| |
Juin
2009
Utilisation
militaire des tags et répondeurs pour la localisation des
cibles
Jean-Paul Baquiast - 07/06/2009 
Dans
un article précédent, nous avons mentionné
le rôle essentiel que prennent désormais dans les forces
armées américaines les drones ou UAV (Unmanned Armed
Vehicles). Ceux-ci sont de plus de plus dotés de capacités
robotiques les rendant aptes à opérer sans contrôle
humain, fut-il distant. Les UAV emportent différentes armes
destinées à des frappes très sélectives,
visant un immeuble, un véhicule, un homme bien déterminés.
On considérait généralement que pour ce faire,
des agents appartenant à des troupes spéciales à
terre localisaient en temps réel les objectifs au profit
des drones.
Depuis
quelques années cependant, la CIA et d'autres agences américaines
ont fait développer des étiquettes électroniques
ou répondeurs, sur le modèle des puces RFID utilisées
dans le commerce, permettant d'identifier des cibles à relativement
longue distance et sans imposer la présence d'un indicateur
humain lors de l'attaque. Il suffit de taguer, si besoin longtemps
à l'avance, les dites cibles. S'il s'agit de véhicules
ou d'humains, ceux-ci emporteront avec eux le répondeur qui
causera leur perte le moment venu. Ces technologies, classées
Secret Défense, répondent au nom de TTL pour Tagging
tracking and locating devices.
L'information
à leur égard commence à circuler. Un article
de Wired, cité en note, en propose un recensement
intéressant. Il semblerait que les TTL ont depuis déjà
plusieurs années été utilisés en Irak,
avant de l'être aujourd'hui au Pakistan et en Afghanistan.
Ils auraient permis l'élimination discrète d'un certain
nombre de responsables parmi les "insurgés" et
autres chefs talibans, dans des conditions qui apparaissaient mystérieuses
lorsque ces éliminations avaient été rendues
publiques. L''US Army considère qu'elle dispose là
d'une "arme secrète" de grande valeur. Des centaines
de millions de dollars ont été dépensés
par la Darpa pour développer les produits correspondants.
.
Il
s'agit de réflecteurs radar, de puces RFID, de balises permettant
le "homing", tous dispositifs extrèmement puissants
bien que miniaturisés, de façon à pouvoir être
dissimulés dans des objets très ordinaires, jouets,
vêtements, journaux. Ce sont des versions militaires dérivées
de produits existant déjà dans le commerce, pour l'identification
radio et internet des objets dits intelligents. Des industriels
travaillant pour la défense, tels EWA Government Systems
Inc ou Sandia National Laboratories produisent des versions duales
de ces dispositifs, dont l'usage dans la société civile
se répand de plus en plus.
Les
versions militaires sont évidemment plus coûteuses
et plus performantes, puisqu'elles peuvent être activées
à des distances de plusieurs kilomètres, à
travers divers obstacles tels que murs ou parois de véhicules.
Des teintures (dye) invisibles, sensibles aux détections,
dont seraient marquées à leur insu des personnes suspectées
de terrorisme, sont par ailleurs étudiées. Le complément
des tags sont des capteurs susceptibles d'être utilisés
manuellement et surtout d'être embarqués à bord
des UAV et les missiles radio-guidés.
Au-delà de ces TTL, la 2006 Quadrennial Defense Review du
Pentagone a recommandé d'étudier diverses techniques
chimiques d'identification des individus, notamment par leurs odeurs
personnelles ou les émanations provenant de blessures corporelles,
susceptibles aussi bien d'aider à rechercher des victimes
dans une catastrophe que des "terroristes" en fuite dans
un environnement urbain.
L'article
de Wired est diversement accueilli par les internautes. Les
uns s'inquiètent à juste titre des risques pour les
droits individuels découlant de la généralisation
de telles méthodes appliquées à la vie civile.
Les autres au contraire considèrent que, si elles peuvent
servir au repérage et à la destruction des "bad
guys" (vaste rubrique), ce sera une excellente chose.
A la limite, ils blâment Wired d'en faire publiquement état.
Pour
en savoir plus
Article
de Wired :
http://www.wired.com/dangerroom/2009/06/inside-the-militarys-secret-terror-tagging-tech/
Notre
article sur les UAV
: http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2009/97/UAV.htm
Iter
: un scénario moins ambitieux mais sans doute plus réaliste
Jean-Paul Baquiast - 07/06/2009 
Face
à la montée des coûts de développement
du programme Iter, destiné à réaliser les premiers
éléments d’un réacteur international
à fusion nucléaire, les responsables du projet discutent
actuellement d’un “scénario 1” qui sera
vraisemblablement adopté en juin-novembre 2009. Les réductions
budgétaires et la hausse des prix de certains composants
obligeraient à définir un planning de réalisation
plus long que prévu, et aux spécifications réduites.
Dans le cadre du scénario 1, le réacteur expérimental
sera initialement construit sans certains composants cruciaux mais
coûteux. Il s’agirait notamment du bouclier interne
servant de protection et aussi de banc de test pour de nouveaux
matériaux destinés à résister aux neutrons
rapides qui seront générés. L’installation
d’autres dispositifs permettant d’utiliser du deutérium
et du tritium comme combustible sera retardée. Iter ne fera
appel dans un premier temps qu’à des plasmas d’hydrogène.
Les
scientifiques et ingénieurs, dirigés par Norbert Holtkamp,
principal deputy director general), considèrent
que ce scénario est le seul réaliste. Il permettra
de vérifier que le dispositif sera opérationnel avant
que l’on y injecte du tritium, qui en rendra beaucoup de parties
inaccessibles.
Il faut ajouter que les modalités administratives de gestion
du projet rencontrent beaucoup de difficultés de mise en
place, compte tenu du caractère international de l’opération.
Enfin, comme prévisible, des jalousies latentes et procès
d’intention entre pays partenaires ne cessent de nuire au
déroulement du programme, au moins au niveau politique. Les
Etats-Unis sembleraient faire montre d’une particulière
agressivité. Rappelons que c’est l’éminent
scientifique français Robert Aymar, responsable jusqu’alors
du Tokamak du CEA à Cadarache, qui a réalisé
le premier dessein du futur système.
Nous pensons pour notre part que toutes ces difficultés ne
devraient pas être une raison pour réduire à
l’excès les ambitions du projet, ni en performances
ni en délais. Le réchauffement climatique grandissant
rend l’énergie de fusion de plus en plus vitale pour
l’humanité. Quelques milliards de plus ou de moins
ne devraient pas entrer dans la balance coûts-avantages.
Inutile
de dire que les anti-nucléaires de toutes origines font plus
que jamais campagne pour l'abandon du programme Iter, en mêlant
allègrement les enjeux de la fusion et ceux de la fission.
Pour
en savoir plus
Article
de Nature :
http://www.nature.com/news/2009/090527/full/459488a.html
Site
ITER : http://www.iter.org/default.aspx
Serge
Haroche, médaille
d'or 2009 du CNRS
Jean-Paul Baquiast - 03/06/2009
La
Médaille d'or 2009 du CNRS a été décernée
au physicien Serge Haroche. Cette distinction récompense
une personnalité scientifique dont les travaux ont contribué
de manière exceptionnelle au dynamisme et au rayonnement
de la recherche française. Serge Haroche est spécialiste
de physique atomique et d'optique quantique. Il est l'un des fondateurs
de l'électrodynamique quantique en cavité, domaine
qui permet, par des expériences conceptuellement simples,
d'éclairer les fondements de la théorie quantique
et de réaliser des prototypes de systèmes de traitement
quantique de l'information. Professeur au Collège de France
depuis 2001, Serge Haroche dirige le groupe d'électrodynamique
des systèmes simples au sein du laboratoire Kastler Brossel
(École normale supérieure/Université Pierre
et Marie Curie/CNRS).
Ce
scientifique s'est fait récemment connaïtre du grand
public par la mise au point d'un "piège à photons"
permettant d’observer un seul photon à la fois, sans
le détruire. Avec Michel
Brune et leurs collègues du laboratoire Kastler Brossel,
ils ont emprisonné dans un boitier aux parois réfléchissantes,
refroidi à une température proche du zéro absolu,
un photon isolé, ceci pendant quelques centièmes de
seconde. Le photon pendant cette période, a rebondi 1 milliard
de fois et parcouru 40.000 km.
Le
photon, particule élémentaire ou quantum de la lumière,
est normalement détruit lorsqu’il est observé,
le détecteur absorbant son énergie. L’équipe
a mis au point une boîte à photon qui permet de l’étudier
sans le détruire. Il s’agit d’une cavité
composée de deux miroirs supraconducteurs, séparés
de seulement 2,7 cm et refroidis à une température
approchant le zéro absolu (–273°C)
(photo)
Au
lieu d'introduire dans cette boîte des atomes capables d’absorber
les photons, comme dans les dispositifs habituels, les chercheurs
ont choisi des atomes qui ne peuvent pas absorber l’énergie
du grain de lumière. En revanche, le champ électrique
du photon modifie légèrement l’orbite des électrons
autour du noyau de l’atome. Ainsi, en repérant cette
subtile différence, ils peuvent détecter le passage
du photon dans la boîte et le mesurer plusieurs fois de suite.
Le photon apparaît et disparaît soudainement dans la
cavité. Il se produit alors un saut quantique : le photon
passe d’un état à un autre de façon inattendue.
Ces sauts avaient été observés avec des électrons,
des ions mais jamais avec des photons .
Serge
Haroche est par ailleurs un fervent défenseur de la recherche
fondamentale. Comme beaucoup de grands scientifiques, il déplore
la politique gouvernementala actuelle, qui vise en priorité
les résultats économiques (NDLR: lesquels ne sont
d'ailleurs pas toujours au rendez-vous). La richesse d'un pays repose
pour lui dans le nombre et la qualité de ses chercheurs et
de ses enseignants. Supprimer des postes et généraliser
des conditions de travail misérables ne rend pas service
à la collectivité. Nous ne pouvons qu'approuver ce
diagnostic.
Pour
en savoir plus
Communiqué
du CNRS : http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1606.htm
Wikipedia
: http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Haroche
Sur la
"boite à photons"
Communiqué
du CNRS :
http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1049.htm
Article
dans Nature Quantum jumps of light recording the birth and death
of a photon in a cavity, Sébastien Gleyzes, Stefan Kuhr,
Christine Guerlin, Julien Bernu, Samuel Deléglise1, Ulrich
Busk Hoff, Michel Brune, Jean-Michel Raimond, Serge Haroche, Nature,
15 mars 2007
Le
Centre d'analyse stratégique s'intéresse à la
biologie synthétique
Communiqué
Les
Notes de Veille 2009 n°136 et 137 du Centre d'analyse stratégique
viennent de paraître.
http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=997
Au Sommaire : La biologie synthétique - De la bioingénierie
à la bioéthique
La biologie synthétique est un nouveau domaine de recherche
en plein essor, à l'interface entre la biologie moléculaire
et les sciences de l'ingénieur. Son principe est d'utiliser
des composants biologiques connus (gènes, promoteurs, protéines,
etc.) pour modifier le comportement des cellules à des fins
utiles. Ses applications potentielles vont de la synthèse
de médicaments à la production de biocarburants en
passant par la création de biomatériaux. Ce domaine
pose cependant de nombreuses questions économiques, sociales,
environnementales et éthiques à la hauteur de ses
applications.
Note de Veille n° 136 (Juin 2009)
Vers une bioindustrie de synthèse ?
La biologie synthétique consiste à organiser des éléments
d'information génétique (des gènes, leurs éléments
de régulation et leurs partenaires) pour créer des
fonctions biologiques nouvelles. Ainsi, on ne considère plus
la cellule et son patrimoine génétique comme une entité
vivante mais comme une librairie de fonctions, qu'on peut réorganiser
selon les finalités souhaitées. Les opérations
programmées peuvent être des fonctions spécialisées,
utiles pour une application, ou bien un moyen d'acquérir
des connaissances biologiques nouvelles. Les applications potentielles
de la biologie synthétique sont d'ores et déjà
variées et prometteuses. Elles mobilisent de nombreux acteurs,
essentiellement américains, qui, des laboratoires publics
et privés aux industriels de la chimie, de l'énergie,
de l'agriculture ou encore de la pharmacie, en passant notamment
par des start-up synthétisant des fragments d'ADN, jettent
les bases d'une bioindustrie de synthèse.
http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteVeille136-1.pdf
Note de Veille n° 137 (Juin 2009)
Les enjeux des futurs organismes vivants synthétiques
À l'instar d'autres technologies, la biologie synthétique
nous ferait entrer, selon certains spécialistes, dans une
nouvelle ère, celle de la « biolithique », où
le vivant devient l'outil. Chaque avancée de la recherche
biologique contient son lot d'interrogations sur les implications
juridiques (propriété intellectuelle), sanitaires,
environnementales, sociales et éthiques des applications
possibles de ces découvertes. Que voulons-nous faire de ces
technologies du vivant ? Quels risques sont acceptables ? Quelles
conséquences ces représentations nouvelles peuvent-elles
avoir sur nos systèmes de valeurs, notre conception de la
vie ? À ces questions anciennes, le développement
de la biologie synthétique donne de nouvelles dimensions.
Par les enjeux majeurs qu'elle recouvre en matière de sécurité,
de protection et de contrôle, cette technologie émergente
amène à repenser les relations entre la vie et le
« pouvoir ».
Les enjeux de la propriété intellectuelle : quelle
alternative aux monopoles sur la vie synthétique ?
De la biosûreté à l'éthique : de nouvelles
questions posées par la biologie synthétique ?
Quelles régulations de la biologie synthétique ?
http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteVeille137-1.pdf
Automates
Intelligents © 2009
|
|