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Gravity's Engines

Phi, a voyage from the brain to the soul

A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

Novembre 2000
Jean-Paul Baquiast

Daniel C Dennett

La conscience expliquéeLa conscience expliquée Editions Odile Jacob 1993 Traduit de Consciousness explained, Little, Brown and Company 1991

 

Darwin est-il dangereux ?Darwin est-il dangereux ? Editions Odile Jacob 2000 Traduit de Darwin dangerous Idea.
Evolution and the Meanings of life Simon and Shuster 1995

 


AntonDaniel C. Dennett est directeur du Center forAntonDaniel C. Dennett est directeur du Center for Cognitive Studies à l'Université Tufts aux Etats-Unis. Il a fait ses études à Harvard et à Oxford.
Il est aujourd'hui professeur de philosophie, conférencier et auteur de nombreuses publications et ouvrages.

Pour en savoir plus, consultez sa home page : http://ase.tufts.edu/cogstud/~ddennett.htm
Voir également  La Recherche. Archives: interview et courriers de lecteurs anti-darwiniens.
http://www.larecherche.fr/VIEW/323/03231021.html

Daniel Dennett est philosophe, mais c'est un philosophe à l'américaine, c'est-à-dire quelqu'un qui s'intéresse de très près aux développements des sciences, qui participe à des programmes de recherche et qui, évidemment, n'ignore rien des plus récents développements des technologies de l'information. Autrement dit, il n'émet pas d'idées générales sans les avoir testées auprès de nombreux chercheurs et sources émanant des laboratoires les plus actifs dans sa discipline.

Nul en France, dans les milieux scientifiques s'intéressant soit à l'évolution, soit à la vie artificielle, n'ignore ses principales thèses.
Malheureusement, celles-ci ne sont pas encore suffisamment connues du grand public, qui préfère de beaucoup aux travaux sérieux les badinages philosophiques de salon. Il faut dire que la forme des ouvrages de Dennett, notamment les deux principaux cités ici, est assez rébarbative. Même dans la traduction française, la longueur du texte, les multiples incidentes, le ton familier propre à l'universitaire américain, ont de quoi désorienter le lecteur. Il faut passer sur ces petites difficultés pour aller à la substantifique moelle.

Un autre obstacle est à signaler, tenant à la lenteur avec laquelle la traduction française parvient sur le marché. Compte-tenu de la rapidité avec laquelle évolue la recherche dans les domaines de la compétence de l'auteur, un délai de cinq ans en moyenne entre l'édition originale et sa traduction impose d'emblée cinq ans de retard au lecteur non averti. Les spécialistes vont évidemment directement aux sources en anglais, mais le public à viser, celui auquel nous voudrions nous adresser ici, n'est pas en état d'aborder des oeuvres difficiles dans le texte original. Il ne faut donc pas s'étonner du retard français dans l'approche de questions pourtant fondamentales à la pensée d'aujourd'hui.

Daniel Dennett fait partie des scientifiques et philosophes américains qui, selon nous, honorent les Etats-Unis et la civilisation américaine, dont les Européens se plaisent parfois à ridiculiser les petits côtés. Nous le disons d'autant plus volontiers que nous ne tombons pas ici dans le péché d'américanophilie systématique. Alors que ce pays au plan philosophique, est vue, non sans raisons, comme celui des intégrismes religieux et communautaristes, du créationnisme et autres dérives, il s'y trouve aussi de véritables humanistes scientifiques, refusant les facilités du dualisme esprit-corps, et s'attachant, dans la ligne spirituelle de Charles Darwin, à montrer que des mécanismes simples, de type algorithmique, suffisent à expliquer les aspects les plus évoluées de l'intelligence et de la conscience.

Il va de soi que ces explications et directions de recherche sont à la base même de tout ce qui se fait aujourd'hui dans le monde pour essayer de reproduire sur des automates ou artefacts ces mêmes manifestations de l'esprit humain. Réciproquement, les réalisations des laboratoires travaillant dans le domaine de l'intelligence et de la vie artificielle contribuent à éclairer et enrichir les travaux portant sur la vie elle-même, l'évolution des espèces, la physiologie et la génétique des êtres vivants, le fonctionnement du cerveau et plus généralement celui des sociétés humaines.

Dennett se présente comme un véritable militant du darwinisme et de son principal argument, la sélection naturelle, dont tout procède. Cela peut surprendre ceux qui sont déjà convaincus par les thèses de Darwin, et leurs actualisations contemporaines. Faut-il encore se battre? La cause n'est-elle pas entendue? Mais lorsque l'on constate la résurgence incessante de ceux qui ont "peur de Darwin", le militantisme darwinien n'apparaît plus anachronique. Dennett ferraille sans se lasser contre tous ceux à la recherche de ce qu'il appelle plaisamment le crochet divin (Sky hook) qui selon lui, est une façon détournée de réintroduire l'explication théologique sous prétexte d'objections scientifiques, en détournant ou déformant la pensée darwinienne afin de mieux la décrédibiliser.

Chacun est libre de croire ce qu'il veut, et de faire les hypothèses qu'il veut. Ainsi feu John C. Eccles, prix Nobel de médecine et spiritualiste convaincu, avait le droit d'appeler la mécanique quantique à la rescousse de ses explications dualistes (Eccles. Evolution du cerveau et création de la conscience, Fayard 1992) mais Dennett est en droit de préférer la simplicité et la reproductibilité de l'explication évolutionniste aux laborieuses et invérifiables explications de Sir John. De même, nul n'ignore que des extinctions massives d'espèces vivantes ont anéanti à chaque fois la presque totalité de la biomasse de l'époque, sous l'effet de chute d'astéroïdes ou de phénomènes volcaniques de grande ampleur (trapp), mais cela ne retire rien à la pertinence des règles de la sélection au sein des espèces ayant survécu.

Dennett s'agace aussi beaucoup, et nous avec lui, devant des plaidoyers anti-darwiniens de scientifiques se prétendant eux-mêmes darwinistes. Il s'en prend en particulier au très médiatique Stephen J. Gould. celui-ci, sans remettre en cause le transformisme, explique que celui-ci n'est pas dirigé par un dessein, la recherche d'un progrès quelconque. L'homme n'est qu'un petit bourgeon au bout d'un rameau évolutif. La bactérie est une plus grande réussite de la vie que l'homme...Le même Gould défend, face au gradualisme dans le rythme du transformisme auquel croyait Darwin, la théorie des équilibres ponctués (l'évolution fonctionne par a-coups après de longues périodes de stagnation dites stases). Mais comme le dit Dennett, cela ne remet pas en cause le darwinisme, qui s'est toujours opposé à l'idée de marche inéluctable vers un progrès quelconque, et qui ne s'attache pas à défendre tel ou telle vitesse de transformation. Pour Dennett, les défenseurs du hasard dans l'évolution (dérive aléatoire de gènes mutés) n'ont pas davantage de raisons pour remettre en cause le schéma général. Catastrophes naturelles ou dérive aléatoire ne sont que les composantes de changements globaux de l'environnement exogène ou endogène auxquels doit s'adapter l'évolution.

Dennett bataille dans tous les sens, puisqu'il s'en prend aussi aux darwinistes intégristes, tel Herbert Spencer, tenant du darwinisme social se confondant avec un ultra-libéralisme - et plus généralement à tous ceux qui prétendent tout expliquer par l'action des gènes (tels les tenants de la sociobiologie, dont le plus connu fut Edward O.Wilson).

Dennett, dans sa défense du Darwinisme, rejoint tous les automaticiens modernes, pour qui des algorithmes simples, indéfiniment répétés, peuvent aboutir aux structures les plus complexes qui soient - ce que contestent encore de nombreux généticiens ou biologistes (ainsi Michaël Denton) pour qui les "merveilles" de la nature ne peuvent précisément résulter du jeu de ces algorithmes: réplication, mutation, sélection, amplification. Les algorithmes génétiques du calcul évolutif (evolving computing) ont au contraire l'ambition de faire émerger du complexe, vie puis un jour conscience, par le seul jeu de leur mise en oeuvre. Les résultats obtenus sont encore modestes, mais aucune autre voie, sauf à faire appel au Saint Esprit, n'apparaît capable de se substituer à cette démarche.

La conscience expliquée

Il n'est pas possible ici de résumer les quelque 600 pages de chacun des ouvrages de Daniel Dennett présentés ici. Le premier, La conscience expliquée, est en partie déjà dépassé par certains de ses chapitres, ou par les exemples fournis, puisqu'il date de plus de 10 ans. Mais, s'il est dépassé, c'est précisément en partie parce que les idées neuves qu'il avait lancées ont depuis lors fait leur chemin dans la communauté scientifique et philosophique occidentale. Certes, l'ambition du titre, "La conscience expliquée", décevra les naïfs. Nul n'est aujourd'hui encore capable d'expliquer la conscience. Les travaux des neurologues cités dans nos numéros précédents, Edelman et Damasio, ont sensiblement rajeuni l'approche. Mais, même au regard des analyses de ces derniers, la conscience résiste encore - ce qui ne veut pas dire qu'elle ne cédera pas prochainement, sous les efforts de l'intelligence artificielle évolutive.

Le livre s'était surtout fait connaître par ses arguments contre une hypothèse qui n'a plus guère cours, sauf chez les tenants du dualisme corps-esprit, celle de l'homoncule siégeant au sommet de notre cerveau, au centre de ce que Dennett a nommé le théâtre cartésien, et décidant de tout à partir des informations exogènes et endogènes envoyées par les organes des sens. Aucun homoncule ou siège d'homoncule n'a jamais été identifié dans le cerveau, ce qui est tant mieux, car il aurait fallu se poser la question insoluble de savoir ce qui pouvait se trouver derrière ce premier homoncule. Mais Dennett ne s'est pas borné à refuser cette espèce de régression à l'infini. Il a montré qu'en fait, le cerveau est un univers darwinien à lui tout seul. D'innombrables objets mentaux, ou associations plus ou moins durables de neurones, s'y confrontent en permanence. D'innombrables traitements d'informations s'y déroulent, dont la plupart demeurent inconscients. Lorsqu'un choix se fait, lorsqu'un contenu de conscience apparaît, lorsqu'un discours prend forme et est communiqué à d'autres, c'est au terme d'une compétition darwinienne pour la survie du plus apte. Ce que nous croyons être la manifestation de notre volonté libre et souveraine n'est que le résultat de traitement computationnel finalement assez simples et banaux, soumis à un déterminisme certes indescriptible en termes simples, mais ne faisant pas appel à une quelconque intervention spirituelle.

Il est possible d'assimiler en grande partie les objets mentaux qui se disputent l'espace des zones corticales associatives aux "mêmes" identifiées par Richard Dawkins, dont nous parlerons dans une fiche de lecture ultérieure. Les mêmes, bien que moins faciles à identifier, définir et tracer que les gênes, contribuent directement aux compétitions darwiniennes dont découle l'évolution, du moins chez les espèces dotées d'un système nerveux central suffisamment consistant.

Il est évident que pour de telles hypothèses, en tout conformes aux bases des recherches sur la simulation du fonctionnement du cerveau par les techniques de l'intelligence artificielle, Dennett aurait été brûlé par l'Inquisition il y a deux siècles. Même aujourd'hui, il s'est fait aux Etats-Unis des ennemis féroces. Mais la lecture attentive du livre, et de ses nombreux exemples, emportera croyons-nous les convictions des tenants attardés du dualisme cartésien, s'il en reste.

Le livre se termine par un chapitre 13 où l'auteur affirme qu'il est très possible d'imaginer, sinon encore de faire un robot conscient - de même qu'il serait possible, sur d'autres bases, d'imaginer ce que s'est que d'être une chauve-souris. Face à l'armée des sceptiques expliquant qu'un robot conscient n'est pas concevable, même en termes d'expérience de pensée, il a repris son argumentaire dans un texte plus récent auquel nous vous conseillons de vous référer:

"Daniel C. Dennett Practical requirements for making a concious robot http://cogsci.soton.ac.uk/~harnad/Papers/Py104/dennett.rob.html "

Darwin est-il dangereux?

Se présentant comme un plaidoyer pour Darwin, ainsi que nous l'indiquions précédemment, ce deuxième livre est lui aussi une véritable somme des réflexions et travaux de ces dernières années concernant l'évolution, évolution naturelle et évolution simulée dans les laboratoires. En reprenant les termes mêmes de l'auteur (p. 24 de l'édition française), le livre est un véritable manifeste s'insérant dans la confrontation entre la science et la religion. Mais c'est un manifeste scientifique, en ce sens qu'il n'avance rien qui ne puisse être reproduit de façon expérimentale - ce qui n'est pas le cas des mythes et explications inspirées de "crochets divins" que l'auteur se fait un plaisir de démonter, en montrant comment il est aujourd'hui possible de se passer de ceux-ci - tant du moins que l'on reste dans le domaine de l'analyse de la vie et de la conscience.

La première partie reprend et amplifie les analyses précédentes concernant la pensée Darwinienne, mise au goût du jour évidemment, pour tenir compte de que Darwin, malgré son génie, ne pouvait anticiper - par exemple la révolution génétique. Elle insiste sur l'idée, déjà évoquée ci-dessus, que l'évolution est un processus algorithmique - tout en expliquant que l'algorithmique n'est pas un réductionnisme sommaire conduisant à voir partout à l'œuvre des IBM 1401 (NDLR pour les jeunes lecteurs: premiers calculateurs commerciaux de grande diffusion apparus vers 1960, dotés d'une mémoire pharamineuse de 4K). Mais à cette occasion, Daniel Dennett met en évidence avec beaucoup de pertinence les faux procès faits à Darwin, par les tenants des conceptions traditionnelles du dualisme.

La seconde et la troisième partie entrent en profondeur dans le détail des mécanismes biologiques et anthropologiques, selon la même méthode. Même les formes les plus évoluées, les plus mystérieuses mêmes de la culture humaine, l'esprit, le langage, la connaissance, la morale, peuvent être éclairées et replacées dans le contexte de l'évolution par un maniement adéquat de la pensée darwinienne.

Certains d'entre vous qui lirez ceci pourraient se lasser par avance de ce qui leur paraître une idée fixe de l'auteur: défendre et illustrer à tous prix son héros Darwin (à qui d'ailleurs en vieillissant il finit par ressembler quelque peu physiquement). Mais ils auraient tort. En effet, les considérations très actuelles concernant les applications actuelles ou prévisibles de ces prémisses méthodologiques aux sciences de la vie artificielle, raniment en permanence l'intérêt. Nous sommes véritablement, pensons-nous, avec ce livre, au cœur d'une des analyses les plus profondes qui soient, à ce jour, des transformations du monde moderne.

Conclusion

Certains s'inquiéteront peut-être de voir le darwinisme devenir en ce moment, avec les développements de l'evolving computing, l'espèce de pensée unique, non seulement dans les technologies robotiques et automaticiennes, mais aussi dans les sciences de la nature. Nous sommes en présence non seulement d'un principe explicatif de ce qui a été, de ce qui est et sera, chez le vivant, mais aussi d'une méthode pour créer du nouveau, au confluent du vivant et de l'artificiel...bref d'une méthode pour façonner le monde de demain. Toutes choses égales d'ailleurs, le darwinisme n'est-il pas devenu, discrétement, une approche aussi incontournable que la mécanique quantique dans les sciences physiques?   Or qui dit pensée ou méthode unique ne risque-t-il pas de tomber rapidement dans le dogmatisme ou dans l'incapacité de jeter des regards différents sur le monde?

Pour notre part, nous ne pensons pas que ce risque soit très grand. D'abord le darwinisme évolue lui-même en confrontation permanente avec d'autres théories ou des expériences nouvelles que, par définition, il ne refuse pas de prendre en compte. C'est en effet la mutation, le générateur d'aléatoire, qui constitue son moteur essentiel. Les Darwiniens ou transformistes, comme Dennett, Pinker et bien d'autres, ne constituent pas un corps de gardiens intransigeants de la doctrine du père fondateur, comme le sont encore, par exemple, les freudiens (sans parler de feu les marxistes). D'autre part, tant que la doctrine marche, c'est-à-dire tant qu'elle permet de faire émerger du nouveau, il n'y a pas de raison de la rejetter. Ce nouveau, nous l'avons vu, apparaît non seulement dans l'examen de la nature (comment fonctionne le cerveau, par exemple), mais aussi dans les laboratoires d'automatiques, avec de nouvelles générations, toujours, plus "intelligentes" d'automates machines.

Enfin, le darwinisme ne ferme aucune porte à la recherche et à la réflexion philosophique. La grande question aujourd'hui est de replacer l'homme et la civilisation humaine dans la séquence aléatoire d'évènements ayant conduit à leur apparition. Quelles conséquences peuvent entraîner des processus locaux de finalité intentionnelle (ou organisés comme tels) dans des mécanismes continuant à obéir aux déterminismes non-humains, que ce soit à l'échelle cosmologique ou à l'échelle terrestre.

Pour en savoir plus sur le darwinisme et les anti-darwiniens:
Les ouvrages ne manquent pas. Citons une bonne vulgarisation de Sciences et Avenir, septembre 1997, La nouvelle croisade contre Darwin, présentée par André Langaney , généticien et darwiniste convaincu. Le numéro n'est pas repris dans les archives en ligne du journal.
Sur André Langaney, voir http://www.tsr.ch/viva/avant/invite_9/invite_9.html

 

 




 

 

 

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