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26/12/05 Engins de création - L'avènement des nanotechnologies
26/12/05 Congrès Physique et conscience
22/12/05 L' ID en échec à Harrisburg
21/12/05 Un blog sur la Singularité
21/12/05 Un site pour expliquer la "systémique"
20/12/05 Des écrans spatiaux en forme de toiles d'araignées
18/12/05 Un futur programme "Epigénome humain"
15/12/05 L'Europe spatiale en assistance repiratoire
13/12/05 Le cerveau dans une assiette
11/12/05 Exploration spatiale télérobotique
07/12/05 Nouvelles avancée en information quantique
07/12/05 Une forme de dialecte chez les singes, en fonction de l'habitat
01/12/05 Giove A, premier satellite Galiléo, sur le départ

Décembre 2005

Engins de création - L'avènement des nanotechnologies
CJ 26/12/05

Engins de créationLa maison d'éditions Vuibert (qui décidément édite beaucoup de bons livres(1)) vient de faire paraître la traduction française de l'ouvrage visionnaire d'Eric Drexler, Engines of Creation publié en américain en 1986, réédité au cours des années, mais qui n'était jamais encore sorti en français.
Si vingt années se sont écoulées depuis la première parution, le propos de cet ouvrage n'a cessé d'être confirmé par les avancées de la science et de nourrir débats de société, polémiques entre chercheurs et imagination des auteurs et scénaristes de science-fiction. Il faut dire que, dès le chapitre 2, Drexler entre dans la science-fiction, s'appuyant sur divers courants et tendance de la science contemporaine, sélectionnant ses modèles dans le domaine de la biologie moléculaire, de l'intelligence artificielle, empruntant même à la vision évolutionniste des idées avec le concept de mèmes(2), n'hésitant pas à "naturaliser" les nanotechnologies présentées comme une évolution inévitable. Ainsi se met en place des références, qui dès leur berceau, situent les nanotechnologies dans un système de technoscience où la manipulation des atomes et des gènes converge avec une interprétation biologique des faits sociaux et la fabrication des robots ou cyborgs.

Livre ambitieux et inventif, techniquement irréprochable (mais qui a fait couler beaucoup d'encre, et suscité querelles d'écoles entre scientifiques, polémiques politiques et débats publics citoyens - ce n'est pas par hasard que l'on parle aujourd'hui d'enjeux éthiques des nanotechnologies), il constitue le texte fondateur des nanotechnologies, inspiration certaine du programme américain dit "NBIC" de convergence entre les nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l'information et sciences de la cognition, que formuleront plus tard Mihail Roco et William Bainbridge(3).

Cet ouvrage est non seulement un récit fascinant de futurs possibles mais aussi un monument historique qui marquera les origines d'une nouvelle technologie et le pionnier d'un nouveau régime de savoir où les sciences et les techniques ne peuvent plus évoluer à l'écart de la société mais se trouvent plongées dans les remous de l'espace public. En tous cas, qu'il s'agisse des Etats-Unis, du Japon, de l'Europe, de la Chine ou de la Corée... la course est désormais bien engagée pour être aux avant-postes de l'ère nouvelle annoncée par Drexler.

A lire absolument (si ce n'est déjà fait).

(1) A ce sujet, il est incroyable de voir qu'un certain nombre de libraires prétendant faire bien leur métiers boudent les éditions Vuibert, les considérant comme vieillottes, ou ne les connaissant simplement que comme référence "des Annales du bac", alors que cette maison d'édition, soucieuse de médiation scientifique, ne cesse de publier en cette matière des ouvrages de grande qualité (voir par exemple dans leur catalogue, les ouvrages d'astronomie, de biologie, de géologie ou d'environnement, d'histoire des sciences, d'informatique, robotique et intelligence artificielle , de mathématiques, physique...).
Profitons-en d'ailleurs pour vous signaler la parution le 15 janvier 2006, chez ce même éditeur dans la collection Automates Intelligents, du livre de Gilbert Chauvet "Comprendre l'évolution du vivant et son évolution vers la conscience", ouvrage qui devrait faire l'effet d'une bombe dans le monde de la biologie et de la physiologies intégratives.
(2) A propos de mémétique, citons l'excellent livre de Pascal Jouxtel "Comment les systèmes pondent", paru récemment aux Editions Le Pommier, dont on peut lire notre recension.
(3) M.C Roco, W. Bainbridge eds : "Converging Technologies for Improving Human Performances", NSF report, juin 2002 ; et aussi M.C Roco, C. Montemagno eds, "The co-evolution of human potential and converging technologies, Annals of the New York Academy of Science, vol 1013, 2004

Pour en savoir plus
Engins de création : http://www.vuibert.com/livre2134.html
Notre article du 28 juillet 2002 Engines of Creation, un regard prémonitoire :
Notre article du 1er avril 2003 Centre pour des nanotechnologies responsables


Congrès Physique et conscience
CJ 26/12/05

Logo : Physique et conscienceLes différentes interventions des conférenciers(1) du Congrès international "Physique et Conscience", organisé à Paris le 9 et 10 décembre derniers par l'Académie européenne interdisciplinaire des sciences sont aujourd'hui disponibles sur le web.

Extrait de la présentation du congrès : "Les réflexions sur la pensée scientifique ont suscité des recherches approfondies sur le fonctionnement cérébral, mais il aura fallu attendre le milieu du XXe siècle pour que commence à tomber le tabou sur l'étude scientifique des activités mentales de la conscience. (...) Les progrès de l'imagerie et le développement de nouveaux modèles en neurologie et en science cognitives font que, d'année en année, l'horizon des savoirs s'élargit et que le paysage des neurosciences cognitive se modifie. Une nouvelle mise à jour des connaissances s'impose."

(1) Florin Amzical (Université Laval, Québec), Daniel Andler (ENS), Gilbert Belaubre (Président de l'AIES), Alain Berthoz (Collège de France), Michel Bitbol (CREA, Ecole Polytechnique), Pierre Buser (Professeur de médecine, membre de l'Institut), Michel Cabanac (Université Labal, Québec), Alain Cardon (Université du Havre, LIP 6 Paris VI), Gilles Cohen -Tannoudji (AEIS, CEA), Claude Debru (ENS), Stanislas Dehaene (CEA, Collège de France), Pierre-Gilles de Gennes (Institut Curie), Jean-Blaise Grize (Université de Neuchatel, Suisse), David Hansel (Faculté de médecine Paris V), Denis le Bihan (CEA, Hôpital Frédéric Joliot), Pierre Marchais (chef de service psychiatrie), Jean Petitot (CREA, Ecole Polytechnique), Alain Prochiantz (ENS)

Pour en savoir plus
http://webcast.in2p3.fr/physiqueetconscience


L'ID en échec à Harrisburg
JPB 22/12/05

Est-ce un événement? La chose paraît tellement loin des préoccupations des Français s'intéressant à la science qu'elle ne mériterait pas d'être évoquée, si l'affaire n'avait pas été à ce point médiatisée.
Le juge fédéral John Jones du tribunal de Harrisburg, Pennsylvanie, a déclaré le 20 décembre qu'il était "inconstitutionnel, au nom de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, d'enseigner le dessein intelligent comme une alternative à l'évolution dans une classe de sciences d'une école publique". Il a fallu 6 semaines de procès avec experts et contre-experts pour arriver à cette décision de bon sens.
Mais il s'agissait d'un conflit idéologique de grande ampleur opposant les scientifiques aux chrétiens conservateurs eux-mêmes soutenus par le Président G.W.Bush. Bien que lui-même chrétien conservateur, le juge Jones a qualifié d'ineptie stupéfiante la décision du lycée de Dover, mettant sur le même pied l'ID et le darwinisme.

L'affaire en restera-t-elle là. On peut craindre de nouvelles offensives des "défenseurs des valeurs chrétiennes" curieusement alliés via de nombreux intérêts disposant de beaucoup d'argent, avec des fondamentalistes islamiques. L'administration fédérale, si anxieuse de lutter contre le terrorisme, ferait bien d'y regarder d'un peu plus près avant de prendre fait et cause pour eux. En France, le Parlement veut dicter aux historiens le contenu de ce qu'ils doivent enseigner. Aux Etats-Unis, la justice défend la science face aux intrusions de la politique.

Un blog sur la Singularité
JPB 21/12/05

Signalons aussi un blog récent qui présente différents événements ou projets intéressant l'avènement de la Singularité. C'est Accelerating Future, http://www.acceleratingfuture.com/michael/blog/ dont l'auteur est Michael Anissimov, membre actif du Singularity Institute http://www.singinst.org/, sur la liste de diffusion duquel (The Singularity Review) notre revue est inscrite. Ici est exploité avec beaucoup de compétence et d'imagination les idées de Ray Kurzweil sur la Singularité, dont nous vous avons beaucoup parlé. Nous vous recommandons de lire ou de parcourir leurs productions.

Un site pour expliquer la "systémique"
JPB 21/12/05

On sait que la systémique, ou science des systèmes, est généralement considérée comme obscure sinon peu scientifique. Le concept de système lui-même est susceptible de multiples emplois. Ce n'est pas une raison pour refuser d'y réfléchir. Le site Teri VAU http://www.terivau.org en propose une approche qui se veut à la fois ludique et savante. Il est en cours de construction, mais mérite la visite. C'est l'oeuvre d'une jeune ingénieure-système de 24 ans, Catherine Garaudel. Certes, certains regretteront l'abus d'images animées inutiles et l'appel à de trop nombreux documents en .pdf. Mais ce travail parvient à montrer que la pensée systémique est bien préférable, au moins dans la vie pratique, à ce que l'on appelle la pensée linéaire. Exemple simple trouvé sur le site: "Trois oiseaux sont sur une branche. Un chasseur pointe son fusil, tire et tue l’un des oiseaux. Question : combien d’oiseaux reste–il sur la branche ? Réponse: aucun, les deux survivants se sont envolés.".

Le problème de fond demeure. Que peut être le statut épistémologique du concept de système? Les systèmes sont-ils des réalités du monde, extérieures à l'homme ou ne s'agit-il que de créations de l'esprit humain, analogues aux images que construit notre cerveau en recevant les photons recueillis par nos yeux?


Des écrans spatiaux en forme de toiles d'araignées
JPB 20/12/05

L'Agence spatiale japonaise (Japanese Aerospace Exploration Agency) projette de lancer le 18 janvier 2006 un satellite nommé Furoshiki (le nom d'un châle utilisé par les beautés locales) qui inaugurera une série d'essais destinés à tester la possibilité de construire en orbite des écrans spatiaux de très grandes dimensions destinés à capter les rayons du soleil. Les premiers panneaux, légers et ressemblant à des toiles d'araignées, seront tissés par deux robots arpenteurs (crawlers) nommés RobySpace Junior 1 and 2. Ceux-ci opéreront entre trois points, le satellite principal et deux satellites annexes. disposés en triangle et convenablement écartés.

Les robots arpenteurs ont été conçus par le Professeur Kopacek de l'Université de Technologie de Vienne avec le soutien de l'Advanced Concepts Team de l'ESA.

L'objectif à terme, après divers essais sur lesquels nous ne nous étendons pas ici, devrait être de déployer dans l'espace de très vastes structures ultra-légères, capables de recueillir et concentrer vers la Terre l'énergie solaire. Ils pourront aussi servir d'antennes pour des observatoires en orbite. On sait que dans le domaine des structures spatiales légères de grandes dimensions, les projets d'applications ne manquent pas. Pour obtenir 1 milliard de Watts d'énergie solaire, il faudrait déployer un panneau d'environ 1 km2.

Pour en savoir plus
Article de l'ESA
http://www.esa.int/gsp/ACT/power/solar_power_satellites_furoshiki.htm


Un futur programme "Epigénome humain"
JPB 18/12/05

Après le programme Génome Humain, va-t-on voir se mettre en place un programme complémentaire qui s'appellerait "Epigénome humain". Un certain nombre de généticiens américains, s'intéressant particulièrement aux causes pouvant induire l'apparition de tumeurs cancéreuses, considèrent que les mutations altérant le capital génétique ne sont pas seules à prendre en considération. Pour Stephen Baylin, cancérologue à la Johns Hopkins University de Baltimore, Maryland, les changements "épigénétiques" sont aussi importants que les mutations de fragments de l'ADN pour initialiser un processus cancéreux. Ils résultent d'un processus appelé méthylation au cours duquel une petite molécule s'attache à l'ADN sans changer la séquence génétique mais avec la possibilité de bloquer l'expression d'un gène. On définit en effet la méthylation comme une modification de l'ADN qui modifie l'expression des gènes et qui est impliquée dans la différenciation cellulaire. Elle est étudiée depuis quelques années, mais l'idée de l'Human Epigenome Project serait d'en observer systématiquement les effets. Les changements épigénétiques peuvent en effet avoir une influence non seulement sur la production de cancers mais sur de nombreuses autres maladies, y compris dans le domaine des désordres neurologiques. Les cellules souches feraient également appel aux processus épigénétiques qui leur permettent d'activer ou d'inhiber leurs gènes lorsqu'elles se spécialisent.

Chaque type de cellule humaine est dotée d'un "appareillage" épigénétique. L'identifier permettra de mieux cibler les médicaments susceptibles d'interventions spécifiques. Ainsi pourraient être mises en lumière des parties de ce que l'on appelle le côté obscur (the dark side) du génome. Plusieurs recherches se sont développées ces dernières années pour explorer le volet épigénétique de chromosomes isolées. L' Human Epigenome Project aurait pour but de rassembler ces recherches et de les coordonner. Encore faudrait-il que le programme soit budgété. Les US National Institutes of Health ont décidé de financer la réalisation d'un Atlas du Cancer (The Cancer Genome Atlas) qui devrait comporter un volet épigénétique, mais cela ne sera pas suffisant, disent les promoteurs du programme Epigénome Humain

Pour en savoir plus
Sur la méthylation, voir http://www3.sympatico.ca/diane.demers/methadn/
La DNA Methylation Society http://www.dnamethsoc.com/
Article News Nature http://www.nature.com/news/2005/051212/pf/051212-13_pf.htm


L'Europe spatiale en assistance respiratoire
JPB 15/12/05 )

Réunis les 5 et 6 décembre à Berlin, les ministres représentant les 17 pays membres de l'Agence spatiale européenne, dont le Canada (ESA) sont parvenus à un accord qualifié par eux d'«historique» sur l'avenir de l'Agence de 2006 à 2010. Cet accord est également considéré par les observateurs comme un début de prise en compte par l'ensemble des pays européens de l'importance stratégique de l'espace.

Nous ne serons pas pour notre part aussi optimistes (voir notre article dans ce numéro). Beaucoup reste à faire, non seulement sur le plan budgétaire mais sur le plan des esprits, pour que les Européens comprennent que sans une politique affirmée de souveraineté spatiale, ils ne pèseront guère dans les décennies prochaines face aux Etats-Unis, plus que jamais décidés à affirmer leur domination globale. Face également à la Chine et à l'Inde, nouveaux entrants eux aussi décidés à faire de l'espace un domaine essentiel de souveraineté.

NB : Notons que la réunion ne concernait pas les questions du spatial européen de la défense, pourtant indissociable désormais de l'espace à finalité civile.


Le cerveau dans une assiette
JPB/CJ 13/12/05

Thomas DeMarse  et son "Brain-in-a-dish", boîte de Pétri contenant quelque 25000 neurones de rat vivants  © Ray Carson Brain-in-a-dish, le cerveau dans une assiette... Ainsi a été nommé le "cerveau" mixte réalisé par Thomas DeMarse, 39 ans, professeur assistant au département d'ingénierie biomédicale à l'Université de Floride et directeur du laboratoire de robotique et de computation neurales (Neural Robotics and Neural Computation Laboratory). Un grand nombre d'articles ont été écrits ces jours-ci sur cet exploit, car le scientifique, avec un sens aigu de la communication, a réussi à faire piloter un simulateur de vol d'un avion de chasse (F-22 ) par ledit cerveau.

Le disposittf comprend quelque 25.000 neurones vivants prélevés dans un cerveau de rat et cultivés dans une boîte de Pétri, laquelle contient aussi une grille de 60 microélectrodes reliées à un micro-ordinateur. Les neurones placés en désordre dans la boîte ont rapidement appris à se reconnaître eux-mêmes et à s'interconnecter, formant un réseau neuronal vivant, ceci jusqu'à devenir une unité logique de calcul. Les électrodes permettent d'adresser des informations venant de l'extérieur à ce système de neurones formels et de recevoir les informations provenant de son activité, le tout en relation avec les programmes de l'ordinateur.

Lorsque le simulateur de vol(1) a été connecté via ce dispositif au réseau de neurones, il a envoyé des informations sur les conditions de vol de l'avion, lesquelles, soumises à un humain dans les conditions d'emploi normales du simulateur, appellent de sa part des mesures de correction en cas de modifications anormales des paramètres du vol horizontal. Or, selon Thomas DeMarse, le cerveau de rat a progressivement appris à contrôler le vol comme l'aurait fait un humain, en analysant les données reçues et en corrigeant les ordres de vol dans un processus en feed-back constamment amélioré.

Pour les scientifiques, le contrôle de l'avion n'est évidemment pas assuré par un seul neurone, mais par l'ensemble. Il s'agit d'une "propriété émergente" de milliers de neurones connectés à un "corps" extérieur composé de l'ordinateur et du simulateur. On peut penser que les milliards de neurones du cerveau d'un animal vivant ont pu au cours de l'évolution de chaque espèce faire émerger les capacités de calcul permettant à cette espèce de contrôler son comportement dans son environnement. Des câblages ont été sélectionnés et transmis par l'hérédité. D'autres complètent les précédents au cours de l'apprentissage du jeune.

Ajoutons ici qu'il s'agit dans cette expérience de reconstituer des contrôles moteurs simples réalisés par un tissu nerveux lui-même extrêmement simplifié. Tout laisse à penser que sur un tel modèle, les "représentations" qui dans les organisations corticales à plusieurs étages sont générées, "émergent" elles-aussi, en accompagnement de l'activité des neurones sensori-moteurs n'ont pas pu se former dans le cerveau de rat étudié. Mais est-ce bien certain? Certains "neurones-miroirs" ne seraient-ils pas apparu, observant l'activité des autres? Il faudra certainement, dans des expériences futures, étudier de telles possibilités, avec la formation de structures hiérarchiques.

On voit en tous cas l'intérêt de ces expérimentations, qui ne demandent pas des moyens budgétaires énormes. Le laboratoire de Thomas DeMarse a reçu un contrat de 500.000 dollars de la NSF, ce qui serait à la portée du CNRS, si l'on s'intéressait en France à de telles questions fondamentales. On devine les multiples suites possibles qui vont être données à l'expérience relatée.

(1) L'avion virtuel est équipé d'une caméra à bord qui fournit des informations visuelles par l'intermédiaire de stimulation dans le réseau neurologique, alimentant dans celui-ci des informations sur l'horizon créé par le simulateur. Les neurones analysent et traitent les données, envoyant alors des signaux aux gouvernes de l'avion. Le défi est ici de déterminer un algorithme qui traduisent constamment ces signaux de manière à assurer un vol stable.

Pour en savoir plus
Page de Thomas DeMarse : http://www.bme.ufl.edu/newsroom/spotlights/detail_spotlight.php?SPOT_id=1
Article de Virtual Medical Worlds http://www.hoise.com/vmw/04/articles/vmw/LV-VM-11-04-29.html


Exploration spatiale télérobotique
JPB 11/12/05

On connaît mal en France le Centennial Challenge, concours organisé par la Nasa depuis le début de la décennie, destiné à encourager les recherches non conformistes sur de nombreux thèmes intéressant l'exploration spatiale sous ses diverses formes. Ce concours est doté de prix atteignant chaque année plusieurs dizaines de millions et est ouvert à tous, notamment aux petites entreprises et laboratoires innovants. On ne peut que regretter l'absence d'une telle formule en Europe, sous la responsabilité de l'Agence spatiale européenne. On imagine l'effet d'entraînement qu'elle pourrait avoir sur un certain nombre de chercheurs prêts à créer des start-up afin d'exploiter des idées en rupture avec le consensus académique ambiant, et qui ne trouvent pas, outre une écoute sympathique, les quelques centaines de milliers d'euros leur permettant de commencer à décoller.

Aujourd'hui, la Nasa offre deux prix de 250.000 dollars pour encourager l'utilisation des robots dans l'exploration planétaire et la construction automatique. Selon la revue NewScientistSpace, le premier, intitulé Telerobotic Construction Challenge, cherche à promouvoir des robots semi-autonomes pouvant construire des structures compliquées avec un minimum d'assistance humaine. Ceci signifie que les robots devront pouvoir rassembler des pièces mécaniques dispersées sur une aire de démonstration en utilisant leurs seuls capteurs sensoriels. Ils seront cependant pilotés par des opérateurs humains distants, mais ceux-ci ne verront les objets qu'à travers les capteurs du robot. De plus les ordres qu'ils enverront subiront un retard de transmission analogue à celui imposé par la communication avec un astre distant. Les spécialistes de la Nasa estiment que si de tels robots peuvent assembler efficacement des structures complexes, la construction des futures stations lunaires en sera considérablement facilitée.

Le second concours vise à obtenir un engin aérien sans équipage (drone) capable d'explorer des terrains inconnus en ne se guidant que sur des repères visuels. L'engin devra aussi pouvoir mettre en oeuvre un dispositif capable de prélever des échantillons du sol. Ce second type de robot est destiné à opérer sur des astres disposant d'une atmosphère, telle que celle dont est doté Titan, un satellite de Saturne.

Les travaux devraient commencer en 2007 et durer environ deux ans. La première sera administrée par la Spaceward Foundation de Mountain View (Californie), la seconde par le California Space Education and Workforce Institute de Santa Monica.

Ceci montre que tant la Nasa pour l'exploration spatiale que la Darpa concernant les systèmes militaires, comptent de plus en plus sur les possibilités des robots pour accomplir des tâches que des hommes seront longtemps incapables de faire, même en tenant compte de l'évolution technologique. On ne peut que regretter par comparaison l'état de jachère où est laissée la robotique, en France mais aussi (dans une moindre mesure) en Europe.

Notons cependant que les défis n'aboutissent pas toujours, du moins immédiatement. C'est ce qui est arrivé à un prototype destiné à tester le principe de l'ascenseur spatial, qui n'a pas vraiment réussi à décoller. Mais les promoteurs ne comptent pas abandonner.

Pour en savoir plus
Le Centennial Challenge http://exploration.nasa.gov/centennialchallenge/cc_index.html
Sur l'ascenseur spatial, voir l'article de NewScientistSpace http://www.newscientistspace.com/article/dn8203


Nouvelles avancée dans le domaine de l'information quantique
CJ 07/12/05

Résulltatts expérimentaux en terme de spectre du carbone 13  (qubit)et leur intensité intégréeLes chercheurs canadiens de l'Institut de Calcul Quantique (ICQ) de l'Université de Waterloo viennent de réaliser des avancées majeures en matière d'informations quantiques qui pourraient bientôt révolutionner le monde de l'informatique : c'est ce que montre l'étude dirigée par Raymond Laflamme, directeur de l'ICQ, publiée récemment dans la revue Nature(1)..
Si Raymond Laflamme a déjà prouvé qu'il est possible d'élaborer des ordinateurs quantiques, il est maintenant essentiel de mieux connaître les sources de bruit dans les dispositifs quantiques et de trouver la meilleure façon de contrôler les erreurs. En utilisant la résonance magnétique nucléaire, l'équipe de scientifiques a ainsi cherché à expliquer comment le calcul quantique utilise les lois qui gouvernent les atomes et les molécules, résultats qui permettraient de rendre le traitement de l'information quantique encore plus performant que nos ordinateurs actuels.
Les chercheurs ont ainsi découvert qu'un élément clé de cette étude était d'initialiser des porteurs d'information quantique (qubits) tout en maîtrisant leur température. Pour cela, ils ont appliqué une nouvelle technique de refroidissement algorithmique, appelée "Heat-Bath Algorithmic Cooling", qui permet de générer des spins hautement polarisés et pourrait donc améliorer la force du signal en spectroscopie de la résonance magnétique nucléaire. La méthode combine des transformations réversibles et irréversibles avec l'environnement, en utilisant des techniques simples de calculs quantiques pour améliorer de façon considérable la polarisation des spins, bien au-delà des résultats précédemment obtenus avec la théorie de l'information de Shannon.

Pour en savoir plus :
Nature 438 du 24 novembre 2005, pages 470 à 473 : Experimental implementation of heat-bath algorithmic cooling using solid-state nuclear magnetic resonance, par J Baugh, O. Moussa, C. A.
Ryan, A. Naya et R. Laflamme [lire l'abstract
Institute for quantum computing : http://www.iqc.ca
Page web de Raymond Laflamme : http://www.iqc.ca/people/rlaflamme/
Voir aussi notre article du 29 janvier 2005 :
Pour un grand programme européen, l'ordinateur quantique


Une forme de dialecte chez les singes, en fonction de l'habitat...
CJ 07/12/05


Femelle macaque du Mont OhiraLes singes d'une même espèce développeraient une forme de communication différente selon leur environnement : voici la conclusion d'une étude menée par l'équipe du professeur Nobuo Masataka (Primat Research Institute, Université de Kyoto) qui vient de paraître dans la revue Ethology(1). Les travaux rapportent que l'équipe de scientifiques a étudié pendant 10 ans deux populations distinctes de macaques japonais (Macaca fuscata yakui) : le premier groupe comprenant 23 femelles habitant l'ile de Yakushima, et le second composé 30 femelles de la même espèce - car descendant directement des femelles du premier groupe - et transférés en 1956 de l'île de Yakushima jusqu'au Mont Ohira (préfecture d'Aïchi).

Les chercheurs ont constaté que les macaques du Mont Ohira avaient changé la fréquence de leurs appels de reconnaissance, suggérant une adaptation de leur système de communication à leur habitat. En effet, la densité de la forêt de l'île de Yakushima est telle qu'elle impose aux macaques des cris de fréquence plus élevée pour se faire entendre (de l'ordre de 780 Hz). Pour leur part, les bois du Mt Ohira, plus clairsemés, permettent la propagation de fréquences plus graves (environ 670 Hz).
Alors qu'on n'observe au départ aucune différence de fréquence entre les jeunes macaques des deux groupes, le contraste apparaît vers l'âge de 10 mois, ce qui correspond à la fin de l'apprentissage du langage chez cette espèce(2).

Ainsi, pour Nobuo Masataka, l'étude suggère donc que cette différence ne serait pas causée par les gènes, "chaque groupe a adopté son propre "accent", dépendant de l'environnement où il vit, ajoutant que ces résultats peuvent apporter une meilleures compréhension des origines du langage chez l'homme.

(1) Revue scientifique allemande - Edition du 5 décembre 2005
(2)
Age de 3 ans chez les humains.


Giove A, premier satellite Galiléo, sur le départ
JPB 01/12/05

Satellite GIOVA satellite et son environnement dans leurs containers, roulant vers Schihpol Airport - Photo : ESAL'Esa annonce le départ du satellite GIOVE A, premier de la série des Galiléo, non pour l'espace mais pour son site de lancement à Baïkonour. Le satellite, à partir du Centre de conditionnement de l'Esa en Hollande (Estec, European Space Research and Technology Centre) qu'il a quitté par la route puis par avion le 29 septembre, sera placé sur un lanceur Soyouz Fregat russe. Le lancement définitif est prévu pour fin décembre.

Ce satellite et son double Giove B, en cours de conditionnement, constituent les éléments d'un dispositif de validation en orbite (Galileo In-Orbit Validation ou IOV) qui a pour objectif de vérifier l'ensemble des dispositifs techniques, de démontrer la faisabilité de l'émission des coordonnées spatiales et temporelles permettant la précision de localisation recherchée (moins de 50 cm d'indétermination) et de sécuriser les gammes de fréquences utilisées.

Giove A a été développé par l'entreprise Surrey Satellite Technology Ltd (UK). Galileo Industries (GaIn) développe de son côté le satellite Giove.B. GaIn est un consortium européen comprenant Alcatel Alenia Space (F/I), Astrium (D/UK) et Galileo Sistemas y Servicios (E). Il sera lancé en 2006 après passage par l'ESTEC.

La phase suivante de Galileo IOV consistera à déployer 2 autres satellites, l'ensemble précédant les 30 satellites représentant le système Galiléo complet. On appréciera l'effort de coopération entre nombreux industriels et personnels européens que représente l'ingénierie et le management d'un tel système. Il était temps que les premières opérations en vol se précisent, grâce à la pression mise sur les Etats bailleurs de fonds par l'Esa. Certains observateurs commençaient à douter de l'avenir du système européen.

 

 


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