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16 Août 2001
Notes par Jean Paul Baquiast

Science et Avenir

Couverture du numéro spécial de science et avenir : La psychanalyse est-elle une science ? : l'hypothèse de l'inconscient

La psychanalyse est-elle une science ?

Science et Avenir, numéro spécial de juillet 2001

Dans son remarquable numéro spécial de juillet 2001, la revue Sciences et Avenir aborde "l'hypothèse de l'inconscient" telle que posé par Freud et les psychanalystes, à la lumière notamment des travaux récents des neurosciences. Nous ne pouvons que recommander à nos lecteurs une lecture exhaustive de ce numéro, qui présente outre une relecture de l'inconscient freudien de nombreuses considérations très actuelles sur la mémoire et sur la conscience.

Sur ces derniers points, signalons particulièrement les articles de Bernard Lechevalier, Adolf Grünbaum, Elizabeth Pacherie (1), Max Kistler (1), Israël Rosenfeld. Une bibliographie importante est fournie.

Que peut-on en retenir ?

Il serait présomptueux en quelques phrases de prétendre régler son compte à la psychanalyse. Proposons cependant quelques considérations pouvant servir de vade me cum dans toute discussion avec ceux qui sont restés de fervents partisans des analyses et des méthodes freudiennes.

- Freud fut en son temps, et demeure encore, l'inventeur de quelques "vérités" qui firent scandale, et continuent à n'être pas acceptées par beaucoup de gens qui préfèrent les préjugés moralistes au regard scientifique. Comme Darwin (cf. Daniel Dennett, "L'idée dangereuse de Darwin") il a lancé quelques idées dérangeantes, que beaucoup s'efforcent encore de nier, notamment celle du rôle extraordinairement important de l'épigénétique sexuel comme déterminant d'un grand nombre des comportements humains. Il a également montré que l'hypocrisie à cet égard était très répandue (ce que Sartre appelait la mauvaise foi) : d'innombrables personnes n'avouent pas leurs motivations sexuelles ("normales" ou "perverses") quand ils ne les dissimulent pas, y compris parfois à leurs propres yeux, sous de fausses apparences ou faux prétextes.

  • Le rôle précurseur de Freud, conjugué à son réel courage intellectuel, compte tenu des préjugés de son époque et de son milieu, méritent le respect. Ceci ne justifie pas que ses disciples d'aujourd'hui continuassent à lui vouer un culte excluant toute remise en cause, toute adaptation de la doctrine et des méthodes. Un siècle s'est écoulé. Les progrès des neurosciences obligent à revoir de fond en comble tout l'édifice freudien. D'autres connaissances relatives aux déterminants profonds des comportements animaux et humains, notamment en génétique animale et humaine (sous l'angle notamment de la sociobiologie) comme en ce qui concerne le langage, la mémétique, la robotique évolutive, participent également à cette nécessité de révision. Après être devenu une herméneutique, le freudisme ne sera bientôt plus qu'un moment important de l'histoire des idées. Si les freudiens orthodoxes veulent continuer à jouer un rôle de levain, c'est au moins en discutant de façon approfondie avec les représentants des sciences modernes.
     

  • Aujourd'hui, nul ne nie l'inconscient, que ce soit chez les animaux ou chez les hommes. On dira même que l'inconscient est la règle. L'inconscient doit d'ailleurs être décomposé en nombreux registres, étanches les uns aux autres ou communiquants, programmés durablement ou passagèrement. L'ensemble de l'organisme vivant fonctionne sur le mode de l'inconscient, que ce soit au plan purement organique (pour maintenir par exemple son homéostasie) ou au plan des représentations et des catégorisations. Le cerveau produit en permanence des cartographies non conscientes du monde environnant, compte tenu des déterminants génétiques hérités des espèces antérieures, et des acquis culturels collectifs ou individuels. L'individu s'y situe sans le plus souvent se rendre compte de ce qu'il fait (cf. S. Pinker. Comment fonctionne l'esprit). Par ailleurs, le cerveau, composé d'agents neuronaux en compétition darwinienne permanente, élabore constamment des contenus oniriques, dont certains sont vaguement perceptibles en état de veille, ou lors des rêves dont on garde le souvenir, mais dont la plupart demeurent inconscients - ce qui ne les empêche pas parfois sans doute d'influer sur le psychisme.
     

  • Une grande partie des expériences de l'individu ne sont pas mémorisées, sauf sous la forme d'une contribution à la formation de catégories ou patterns constitutifs des cartes cognitives. Mais certaines de ces expériences sont mémorisées et deviennent plus ou moins conscientes, ou susceptibles d'être revécues (ou ré-inventées) consciemment. D'autres, notamment celles vécues comme traumatisantes, peuvent être occultées. Dira-t-on qu'elles sont refoulées ? Il suffira peut-être de dire qu'elles sont évacuées comme désagréables, nuisibles à l'adaptation. Dans ce cas, est-il souhaitable de les faire revivre ? Sans doute, mais seulement si l'individu est capable d'affronter les souvenirs déplaisants ou traumatisants ainsi réveillés. Sinon, il vaut mieux qu'il continue à " faire son deuil ".
     

  • La conscience est l'exception. Néanmoins, il s'agit d'un phénomène assez remarquable pour que l'étude des conditions dans lesquelles les mémorisations inconscientes entrent dans le champ du conscient, et du rôle qu'elles y jouent, soit un objet majeur de la science contemporaine - ceci notamment dans la perspective de simulation de ces processus sur des automates évolutionnaires. Un certain nombre des contenus cognitifs entrent à tous moments dans le champ de la conscience. Dans les théories qui font de celle-ci un système massivement multi-agents en compétition darwinienne permanente, obéissant de façon dynamique aux contraintes du milieu, notamment aux in-put apportés par le langage (mèmes) et la vie en société, la mobilisation par la conscience d'un contenu cognitif jusque là non compilé par elle représente certainement un avantage pour le sujet conscient. Plus les champs du présent et du passé remémorés seront larges, plus seront riches les projections relatives à l'environnement futur, et les simulations de conduites optimales répondant aux intentionnalités du sujet.
     

  • Il y a donc intérêt à élargir la portée de la conscience. Ceci se fait notamment par l'expression langagière et le stimulant de la vie en groupe poussant à la discussion. Toutes les méthodes incitant à l'extraversion et à la communication (conversations, confessions, psychothérapies, pratiques inspirées des méthodes vaudou ou autres), pourront avoir leur intérêt, y compris la cure psychanalytique. Par ailleurs, les approches critiques permettant de faire apparaître, derrière les affirmations de "mauvaise foi" au sens de J.P. Sartre, ou les "rationalisations", les "vraies" motivations, conscientes ou préconscientes, du sujet qui parle, jouent également un rôle essentiel. D'autres méthodes plus "objectives" pourront sans doute être employées plus tard, dérivées de l'exploration fonctionnelle du cerveau.
     

  • Mais si la cure psychanalytique peut avoir un intérêt, comme toute psychothérapie ou assistance psychologique, il ne faut pas y mettre plus que ce qu'il y a. Les associations libres ou le transfert peuvent être vues comme des formes d'échanges conversationnels ou affectifs courantes par ailleurs dans l'échange social ou sexuel un tant soit peu riche. En aucun cas il ne peut s'agir de méthodes au résultat garanti. Rien n'a jamais prouvé que les "guérisons" ou "soulagements" apportés par la cure psychanalytique n'auraient pu être obtenus à moindre frais par des voies plus légères.
     

  • Tout ceci signifie, pensons-nous, que les entités du freudisme, le ça, la libido, le moi, le surmoi, les pulsions, les complexes, le refoulé ne correspondent plus à grand chose. Il s'agit de concepts beaucoup trop généraux, voire inexacts, qui n'ont plus de pouvoir d'investigation. Tout au plus peut-on les considérer comme des catégories philosophiques très générales, analogues aux concepts de mal, de bonté, de personne. Aujourd'hui, il faut impérativement descendre bien plus profond dans l'organisation et le fonctionnement cérébral pour comprendre le système psychique et ses substrats neuronaux et chimiques.


(1) Institut Jean-Nicod : www.institutnicod.org

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