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Introduction
aux neurosciences cognitives
De Boeck Université Paris Bruxelles 1998
Collection Neurosciences et cognition, dirigée par
Jean Delacour
Le Professeur Jean Delacour est responsable de l'unité
de Psychophysiologie, UFR de rattachement: BIOLOGIE ET SCIENCES
DE LA NATURE
Adresse :Bât. B 7, quai St Bernard Campus Jussieu - Case
7036
Tel :01.44.27.35.23 Fax :01.44.27.69.64 delacour@paris7.jussieu.fr http://www.ccr.jussieu.fr/p7/lab/lab132.html
Spécialiste de la neurobiologie de l'apprentissage et
de la mémoire, il a publié de nombreux articles
et est l'auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux méthodes
et résultats expérimentaux, ainsi qu'aux problèmes
épistémologiques des neurosciences cognitives.
Autres ouvrages:
- Apprentissage et mémoire, Masson, 1987.
L'ouvrage a deux objectifs: dresser un bilan des connaissances
actuelles des bases neurobiologiques de l'apprentissage et de
la mémoire, proposer un modèle original des mécanismes
de ces fonctions dans le système nerveux.
- Biologie de la conscience, Poche PUF; Que sais-je?
Les conceptions philosophiques contemporaines de la conscience;
descriptions subjectives et objectives de la conscience; sa signification
fonctionnelle; son analyse neurobiologique.
- Le cerveau et l'esprit, Poche PUF;Que sais-je?
La question du cerveau-esprit selon une approche qui tient de
la psychologie philosophique et de la neurobiologie. Cinq chapitres:
1. Le cadre philosophique du problème; une définition
de l'esprit - 2. L'esprit humain - 3. L'esprit animal - 4. Neurobiologie
de l'esprit - 5. Le modèle des "réseaux neuronaux" - Neurobiologie de l'apprentissage, Masson, 1978
Nous ne pouvons que recommander la lecture de l'ouvrage
du Professeur Delacour à tous ceux qui veulent aborder les
neurosciences cognitives, dans la perspective notamment des applications
en intelligence artificielle. Sous une présentation volontairement
modeste, sinon scolaire, il s'agit d'un travail dont les retombées
épistémologiques ou philosophiques sont considérables.
Pratiquement, toutes les pages, tous les concepts mériteraient
d'être commentés ici - ce qui est évidemment
impossible. Ce livre n'est évidemment pas comparable à
ceux des neurophysiologistes américains que nous avons déjà
présentés. Ces derniers auteurs sont à la fois
plus vivants, pleins d'anecdotes, d'interventions personnelles,
voire de plaisanteries. Mais ils sont aussi plus confus, surtout
lorsqu'ils sont traduits en français. Un regret, que Jean
Delacour ne soit pas davantage présent sur l'Internet. Ceci
ne pourrait que servir à une meilleure diffusion de ses travaux.
Le livre se place sous le patronage des travaux
du neurologue Dr Michael Gazzaniga Director, Center for Cognitive
Neuroscience, Dartmouth College, Hanover, NH 03755-3569 (page personnelle:
http://www.dartmouth.edu/~pcn/Gazzaniga.html
) dont plusieurs ouvrages récents font le point des relations
entre l'esprit et le cerveau. Citons The Mind's Past 1998 University
of California Presse (voir critique de J Teixera http://www.shef.ac.uk/~phil/connex/issue04/teixeira.html)
et surtout son principal ouvrage The New Cognitive Neurosciences
, 2e Edition MIT Edu http://cognet.mit.edu/Gazzaniga/
Nous nous limiterons ici à résumer le
contenu du chapitre 1, Définition, domaines et bases biologiques
des neurosciences cognitives.
1. Définition
Les neurosciences s'intéressent à deux
domaines différents, celui de l'organisation des éléments
du système nerveux (le hardware, si l'on veut) et celui des
liens entre ce dernier et le comportement. Ce sont les neurosciences
cognitives (NSC) proprement dites. Le premier chapitre situe les
NSC par opposition à l'école behavioriste prévalente
jusqu'aux années 50. Celui-ci excluait l'introspection et
se limitait à l'étude des faits objectifs, ceux du
comportement (Watson 1925, Skinner 1938). Les comportements eux-mêmes
étaient étudiés objectivement dans le cadre
du modèle stimulus-réponse SR, produisant le "réflexe".
Mais ce modèle s'est révélé trop simple
pour tenir compte de la variété et de la variabilité
des comportements, même chez l'animal. Des variables intermédiaires
VI ont été évoquées. Ce paysage a été
révolutionné fin 1960 par l'arrivée de l'informatique,
qui a marqué la "révolution cognitive". L'informatique,
tout en restant "objective" permet de reproduire une grande part
de l'activité intellectuelle de l'homme. Les informations,
symboles, codes de l'informatique se sont traduits dans les NSC
par le concept général et très fructueux de
"représentation"
Les données subjectives ou représentations
ne sont pas devenues pour autant matière à interprétation
dualiste ou spiritualiste. Elles ont été étudiées,
grâce à l'informatique, comme des "objets", objets
mentaux, pour reprendre le terme de Jean Pierre Changeux. Delacour
montre que ce travail s'est d'abord appuyé sur l'étude
de l'animal, en montrant les formes complexes du psychisme de celui-ci.
Un des grands mérites de l'ouvrage est en effet de ne pas
faire de coupure entre l'esprit des animaux et celui des hommes,
mais en montrant qu'ils s'insèrent dans une continuité
évolutive.
2. La réalité des représentations.
Pour l'auteur, finalement, la notion de NSC peut se
définir comme l'étude des bases neurologiques du comportement
dont la description met en jeu la notion de représentation.
Celle-ci repose sur une base biologique. Ainsi l'"état de
faim" chez un chat se définit par certains critères
biochimiques. Il engendre un comportement d'exploration, mettant
en jeu des "cartes" topographiques de l'environnement, et la manipulation
d'"objets" identifiés par des indices sensoriels ou autres
(les différents types de nourriture disponibles). En revanche,
ne relèvent pas des NSC les routines neuromotrices de type
automatique ou réflexe, comme la locomotion.
Les représentations ne sont pas isolables du
reste des mécanismes corporels (erreur "dualiste" à
éviter) mais ne peuvent pas d'avantage se ramener à
des schémas de type stimulus-réponse (erreur réductionniste).
Quatre domaines principaux constituent les NSC:
- l'aspect neurobiologique des états de vigilance et de motivation
orientés vers un but.
- les "cartes mentales" et objets mentaux représentant l'environnement
et les objets du monde extérieur. Chez l'homme, ceci inclura
la neuropsychologie du langage.
- l'apprentissage et la mémoire
- la modélisation du système nerveux par l'ordinateur
et, à l'inverse, l'utilisation de propriétés
du système nerveux pour générer de l'intelligence
artificielle.
Ceci posé, l'auteur est conduit à approfondir
la notion essentielle de représentation: relation entre une
chose C et (nous simplifions) la trace biologique qu'elle prend
dans un organisme O. La chose C peut être en fait un autre
organisme. Elle peut également être l'organisme O se
représentant partiellement ou totalement à lui-même
(auto-représentation).
Il y a une réalité des représentations
qui se sont développées sous la pression de la sélection
darwinienne, comme contribuant à la survie de certains organismes
et à la diffusion de leurs gènes. Delacour se place
ainsi sans hésiter dans le camp des évolutionnistes
darwiniens pour qui l'"esprit" est le résultat d'une sélection
(vraisemblablement progressive et graduelle) de réseaux
neuronaux supportant ces mêmes représentations. La
capacité de représentation a une valeur biologique,
montrant comment l'organisme peut survivre. Delacour se situe là
du côté de Dawkins et de Pinker dont nous résumerons
ultérieurement les thèses évolutionnistes.
3. Les représentations chez l'homme.
La notion de représentation correspond à
l'acception cognitive de l'état mental. Chez l'homme, on
considère que celui-ci se caractérise par l'"intentionnalité",
utilisée en général pour définir l'expérience
consciente. Un état conscient se réfère à
autre chose que lui-même. Chez les anglo-saxons, ceci se caractérise
par une "attitude propositionnelle: je pense que..."
Quel est le lien entre une représentation et
son objet? Est-ce un simple reflet passif produit par l'objet? Non.
Dans l'approche biologique évolutive, la représentation
s'insère dans la dynamique active des organismes, à
partir de modèles de soi et de son action dans le monde largement
indépendant des stimuli présents.
Chez l'homme, Delacour distingue clairement la notion
de représentation et celle de symbole. Est symbolique, notamment
chez l'homme, la représentation reliée à son
objet O par un objet intermédiaire I, de type matériel
ou physique. Pour parler simplement, l'on passe de la pensée
non formalisée à celle traduite en mots ou autres
signes reliés par des syntaxes propres à ces catégories
de symboles (discours, suites de gestes, écritures, etc.).
Chez l'homme, ceci conduit aux nombres naturels et aux mots, toujours
réducteurs par rapport à la représentation
qu'ils symbolisent, c'est-à-dire à l'objet perçu
(pour ne pas parler de l'objet en soi, non représentable).
Les symboles, par contre, sont précieux puisqu'ils permettent
la communication, la mémorisation, le traitement, etc. Les
conditions du traitement des symboles par le cerveau fait l'objet
de désaccord. Autant en effet il est difficile de se représenter
un état mental sous forme computationnel, autant il est facile
de le faire lorsqu'il se traduit par des suites de mots ou de nombres.
Mais, même en ce cas, le cerveau fonctionne-t-il comme un
ordinateur séquentiel (théorie de la computation)
susceptible d'être identifié physiquement?
Pour Delacour, les symbolistes (opposés aux
non-symbolistes), sapent le fondement des NSC. Ils considère
que la pensée est une réalité autonome dont
il n'est pas possible de définir les bases biologiques, car
ses contenus sont indépendants d'une implémentation
dans le cerveau ou dans, par exemple, un ordinateur. Il estime que
les choses sont plus compliquées, en posant trois questions:
- toutes les représentations mentales sont-elles
symboliques? sa réponse est négative. La plupart des
représentations, même chez l'homme très verbalisé,
se traduisent par des images, affects, métaphores, images
iconiques, non traduisibles par une formulation linguistique. C'est
le non-symbolique qui est fondamental et qui porte le symbolique.
Ainsi s'affirme la continuité, par exemple, entre l'homme
et l'animal. Ceci permet également, et ce point nous intéresse
ici, de justifier l'utilisation des réseaux neuronaux formels
ou connexionnistes, c'est-à-dire des systèmes qui
ne mettent pas en jeu des symboles manipulés par des règles
explicites (pré-imposées)
- Quelle est la relation des représentations
avec leur objet (valeur sémantique)? La réponse de
Delacour est que cette relation fait problème (symbol grounding
problem). Il serait naïf , comme les "cognitivistes", d'y voir
un isomorphisme (surtout si l'on veut pousser l'isomorphisme jusqu'au
détail du système nerveux: (un potentiel d'action
dans un neurone étant l'équivalent d'un neurone élémentaire).
L'étude des bases biologiques du langage, y compris au niveau
de la syntaxe, montrerait au contraire qu'il peut résulter
de processus non-symbolique - ce que confirme l'apprentissage de
règles de grammaires en intelligence artificielle par des
réseaux connexionnistes. Il est possible de fonder des modèles
symbolistes sur des modèles cognitivistes. Ce serait ainsi
qu'au cours de l'évolution, en fonction des besoins d'adaptation
à la survie, se seraient formées des représentations
n'ayant qu'un lien lâche avec l'environnement, lien lâche
mais suffisant pour la survie.
- Le fonctionnement de l'esprit peut-il être
décrit par un ensemble fini de règles explicites?
La réponse serait là encore négative. La capacité
cognitive s'est formée et a évolué sous l'effet
des forces aveugles de l'évolution. S'il y a des règles,
elles ne sont pas compréhensibles par le cerveau. Delacour
rappelle ici ce qui paraît une évidence, trop souvent
oubliée semble-t-il: le cerveau ne peut se comprendre lui-même.
Néanmoins, il est possible de le simuler, par la robotique
et les bio-technologies, à partir de modèles expérimentaux
prenant une forme partiellement et momentanément explicite.
En revanche, si l'on se limite à la pensée symbolique
(langage, mathématiques), là des règles explicites
paraissent probables. La pensée symbolique ne manipulerait
que des éléments construits par elle, et entièrement
transparents. Mais même en ce cas, Church, Gödel et Turing
ont montré (sauf démonstration contraire à
venir) qu'il était des opérations sur les symboles
dont on ne pouvait établir la conformité à
des règles. Ceci n'exclut pas que la "méta cognition"
au sens trivial soit possible. Chacun peut à tout moment,
juger de la pertinence d'une perception ou d'un souvenir avec l'ensemble
des symboles dont il dispose en mémoire.
Les modèles de soi, du monde et d'autrui chez
l'homme, donc la métacognition, mettent en jeu des représentations
globales, permanentes ou relativement permanentes, implicites, dépendantes
les unes des autres. Celles-ci servent de fondement à la
conscience de soi, à l'élaboration de plans, et plus
généralement à la compréhension des
messages linguistiques les plus simples. Mais les modèles
du monde ainsi élaborés sont évidemment mal
représentatifs de ce même monde, comme le montre les
illusions perceptives sensorielles. Il est à peine nécessaire
d'insister sur ce qui n'est qu'une banalité, le relativisme
de la connaissance, qu'elle soit ou non plus ou moins formalisée.
Il y a connaissance, mais "en résonance" plutôt qu'en
correspondance point à point, avec l'univers extérieur.
L'esprit , tout en générant des représentations
globales, est également modulaire, c'est-à-dire qu'il
fonctionne par modules décentralisés. Il n'y a pas
contradiction. Les deux formes coexistent sauf en cas de dissociation
pathologique.
4. Les représentations chez l'animal
Comme indiqué précédemment, le
modèle behavioriste ou Stimulus-réponse excluait l'hypothèse
de représentations chez l'animal. Celles-ci ont pourtant
été mises en évidence, sous forme de comportements
orientés vers un but, jouant un rôle essentiel pour
la survie. Plus généralement, Delacour montre avec
des exemples que l'on retrouve chez l'animal les deux grandes caractéristiques
de l'esprit humain: capacité de former des représentations
globales et des représentations symboliques: représentation
de soi, représentation d'alter égo, représentations
d'objets du monde. Il est plus difficile de mettre en évidence
la capacité d'activités symboliques cognitives proprement
dites. Cela tient aux difficultés des animaux à apprendre
des langages semblables à celui de l'homme. Il ne faut pas
exclure cependant l'existence de langages ou proto-langages que
nous serions encore incapables de percevoir.
5 Conclusion du premier chapitre:
Une approche biologique de l'esprit est possible, thèse
que confirment les similitudes entre l'esprit humain et l'esprit
animal. Il n'y a donc pas de limites théoriques aux NSC.
De plus, ces similitudes justifient d'autant mieux le prolongement
de ces NSC par les travaux sur les "animats" menés en utilisant
systématiquement les algorithmes génétiques.
Le livre ne s'arrête pas là. Il se
poursuit par plusieurs chapitres de contenus plus classique, dont
quelques éléments méritent peut-être
une mise à jour, mais restent globalement d'actualité
(autant que nous puissions juger) et méritent une lecture
attentive: - la structure et la dynamique du système nerveux
- les phénomènes d'apprentissage et de mémoire
- les questions (y compris philosophiques) posées par les
NSC.
6 Quelques perspectives que nous suggèrent
l'ouvrage de Jean Delacour
L'objet commun à tous les systèmes vivants
(animal ou homme) et artificiels plongés dans un environnement
donné est celui de représentation. Il traduit la façon
dont l'environnement (interne ou externe) s'inscrit dans une ou
plusieurs mémoires du système après avoir été
saisi par un ou plusieurs capteurs de ce même système.
La représentation ainsi définie est un objet physique.
Cet objet peut en principe être identifié par un observateur
extérieur, s'il celui-ci dispose de l'outil adéquat
(mise en évidence d'une connexion entre neurones dans un
tissu nerveux, d'un changement d'état dans une mémoire
électronique). La représentation commande des effets
eux-mêmes physiques: action sensori-motrice, activation d'autres
représentations, etc. La faculté de produire et utiliser
des représentations au sein d'un réseau de mise en
mémoire est apparue au cours de l'évolution, compte-tenu
des avantages qu'elle fournissait pour la survie.
La représentation, sous sa forme native, n'est
pas connectée à un système plus global d'échange,
interne ou externe, permettant de lui donner un équivalent
codifié ou symbole (échange de phéromones,
cris, geste, mot, phrase, formule mathématique) permettant
de la comparer à d'autres au sein du système, ou de
l'échanger avec d'autres systèmes. Ceci veut dire
qu'au stade natif elle n'est pas susceptible d'une prise de conscience
par le système ou par d'autres systèmes.
La possibilité de traduire la représentation
en symboles dotés d'un sens collectif est apparue dans un
second stade de l'évolution, là encore du fait des
avantages pour la survie des systèmes possédant cette
capacité, laquelle suppose, outre des circuits neuronaux
adaptés, des moyens d'expression et de réception appropriés.
On peut imaginer que dès qu'il y a échange
de symboles s'établit, en interne au sein du système
ou dans les relations de ce système avec d'autres, un début
de prise de conscience. Le contenu de la représentation s'insère
dans les diverses bases de données mémorisées
par le système et traduisant, non seulement la mémoire
qu'il a de son environnement, mais les informations dont il dispose
sur lui-même: proto-soi, soi biographique, soi-collectif.
Les symboles et syntaxes d'échanges entre symboles
appauvrissent inévitablement les représentations natives,
de même que celles-ci ont précédemment appauvri
le milieu dans lequel était plongé le système.
En contrepartie, elles permettent de construire des univers virtuels,
à partir desquels déclencher des actions collectives,
voire imaginer des contenus n'ayant pas (encore) de correspondances
dans le milieu, mais susceptibles d'en prendre du fait de l'action
coordonnée et méthodique des systèmes corrélés
par les langages. C'est le cas dans le monde de la science, mais
aussi dans celui de toutes les autres formes d'imagination créatrice.
On peut penser que plus les systèmes deviendront
aptes à se donner de nouvelles représentations (par
perfectionnement de leurs entrées-sorties et mécanismes
de mise en mémoire), plus ces systèmes deviendront
aptes à traduire ces nouvelles représentations en
symboles, plus ces symboles deviendront aptes à s'interconnecter
(ce qui pose le problème des innombrables besoins de traduction,
tant au plan des langues proprement dites, qu'au plan plus général
des communications), plus s'établira une conscience globale
du monde susceptible à son tour d'auto-complexification et
d'auto-création.
Dans un premier temps, concernant l'observation scientifique
des représentations, plus nous serons capables d'identifier
et traduire les contenus de représentations générés
par les êtres vivants lors de leur interaction avec le monde
extérieur, mieux nous comprendrons le monde intérieur
de ces êtres vivants, et mieux nous serons capables de communiquer
avec eux. C'est le vieux problème: "Qu'est-ce que cela fait
d'être une chauve-souris? " Il se pose également à
l'égard de l'inconscient des enfants ou des adultes, qu'ils
aient ou non des difficultés de communication. Il se posera
un jour vis-à-vis des représentations du monde que
se donneront les robots, quand ceux-ci auront atteint des niveaux
de complexité non facilement conceptualisables.
Quand nous parlons de "systèmes" dans cette
perspective, nous incluons évidemment les hommes des diverses
nations, collectivités culturelles et linguistiques, mais
l'ensemble des animaux (voire des végétaux si certains
d'entre eux paraissent aptes à générer à
leur usage propre certaines représentations) et, bien entendu,
l'ensemble des artefacts ou automates, notamment ceux dotés
grâce à leurs réseaux connexionnistes d'apprendre
et de communiquer par eux-mêmes, en s'affranchissant des cadres
et contenus imposés par leurs concepteurs.