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Octobre 2006
Le
pape critique le "cauchemar" de la recherche expérimentale
sur l'intelligence artificielle
Christophe Jacquemin (21/10/06)
Dans
un discours (cf
discours, en italien) prononcé le 21 octobre à
l'université pontificale du Latran à Rome , le pape
Benoît XVI s'est inquiété du "caractère
dramatique" de "la crise de culture et d'identité"
du monde contemporain, estimant que la science actuelle privilégiait
"le faire" sur "l'être" au mépris
des besoins profonds de l'homme. Il a notamment critiqué
le "cauchemar" de la recherche expérimentale en
matière d'intelligence artificielle qui oublie, selon lui,
"que la science doit toujours travailler à la sauvegarde
de l'homme" : "Le contexte contemporain semble
donner la primauté à une intelligence artificielle
qui devient toujours plus le cauchemar de la technique expérimentale
et oublie que la science doit toujours travailler à la sauvegarde
de l'homme", a-t-il dit.
On aurait aimé savoir ici ce qu'entend exactement le Pape
: que l'IA travaille à la perte de l'homme ?
On peut alors se demander à quoi servent les recherches sur
les prothèses, les robots d'interventions en milieu hostile,
les outils en IA pour la détection des feux de forêts,
la modélisation des mouvements de foules via multiagents,
ce qui peut conduire à mieux concevoir les issues de secours
dans les bâtiments(1)).
Et que dire alors des représentants du Conseil Pontifical
pour la Culture ou de l'Académie pontificale des sciences(2)
qui ne se privent pas d'utiliser les avancées de l'IA sur
la fouille de données, pour justement se tenir au courant
des avancées du domaine.
Faut-il
appeler un chat un chat ? Le Pape parlait-il ici des "cognitive
systems" (que j'aime bien traduire par "systèmes
à conscience artificielle"(3)),
ou encore du transhumanisme(4)
?
Pour
notre part, signalons la conférence "Artificialisation
de l'esprit : modèles et simulation, un état de la
recherche", par Jean-Paul Baquiast et Alain Cardon, qui se
tiendra le 14 novembre au sein du cycle "Explication, modélisation,
simulation : problèmes pour l'unité de la science"
organisé d'octobre à juin par l'Association pour les
études matérialistes(5))
et la revue Matière Première(6),
en collaboration avec le Muséum national d'histoire naturelle.
Lieu des conférences : Lieu : Muséum national d'histoire
naturelle, amphithéâtre Rouelle (bâtiment de
la Baleine), 57 rue Cuvier, 75005 Paris, après le porche,
à gauche, contourner le grand amphi, passer devant les kangourous,
porte grise en face.
De 18 h 00 à 20 h 00 (ou 20 h 30, si besoin) (entrée
libre).
Consulter
le programme (format pdf)

L'église défend le dessein intelligent. Opposons-lui
des dessins intelligents
(1)
Recherches menées par MASA-SCI, entreprise issue du groupe
de Bioinformatique de l'Ecole Normale Supérieure : http://www.masa-sci.com/excohue.htm
(2) Voir notre chronique "Deux
chercheurs français de renom entrent à l'Académie
Pontificale des Sciences" (19 octobre 1999) http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/science/actu/1999/
1999octo.htm#pontifica
(3) Voir l'article
"Réalisation d'un système de comportement intelligent,
intentionnel et autonome avec production d'émotions destiné
à divers types de robots" http://www.automatesintelligents.com/labo/2005/jui/cardon1.html
(4) Voir Interview de Nick Bostrom
: www.automatesintelligents.com/interviews/2005/sept/bostrom.html
(5) http://www.assomat.info
(6) http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2006/fev/matierepremiere.html
Les
racines animales de la morale
Jean Paul Baquiast (17/10/06)
Ce
thème a inspiré, on le devine, un nombre immense de
livres et d'articles. Ceux qui tiennent actuellement les feux de
la rampe sont les ouvrages du primatologiste Frans de Wall, que
nous avons plusieurs fois cité dans cette revue. Les lecteurs
non anglophones pourront lire "Le singe en nous", traduit
en français, dont l'édition originale, Our Inner
Ape, date de 2005. Les anglophones liront le tout récent
(septembre 2006) " Primates and Philosophers: How Morality
Evolved" (The University Center for Human Values Series)
par Frans de Waal, Stephen Macedo et Josiah Ober.
Frans
de Waal est professeur à l'Université Emory, aux Etats-Unis
et directeur du Living Links Center au Yerkes National Primate Research
Center d'Atlanta, Georgie. Toute son oeuvre tend à montrer
que les racines de la cognition et de sa forme particulière,
la conscience de soi et de l'autre générant ce que
nous appellerions des émotions puis des comportements moraux,
se retrouvent facilement chez les animaux dits "évolués",
notamment les grands singes. Il s'agit évidemment de formes
frustes mais néanmoins indiscutables. Les singes ne sont
d'ailleurs pas les seuls à faire montre de tels comportements.
Des études menées sur les souris à l'Université
McGill de Montréal les ont également mis en évidence.
Ces
études contredisent les néo-kantiens qui attribuent
la morale humaine à des raisonnements rationnels, pouvant
d'ailleurs être égoïstes ("grattez un altruiste,
avait dit élégamment le biologiste Michaël Ghiselin
de l'Académie des Sciences de Californie et vous verrez saigner
un hypocrite"). Ce sont au contraire les émotions qui
pilotent un très grand nombre de comportements sociaux, que
selon notre culture, nous assimilons à de la moralité
ou à de l'immoralité.
La
lecture des ouvrages de Frans de Waal donne d’utiles informations
sur les règles sociales que pratiquent les grands singes,
les animaux les plus proches de nous. Ces règles ne sont
évidemment pas édictées sous forme verbale.
Elles ne sont pas non plus perçues (percepts) comme le sont
des émotions telles que la peur ou le désir. Néanmoins
elles sont bien implantées dans les comportements et sont
mises en œuvre avec une grande régularité, que
l’animal soit observé dans son milieu naturel ou en
captivité. On peut penser qu’elles résultent
d’une longue évolution ayant amené à
sélectionner, après essais et erreurs, ce qui était
le plus profitable à la survie d’une espèce
donnée dans un habitat donnée. Elles relèvent
certainement de l’épigénétique, c'est-à-dire
à la fois de l’inscription dans les génomes
et de la construction par la pratique innovante et l’exemple.
On note que les comportements que nous qualifierions par abus du
langage anthropomorphique de « moraux » sont parfois
différents selon qu’il s’agisse des bonobos ou
des chimpanzés, principalement étudiés par
Frans de Waal. Ils peuvent différer aussi dans chaque espèce
selon le caractère de chaque individu. Ainsi les bonobos
font preuve d’une grande capacité d’empathie
et de sympathie, qualités considérées comme
des vertus morales chez les humains. Ils ont éliminé
l’infanticide, courant dans d’autres espèces
du fait que le mâle dominant tue les descendants de son rival
quand il l’a éliminé. L’infanticide devient
impossible chez les bonobos car ils pratiquent la fécondation
croisée, laquelle ne permet pas d’identifier les pères.
C’est donc la femelle qui domine la société.
Ce n’est pas un choix moral, mais c’est cependant un
choix acquis au niveau du super-organisme qu’est l’espèce.
Bonobos et chimpanzés sont également capables de soigner
des compagnons blessés ou de secourir soit un des leurs,
soit un autre animal en difficulté. Les chimpanzés,
de leur côté, sont souvent querelleurs et violents.
La force y est particulièrement respectée. Ils pratiquent
coalitions et alliances avec beaucoup de constance. On retrouve
là d’autres qualités valorisées dans
les codes moraux humains.
A partir de ces exemples, en s’appuyant sur les rares vestiges
et l’observation des tribus mélanésiennes restées
sans doute assez proches de nos ancêtres paléolithiques,
on peut imaginer comment les rituels précédents se
sont « durcis » et « rationalisés »
chez les prédécesseurs et contemporains de l’homo
sapiens, ainsi que dans les différentes branches de sapiens,
exposées à des conditions de vie différentes.
Frans de Waal affirme que c’est l’établissement
de relations de couples, grâce auxquelles les hommes et les
femmes s’occupent ensemble de leurs enfants, qui a été
déterminant pour le progrès des hominiens. Une relation
de couple signifie l’instauration d’une famille dite
nucléaire, où les pères cessent de se battre
pour les femelles et peuvent s’investir dans les soins parentaux
et dans la vie collective, de même que les femmes le peuvent
dans les tâches qui leur sont réservées. Mais
la sexualité doit y être maîtrisée, voire
pratiquement refoulée en dehors de la période de la
fécondation. Ce qui suppose nombre d’interdits ou tabous.
Ce n’est qu’une hypothèse, que refuseraient sans
doute d’autres anthropologues, mais elle est intéressante.
On pourrait y voir la source de l’interdiction de la sexualité
libre, de l’adultère et de l’inceste parents-enfants.
La sexualité humaine serait cependant restée rebelle
à l’éradication culturelle, ce qui multiplie
les occasions de péchés, de repentirs et de punitions,
pour le plus grand profit des églises.
Une conséquence collatérale des travaux de Frans de
Waal devrait être de rendre de plus en plus insupportable
la destruction probable, par l'espèce humaine, des espèces
survivantes de grands singes. Malheureusment, on en parle mais on
laisse faire. Il faut bien que les rebelles armés de la si
bien nommée République populaire de Congo se nourrissent.
Un
accélérateur magnétique pour propulser des
satellites en orbite
Jean Paul Baquiast 13/10/06
L'US
Air Force (Office of Scientific Research) finance actuellement une
étude de 2 ans visant à développer un anneau
prototype composants d'aimants superconducteurs organisés
sur le modèle et à la taille d'un accélérateur
de particules.
L'utilisation
d'aimants pour accélérer des objets avait déjà
été expérimentée, mais en droite ligne,
donc sans pouvoir impulser une vitesse suffisante. Dans une configuration
circulaire, l'accélération peut croître progressivement,
jusqu'à atteindre la vitesse d'éjection. Au point
même que certains craignent qu'elle ne puisse causer des dommages
aux satellites ainsi accélérés.
L'anneau aurait un diamètre de 2 km et serait installé
dans un site géographique bien dégagé. Le satellite,
convenablement protégé contre la chaleur, serait placé
sur un chariot sensible à l'effet magnétique. Lorsque
la vitesse d'éjection de 10 km/s serait atteinte, il en serait
détaché par des dispositifs pyrotechniques. Il emprunterait
alors un tunnel qui le dirigerait sur une rampe inclinée
de 30° sur l'horizon d'où il jaillirait à la vitesse
de 8 km/s, soit 23 fois la vitesse du son. Une fusée d'appoint
permettrait de préciser sa trajectoire.
Le
système servirait à lancer de petits satellites d'une
dizaine de kgs pouvant faire partie de systèmes d'armes déployés
en orbite. Il pourrait aussi envoyer des satellites-ravitailleurs
insensibles aux fortes accélérations. Ceux-ci emporteraient
des charges plus importantes vers la Station Spatiale ou des capsules
en orbite.
De
nombreuses difficultés seront encore à résoudre,
mais en cas de succès, l'anneau magnétique pourrait
procéder de 300 à 3.000 tirs par an. En ce cas, le
coût du kg en orbite pourrait tomber à 190 dollars.
Il est actuellement cent fois supérieur.
Si
le projet se déroule convenablement, un premier anneau pilote
de seulement 20 à 50 m. de diamètre pourrait être
construit. Mais la question de la protection d'un tel équipement
contre des attaques extérieures devra être résolue.
Pour
en savoir plus
http://www.newscientistspace.com/article/dn10180
LaunchPoint Technologies
http://www.launchpnt.com/
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