ne se hasarde à considérer comme des automates. Les
roboticiens l'ont bien compris puisque pour eux, désormais,
on ne pourrait réaliser de robots autonomes sans les doter
d'un corps capable de ressentir des émotions et de les traduire
dans des intentions, elles-mêmes sources de prises de décision..