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Le
livre de Jean-Louis Pautrat Demain le nanomonde, Voyage au cur
du minuscule (Collection Temps des sciences) explore les conséquences
des nanotechnologies sur l'organisation sociale.
Selon la prière d'insérer: "Cest
dans le domaine de la santé que les applications sont les
plus impressionnantes: gélule-caméra, distributeur
dinsuline, capteur de pression à introduire dans lil,
voire dans le cerveau. Le développement des nanotechnologies
est devenu une préoccupation majeure des décideurs
dans le monde entier, mais il ne doit pas être laissé
aux seuls spécialistes : lexploration du nanomonde
peut donner envie à chacun de participer activement à
cette révolution technologique".
Jean-Louis Pautrat est un physicien spécialiste
des semi-conducteurs, chercheur et conseiller scientifique au Commissariat
à lénergie atomique (CEA).
Pour en savoir plus Sur l'état des lieux en
France, voir le site du Réseau de Recherche en micro et nanotechnologie
http://www.rmnt.org/ Voir aussi le pôle d'innovation
MINATEC http://www.minatec.com/
Devenir
intelligent par la Stimulation Magnétique Intracrânienne
(TMS)
JPB 24/06/03
La
Stimulation Magnétique Intracrânienne consiste à
focaliser avec précision, dans les couches non superficielles
du cerveau, des stimulations magnétiques dont on découvre
peu à peu les effets. Le recours à la TMS, notamment
utilisée dans le traitement des dépressions, peut
inquiéter, mais celle-ci serait inoffensive et son action
réversible. Elle agirait sans doute sur les champs électro-magnétiques
générés par l'activité neuronale, en
les supprimant et en provoquant en contre-partie l'apparition de
nouvelles liaisons passagères ou durables entre neurones.
Le point surprenant est que de telles stimulations pourraient libérer
des zones du cerveau responsables des activités intelligentes
de haut niveau, rendant les sujets aptes à comprendre des
théories scientifiques ou des travaux complexes. Il s'agirait
d'une nouvelle retombée de grande portée des recherches
concernant l'exploration fonctionnelle du cerveau par les techniques
électro-magnétiques.
L'annonce de ces résultats est faite par
le Center for the Mind ; laboratoire qui se dit soutenu par le gouvernement
australien, dont le directeur est le neurobiologiste Allan Snyder,
professeur à l'Université de Sydney. Ce Centre semble
bénéficier d'un grand soutien populaire en Australie.
Il compte Nelson Mandela parmi ses tuteurs. Il s'est fait connaître
précédemment par un programme destiné à
augmenter la créativité et favoriser l'apparition
de champions, dans le sport et ailleurs (à l'occasion des
Jeux Olympiques de Sydney).
La recherche était partie de l'étude
d'autistes se faisant remarquer par des talents exceptionnels dans
certains domaines intellectuels. On a supposé que c'est le
dommage subi par une partie du cerveau, le lobe frontal temporal
gauche, selon le Dr Bruce Miller, spécialiste des démences
à l'Université de Californie, qui débloque
les capacités créatrices du reste de l'organe. D'où
l'idée d'expérimenter chez des patients volontaires
l'effet d'un blocage temporaire des aires responsables de l'attention
quotidienne aux signaux de la vie courante, pour libérer
des couches plus profondes capables de travaux intellectuels complexes.
Dans l'esprit de ces recherches, l'hypothèse
avait été émise que de grands savants, tel
Einstein et avant lui Newton, étaient en fait dans certains
domaines des autistes. Dans cette perspective, les dons des savants
tiendraient non aux qualités exceptionnelles de leurs cerveaux,
mais au mauvais fonctionnement local de celui-ci, les rendant, en
particulier, peu aptes aux relations sociales ordinaires. Pourquoi
pas en effet ?
Quel que soit l'intérêt de ces expériences
et études, on ne peut que souhaiter la prudence tant dans
leur poursuite que dans le reçu de leurs conclusions. L'ego
apparemment très fort du Pr. Snyder, qui ne cesse de se faire
photographier avec des personnalités médiatiques,
peut inquiéter des chercheurs plus discrets.
L'American
Association for Artificial Intelligence
JPB 23/06/03
Pour ceux qui veulent disposer d'informations
précises et récentes sur les communautés IA
aux Etats-Unis, une solution simple consiste à visiter le
site de l'American Association for Artificial Intelligence, voire
en devenir membre. L'Association publie régulièrement
différents documents dont un magazine, AI Magazine, réservé
aux membres. On pourra comparer cet organisme avec son homologue
français, l'AFIA.
Dans
son livre L'esprit , cela ne marche pas comme çà,
Jerry Fodor raillait l'Intelligence Artificielle, incapable
selon lui de fabriquer des robots ayant la moindre connaissance
utile sur le monde, sans programmation préalable: savoir
par exemple que l'eau mouille.
Cette critique a été reprise plusieurs fois par Marvin
Minsky (voir notamment Wired ci-dessous). Finalement le Media Laboratory
du MIT a décidé de relever le défi, avec semble-t-il
l'appui moral de Laboratoire d'IA du même MIT, dirigé
par Rodney Brooks, avec lequel il est en train de fusionner. L'idée
est de rassembler dans une vaste base de données un très
grand nombre (527.308 ) de jugements simples et de bon sens, tel
que "Le ciel bleu accompagne le beau temps" ou "Les gens ne marchent
pas avec leur tête". Ceux qui s'intéressent à
ce projet sont invités à déposer leurs contributions
sur le site Open Mind (cf. ci-dessous). Les jugements les plus diversifiées,
représentants les cultures les moins connues, feront aussi
l'affaire, dès lors qu'elles exprimeront le bon sens populaire
de ces cultures. Le nombre de ces jugements devrait passer de 0,5
million actuellement à 1 puis 100 millions. Alors seulement
les promoteurs du projet espèrent en extraire un bon sens
artificiel utilisable par un ordinateur. On sait que la base de
jugements Cyc (http://www.cyc.com/)
avait entrepris le même travail, mais ne semble pas en avoir
tiré grand chose de bien révolutionnaire. C'est
que se pose la question de l'intégration de tous ces jugements
de bon sens dans un ordinateur capable d'en extraire des synthèses
immédiates, du type de savoir s'il fut prendre un parapluie
quand il pleut. On reste dans le domaine des systèmes-experts
et des moteurs de recherche, dont on connaît les limites.
Pour Ray Kurzweil, qui rejoint en cela Fodor,
tout ceci n'aboutira pas tant que l'on ne connaîtra pas mieux
le fonctionnement du cerveau. La puissance de calcul à elle
seule ne suffira pas. Les défenseurs de l'IA évolutionnaire
(dont nous nous honorons d'être) rappellent que plutôt
qu'insuffler à grand frais du bon sens dans un système,
mieux vaut lui laisser apprendre ce bon sens en interaction avec
son monde. Si un robot tombe d'une table faute d'avoir identifié
le bord, peut-être apprendra-t-il ce qu'est le haut et le
bas(1). Mais le Media Lab ne se décourage pas pour
autant, espérant que dans l'intervalle des progrès
incrémentiels feront apparaître des solutions inattendues,
permettant d'utiliser efficacement sa base. A votre bon sens donc,
si vous estimez que ce projet n'est pas futile.
1) Sans prétendre traiter ici ce vaste
problème, que nous aborderons dans une recension du livre
de Fodor, rappelons les débats relatifs à l'acquisition
du langage et autres connaissances pratiques par l'enfant. On admet
aujourd'hui que celui-ci dispose d'un minimum de cadres hérités
génétiquement, qui lui permettent dès sa naissance,
sinon avant, de s'orienter dans son monde. Mais l'expérience
que l'enfant acquiert après sa naissance lui apporte les
contenus spécifiques qui rempliront ces cadres. Encore faut-il
pour cela que l'enfant soit immergé dans un environnement
suffisamment stimulant.
A
l'occasion du Salon Aéronautique du Bourget, la ministre
de la défense a annoncé, le lancement d'un programme
visant à la réalisation d'un démonstrateur
d'avion de combat piloté ou non, nommé "UCAV". Selon
le communiqué :
"Le démonstrateur
Unmanned combat aeral vehicle, drone de combat (UCAV), sera un démonstrateur
technologique qui permettra de :
- maintenir les compétences là où elles existent
en conception de système de combat aérien furtif ;
- proposer une solution au système de combat aérien
innovante très différente des solutions existantes
;
- démontrer la capacité de l'Europe à réaliser
et à faire voler une plate-forme discrète non habitée
;
- rallier les partenaires à la constitution d'une capacité
technologique européenne commune autonome ;
- affiner l'expression de besoin opérationnel dans le domaine
des UCAV
L'UCAV contribue à
la validation des technologies nécessaires pour un futur
programme de système de combat européen à l'horizon
2020. Ce programme ne sera pas forcément un UCAV, d'autres
voies étant explorées, notamment l'avion piloté.
Le démonstrateur permet, dans cette optique, d'explorer tant
sur le plan technique qu'opérationnel les implications de
l'absence de pilote à bord d'un système de combat
aérien. Les résultats de cette démonstration
pourront servir pour de nouveaux avions de combat pilotés.
Le programme de démonstration
s'appuie sur une plate-forme de taille réduite (3 à
4 tonnes de masse à vide, emport de deux bombes de 250 kilos
guidées) et permettra une avancée significative en
matière de discrétion et d'intégration d'un
système aérien dans l'Intranet du champ de bataille.
Le maître d'ouvrage
de l'UCAV est le service des programmes aéronautiques de
la délégation générale pour l'armement
(DGA). La maîtrise d'uvre est confiée à
Dassault Aviation. Thalès sera associé à cette
démonstration. Le coût du démonstrateur est
de 300 M. Le premier vol est prévu pour 2008."
Serge Dassault qui a déploré (non
sans raisons) sur toutes les antennes, lors du Salon, le manque
d'intérêt des Pouvoirs Publics pour un avion européen
construit autour du Rafale, devrait être un peu rasséréné.
En fait, ce devrait être de véritables flottes de drones
qu'il faudrait mettre en oeuvre, dotés de toutes les capacités
d'Intelligence Artificielle les rendant à la fois fiables
et autonomes.
Le besoin se fait impérieusement sentir.
Le Pentagone, suite aux succès rencontrés par ces
engins lors de la guerre d'Irak, vient d'annoncer d'importants programmes
de drones aériens, mais aussi d'engins sans pilotes terrestres
et marins. Un article de Jon Swartz, USA TODAY, expose la politique
du Pentagone visant à développer le X-45 sans pilote
dans le cadre d'un programme de $100 milliards par an visant à
réaliser un vaste arsenal d'armes intelligentes de toutes
sortes, de toutes tailles, de toutes fonctionnalités et de
tous champs de bataille. Ces robots opéreront en liaison
avec des fantassins dotés d'équipement de suivi et
pilotage de plus en plus efficaces et légers. Boeing est
co-maître d'oeuvre du programme X-45. L'administration américaine
espère de nombreuses retombées civiles de toutes les
technologies qui seront mises au point. On le comprend sans peine.
Voici
une nouvelle sorte de solutions que met au point le Pentagone pour
lutter contre le terrorisme. On est loin de l'opéra. Il s'agit
de réseaux de petites caméras capables de scruter
les foules dans des environnements encombrés (un compartiment
de chemin de fer par exemple), identifier les comportements suspects,
suivre et signaler les présumés fauteurs de trouble.
600.000 $ ont été alloués au Computer Vision
and Robotics Research Laboratory (CVRR) de l'Université de
California à San Diego pour conduire ce projet, qui devrait
être présenté en 2004. Les caméras se
comporteront en agents communicants et intelligents regroupés
en un réseau plus ou moins dense, difficilement détectable.
Initialement, ce système faisait partie
d'un projet dédié à la surveillance des accidents
dans les lieux publics, le projet Aton. Un groupe de lutte anti-terrorisme
travaillant pour les agences fédérales de sécurité,
le Technical Support Working Group, a décidé d'en
faire un instrument contre le terrorisme. Des technologies sophistiquées
de reconnaissance d'image, notamment pour l'identification des visages,
seront développées à cette occasion.
Les organismes américains défendant
les libertés individuelles ont commencé à s'inquiéter
des dérives possibles d'un tel projet, ou simplement des
erreurs de diagnostic que les DIVA ne manqueront pas de faire.
Mais l'idée est intéressante sur
le plan technologique. Elle nous rapproche des futurs réseaux
de robots autonomes travaillant sur le mode coopératif, qui
devraient élargir considérablement les fonctions et
services de la robotique. Le seul ennui est que de telles recherches
soient dorénavant prises en mains ou accélérées
par les militaires.
Construire
un missile de croisière dans son jardin
JPB/CJ 18/06/03
Le
New-Zélandais Bruce Simpson a décidé de construire
un missile de croisière chez lui en utilisant des matériaux
du marché et les informations disponibles sur le web. Le
prototype devrait lui coûter moins de 5.000 $ (carburant non
compris, I guess). Son idée est de démontrer aux gouvernements
que n'importe quel terroriste pourrait faire de même. Nous
n'en doutions pas [voir également notre chronique du 21 avril
2000 "Brouillage
des émissions satellites : consternation
à l'US Air Force"], d'autant plus qu'il va publier
sur son site le détail de ses travaux.
Toute politique mise à part, la démarche technologique
est intéressante, et l'intérêt qu'elle semble
susciter significatif. On pourrait facilement l'appliquer à
la robotique, notamment dans la perspective que nous évoquerons
peut-être prochainement avec certains d'entre vous: lancer
un concours pour la construction d'un robot martien au niveau des
lycées et collèges
Un
nouveau laboratoire d'informatique et d'intelligence artificielle
au MIT
CJ 18/06/03
Le MIT annonce la création d'un nouveau
Laboratory for Computer Science and Artificial Intelligence, dont
la direction a été confiée à Rodney
Brooks. L'objectif est de faire disparaître la frontière
entre informatique et AI, encore trop marquée dans le monde
universitaire. Parmi les projets se trouvent les bio-technologies
et l'informatique évolutionnaire. Nous proposerons ultérieurement
des liens sur ce laboratoire quand ils apparaîtront sur le
web.
L'évolution
a-t-elle un but ?
JPB/CJ 18/06/03
Pour la très grande majorité des scientifiques,
la réponse est négative. Néanmoins, le philosophe
évolutionniste Michaël Ruse, de l'Université
de Floride, a consacré à cette question de nombreux
travaux. Il vient de publier Darwin and Design. Does Evolution
Have a Purpose? Harvard University Press, mai 2003.
Le langage courant perçoit les produits
de l'évolution biologique comme répondant à
un but, ou dessein finalisé: l'oeil, la nageoire, le cerveau
lui-même. Cette persistence a-t-elle des raisons qui pourraient
être compatible avec le darwinisme, lui-même adapté
aux nouvelles formes de connaissance. Le livre présente l'histoire
des théories sur le dessein finalisé ou "intelligent",
depuis les Grecs jusqu'à nos jours. Il suggère de
nouvelles directions permettant de traiter cette question à
la lumière des perspectives de la science du 21e siècle.
Il pose à nouveau ce faisant la question des rapports entre
la science et la religion. Le concept d'un "intelligent design creationism",
résultant de la sélection naturelle et non d'une intervention
divine, est présenté.
Les évolutionnistes n'aiment pas trop entendre
parler de créationnisme, même si c'est pour le relire
à la lumière de la sélection naturelle. Il
reste qu'en Europe même, certains commencent à imaginer
des facteurs naturels qui orienteraient et renforceraient l'évolution
dans le sens des voies initialement apparues. Nous avons ici-même
signalé l'hypothèse, parmi d'autres, du Dr JohnJoe
Mac Fadden (Quantum Evolution, a new theorie of life) qui
pense trouver la réponse à l'interface entre le monde
biologique et le monde quantique (voir
notre interview).
Le
gouvernement britannique évalue les perspectives des nanotechnologies
JPB 18/06/03
Le gouvernement britannique a commissionné
la Royal Society (équivalent de notre Académie des
Sciences) et la Royal Academy of Engineering pour produire un rapport
examinant en détail les bénéfices et risques
des nanotechnologies.
L'étude doit
- présenter le l'état des lieux scientifiques et technologiques
sur la question
- identifier les applications actuelles et potentielles ainsi que
les champs concernés,
- étudier les questions environnementales, de sécurité
et santé publique, éthiques et sociales impliquées
- suggérer les réglementations pouvant éventuellement
être envisagées.
On sait que Tony Blair s'était ému de voir le Prince
Charles attirer récemment l'attention sur les risques des
nanotechs, au risque de contredire la politique de développement
et de financement mise en place par le gouvernement. On peut espérer
que ce rapport substituera aux approches émotionnelles des
vues plus objectives. Il sera d'un grand intérêt pour
la France où de telles questions sont encore peu discutées
par les milieux politiques.
Trois milliards de dollars auraient été
investi dans le monde en 2002 dans ce secteur. Le marché
pourrait atteindre 1.000 milliards en 2012. Certains y voient un
eldorado, d'autres dénoncent les risques d'une nouvelle bulle
financière. Le rapport de la Royal Society éclairera
peut-être les perspectives.