Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
L'erreur
de Descartes
Editions Odile Jacob 1995
Traduction française de "Descartes' Error Emotion,
reason and the human brain "
Putnam and sons 1994"
Le
sentiment même de soi
Editions Odile Jacob 1999
Traduction française de "The feeling of what happens.
Body and emotion in the making of conciousness"
Harcourt 1999"
Antonio
R. Damasio est chef du département de neurologie au
Collège de médecine de l'Université de l'Iowa1.
Précédemment chef de la division de neurologie comportementale
et de neuroscience cognitive dans cette même université,
il est aujourd'hui mondialement connu pour ses travaux sur le cerveau
humain, dont il explore la complexité, notamment au regard
de la mémoire, du langage et des émotions.
Avec sa femme, Hanna (professeur de neurologie exerçant aussi
à l'université de l'Iowa , spécialiste de l'imagerie
cérébrale2), il a mis sur pied l'un des
premiers centres de recherches sur les neurosciences au monde. Il
est titulaire de plusieurs distinctions scientifiques, et a publié,
outre ses livres, de nombreux articles.
Dans ses écrits, dont les deux livres présentés
ici, -certainement les plus connus (ils ont été traduits
en de nombreuses langues)-, ce chercheur mêle étroitement
l'expérience clinique, les études neurologiques et
une imagination créatrice : une référence,
non seulement dans le domaine des neurosciences, mais pour tout
ce qui concerne la simulation du moi et de la conscience sur des
artefacts.
1Antonio R.Damasio
a mené ses études à l'Ecole de médecine
de Lisbonne, ville dont il est natif, obtenant une agrégation
en neurosciences en 1974. C'est apparemment en quittant l'Europe
en 1976 pour y rejoindre l'Université de l'Iowa qu'il
a trouvé l'environnement le plus favorable à l'ambition
de ses recherches. 2Auteur de nombreuses
publications, notamment un atlas du cerveau humain reconstruit par
IRM.
Une grande continuité dans les thèmes
abordés par "L'Erreur de Descartes" et par "Le sentiment
même de soi"
Les deux ouvrages s'efforcent de présenter la façon
dont se construit le moi, d'abord, la conscience ensuite, par l'intégration
des informations venues du corps, lui-même en relation avec
l'environnement. Damasio exclut évidemment tout dualisme
et même toute primauté de l'esprit sur le corps.
L'erreur de Descartes, bien excusable il est vrai compte tenu des
connaissances de l'époque, consistait à dire "je pense
donc je suis", plutôt que "je suis donc je pense" (erreur
d'ailleurs que beaucoup d'entre-nous perpétuent encore aujourd'hui...).
Mais dans son livre "L'Erreur de Descartes", Damasio va beaucoup
plus loin en montrant que si l'on parle du corps comme support de
l'esprit, il ne faut pas se limiter à examiner les informations
produites directement par le cerveau, ni celles résultant
du fonctionnement des organes sensoriels et moteurs. Il est désormais
nécessaire de prendre en compte toutes celles résultant
du fonctionnement du corps tout entier, présentes dans l'histoire
des espèces dans les organisations les plus primitives. Les
comportements les plus rationnels continuent, chez l'homme moderne,
à se construire sur le soubassement de ce que Damasio appelle
des "marqueurs somatiques", se traduisant par ce que l'on appelle
généralement des émotions. Les viscères
en général, les sécrétions endocrines,
principaux générateurs de ces marques somatiques,
manifestent en effet la réaction du corps tout entier à
une situation donnée, et conditionnent la conscience que
l'organisme prend de cette situation.
Autant "L'erreur de Descartes" que "La conscience même
de soi" sont deux livres passionnants : en s'intéressant
à l'étude des relations entre l'esprit et le corps,
ils éclairent nos comportements quotidiens, que nous soyions
en bonne santé ou atteints de déficiences neurologiques.
Mais leur principal intérêt réside plus ici
pour nous dans le fait que ces travaux peuvent trouver des applications
dans le domaine de la science des automates (domaine sur lequel
Damasio, avec une prudence toute scientifique, n'avait voulu se
hasarder sérieusement, du moins à l'époque
du moins où il écrivait ces livres...).
En quoi ces deux livres intéressent-ils la science des
automates?
Première réponse, évidente : il est indispensable
pour ceux s'intéressant à la vie artificielle de
comprendre comment au cours de l'évolution se sont mis
en place les mécanismes intégrant les différentes
informations reçues par un organisme, de l'intérieur
et de l'extérieur, et qui lui donne son individualité
et sa relative permanence.
Même si la vie artificielle ne se développe pas exactement
selon les mêmes contraintes, l'objectif est bien que les
organismes créés par elle disposent eux aussi d'une
intégration et d'une coordination indispensable à
leur autonomie, autour de l'équivalent d'un moi, voire
à terme d'un moi conscient. Rien en principe ne devrait
empêcher que des mécanismes très proches,
ou homologues, de ceux ayant abouti chez le vivant à l'apparition
du moi puis de la conscience, ne soient reproduits - ou ne se
retrouvent - dans la genèse des automates complexes. Savoir
que dans le vivant, l'esprit et la raison émergent du fonctionnement
de dispositifs plus simples s'organisant autour de la perception
du corps et de ses émotions donne de bons arguments à
ceux qui ambitionnent de créer des intelligences artificielles
à partir des informations fournies par un corps artefact,
générateur d'information exogènes et endogènes,
prenant la forme d'équivalent de marqueurs émotionnels
ou somatiques.
Le deuxième grand intérêt de ces recherches,
rarement évoqué, concerne la possibilité
de mettre en place dans les groupes sociaux , groupes animaux
et surtout humains, des mécanismes favorisant l'émergence
d'un moi et d'une conscience collective, moins primitifs que ceux
observables actuellement.
Ces fonctions existent certes déjà, mais de façon
très frustes, et généralement inconscientes.
Les anthropologues déplorent le plus souvent la méconnaissance
des mécanismes à la base du fonctionnement des groupes
sociaux.
Mieux analyser le somatique ou l'émotionnel de ces groupes,
rechercher la possibilité d'y introduire des informations
nouvelles, provenant de capteurs améliorés, intéressant
le groupe ou son environnement, ne pourra qu'améliorer,
espérons-le, la rationalité des comportements collectifs.
Là encore, les enseignements des travaux de Damasio et
de ses disciples pourront sûrement servir à une meilleure
auto-compréhension et auto-gouvernabilité des sociétés
humaines.
L'Erreur
de Descartes
Ecrit en 1993-94 -c'est-à-dire à une époque
déjà relativement ancienne compte tenu de la vitesse
des progrès des neuro-sciences-, le livre s'organise autour
de trois grandes parties qui se conjugent
pour donner une image aussi complète que possible (du moins
pour l'époque) de cet ensemble difficilement séparable
que sont les interrelations entre le corps et ce que l'on appelle
l'esprit (qu'il vaudrait certainement mieux appeler l'aptitude du
corps aux activités cognitives et rationnelles).
La première
grande partie commence par le rappel des constatations cliniques
faites sur des sujets dont des aires frontales avaient été
détruites.
Ces sujets, tout en conservant apparemment une intelligence intacte,
perdent toute capacité de s'émouvoir, si bien que
très vite ils se retirent du monde et voient leurs facultés
de jugement et de contrôle social du comportement se dégrader.
L'on constate alors que, contrairement à la croyance encore
très répandue qu'un jugement sain doit s'abstenir
de tout substrat émotionnel, l'aptitude au raisonnement s'est
construit, au fil de l'évolution des espèces, sous
l'égide de mécanismes de régulation biologique
se traduisant par la capacité de ressentir et exprimer des
émotions.
Même lorsque le raisonnement apparaît avoir acquis son
indépendance par rapport à ces mécanismes,
il n'en est rien. L'incapacité accidentelle (par destruction
des aires frontales) à ressentir et exprimer des émotions
retire le sujet du monde des comportements rationnels. C'est généralement
l'émotion qui donne au raisonnement l'indication du sens
à suivre, de la façon la plus adéquate à
la survie de l'individu considéré.
Dans cette démonstration, Damasio, en neurologue et clinicien
averti, analyse les différents niveaux de l'organisation
neuronale impliqués par la faculté de raisonner en
exploitant les émotions. Il n'y a pas un seul centre, mais
de nombreux centres qui concourent à la faculté de
raisonnement. Ces considérations, aussi importantes qu'elles
soient, nous intéressent moins que la constatation de l'implication
des rouages les plus primaires de l'organisme. C'est encourageant
pour les automaticiens, puisqu'il sera relativement facile de simuler
l'équivalents de tels rouages dans des artefacts intelligents,
plutôt que s'attaquer d'emblée à la reproduction
des mécanismes les plus élaborés .
Une deuxième
partie du livre s'efforce de préciser ce concept d'émotions.
Dès la préface, Damasio note d'ailleurs qu'
il ne s'agit pas d'impulsions fugitives et désincarnées
comme pourrait l'être un vague sentiment de joie ou de peine
lors d'un événement occasionnel. Si on considérait
traditionnellement que les émotions relevaient du système
limbique, partie relativement primitive du cerveau hérité
du monde animal ,voire reptilien, Damasio indique, au contraire,
qu'elles prennent leurs formes les plus achevées dans le
cortex frontal associatif et dans les régions du cerveau
où se projettent et sont intégrées les informations
venant de l'ensemble du corps. Le corps dans sa totalité
réagit à des événements extérieurs
auxquels il donne une tonalité, une "qualification", positive
ou négative. Cette qualification permet de juger de la bonne
ou mauvaise adaptation de la réponse du corps à l'événement.
Elle est donc fondamentale pour la survie. Les émotions ont
une valeur cognitive. Le corps, obligeant le cerveau à l'écouter,
met ce dernier sur la voie des solutions de survie les plus adéquates.
Finalement, dans sa troisième partie,
l'auteur développe l'idée que notre organisme sert
de référence aux représentations que se fait
le cerveau du monde extérieur comme du moi interne. Le psychisme
n'existe qu'au regard de cette intégration corps-cerveau
construite progressivement, aux trois plans de la programmation
génétique propre à l'espèce, de la programmation
synaptique réalisée lors du développement du
jeune, et de la programmation synaptique complémentaire,
beaucoup plus riche et permanente, réalisée par immersion
de l'individu dans la société, aux contact de la compétition
darwinienne pour la survie.
Des pistes pour les automaticiens
Dans la mesure où les automaticiens comme les chercheurs
en sciences sociales se préoccuperont de réaliser
des organismes autonomes et intégrés, ils devront
méditer les propositions de Damasio relatives à cette
intégration corps-esprit.
Celle-ci découle de l'interactivité des régulations
neurales et biochimiques (systèmes endocrinien, immunitaire
et nerveux autonome - c'est-à-dire système nerveux
non relié au système nerveux général).
L'organisme réagit à l'environnement en tant que tout.
Les phénomènes mentaux émanent de ce tout.
Dans la mesure où ils décrivent et prennent appui
sur certains facteurs de l'environnement, cet environnement lui-même
devient produit de l'activité de la totalité de l'organisme.
Sous cet angle, l'on pourrait dire que la symbiose corps-esprit
crée en partie son environnement.
Même si Damasio ne le dit pas, ajoutons que si le corps
s'enrichit de certaines prothèses artefactuelles produites
par la science des automates ou par le génie génétique,
l'esprit du nouvel organisme ainsi enrichi, et les descriptions
qu'il se donnera de son environnement, s'enrichiront d'autant.
Retenons également le concept de "marqueur somatique" introduit
dans le livre. L'auteur désigne par là les manifestations,
conscientes ou inconscientes, par lequel le corps "émotionnel"
réagit à une situation donnée et induit une
réponse de type verbal formulée par le cerveau : si
je rougis à une question gênante (ou même si
je rougis "intérieurement", c'est-à-dire sans m'en
rendre compte), ce marqueur somatique de l'état de mon corps,
résultant par exemple de modifications endocriniennes, est
le précurseur de la réponse que je vais explicitement
donner à cette question.
L'étude des marqueurs somatiques, qui ne sont pas autre chose
que des formes de langages, sera précieuse quand il s'agira
d'analyser les relations entre espèces vivantes, ou le langage
inconscient d'un groupe social. Les automates intelligents auront
également leurs marqueurs somatiques.
Le
sentiment même de soi.
Ce deuxième ouvrage complète et enrichit considérablement
les considérations précédentes. Les enseignements
susceptibles d'en être tirés par les sciences de l'automate
et des automatismes sociétaux en prennent une vigueur accrue.
Beaucoup plus récent (1999 pour l'édition anglaise),
ce livre poursuit l'exposé des travaux de Damasio et de son
équipe autour de l'unité corps-esprit, qui s'articule
autour des concept de moi (ou soi) et de conscience (conscience
de soi au sein de son environnement). Il aborde donc à son
tour ce que Gerald Edelman appelle le "secret du monde", la conscience
et la conscience dite volontaire, devenues aujourd'hui le must des
recherches tant dans le domaine des neuro-sciences que des automates
intelligents.
Bien qu'écrit dans un style agréable et familier,
cet ouvrage requiert beaucoup d'attention, notamment si l'on veut
suivre l'éclairage clinique et neurologique donné
part l'auteur en justification de ses hypothèses.
La traduction française, aussi habile soit-elle, introduit
aussi des ambiguïtés s'ajoutant à celle du vocabulaire
spécifique de l'auteur dans le texte anglais. Mais ceci ne
doit pas décourager le lecteur généraliste.
En résumant énormément, nous dirons que Damasio
distingue trois différentes espèces
de soi, présents chez l'homme, évidemment,
mais sans doute aussi dans le règne animal, souvent au sein
d'espèces auxquelles l'on ne prête guère habituellement
d'aptitudes à la conscience. Ceci montre la continuité
évolutive, sous la pression de la compétition darwinienne,
qui est une des clefs de la compréhension de l'apparition
des fonctions évoluées du cerveau humain.
d' abord le proto-soi (proto-self)
qui est le plus primitif et le plus répandu au sein des
espèces vivantes. Le proto-soi résulte de l'interconnexion
cohérente mais temporaire des différentes cartes
cérébrales représentant, à différents
niveaux du système nerveux, l'état de l'organisme
à un moment donné. C'est ce proto-soi qui permet
de parler d'un organisme "identitaire", et non d'une collection
sans unité d'informations éphémères.
Le proto-soi est inconscient, mais il n'en joue pas moins un rôle
vital pour la survie de l'organisme, comme le fait à d'autres
niveaux son système immunitaire.
L'on voit que dans tout système vivant ou non, il est possible
d'identifier ou, s'il n'existe pas, de constituer ou aider à
émerger un proto-soi. L'on pourra parler de proto-soi aussi
bien à propos d'une foule ou d'un groupe humain n'ayant
pas encore pris conscience de son existence en tant que groupe,
qu'à propos d'un animat ou d'un automate intelligent.
Vient ensuite la conscience-noyau
(core self), qui émerge chaque fois qu'un objet quelconque
du monde extérieur interagit avec l'organisme et modifie
le proto-soi, en modifiant l'état de ce dernier et celui
de l'organisme. Citons Damasio: "il y a production de conscience-noyau
lorsque les dispositifs de représentation du cerveau engendrent
un compte-rendu en image, non verbal, de la manière dont
l'état de l'organisme est affecté par le traitement
d'un objet (par le cerveau) et lorsque ce processus met en valeur
l'objet en le plaçant dans un conteste spatio-temporel".
La formation de la conscience dépend de nouvelles connaissances
concernant une interaction entre les objets et l'organisme. L'organisme
est cartographié dans le cerveau au même titre que
les données sensori-motrices provenant des objets. Les
informations neuronales correspondantes peuvent devenir des images,
représentées à leur tour dans des cartes
de second ordre donnant naissance à des sentiments. Etre
conscient, c'est être capable de se représenter,
au second degré, certaines de ses représentations
(relations du proto-soi et des objets avec lequel ce dernier entre
en relation).
Cette présentation, outre son intérêt propre
(conception méta-représentationnelle de la conscience),
a l'avantage de montrer la conscience-noyau comme résultant
d'un flux constamment régénéré d'impulsions
provenant des interactions avec les objets. Parmi ces objets,
il faut évidemment compter aussi les informations endogènes
sur l'état du corps, ainsi que l'évocation des images
ou autres informations mémorisées par l'organisme
(objets pensés).
La conscience-noyau est la matrice dont proviennent les différents
niveaux de conscience décrits ensuite par Damasio. Nous
avons d'abord, au delà du proto-soi déjà
évoqué, le soi-central, réactivé dès
qu'un objet modifie le proto-soi. Ce mécanisme changerait
peu au cours de la vie. Par ailleurs, nous en sommes conscients.
Rien n'interdit, croyons-nous, de penser que certains animaux
puissent également être conscients de leur soi central,
par flashes, notamment à l'occasion de stimulation fortement
émotionnelles (comme la peur de la mort).
Au delà du soi-central, nous trouverons le soi-autobiographique,
constitué de souvenirs implicites d'expériences
passées, et aussi de ce que Damasio appelle des souvenirs
du futur, c'est-à-dire des simulations de ce qui peut se
produire dans un proche avenir au regard de ce qui s'est produit
dans le passé, et des états présents du corps.
L'homme est conscient de son soi-autobiographique, mais peut-être
l'animal peut-il l'être aussi, là encore par flashes.
Il faut disposer d'un soi-central pour disposer d'un soi-autobiographique,
mais l'inverse n'est pas possible. Le soi-autobiographique se
développe, à l'occasion des interactions sociales
avec d'autres hommes, dans ce que Damasio appelle la conscience
étendu, où l'on retrouvera toutes les formes de
production sociales conscientes (voire inconscientes) bien connues
par ailleurs.
Dans ce livre comme dans le précédent, Damasio fait
jouer un grand rôle aux émotions comme générateurs
des différents niveaux de conscience. Ces émotions
ne doivent pas être entendus comme des sentiments non fondés
dans le corps, mais plutôt comme ces marqueurs somatiques
traduisant la réaction de l'ensemble corps-esprit à
des objets ou évènements nouveaux (changements biochimiques,
viscéraux, musculaires, etc.). Bien que non conscientes a
priori, les émotions peuvent donner naissance à des
sentiments (feelings) constituant des stimuli pour les comportement
de survie: peur, désir, etc. Certains de ces sentiments peuvent
s'inscrire, par renforcement de répétition, sous forme
de traits de caractères (moods). Les sentiments et les traits
de caractère peuvent être conscients, mais ils ne le
sont pas nécessairement toujours, ni conscients en totalité,
non plus que des causes qui les provoquent. Il serait intéressant
de disposer d'un mot pour nommer les sentiments inconscients. Peut-être
retrouvera-t-on là l'inconscient freudien, présenté
tout autrement. Pour Damasio, il y a un intérêt évolutif
évident à ce que s'étende le champ de la prise
de conscience des sentiments et traits de caractères.
La conscience n'est pas faite que de ce qui vient d'être
décrit. Chaque individu ressent, consciemment, des qualités
ou "qualia": pourquoi et comment vivons-nous la couleur rouge, par
exemple, ou la tristesse d'un coucher de soleil? Damasio est convaincu
que ceci, lié à l'individuation au sein d'un individu
historiquement et géographiquement situé, pourrait
s'expliquer d'un point de vue neurophysiologique. Mais l'explication
supposerait une connaissance intime des milliards de neurones et
des centaines de milliards de synapses qui se sont interconnectés
au fur et à mesure du développement de cet individu.
La neurologie n'en est pas encore capable. Rien n'empêche
en attendant les philosophes ou physiologistes d'émettre
des hypothèses, qui se développeront en parallèle
avec le développement des neuro-sciences et de leurs simulations
sur des machines intelligentes.
Pour terminer cette courte présentation, nous pourrons
conclure que les grands mécanismes aboutissant à la
naissance de la conscience autobiographique, puis de la conscience
étendu, chez l'homme, paraissent suffisamment décrits
par des recherches comme celles de Damasio et des neurologues de
la conscience, pour être simulés, comme nous l'indiquions,
tant sur des artefacts suffisamment complexes, que dans la modélisation
des comportements collectifs humains, qui ne brillent pas toujours
par un très haut niveau de conscience collective.
Cette perspective sera souvent évoquée dans le cours
de notre propre travail.