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L'intelligence
artificielle au service de la prospection minière
CJ 07/02/05
La
société canadienne Diagnos inc. [http://www.diagnos.ca/francais/index.php],
une des chef de file de l'extraction de connaissances et intelligence
artificielle(1), a annoncé
le 7 février la découverte d'une kimberlite (ADK 13)
au Brésil, sur la propriété d'exploration de
Diagem Inc, société spécialisée dans
la recherche du diamant. La
kimberlite - roche magmatique ultrabasique qui peut contenir du
diamant - a été découverte en utilisant le
système CARDS (Computer Aided Resource Detection Software)
de diagnos. Celui-ci recourt à l'intelligence artificielle
et aux algorithmes de reconnaissance de forme pour identifier de
nouvelles cibles kimberlitiques, traitant de multiples sources de
données - géophysiques, géochimiques, topographiques,
données multi spectrales de satellites... - afin de connaître
la signature numérique des kimberlites précédemment
identifiées. L'identification
d'une signature semblable dans un nouvel ensemble de données
détermine une cible. "Diagem explorera 20 cibles
additionnelles identifiées par le système CARDS. Nous
espérons changer la manière dont l'exploration est
faite aujourd'hui par l'introduction de notre nouveau système
intelligent artificiel", explique André Larente,
président de Diagnos. Durant les six derniers mois, la société
a traité des données géophysiques visant la
découverte de métaux précieux et communs.
Diagnos a ainsi adapté son système CARDS pour le traitement
de données séismiques utilisées dans l'industrie
de pétrole et de gaz. En employant la même méthodologie
basée sur l'intelligence artificielle, la société
pense augmenter de manière significative les probabilités
de forer les puits de pétrole et de gaz. Le système
permet en effet d'établir dans les données sismiques
la signature numérique différenciant les bons puits
des trous secs.
(1)
Cette société développe et commercialise des
logiciels d'extraction de connaissances. Elle a notamment conçu
et développé MCubiX, famille de logiciels d'exploration
de données capable d'extraire du savoir à partir de
données historiques sous forme
d'images, de textes ou de banques de données traditionnelles,
et de faire des prédictions afin d'améliorer les procédés
d'affaires et de faciliter la prise de décision.
Les
Grands Défis des 20 prochaines années dans le domaine
de l’informatique, selon le Grand Challenges Report
JPB 06/02/05
Un
groupe de scientifiques britanniques appartenant à la British
Computer Society vient de publier un rapport sur les grands défis
que leurs disciplines devront affronter dans les 10 à 20
prochaines années. Il s’agit du Grand Challenges Report.
Le concept de Grand Défi représente pour eux un objectif
fédérateur qui doit tirer en avant les recherches,
de la même manière que le Projet Génome Humain
avait tiré en avant la génétique dans les années
1990.
Le Grand Défi doit pour jouer son rôle moteur être
identifié et formulé 10 à 20 ans d’avance.
Sa réalisation doit représenter un pas en avant décisif
dans la connaissance ou la technologie du domaine, c’est-à-dire
en ce cas l’informatique et l’intelligence artificielle.
Le rapport identifie 7 Grands Défis répondant à
cette définition :
-
Réaliser des systèmes à haute fiabilité,
en développant un compilateur capable de vérifier
automatiquement la compatibilité des instructions avant la
mise en œuvre d’un programme complexe.
- Modéliser les relations entre le cerveau (conçu
comme un système computationnel) et l’esprit (conçu
comme un système de logiciels virtuels). Ceci sera indispensable
pour construire les futurs systèmes de traitement de l’information.
- Réaliser des systèmes de mise en mémoire
permettant à ceux qui le désireraient de mémoriser
tout au long de leur vie l’ensemble des informations qu’ils
auront produites ou les concernant, tout en préservant la
confidentialité des données. (NB : On sait que
sur ce thème des industriels américains de l’informatique
ont récemment fait des propositions, qui ont été
accueillies avec une certaine méfiance, précisément
au regard de la confidentialité).
- In vivo/in silico. Réaliser des modèles dynamiques
des systèmes vivants, allant de la cellule à l’organisme
complet, en utilisant les méthodes de la réalité
virtuelle et de la vie artificielle.
- Développer une infrastructure globale polyvalente (global
ubiquitous computing) permettant de faire interagir sans conflits
les multiples appareils portables et non-portables dont chacun sera
doté.
- Développer des architectures capables de faire face à
la complexité croissante des futurs systèmes (Scalable
ubiquitous computing systems) sans obliger à des reconceptions
complètes.
- Etudier les logiques de computation non classiques. Au-delà
de l’algorithmique classique, il est suggéré
d’étudier les processus naturels et la façon
dont ceux-ci se comportent comme des calculateurs non classiques
: nanosystèmes, entités quantiques, systèmes
biologiques…
Il
s'agit d'un projet destiné à rendre le web entièrement
hyper-textuel. L'auteur en est un chercheur norvégien, Frode
Hegland. Celui-ci travaille pour l'Interaction Centre de l'University
College de Londres, spécialisé dans la facilitation
de l'interaction homme-machine (http://www.uclic.ucl.ac.uk/.)
Frode Hegland s'est associé dans ce projet avec un vétéran
américain de l'informatique, Doug Engelbart, inventeur de
la souris destinée à faciliter le travail de l'utilisateur.
Le projet s'inspire de l'esprit de l'Encyclopédie Wikipedia,
qui permet à chacun de proposer, à usage de tous et
sous sa seule responsabilité, des articles à vocation
encyclopédique.
L'objectif
du projet est de fournir des outils permettant à tout internaute
lisant un texte d'accéder s'il le souhaite à tous
les concepts, définitions et textes correspondant à
chacun des mots du texte lu. Le système fonctionne comme
un super-moteur de recherche, utilisant l'ensemble des moteurs existants,
lesquels eux-mêmes sont potentiellement capables d'accéder
à l'ensemble des textes existants.
Dans
un deuxième temps, l'internaute, de lecteur, peut se transformer
en concepteur de texte ou de site, en regroupant les informations
qui l'intéressent dans la présentation qui lui parait
la plus efficace pour son propre usage. Il n'est donc plus passif
face au web mais actif.
Nous
n'en dirons pas plus ici, renvoyant les lecteurs intéressés
au site très pédagogique proposé par Frode
England. On y trouve différentes démonstrations.
L'une, la plus spectaculaire, concerne une page de CNN traitée
avec les outils du projet (voir http://www.liquid.org/hyper3/hp3/HP3_...)
Dans une autre démonstration, on peut soumettre au système
une page se trouvant sur un site personnel (il faut fournir l'URL
de la page, laquelle doit être en anglais). Le système
la restitue indexée. C'est assez spectaculaire (voir http://www.liquid.org/hyper3/index.jsp).
Les sceptiques vont sans doute hausser les épaules, en jugeant
la démarche utopique ou, au contraire, bien trop rustique.
Mais ils auront tort. Nous pensons que si un tel projet se développait
et s'ouvrait à différentes langues (par l'intermédiaire
des moteurs non-exclusivement anglophones), il pourrait devenir
extrêmement important pour faciliter l'accès actif
au web des citoyens européens, c'est-à-dire faire
d'eux des créateurs d'information et concepteurs de site
plutôt que de simples consommateurs. Ceci rejoint le thème
de la construction d'une nouvelle culture européenne qui
est abordé par ailleurs dans cette revue.
L'accélération
prévisible du réchauffement global
JPB 04/02/05
Les
mauvaises nouvelles s'accumulent concernant l'importance du réchauffement
global à prévoir dans les prochaines décennies
et les conséquences catastrophiques qui en découleront.
Il
y a d'abord le rapport présenté le 2 février
2005 à l'International Conference on Climate Change organisée
par l'Office Météorologique britannique à Exeter.
Cette conférence avait été demandée
par Tony Blair pour lui permettre de faire des propositions en tant
que président du G8 et représentant de l'Union Européenne
sur les questions climatiques. Ce rapport est signé de Bill
Hare, membre du Potsdam Institute for Climate Impact Research, qui
est un des instituts allemand le plus renommé en matière
de prévision climatique. Il montre qu'à chaque degré
d'élévation de la température mondiale moyenne
au dessus du niveau qui était la sienne à l'époque
pré-industrielle correspondront des catastrophes de plus
en plus critiques: inondations, cyclones, sécheresses, famines,
innombrables disparitions d'espèces. Si à la fin du
siècle la température moyenne s'élève
de 4 degrés, le niveau mondial des mers s'établira
à plusieurs mètres au dessus du niveau actuel. Or
les prévisions actuelles montrent que ce rythme d'élévation
des températures est bien enclenché et risque de devenir
très vite irréversible.
Ce
rapport avait été précédé d'un
rapport presque identique présenté conjointement par
l' European Climate Forum (ECF) et le Postdam Institute le 14 décembre
à la 10e conférence sur le changement climatique de
l'ONU qui se tenait à Buenos-Aires (COS 10). Il vise à
définir le concept de Changement climatique dangereux (What
is dangerous climate change?). Il fait suite aux travaux scientifiques
exposés devant un symposium de plusieurs dizaines de climatologues
et décideurs de plus de 20 pays qui s'était tenu à
Pekin les 27/30 octobre 2004.
Mais
d'autres prévisions encore plus pessimistes viennent d'être
produites par des simulations utilisant un réseau ou Grid
de micro-ordinateurs répartis mis à disposition par
95.000 volontaires. Il s'agit du programme initialisé à
partir du site climateprediction.net, dont l'objectif est d'éviter
l'influence qu'exercent sur les prévisionnistes les modèles
"officiels" de l'Intergovernmental Panel on Climate Change.
Les prévisions obtenues sont véritablement effrayantes,
puisque l'échelle de variation des températures tout
le long du siècle pourrait être de 1 à 11,5
degrés. Il ne s'agit pas de prévisions mais d'une
étude portant sur la question de l'incertitude, en particulier
de l'incertitude sur la sensibilité climatique globale. L'étude
a été publiée par Nature, vol 433,
p. 403. Elle est reprise avec commentaires sur le site non-officiel
RealClimate org. dont l'objet est de réunir les contributions
scientifiques de tous les chercheurs estimant avoir quelque chose
à dire aux opinions publiques dans le domaine de l'évolution
climatique, quelles que soient leurs responsabilités officielles.
Le niveau des mers à cette dernière température
pourrait selon certains scientifiques s'élever de 80 à
100 mètres, ce qui signifierait la fin de toutes les civilisations
développées, du moins sous leur forme actuelle. Tout
ceci montre l'urgence qu'il y aurait à prendre des mesures
rigoureuses destinées à diminuer le réchauffement,
notamment en réduisant drastiquement la production des gaz
à effet de serre, CO2 et méthane principalement.
On notera que la science européenne est en pointe sur ces
recherches. Par contre parlera d'irresponsabilité criminelle
pour désigner la politique de l'Administration Bush qui continue
à nier des phénomènes sur lesquels la communauté
scientifique toute entière dispose dorénavant de données
de plus en plus fiables.
Une
nouvelle forme de fusion froide ?
NewScientist,
22 janvier 2005, p. 38
JPB 02/02/05
La
fusion froide (ou presque froide, comme on le lira ci-dessous) est-elle
comme le phoenix, toujours renaissante de ses cendres ? Voici que
l’existence d’une nouvelle forme de fusion thermonucléaire,
la sonofusion, est très fortement suspectée. Une première
annonce avait été faite il y a 3 ans par un certain
Rusi Taleyarkhan, ingénieur à l’Oak Ridge National
Laboratory du Tennessee, dans un article publié par Science
(vol 295, p. 1868), qui avait paru suffisamment crédible
pour émouvoir la communauté des spécialistes
de la fusion. Mais les expériences annoncées furent
ensuite sévèrement critiquées, si bien que
toute l’affaire semblait relever, début 2004, d’une
suite d’erreurs d’observations sinon de fraudes.
Taleyarkhan et son équipe eurent cependant le courage de
faire front. Ils admirent que certaines des critiques étaient
fondées, et reprirent les démonstrations en éliminant
les procédures critiquables et en ajoutant de nouvelles expériences
destinées à valider les résultats obtenus.
Si bien que les adversaires les plus féroces de Taleyarkhan
eurent le bon goût de reconnaître que leur scepticisme
initial était sérieusement ébranlé.
La sonofusion, permettant de produire des neutrons en abondance
et à bon marché pour procéder à diverses
sortes de tâches, va-t-elle alors se révéler
une véritable percée technologique et économique
? Constituera-t-elle une source inattendue d’énergie
à bas prix non polluante ? Sans attendre, une start up a
été fondée, Impulse Devices, financé
par 3,5 millions de dollars de capital-risque, pour explorer les
applications possibles de cette technique.
De
son côté, la Darpa, qui avait financé Taleyarkhan
depuis 1998, ainsi que des chercheurs concurrents, manifeste de
plus en plus d’intérêt pour les développements
à venir, y compris parce que le générateur
à bulles envisagé pourrait générer de
grandes quantités de tritium radioactif utilisables par des
terroristes pour empoisonner l’environnement. Pour y voir
clair, elle met actuellement au point de nouvelles expériences
rassemblant partisans et adversaires de la sonofusion. Une communication
devrait être faite en Octobre prochain en France par un groupe
indépendant de la Purdue University, dirigé par Lefteri
Tsoukalas, qui pourrait s’avérer révolutionnaire.
Va-t-on subitement découvrir que le programme Iter n’a
plus de raisons d’être ? Sans doute pas, car la fusion
chaude pourrait en cas de succès produire des quantités
beaucoup plus grande d’énergie. Mais il faut attendre
un peu pour juger…à supposer que dans l'immédiat
des impératif de confidentialité n’interdisent
pas de nouvelles publications sur ce sujet.
Mais comment peut on produire des neutrons résultant de la
fusion d’atomes de deuterium dans un équipement guère
plus compliqué qu’un tube à essai ? C’est
en exploitant ce que l’on savait déjà de la
sonoluminescence que Taleyarkhan en a eu l’idée. Ce
phénomène jusqu’ici mal compris se produit quand
on soumet un liquide à de puissantes ondes sonores. Ces ondes
génèrent des bulles dans le liquide lesquelles finissent
par éclater en produisant de la lumière. Pour que
de la lumière apparaisse, il faudrait, avait calculé
Felipe Gaitan de la Naval Postgraduate School à Monterey
que la température dans la bulle dépasse les 10.000
Kelvin, voire atteigne le million de Kelvin. Mais à une température
un peu plus élevée, et avec une énergie sonore
sensiblement augmentée, on aurait pu déclencher dans
la bulle un processus de fusion nucléaire. Tout cela confiné
dans une bulle de quelques dizaines de nanomètres. Etait-ce
possible ?
Nous renvoyons le lecteur intéressé aux articles techniques.
Disons seulement que le dispositif proposé aujourd’hui
par Taleyarkhan n’est pas très compliqué. Il
dispose un récipient empli d’acétone (C3/D6/0)
dont les atomes d’hydrogène ont été remplacés
par son isotope le deuterium qui fusionne plus facilement. Il soumet
le liquide à un puissant générateur d’ondes
sonores et le bombarde avec des neutrons au moment où l’onde
est à son point bas. Le passage des neutrons déclenche
dans le liquide la formation de bulles qui grossissent puis éclatent
au maximum de l’onde sonore. Deux réactions de fusion
peuvent résulter de l’éclatement d’une
bulle. L’une produirait du tritium et un proton, l’autre
produirait de l’hélium et un neutron, avec un dégagement
d’énergie de 2 ,5 millions d’électron
volt. Tout l’effort de l’équipe consiste actuellement
à mettre en évidence, grâce à des détecteurs
appropriés, ces sous-produits extraordinaires. Restera ensuite
à proposer les modalités pratiques permettant de les
utiliser sans risques. Affaire à suivre donc.