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Gravity's Engines

Phi, a voyage from the brain to the soul

A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

Novembre 2000
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Antonio R.Damasio

L'erreur de DescartesL'erreur de Descartes
Editions Odile Jacob 1995

Traduction française de "Descartes' Error Emotion, reason and the human brain "
Putnam  and sons 1994"

Le sentiment même de soiLe sentiment même de soi
Editions Odile Jacob 1999

Traduction française de "The feeling of what happens. Body and emotion in the making of conciousness"
Harcourt 1999"

Antonio R. Damasio  est chef du département 
            de neurologie au Antonio R. Damasio  est chef du département de neurologie au Collège de médecine de l'Université de l'Iowa1. Précédemment chef de la division de neurologie comportementale et de neuroscience cognitive dans cette même université, il est aujourd'hui mondialement connu pour ses travaux sur le cerveau humain, dont il explore la complexité, notamment au regard de la mémoire, du langage et des émotions.
Avec sa femme, Hanna (professeur de neurologie exerçant aussi à l'université de l'Iowa , spécialiste de l'imagerie cérébrale2), il a mis sur pied l'un des premiers centres de recherches sur les neurosciences au monde. Il est titulaire de plusieurs distinctions scientifiques, et a publié, outre ses livres, de nombreux articles.
Dans ses écrits, dont les deux livres présentés ici, -certainement les plus connus (ils ont été traduits en de nombreuses langues)-, ce chercheur mêle étroitement l'expérience clinique, les études neurologiques et une imagination créatrice : une référence, non seulement dans le domaine des neurosciences, mais pour tout ce qui concerne la simulation du moi et de la conscience sur des artefacts.

1Antonio R.Damasio a mené ses études à l'Ecole de médecine de Lisbonne, ville dont il est natif, obtenant une agrégation en neurosciences en 1974. C'est apparemment en quittant l'Europe en 1976 pour  y rejoindre l'Université de l'Iowa qu'il a trouvé l'environnement le plus favorable à l'ambition de ses recherches.
2Auteur de nombreuses publications, notamment un atlas du cerveau humain reconstruit par IRM.

Une grande continuité dans les thèmes abordés par "L'Erreur de Descartes" et par "Le sentiment même de soi"
Les deux ouvrages s'efforcent de présenter la façon dont se construit le moi, d'abord, la conscience ensuite, par l'intégration des informations venues du corps, lui-même en relation avec l'environnement. Damasio exclut évidemment tout dualisme et même toute primauté de l'esprit sur le corps.
L'erreur de Descartes, bien excusable il est vrai compte tenu des connaissances de l'époque, consistait à dire "je pense donc je suis", plutôt que "je suis donc je pense" (erreur d'ailleurs que beaucoup d'entre-nous perpétuent encore aujourd'hui...).
Mais dans son livre "L'Erreur de Descartes", Damasio va beaucoup plus loin en montrant que si l'on parle du corps comme support de l'esprit, il ne faut pas se limiter à examiner les informations produites directement par le cerveau, ni celles résultant du fonctionnement des organes sensoriels et moteurs. Il est désormais nécessaire de prendre en compte toutes celles résultant du fonctionnement du corps tout entier, présentes dans l'histoire des espèces dans les organisations les plus primitives. Les comportements les plus rationnels continuent, chez l'homme moderne, à se construire sur le soubassement de ce que Damasio appelle des "marqueurs somatiques", se traduisant par ce que l'on appelle généralement des émotions. Les viscères en général, les sécrétions endocrines, principaux générateurs de ces marques somatiques, manifestent en effet la réaction du corps tout entier à une situation donnée, et conditionnent la conscience que l'organisme prend de cette situation.

Autant  "L'erreur de Descartes" que "La conscience même de soi" sont deux livres passionnants : en s'intéressant à l'étude des relations entre l'esprit et le corps, ils éclairent nos comportements quotidiens, que nous soyions en bonne santé ou atteints de déficiences neurologiques.
Mais leur principal intérêt réside plus ici pour nous dans le fait que ces travaux peuvent trouver des applications dans le domaine de la science des automates (domaine sur lequel Damasio, avec une prudence toute scientifique, n'avait voulu se hasarder sérieusement, du moins à l'époque du moins où il écrivait ces livres...).

En quoi ces deux livres intéressent-ils la science des automates?

  • Première réponse, évidente : il est indispensable pour ceux s'intéressant à la vie artificielle de comprendre comment au cours de l'évolution se sont mis en place les mécanismes intégrant les différentes informations reçues par un organisme, de l'intérieur et de l'extérieur, et qui lui donne son individualité et sa relative permanence.
    Même si la vie artificielle ne se développe pas exactement selon les mêmes contraintes, l'objectif est bien que les organismes créés par elle disposent eux aussi d'une intégration et d'une coordination indispensable à leur autonomie, autour de l'équivalent d'un moi, voire à terme d'un moi conscient. Rien en principe ne devrait empêcher que des mécanismes très proches, ou homologues, de ceux ayant abouti chez le vivant à l'apparition du moi puis de la conscience, ne soient reproduits - ou ne se retrouvent - dans la genèse des automates complexes. Savoir que dans le vivant, l'esprit et la raison émergent du fonctionnement de dispositifs plus simples s'organisant autour de la perception du corps et de ses émotions donne de bons arguments à ceux qui ambitionnent de créer des intelligences artificielles à partir des informations fournies par un corps artefact, générateur d'information exogènes et endogènes, prenant la forme d'équivalent de marqueurs émotionnels ou somatiques.
     
  • Le deuxième grand intérêt de ces recherches, rarement évoqué, concerne la possibilité de mettre en place dans les groupes sociaux , groupes animaux et surtout humains, des mécanismes favorisant l'émergence d'un moi et d'une conscience collective, moins primitifs que ceux observables actuellement.
    Ces fonctions existent certes déjà, mais de façon très frustes, et généralement inconscientes. Les anthropologues déplorent le plus souvent la méconnaissance des mécanismes à la base du fonctionnement des groupes sociaux.
    Mieux analyser le somatique ou l'émotionnel de ces groupes, rechercher la possibilité d'y introduire des informations nouvelles, provenant de capteurs améliorés, intéressant le groupe ou son environnement, ne pourra qu'améliorer, espérons-le, la rationalité des comportements collectifs.
    Là encore, les enseignements des travaux de Damasio et de ses disciples pourront sûrement servir à une meilleure auto-compréhension et auto-gouvernabilité des sociétés humaines.

L'Erreur de Descartes
Ecrit en 1993-94 -c'est-à-dire à une époque déjà relativement ancienne compte tenu de la vitesse des progrès des neuro-sciences-, le livre s'organise autour de trois grandes parties qui se conjugent pour donner une image aussi complète que possible (du moins pour l'époque) de cet ensemble difficilement séparable que sont les interrelations entre le corps et ce que l'on appelle l'esprit (qu'il vaudrait certainement mieux appeler l'aptitude du corps aux activités cognitives et rationnelles).

La première grande partie commence par le rappel des constatations cliniques faites sur des sujets dont des aires frontales avaient été détruites.
Ces sujets, tout en conservant apparemment une intelligence intacte, perdent toute capacité de s'émouvoir, si bien que très vite ils se retirent du monde et voient leurs facultés de jugement et de contrôle social du comportement se dégrader. L'on constate alors que, contrairement à la croyance encore très répandue qu'un jugement sain doit s'abstenir de tout substrat émotionnel, l'aptitude au raisonnement s'est construit, au fil de l'évolution des espèces, sous l'égide de mécanismes de régulation biologique se traduisant par la capacité de ressentir et exprimer des émotions.
Même lorsque le raisonnement apparaît avoir acquis son indépendance par rapport à ces mécanismes, il n'en est rien. L'incapacité accidentelle (par destruction des aires frontales) à ressentir et exprimer des émotions retire le sujet du monde des comportements rationnels. C'est généralement l'émotion qui donne au raisonnement l'indication du sens à suivre, de la façon la plus adéquate à la survie de l'individu considéré.

Dans cette démonstration, Damasio, en neurologue et clinicien averti, analyse les différents niveaux de l'organisation neuronale impliqués par la faculté de raisonner en exploitant les émotions. Il n'y a pas un seul centre, mais de nombreux centres qui concourent à la faculté de raisonnement. Ces considérations, aussi importantes qu'elles soient, nous intéressent moins que la constatation de l'implication des rouages les plus primaires de l'organisme. C'est encourageant pour les automaticiens, puisqu'il sera relativement facile de simuler l'équivalents de tels rouages dans des artefacts intelligents, plutôt que s'attaquer d'emblée à la reproduction des mécanismes les plus élaborés .

Une deuxième partie du livre s'efforce de préciser ce concept d'émotions. Dès la préface, Damasio note  d'ailleurs qu' il ne s'agit pas d'impulsions fugitives et désincarnées comme pourrait l'être un vague sentiment de joie ou de peine lors d'un événement occasionnel. Si on considérait traditionnellement que les émotions relevaient du système limbique, partie relativement primitive du cerveau hérité du monde animal ,voire reptilien, Damasio indique, au contraire, qu'elles prennent leurs formes les plus achevées dans le cortex frontal associatif et dans les régions du cerveau où se projettent et sont intégrées les informations venant de l'ensemble du corps. Le corps dans sa totalité réagit à des événements extérieurs auxquels il donne une tonalité, une "qualification", positive ou négative. Cette qualification permet de juger de la bonne ou mauvaise adaptation de la réponse du corps à l'événement. Elle est donc fondamentale pour la survie. Les émotions ont une valeur cognitive. Le corps, obligeant le cerveau à l'écouter, met ce dernier sur la voie des solutions de survie les plus adéquates.

Finalement, dans sa troisième partie, l'auteur développe l'idée que notre organisme sert de référence aux représentations que se fait le cerveau du monde extérieur comme du moi interne. Le psychisme n'existe qu'au regard de cette intégration corps-cerveau construite progressivement, aux trois plans de la programmation génétique propre à l'espèce, de la programmation synaptique réalisée lors du développement du jeune, et de la programmation synaptique complémentaire, beaucoup plus riche et permanente, réalisée par immersion de l'individu dans la société, aux contact de la compétition darwinienne pour la survie.

Des pistes pour les automaticiens
Dans la mesure où les automaticiens comme les chercheurs en sciences sociales se préoccuperont de réaliser des organismes autonomes et intégrés, ils devront méditer les propositions de Damasio relatives à cette intégration corps-esprit.
Celle-ci découle de l'interactivité des régulations neurales et biochimiques (systèmes endocrinien, immunitaire et nerveux autonome - c'est-à-dire système nerveux non relié au système nerveux général). L'organisme réagit à l'environnement en tant que tout. Les phénomènes mentaux émanent de ce tout. Dans la mesure où ils décrivent et prennent appui sur certains facteurs de l'environnement, cet environnement lui-même devient produit de l'activité de la totalité de l'organisme. Sous cet angle, l'on pourrait dire que la symbiose corps-esprit crée en partie son environnement.

Même si Damasio ne le dit pas, ajoutons que si le corps s'enrichit de certaines prothèses artefactuelles produites par la science des automates ou par le génie génétique, l'esprit du nouvel organisme ainsi enrichi, et les descriptions qu'il se donnera de son environnement, s'enrichiront d'autant.

Retenons également le concept de "marqueur somatique" introduit dans le livre. L'auteur désigne par là les manifestations, conscientes ou inconscientes, par lequel le corps "émotionnel" réagit à une situation donnée et induit une réponse de type verbal formulée par le cerveau : si je rougis à une question gênante (ou même si je rougis "intérieurement", c'est-à-dire sans m'en rendre compte), ce marqueur somatique de l'état de mon corps, résultant par exemple de modifications endocriniennes, est le précurseur de la réponse que je vais explicitement donner à cette question.
L'étude des marqueurs somatiques, qui ne sont pas autre chose que des formes de langages, sera précieuse quand il s'agira d'analyser les relations entre espèces vivantes, ou le langage inconscient d'un groupe social. Les automates intelligents auront également leurs marqueurs somatiques.

Le sentiment même de soi.
Ce deuxième ouvrage complète et enrichit considérablement les considérations précédentes. Les enseignements susceptibles d'en être tirés par les sciences de l'automate et des automatismes sociétaux en prennent une vigueur accrue.

Beaucoup plus récent (1999 pour l'édition anglaise), ce livre poursuit l'exposé des travaux de Damasio et de son équipe autour de l'unité corps-esprit, qui s'articule autour des concept de moi (ou soi) et de conscience (conscience de soi au sein de son environnement). Il aborde donc à son tour ce que Gerald Edelman appelle le "secret du monde", la conscience et la conscience dite volontaire, devenues aujourd'hui le must des recherches tant dans le domaine des neuro-sciences que des automates intelligents.

Bien qu'écrit dans un style agréable et familier, cet ouvrage requiert beaucoup d'attention, notamment si l'on veut suivre l'éclairage clinique et neurologique donné part l'auteur en justification de ses hypothèses.
La traduction française, aussi habile soit-elle, introduit aussi des ambiguïtés s'ajoutant à celle du vocabulaire spécifique de l'auteur dans le texte anglais. Mais ceci ne doit pas décourager le lecteur généraliste.

En résumant énormément, nous dirons que Damasio distingue trois différentes espèces de soi, présents chez l'homme, évidemment, mais sans doute aussi dans le règne animal, souvent au sein d'espèces auxquelles l'on ne prête guère habituellement d'aptitudes à la conscience. Ceci montre la continuité évolutive, sous la pression de la compétition darwinienne, qui est une des clefs de la compréhension de l'apparition des fonctions évoluées du cerveau humain.

  • d' abord le proto-soi (proto-self) qui est le plus primitif et le plus répandu au sein des espèces vivantes. Le proto-soi résulte de l'interconnexion cohérente mais temporaire des différentes cartes cérébrales représentant, à différents niveaux du système nerveux, l'état de l'organisme à un moment donné. C'est ce proto-soi qui permet de parler d'un organisme "identitaire", et non d'une collection sans unité d'informations éphémères. Le proto-soi est inconscient, mais il n'en joue pas moins un rôle vital pour la survie de l'organisme, comme le fait à d'autres niveaux son système immunitaire.
    L'on voit que dans tout système vivant ou non, il est possible d'identifier ou, s'il n'existe pas, de constituer ou aider à émerger un proto-soi. L'on pourra parler de proto-soi aussi bien à propos d'une foule ou d'un groupe humain n'ayant pas encore pris conscience de son existence en tant que groupe, qu'à propos d'un animat ou d'un automate intelligent.
     
  • Vient ensuite la conscience-noyau (core self), qui émerge chaque fois qu'un objet quelconque du monde extérieur interagit avec l'organisme et modifie le proto-soi, en modifiant l'état de ce dernier et celui de l'organisme. Citons Damasio: "il y a production de conscience-noyau lorsque les dispositifs de représentation du cerveau engendrent un compte-rendu en image, non verbal, de la manière dont l'état de l'organisme est affecté par le traitement d'un objet (par le cerveau) et lorsque ce processus met en valeur l'objet en le plaçant dans un conteste spatio-temporel".
    La formation de la conscience dépend de nouvelles connaissances concernant une interaction entre les objets et l'organisme. L'organisme est cartographié dans le cerveau au même titre que les données sensori-motrices provenant des objets. Les informations neuronales correspondantes peuvent devenir des images, représentées à leur tour dans des cartes de second ordre donnant naissance à des sentiments. Etre conscient, c'est être capable de se représenter, au second degré, certaines de ses représentations (relations du proto-soi et des objets avec lequel ce dernier entre en relation).
    Cette présentation, outre son intérêt propre (conception méta-représentationnelle de la conscience), a l'avantage de montrer  la conscience-noyau comme résultant d'un flux constamment régénéré d'impulsions provenant des interactions avec les objets. Parmi ces objets, il faut évidemment compter aussi les informations endogènes sur l'état du corps, ainsi que l'évocation des images ou autres informations mémorisées par l'organisme (objets pensés).
    La conscience-noyau est la matrice dont proviennent les différents niveaux de conscience décrits ensuite par Damasio. Nous avons d'abord, au delà du proto-soi déjà évoqué, le soi-central, réactivé dès qu'un objet modifie le proto-soi. Ce mécanisme changerait peu au cours de la vie. Par ailleurs, nous en sommes conscients. Rien n'interdit, croyons-nous, de penser que certains animaux puissent également être conscients de leur soi central, par flashes, notamment à l'occasion de stimulation fortement émotionnelles (comme la peur de la mort).
     
  • Au delà du soi-central, nous trouverons le soi-autobiographique, constitué de souvenirs implicites d'expériences passées, et aussi de ce que Damasio appelle des souvenirs du futur, c'est-à-dire des simulations de ce qui peut se produire dans un proche avenir au regard de ce qui s'est produit dans le passé, et des états présents du corps. L'homme est conscient de son soi-autobiographique, mais peut-être l'animal peut-il l'être aussi, là encore par flashes.
    Il faut disposer d'un soi-central pour disposer d'un soi-autobiographique, mais l'inverse n'est pas possible. Le soi-autobiographique se développe, à l'occasion des interactions sociales avec d'autres hommes, dans ce que Damasio appelle la conscience étendu, où l'on retrouvera toutes les formes de production sociales conscientes (voire inconscientes) bien connues par ailleurs.

Dans ce livre comme dans le précédent, Damasio fait jouer un grand rôle aux émotions comme générateurs des différents niveaux de conscience. Ces émotions ne doivent pas être entendus comme des sentiments non fondés dans le corps, mais plutôt comme ces marqueurs somatiques traduisant la réaction de l'ensemble corps-esprit à des objets ou évènements nouveaux (changements biochimiques, viscéraux, musculaires, etc.). Bien que non conscientes a priori, les émotions peuvent donner naissance à des sentiments (feelings) constituant des stimuli pour les comportement de survie: peur, désir, etc. Certains de ces sentiments peuvent s'inscrire, par renforcement de répétition, sous forme de traits de caractères (moods). Les sentiments et les traits de caractère peuvent être conscients, mais ils ne le sont pas nécessairement toujours, ni conscients en totalité, non plus que des causes qui les provoquent. Il serait intéressant de disposer d'un mot pour nommer les sentiments inconscients. Peut-être retrouvera-t-on là l'inconscient freudien, présenté tout autrement. Pour Damasio, il y a un intérêt évolutif évident à ce que s'étende le champ de la prise de conscience des sentiments et traits de caractères.

La conscience n'est pas faite que de ce qui vient d'être décrit. Chaque individu ressent, consciemment, des qualités ou "qualia": pourquoi et comment vivons-nous la couleur rouge, par exemple, ou la tristesse d'un coucher de soleil? Damasio est convaincu que ceci, lié à l'individuation au sein d'un individu historiquement et géographiquement situé, pourrait s'expliquer d'un point de vue neurophysiologique. Mais l'explication supposerait une connaissance intime des milliards de neurones et des centaines de milliards de synapses qui se sont interconnectés au fur et à mesure du développement de cet individu. La neurologie n'en est pas encore capable. Rien n'empêche en attendant les philosophes ou physiologistes d'émettre des hypothèses, qui se développeront en parallèle avec le développement des neuro-sciences et de leurs simulations sur des machines intelligentes.

Pour terminer cette courte présentation, nous pourrons conclure que les grands mécanismes aboutissant à la naissance de la conscience autobiographique, puis de la conscience étendu, chez l'homme, paraissent suffisamment décrits par des recherches comme celles de Damasio et des neurologues de la conscience, pour être simulés, comme nous l'indiquions, tant sur des artefacts suffisamment complexes, que dans la modélisation des comportements collectifs humains, qui ne brillent pas toujours par un très haut niveau de conscience collective.

Cette perspective sera souvent évoquée dans le cours de notre propre travail.

 

 




 

 

 

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