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Comme nous l'avions indiqué
dans un précédent
numéro, Philippe Sayouz et TALIA Films, département
de T.I.L. Productions, en coproduction avec les villes de
Neuchâtel et de la Chaux-de-Fonds, ont réalisé
un film de 40 minutes consacré à l'oeuvre
de Pierre Jacquet-Droz, pendulier de son état, qui
fabriqua entre 1970 et 1973 une remarquable famille de trois
automates, les Androïdes. Ce film est disponible en
cassette vidéo couleur.
TALIA films
présente également en cassette une réédition
d'un film conçu par Olivier Roux et réalisé
par Jean Cadran en 1978, "La Musicienne", qui détaille
la construction et la reconstruction par Dominique Loiseau
de l'une de ses androïdes, la joueuse de clavecin (dite
aussi "La Musicienne").
Pour en savoir plus : Philippe Sayouz,
T.I.L.Productions Productions et formations audiovisuelles,
Galerie Le Sévrien,
99-103, rue de Sèvres, 75006 Paris
Tel : 01 42 22 91 73
E mail : tilproduction@online.fr Le musée de l'automate :
http://www.automates-anciens.com/
Les deux films présentés ici nous font
mieux mesurer l'espèce de miracle technologique qu'ont représentés
les automates mécaniques qui se généralisèrent
en Europe au 18e siècle. Ils s'inscrivaient dans une longue
tradition de la mécanique horlogère de précision,
dont le chef-d'uvre à cette époque fut le chronomètre
de marine ou garde-temps. Mais toute grande horloge municipale qui
se respectait se devait de montrer des personnages animés.
Il ne s'agissait donc pas d'inventions ex-nihilo. Des enjeux de
pouvoir, tant au plan des Etats que des villes, encourageaient ces
productions.
Par ailleurs, les philosophes et naturalistes du siècle
des lumières avaient entrepris les premiers travaux détaillés
d'anatomie et physiologie animale et humaine. Des modèles
relativement précis du fonctionnement des membres et des
viscères avaient été obtenus. L'idée
s'était répandue que le corps humain pouvait être
assimilé à une machine, et reproduit avec les moyens
du moment. Dernier point enfin, le concept de programme enregistré
avait été inventé sous différentes formes,
boites à musique, orgues de barbarie. Tout était donc
réuni pour produire de véritables androïdes.
Il reste que les techniques disponibles restaient très
artisanales, et qu'aucun mécène n'avait décidé
d'encourager les inventeurs. C'est le mérite des deux films
de Philippe Sayouz que nous montrer la genèse du chef-d'uvre.
Dans le cas de Pierre Jacquet-Droz, le déclencheur fut apparemment
le désir un peu fou de faire revivre en image son épouse
et sa fille enlevés par la maladie. On imagine le fantasme
ayant pu pousser cet homme à dépasser la nature dans
la représentation. Les films montrent aussi les techniques
utilisées, la scie à métaux, la lime, la pince
principalement, avec le résultat admirable de mécanismes
d'horlogerie d'une complexité et d'une précision extrême,
esthétiquement beaux par ailleurs.
Les deux films évoquent aussi l'accueil fait
par les puissants de l'époque à ces réalisations.
Eux-mêmes aussi certainement se projetèrent fantasmatiquement
dans des créatures apparemment douées de mouvements
autonomes, capables d'écrire et dessiner. Le corps prenant
sans doute grâce à elles sa revanche sur l'âme.
Les films sont très esthétiques. Mais
sur le plan des techniques utilisées, le spectateur restera
cependant un peu sur sa faim. On aurait aimé en effet quelques
commentaires complémentaires sur la conception et le fonctionnement
des automates, ainsi d'ailleurs que sur les épures et maquettes
ayant sans doute précédé leur réalisation.
Mais peut-être ces documents n'ont-ils pas été
conservés. Il reste à imaginer tout ce que devait
contenir le cerveau de l'artisan pour mener à bien en si
peu de temps, et avec si peu de compagnons, une oeuvre de cette
ampleur. Les cathédrales et les vaisseaux de ligne étaient
aussi des systèmes complexes réalisés avec
très peu de calculs préliminaires. Mais là,
des milliers de gens et une tradition multiséculaire assistaient
les architectes. Ce ne fut sans doute pas le cas pour ce qui concernait
nos vaillants horlogers automaticiens.
Courrier de Philippe Sayouz envoyé à Automates
Intelligents,
donnant quelques précisions sur les conditions de
fabrication des automates au 18e siècle
Les
films sont disponibles dans certains musées français
et suisses: en France il s'agit du Musée des automates
de Grenoble, du Musée de la musique mécanique
des Gets. Je suis en négociation avec des distributeurs.
On peut aussi les trouver par correspondance à mon
numéro de téléphone ou sur mon site.
J'ai bien lu votre chronique concernant la présentation
des cassettes. Il n'existe en effet aucune archive connue
concernant les plans des androïdes Jaquet-Droz. Aucun
des Musées suisses n'en dispose. Il faut savoir de
toute manière qu'au XVIIIème siècle
les créateurs d'automates perfectionnés étaient
très souvent copiés. Vaucanson, lui-même,
avait vu se multiplier en son temps un certain nombre de
canards digérateurs. On sait (Olivier ROUX) que dès
la création du premier androïde de Vaucanson
(1730) et donc, bien avant les androïdes des Jaquet-Droz,
que celui-ci avait détruit une partie de ses plans
et surtout truffé volontairement les plans restants
d'erreurs. Ceci, a été démontré
par des restaurateurs d'aujourd'hui qui ont pu avoir accès
à certaines rares documentations.