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19 mai 2003
AUTEUR

Art et Sciences. Impressions d'artiste


par Isabelle Sabrié
i.sabrie@libertysurf.
fr

mondrian

Mondrian Piet:  Red and Yellow et Composition 1929

Cet article nous a été envoyé par Isabelle Sabrié, suite à la publication de notre précédente chronique portant sur le livre de Bernard Caillaud, "La création numérique visuelle". Nous l'en remercions.
Isabelle Sabrié est aussi romancière.
Automates-Intelligents

"Avec une singulière prescience", les lignes orientées horizontales et verticales peintes par Mondrian reflètent "l'organisation des cellules en travées dans l'aire V3 [du cerveau humain] dévolue à la forme"... explique le neurobiologiste Semir Zeki ( British College de Londres). Pourtant la technologie du scanner n'a permis d'observer cette organisation que beaucoup plus tard dans le siècle. A la lumière de ce cas, on pourrait penser que ce peintre avait eu une sorte de "vision de l'invisible", une intuition ou une sorte de perception de ce qui est dissimulé derrière le crâne humain. Comme si son niveau de conscience (ou de perception, ou les deux) avait eu une disposition particulière qui lui permettait un instant de "voir l'invisible".

En tant que soprano, je travaille en permanence sur l'invisible. Mon corps émet des ondes sonores qui me semblent nettement avoir une "matière", une consistance, une longueur, largeur, épaisseur, une couleur, et un mouvement dans l'espace, même si je ne peux pas les voir, ni les toucher. A l'intérieur de moi-même (l'air vibre, comme dans la caisse d'un violoncelle), à l'extérieur de moi-même ( les ondes sonores se diffusent dans l'espace en trois dimensions), puis de nouveau vers moi-même pour le "retour" du son, renvoyé par les matières du lieu.

Pour enseigner le chant depuis quelque temps, je me suis rendue compte à quel point l'imagination du son dans l'espace, l'imagination d'une sorte d'architecture invisible qui se déplace dans l'air et dans le temps est juste, et fondamentale pour créer le son, le transformer. En demandant à quelqu'un de lever un bras très haut devant lui, sa main formant une sorte de "toit", puis de chanter, j'obtiens le résultat sonore recherché infiniment plus vite que si je demande simplement "plus haut ! ". La visualisation du son, de l'espace qu'il occupe, "parle" au cerveau plus directement que la demande abstraite "plus haut !", comme si effectivement le "toit" ou les "fondations-profondeur" du son étaient une réalité matérielle.

Si comme le pense Isabelle Peretz (La Recherche, mai 2003), la musique est un instinct biologique au même titre que le langage, cela conforterait l'idée d'une "perception de l'invisible", ou "conscience de l'invisible" particulière aux artistes. Le langage parlé représente d'ailleurs les objets par des mots, en ondes sonores invisibles, comme si cette fois la "réalité visible" exigeait d'être complétée par la "réalité invisible".

Si les émotions sont à considérer comme des structures non apparentes, dont l'influence est réelle et la présence indéniable, peut-être que l'artiste est aussi quelqu'un dont le niveau de conscience, par moment, perçoit ces structures qui tentent de se "révéler". Une organisation invisible, des structures émotionnelles, ou des structures inaccessibles à notre perception directe d'humains. Parfois, à observer les relations historiques entre science, littérature, peinture ou musique, on peut avoir l'impression qu'elles se "répondent", cherchant à exprimer, chacune à sa manière, un état de conscience de l'humanité à cet instant de l'histoire. Entre l'apparition de la perspective à deux dimensions, de l'imprimerie et de la musique polyphonique, il y a une sorte de perception ou de conscience nouvelle du monde qui emprunte plusieurs chemins pour s'exprimer.

Et je me demande aussi, comme beaucoup d'autres avant moi, si effectivement "on n'invente rien". C'est-à-dire que l'"invention" serait la révélation à la conscience d'un état de la nature, préexistant. Cet état de la nature ne serait pas "nouveau", il serait seulement arrivé à la conscience humaine. Comme si on se mettait à voir, subitement, ce qui était devant nous. La lettre volée au milieu du bureau d'Egar Poe, l'évidence qu'on ne voyait pas. Comme si les arts, la science et l'univers se répondaient, se "révélaient" par instants de conscience morcelée. Comme si l'univers n'était qu'une sorte de gigantesque communication symbolique entre toutes ces voies de la conscience de lui-même, ou de notre conscience humaine de ce qu'est l'univers, matière et esprit rejoints.

Pour reprendre cette image, comparons encore avec l'architecture : certains murs "structurels" sont plus importants que d'autres pour garder la forme du bâtiment, pour qu'il ne s'effondre pas sous les forces (invisibles) de la gravité qui l'attirent vers le sol. Le choix que ferait l'artiste parmi toutes les peintures proposées et calculées par une intelligence artificielle serait dans cette idée le reflet de sa qualité d"intuition de l'invisible" : il choisirait entre toutes la structure la plus révélatrice de la forme générale de l'invisible observé. Et c'est ce que les autres humains reconnaîtraient inconsciemment. L'invisible observé, une formulation osée !

Si d'ailleurs on devait penser un paysage comme une "peinture" spontanément proposée par la Nature, le peintre qui représenterait ce paysage choisirait, exactement comme le peintre de l'intelligence artificielle, l'instant particulier entre tous qui ferait de ce paysage une oeuvre d'art. Celui qui montrerait cet invisible émotionnel.

Je voudrais aussi évoquer la mémoire, puisque les émotions aident à fixer les souvenirs, comme l'ont montré beaucoup de recherches récentes. L'artiste serait donc quelqu'un dont la sensibilité émotionnelle, au-delà d'identifier les lois-mêmes de l'émotion, saurait fixer cette connaissance inconsciente dans la mémoire des autres. Et ce serait ce qui distinguerait l'artiste des autres créateurs.

Les émotions, comme une dimension dans laquelle nous évoluerions sans avoir encore conscience des lois qui la gouvernent. Une "dimension parallèle" qui agite nos êtres, tirant les fils du mouvement (motio) émotionnel qui guide nos actes, notre intuition, nos vies. Une force d'attraction/répulsion "aimantée" qui permettrait de conserver les souvenirs, l'origine du mouvement de l''intelligence. Cette organisation invisible de nous-mêmes que l'artiste "interpréterait", représenterait, "verrait", fixerait dans un instant d'éternité.

L'instant d'éternité, pour finir la dimension temporelle : en "fixant" dans la mémoire cette représentation de l'invisible, l'artiste semble sortir du temps. Comme si, en entrant dans cette "dimension" invisible, on pouvait s'évader de cette loi chronologique perpétuelle qui fait irrémédiablement avancer le temps. Comme si l'artiste était aussi quelqu'un qui peut "arrêter le temps", le déplacer comme "latéralement" à partir de ce point fixe, l'oeuvre d'art, qu'il a représenté.

Note
Sur Semir Zeki et la neuro-esthétique, voir notre brève dans la rubrique actualité du 07/07/01
(Automates-Intelligents)

© Automates Intelligents 2003

 

 

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