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"Enchanté,
M. Spidla, je suis un robot ambassadeur de la bonne volonté"
: c'est par ces mots que le robot Asimo* a salué le chef
du gouvernement tchèque lors d'un dîner donné
dans le palais Hrzan le 21 août à Prague à l'occasion
de la visite officielle du premier ministre Japonais Junichiro Koizumu.
Pour l'occasion, le robot humanoïde créé par
Honda avait appris à parler le tchèque. Rien ne s'opposait
alors à ce qu'il prenne part
à la conversation, comme n'importe quel autre hôte
de marque forcément humain, allant même jusqu'à
porter un toast "à l'amitié des gens et des robots".
Certains souriront de cette mise en scène... Cela dit, il
n'empêche que c'est la première fois qu'un robot est
l'invité d'un repas officiel. Signe des temps ? En tous cas,
un bon coup de pub pour la société Honda qui n'en
est pas à son premier coup d'essai. Asimo a notamment déjà
eu le privilège d'être invité
à Wall Street l'année dernière à
l'occasion du 25e anniversaire de la cotation de la firme niponne
sur le marché new-yorkais.
Le Premier ministre tchèque n'a pas caché son plaisir,
déclarant à la presse qu'il aimait les technologies
nouvelles.
Rappelons que c'est aussi un tchèque, Karel Capek, qui a
inventé en 1921 le néologisme "robot" (de
«robota», travail fastidieux, corvée),
mot utilisé pour la première fois dans sa pièce
de théâtre R.U.R.(Rossum's Universal Robots). Ce qui
valait bien, lors de cette réunion au sommet, une gerbe de
fleur déposée par le robot au pied du buste de l'illustre
dramaturge...
Un
exosquelette pour les personnes âgées ? CJ 21/08/03
On
a souvent évoqué les exosquelettes pour soldats, structure
anthropomorphique artificielle destinée à augmenter
les capacités physiques (vitesse, force et endurance) des
combattants (voir par exemple notre actualité
du 06/02/2001 et du 11/04/2002).
Mais il semblerait bien que ce soit dans le domaine civil que ce
système voit très rapidement le jour. La société
japonaise Mitsui souhaite en effet commercialiser dès l'année
prochaine un costume motorisé pour assister les personnes
âgées et les handicapés moteur dans leur déplacement.
Mis au point par l'équipe de Yoshiyuki Sankai à l'université
de Tsukuba, le Hal-3 (Hybrid Assistive Leg) est, selon son créateur,
ce que l'on fait aujourd'hui de mieux en la matière. Le dispositif
réalisé par l'ingénieur se compose de capteurs
(notamment placés sous les semelles), d'articulations motorisées
pour les genoux et les hanches, le tout piloté par un ordinateur
contenu dans un sac à dos. Un système de batteries
porté à la taille assure l'autonomie du système.
Grâce à lui, un humain peut marcher à 4 km/h
sans fournir le moindre effort physique*, monter les escaliers,
voire même se reposer en l'absence de fauteuil... Aucune saccade
dans le mouvement. Seul petit écueil : le prototype pèse
en l'état 17 kg. Mais grâce à un effort de miniaturisation,
la société Mitsui espère ramener ce poids à
10 Kg.
Dans
un premier temps, l'objectif de l'industriel (qui s'est associé
avec d'autres sociétés) est de vendre ou de louer
une dizaine de prototypes l'an prochain, notamment à des
maisons de retraite et à des hôpitaux. A moyen terme,
il espère vendre une centaine de robots par an au prix d'un
million de yens (7 700 euros).
Y. Sankaï pour sa part ne reste pas les bras ballants. Il commence
à mettre au point la version à l'usage des membres
supérieurs.
* Le mouvement
est imprimé aux jambes sur la base des faibles signaux électriques
envoyés par l'utilisateur à ses muscles.
Sang
artificiel : vers de vase ou nanorobots ?
JPB 15/08/03
Bientôt,
espérons-le, il ne sera plus nécessaire de faire appel
aux donneurs de sang, et à leurs cortèges de maladies,
pour obtenir des substituts de l'hémoglobine, au profit des
besoins de transfusion. Des perspectives sont ouvertes, venant de
deux horizons très différents La première vient
de France. Franck Zal, chargé de recherche CNRS à
la station biologique de Roscoff, travaille sur un substitut sanguin
extrait d'un ver marin, l'arénicole. Celui-ci, très
connu des pêcheurs, permettra peut-être à terme
de sauver des vies humaines en urgence, sans avoir à recourir
à un don de sang humain. Franck Zal a en effet découvert
que l'hémoglobine de ces invertébrés est un
excellent transporteur de l'oxygène. Cette qualité
en fait un substitut sanguin, stable plusieurs semaines, sans problème
de typage sanguin, ni de contamination éventuelle par un
micro-organisme. Il serait évidemment synthétisé
afin d'être produit sans mettre en péril la sympathique
espèce des arénicoles.
La seconde perspective fait appel aux nanotechnologies (nanorobots).
Il s'agit du "vasculoid", conçu par Chris Phoenix (élève
d'Erix Drexler à Stanford) et Robert Freitas (auteur de Nanomedecine,
dont un deuxième tome est sous presse), qui pourrait
remplacer, au moins provisoirement, l'apport de sang humain, sans
les risques déjà cités de la transfusion de
donneur à receveur. Il n'aurait que des avantages sur l'ensemble
du système et des fonctions circulatoires, si l'on en croit
ses promoteurs.
Le
projet d'Atlas général du cerveau, élaboré
par un consortium fondé en 1993 à l'initiative de
neuroscientifiques américains de l'Université sud-Californie,
est en train de prendre un véritable décollage. Il
s'agit, un peu sur le modèle du Human Genome Project, de
rassembler au niveau mondial l'ensemble des informations anatomiques
et physiologiques relatives au cerveau, fournies par l'imagerie
médicale, afin d'en rendre l'accès libre à
tous chercheurs. La dispersion actuelle des observations et des
modèles est une cause de perte de temps et de possibles double-emplois
entre les recherches. Leur globalisation, comme dans toutes les
opérations de ce genre, pourrait même avoir un effet
intrinsèque sur la découverte, en faisant apparaître
plus clairement les lacunes et contradictions. L'utilisation d'outils
informatiques d'analyse et d'exploration en sera facilitée.
L'explosion de l'imagerie cérébrale dans tous les
laboratoires mondiaux rend ce projet plus que nécessaire.
On peut penser qu'il intéressera aussi beaucoup les recherches
en intelligence artificielle.
C'est le LONI (Laboratory of Neuro Imaging) de l'UCLA qui est à
l'origine de ce projet. Il sera conduit par un consortium international
(International Consortium of Brain Mapping) auquel participe l'Institut
für Neuroanatomie de Dusseldorf. Le laboratoire conduit d'autres
projets sur le même principe de la globalisation en réseau
des informations résultant des techniques modernes d'analyses
neurologiques: le MAP (Mouse Atlas Project) et le Biomedical Informatics
Research Network.
Entrer
en compétition ou collaborer
avec les Etats-Unis ?
JPB 07/08/03
Un
de nos lecteurs réagit sans tarder à notre éditorial
du n° 43 d'Automates Intelligents,
l'Appel des chercheurs et la place de la recherche en France.
Son expérience de start-up dans un domaine innovant lui a
appris, à ses dépends, qu'il y avait peu de choses
à attendre de l'Europe pour encourager de telles entreprises
: multiplicité des comités Théodule, manque
d'intérêt pour les applications commerciales et la
coopération internationale concrète, vieillissement
général de l'imagination collective. Bref, notre ami
est en train de finaliser quelque chose en Amérique.
Pour lui, l'Europe perd son temps à tenter - quand elle le
fait - d'entrer en compétition avec les Etats-Unis, en réinventant
de multiples roues existant déjà. Mieux vaudrait essayer
de devenir un brillant second, apportant ses propres compétences
et sa créativité dans des programmes américains,
qu'ils soient industriels ou scientifiques. Il oppose ainsi, à
titre d'exemple, la référence déjà ancienne
de la coopération réussie entre GE et Snecma pour
le moteur CFM 56 à la compétition annoncée
dans le domaine de la localisation satellitaire (Galiléo
contre GPS). Galiléo, selon lui, aura toujours 10 ans de
retard par rapport à GPS ou des versions up-gradées
de celui-ci. Mieux aurait valu proposer une coopération visant
à un super-GPS commun.
L'argument est sérieux. Il mérite discussion. Rien
n'interdit d'ailleurs aux industriels et laboratoires européens
pensant possible de coopérer avec des homologues américains
de le faire. Reste à savoir cependant quelle part du gâteau
l'hyper-puissance américaine serait prête à
consentir à des partenaires européens. Ni les industriels
ni le pouvoir fédéral ne semblent désireux
de partager une avance technologique ou des positions commerciales
lorsqu'ils y sont dominants.
Si l'Europe existait, en tant que puissance politique et économique,
elle serait mieux placée qu'elle ne l'est actuellement pour
proposer des partenariats sur un pied, sinon d'égalité,
du moins gagnant-gagnant. L'exploration spatiale, notamment martienne,
le programme Iter, les biotechnologies, les ordinateurs quantiques
et à ADN seront des champs où de telles coopérations
pourraient s'envisager. Il devrait d'ailleurs s'agir alors moins
d'une coopération américano-européenne qu'internationale.
Mais il faudrait que l'Europe accepte de mettre des financements
publics substantiels dans de tels programmes. Ceci nous replace
dans le cadre de notre éditorial précité: est-on
conscient de l'intérêt de tels objectifs, et de telles
coopérations, d'abord en France, dans d'autres pays européens
ensuite ?