Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
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C'est
effectivement, comme toute la presse le souligne, une nouvelle importante
que vient de faire connaître sur le site de la Public Library
of Sciences Biology une équipe américano-coréenne
du Salk Institute, La Jolla, sous la conduite du Dr Ronald Ewans.
L'injection d'un gène dirigeant la synthèse de protéines
activant le développement des muscles sollicités par
les épreuves de longue durée a rendu des souris capables
d'efforts doubles de ceux de souris non traitées, le tout
sans conséquence apparentes sur leur état de santé.
Pour être plus précis il s'agit de décrire l'"
Engineered expression of the peroxisome proliferator-activated receptor
delta in skeletal muscle".
C'est inutile
de commenter les grandes conséquences qui pourront découler
de telles recherches, sur les animaux, sur les hommes, sur les muscles
de l'effort ou sur d'autres muscles et organes. On criera au scandale,
mais il ne s'agit pas, semble-t-il, de processus très différents
de ceux mis en oeuvre par la sélection naturelle, sur de
plus longues durées il est vrai.
The
(Mis)behavior of Markets : A Fractal View of Risk, Ruin, and Reward
JPB 19/08/04
Ce
titre est celui d'un livre que vient de publier Benoit B. Mandelbrot,
avec Richard L. Hudson chez Perseus Books à New York. Mandelbrot,
mathématicien d'origine française établi aux
Etats-Unis, est le père de la théorie des fractals.
Son ouvrage The Fractal Geometry of Nature 1984 l'a rendu
célèbre dans le monde entier. Le livre aurait été
tiré à 200.000 exemplaires.B. Mandelbrot est aujourd'hui
Sterling Professor of Mathematical Sciences à l'Université
de Yale et Fellow Emeritus au Laboratoire IBM Thomas J. Watson.
Richard Hudson est éditeur du Wall Street Journal's European
edition.
Dans ce livre, les auteurs veulent
montrer que les règles mathématiques censées
régler les marchés financiers, auxquels la grande
majorité des cambistes et de leurs logiciels font encore
confiance, ne marchent pas (ou marchent mal). Mandelbrot propose
un nouvel outil de modélisation faisant appel à la
géométrie fractale. Il espère ainsi fonder
une nouvelle science de la gestion des marché. Il étudie
la finance depuis plusieurs décennies. Ce livre est le premier
qu'il a écrit sur ce sujet.
Il serait intéressant d'examiner
comment cette approche mathématique de la décision
économique est compatible avec ce qu'en disent les thèses
de la neuro-économie, selon lesquelles le décideur
se croyant rationnel obéit à des pulsions remontant
du fond des âges primitifs. Rappelons à cet égard
les propos d'Alain Berthoz dans
l'interview donnée à notre revue, citant
les travaux de Daniel Kahneman, prix Nobel d'économie 2002
Des
nanosystèmes au service d'armes nucléaires miniaturisées JPB 19/08/04
Le Jane's nous informe des projets du département de la défense
américain visant à utiliser des nanodétonateurs
et autres nanosystèmes pour miniaturiser à l'extrême
les futurs explosifs atomiques jugés nécessaires dans
la lutte anti-guerilla ou contre des bunkers très protégés.
Ce seraient là les nouvelles versions des mini-nukes auxquels
travaillent les spécialistes de l'armement nucléaire.
On estime que de tels nanodétonateurs, introduits dans des
obus, seraient non seulement plus petits mais plus robustes que des
systèmes plus classiques, sans perdre leur capacité
à déclencher l'explosion de la charge atomique proprement
dite. Il s'agirait d'une avance importante dont bénéficieraient
les armées américaines, dès lors que l'utilisation
d'armes atomiques, même miniaturisées (1 à 5 kt
quand même !), serait admise - ce qui relancerait évidemment
de façon sûrement incontrôlable la prolifération.
D'autres perfectionnements sont envisagés, notamment dans le
domaine des isomères nucléaires.
Création
de neurones dopaminergiques à partir de cellules souches
JPB 17/08/04
Il fallait s'y attendre. Une équipe américaine,
dirigée par le docteur Lorenz Studer (Laboratoire des cellules
souches et de biologie tumorale, Memorial Sloan-Kettering Cancer
Center, New York), parmi laquelle se trouve le thésard français
Anselme Perrier (sic), vient de transformer une très grande
proportion de cellules souches embryonnaires humaines en neurones
dits "dopaminergiques", directement impliquées
dans la production de dopamine dans les sites cérébraux
atteints par la maladie de Parkinson. Ce premier résultat
en annonce d'autres, notamment la possibilité d'étudier
les processus impliqués tant dans la transformation des cellules-souches
en neurones que dans le développement de ces derniers dans
le cerveau. Il s'agit presqu'exactement du scénario faisant
l'objet du roman
Seizure de Robin Cook dont nous avions rendu-compte
le 19 juin dernier .
L'affaire risque de mettre en difficulté
les gouvernements conservateurs qui continuent à proscrire
pour des raisons idéologiques (électorales) les recherches
sur les cellules-souches embryonnaires. Quant au Pape, qui vient
de répéter à Lourdes son opposition à
ce qu'il appelle la manipulation du vivant, nous serions curieux
de savoir comment il réagirait si, pour le plus grand bien
de la Chrétienté, on lui proposait un traitement de
ce type susceptible de soigner sa parkinsonnite.
Précisons qu'en France, la loi dite Bioéthique
autorise la recherche sur les cellules souches embryonnaires (à
titre dérogatoire pour 5 ans), mais celles-ci doivent provenir
d'embryons déjà existants, ce qui ne permet pas d'étudier
la problématique essentielle du clonage thérapeuthique.
Sommes-nous
tous des créatures virtuelles ?
JPB 16/08/04
A titre de méditation scientifique, on peut
évoquer l'hypothèse de Nick Bostrom de l'Université
d'Oxford (voir l'article de Jean-Paul Delahaye dans Pour la Science,
août 2004, p. 94) selon laquelle nous pourrions tous être
des créatures virtuelles créées par des civilisations
infiniment plus avancées que nous technologiquement. Cette
hypothèse repose sur plusieurs postulats que je synthétise:
- 1° il existe des civilisations assez avancées (post-humaines)
pour a) simuler complètement le cerveau humain et b) décider
de le faire ;
- 2° compte tenu du principe dit d'indépendance du substrat,
il est impossible de distinguer le contenu d'un cerveau humain de
celui d'un cerveau artificiel ;
- 3° compte tenu du très grand nombre de créatures
simulées que pourrait produire et disperser dans l'univers
une civilisation capable de simuler le cerveau humain, nous avons
une très grande probabilité d'être une telle
créature plutôt qu'un être " naturel ".
Certains objectent que nulle simulation, aussi parfaite
soit-elle, ne pourrait éviter les bugs divers, bugs que si
nous étions simulés, nous ferions apparaître
sous forme de défauts de fonctionnement. Mais à cela
on répond que notre société et nous-mêmes
sommes suffisamment pleins d'incohérences (sans parler des
mystères scientifiques encore non résolus) pour que
ceci traduise précisément l'existence de bugs dans
les logiciels produits par ceux qui simulent notre fonctionnement.
On s'étonnera peut-être d'apprendre
que l'argument résumé ci-dessus, dit de la simulation,
formulé par Nick Bostrom, fait l'objet de discussions intenses
parmi les scientifiques et les philosophes s'intéressant
à l'univers calculable.
France-Culture, le 14 août 2004, a
consacré une émission aux risques des aliments irradiés,
de plus en plus utilisés dans le monde entier pour la conservation
des aliments. Selon les experts consultés, l'irradiation détruirait
pratiquement tous les éléments nutritionellement intéressants
desdits aliments, y compris en disloquant certaines protéines.
De plus, beaucoup de cancers et maladies dégénératives
pourraient être induits par les radicaux libres générés.
L'irradiation, au plan économique, permet de faire voyager
dans le monde entier des produits fragiles, ce qui augmente les risques
de délocalisation de la production dans des pays à bas
coûts de main-d'oeuvre. De plus, l'étiquetage, censé
être obligatoire, n'est pas respecté par les producteurs
et distributeurs, ce qui ne permet pas aux consommateurs de réagir.
14/08/04
Les
Etats-Unis jouent à fond la carte d'ITER (au Japon)
JPB 14/08/04
Anne Davies, directrice de l'Office of Fusion Energy
Sciences* du département américain de l'Energie, vient
d'annoncer que les Etats-Unis allaient fermer le Fusion Ignition
Research Experiment (FIRE), jugé techniquement dépassé.
Il s'agit du réacteur expérimental américain
destiné à la fusion nucléaire. Il utilise des
aimants magnétiques au lieu des aimants superconducteurs
de Iter. En remplacement, les Etats-Unis mettront toutes leurs forces
dans le projet International Iter, dont ils défendent bec
et ongles, avec le Japon et la Corée du Sud, l'implantation
à Rokkashomura, au Japon.
Aucun accord n'a pu se faire avec le bloc Union
Européenne, Chine et Russie qui défend l'implantation
à Cadarache. Voici maintenant 6 mois que le projet est bloqué.
Tous les experts pensent que les Etats-Unis ne céderont pas.
Il n'y a donc pas d'autres solutions, pour l'Europe, si elle ne
veut pas dépendre des Etats-Unis et du Japon pour ce domaine
essentiel, de lancer son propre Iter à Cadarache, quels que
soient les coûts.
On observera en passant que l'obstination américaine
semble prouver que le projet Iter n'est pas seulement une vaste
intox scientifique, comme certains experts avaient pu le prétendre.
Feu
vert au clonage humain à visée scientifique en Grande-Bretagne CJ 11/08/04
L'autorité
de régulation de la bioéthique humaine britannique*
a autorisé ce jour une première équipe de chercheurs
de l'université de Newcastle à produire à des
fins scientifiques des embryons clonés humains. Cette équipe
est ainsi la première en Europe à travailler sur ce
sujet dans un cadre réglementaire précis.Si
le clonage thérapeutique est légal en Grande-Bretagne
depuis 2002, contrairement au clonage reproductif, aucune demande
n'avait encore été déposée.
Le développement des embryons
produits seront interrompus au bout de deux semaines, stade où
ils sont constitués de quelques centaines de cellules encore
indifférenciées.Ces
cellules souches embryonnaires doivent servir aux recherches sur
le diabète, voir celles concernant la maladie d'Alzheimer..
Rappelons que la France, qui vient
d'adopter sa nouvelle loi de bioéthique en juillet** interdit
le clonage thérapeutique. Ainsi, à la différence
de l'autorisation donnée par l'autorité britannique
à l'équipe dirigée par le professeur Miodrag
Strojkovic - qui va pouvoir travailler plus vite -, les équipes
françaises doivent se contenter d'utiliser les embryons existants***.
Aux Etats-Unis, John Kerry s'est pour sa part engagé, s'il
était élu, à lever les restrictions sur la
recherche sur les cellules souches.
* Human Fertilisation and Embryology
Authority (HFEA)
** Parue au J.O du 7 août 2004 : http://www.admi.net/jo/20040807/SANX0100053L.html
*** Ceux issus de la procréation médicalement assistée,
parmi les embryons n'ayant pas été implantés
dans l'utérus de la mère, ou ceux écartés
lors de diagnostics pré-implantatoires, ou encore les embryons
surnuméraires ne relevant plus d'un projet parental.
Un
nouveau diplôme : ingénieur d'Etat en cognitique CJ 11/08/04
L'université Victor Segalen
de Bordeaux a créé l'Institut de Cognitique (IDC)*
- le premier en France - et lance à la rentrée 2004
la première et unique formation d'ingénieurs d'Etat
spécialisée dans le domaine.
La première promotion sera composée d'une trentaine
d'étudiants sélectionnés sur dossiers**, issus
de classes préparatoires aux grandes écoles ou titulaire
d'un bac+2 (DEUG S avec mention, DUT/BTS avec mention et recommandation
de l'établissement), ou encore titulaires dune licence
ou dun diplôme universitaire scientifique de niveau
supérieur.
Dirigé par Bernard Claverie, le cursus qui dure 3 années
a pour objectif de former des ingénieurs cogniticiens dont
les compétences sont notamment l'informatique et l'automatique
(traitement du signal, intelligence artificielle, réseaux
de communication...), l'ingénierie cognitive (facteurs humains,
cognition individuelle comme l'attention ou la mémoire, collective
comme la prise de décision ou les erreurs, les contraintes
de fonctionnement comme le stress, la fatigue, le vieillissement),
les interfaces homme/machine et les interfaces hommes/systèmes
complexes.
Demandeurs de ce type de spécialisation,
plusieurs groupes industriels (Airbus, EADS
Dassault Aviation, Thalès, Renault...) participent au Conseil
de perfectionnement de l'Institut.
Emplois notamment
visés :
- conception des interfaces hommes-systèmes, centrale dans
la production de biens manufacturés (aéronautique,
automobile, équipements....),
- recherche et développement,
- gestion des systèmes complexes (ex. systèmes de
visualisation et de pilotage),
- mise en uvre du travail collaboratif inter-entreprises à
partir de lusage des techniques dinformation et de communication
ou dinformatique avancée.
* L'institut organise également un master
recherche en sciences de la cognition
** Une première sélection a eu lieu en juillet. Une
deuxième session est prévue pour septembre.
On
trouvera dans la revue américaine Astrobiology un long et
intéressant interview (http://www.astrobio.net/news/modules...)
du Dr Ken Ford, président de l'Interdisciplinary Study of
Human & Machine Cognition (IHMC) de l'Université de Ouest
Floride. Ce Centre, créé en 1990, emploie plus de
cent chercheurs. Il étudie tous les aspects de la cognition
chez les humains et les machines, en mettant particulièrement
l'accent sur les systèmes computationnels capables d'augmenter
les capacités perceptives et cognitives. Ken Ford vient d'être
nommé par le président Bush au National Science Board,
ce qui donnera encore plus de retentissement à ses travaux
et à ses idées.
Dans l'interview, il défend
son thème favori, selon lequel ce n'est pas l'Intelligence
Artificielle qui est importante, car elle ne pourra jamais construire
des machines se comportant aussi intelligemment que des hommes.
Il propose au contraire des interfaces qui permettront à
l'homme de s'insérer efficacement dans un environnement de
plus en plus robotisé. Il s'agit finalement d'augmenter les
capacités humaines par des artefacts et prothèses
efficaces, d'où le terme d'Intelligence Augmentée
(Amplified Intelligence) qui se dit également AI. Un exemple
de tels dispositifs est le Wearable Augmented Reality Prototype
(Warp) développé par la Nasa pour donner accès
simultané et assisté à différentes ressources
de calcul et instruments nécessaires au pilotage. Ces interfaces
seront généralement dotés de capacité
d'accès à du data-mining afin d'utiliser tous les
documents et les connaissances déjà archivées.
Il n'y a pas de doute que ces perspectives
sont très prometteuses, et plus vraisemblables à court
terme que celles concernant la réalisation d'un androïde
intelligent autonome. Quand on y réfléchit, ce futur
est déjà là en partie. Ecrivant cette petite
chronique en utilisant diverses ressources du web, je fais montre
d'une intelligence sensiblement augmentée par rapport à
ce qu'aurait été la mienne dans les années
60. Du moins je l'espère.