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Phi, a voyage from the brain to the soul

A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

9 Avril 2001
Note par Jean-Paul Baquiast

Kenan Malik Weidenfeld et Nicholson London

Man, Beast and Zombie, Kenan Malik

Kenan Malik Weidenfeld and Nicholson London
( Man, Beast and Zombie ) .2000


Kenan Malik a été étudiant en neurobiologie puis chercheur en psychologie au Center for Research into Perception and Cognition de l'Université du Sussex.
Il est désormais auteur et conférencier, préoccupé notamment d'histoire des sciences et de la philosophie. Il est également très concerné par la question du racisme.
Son livre The meaning of race Race, History and Culture in Western Society 1996 NY University presse, a été considéré comme une contribution importante dans l'histoire des idées sur ce sujet toujours politiquement d'actualité.

Voir aussi:
- Kenan Malik The perils of pluralism http://www.indexoncensorship.org/issue397/malik.htm
- Kenan Malik Let Languages Rest in Peace http://www.sjsu.edu/depts/linguistics/news/rip.htm

Nous recommandons ce livre, malheureusement non encore traduit en français, à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des idées philosophiques et scientifiques relatives au concept de nature humaine. Kenan Malik a ses propres conceptions sur le sujet. Il n'hésite pas à ferrailler contre ce qu'il considère comme des vues réductrices, fussent-elles défendues par de brillants scientifiques. Mais surtout, dans la grande tradition universitaire britannique, il rend compte avec un détail suffisant (le livre fait plus de 400 pages) des thèses des uns et des autres, examinant et présentant loyalement le point de vue des auteurs.
L'étude commence avec le Cartésianisme puis le siècle des Lumières, en insistant sur les Encyclopédistes français, notamment Condorcet (qui semble avoir la faveur de tous les philosophes anglo-saxons, peut-être à cause de sa fin tragique, au service d'idées sans doute trop en avance sur leur temps pour influencer durablement l'histoire). Elle se termine avec les débats les plus récents autour des travaux de Daniel Dennett, Jared Diamond, E.O.Wilson, Stephen Jay Gould et Richard Dawkins (remarquons que les chercheurs français contemporains sont malheureusement ignorés de l'auteur). Les perspectives de l'intelligence artificielle et de la robotique sont prises en compte, pas toujours de façon satisfaisante, nous y reviendrons, mais avec une culture du sujet tout à fait respectable.

Comme le livre est écrit dans un anglais facile, évitant les termes ésotériques, il constitue donc, indépendamment de l'argumentaire que l'auteur voudrait conduire, un excellent manuel, permettant notamment aux lecteurs français, encore trop englués dans des approches journalistiques du sujet, d'acquérir les références scientifiques et philosophiques indispensables pour aborder le sujet avec un début de pertinence.

Le fond de l'argument du livre est qu'aucune des théories et études dont il présente la synthèse ne traite véritablement de la nature humaine. L'homme n'est ni un animal ni un automate, fut-ce cet automate très intelligent*. Il cherche à démontrer qu'aucune des théories dont il fait l'analyse n'épuise le sujet de la nature humaine. L'esprit peut être décrit de multiples façons, les chasseurs-cueilleurs contemporains ne peuvent servir de modèles à ce qu'étaient nos ancêtres, les technologies de la robotique, fussent-elles évolutives, sont loin d'épuiser le sujet de l'homme, les excès du darwinisme ou de la socio-biologie se condamnent eux-mêmes….

Il prend soin aussi de montrer l'arrière-plan politique, surtout sous la forme des préjugés idéologiques, qui a toujours pollué les débats sur la nature humaine. Il s'en prend à nouveau, peut-être un peu longuement pour ceux qui estiment la cause entendue, aux résurgences du racisme. Mais il dénonce également les illusions humanitaristes (telles celles concernant ce qu'il appelle l'Unesco man, homme parfaitement improbable né de l'idéalisme des vainqueurs de la 2e guerre mondiale) et, bien entendu, les dérives du politiquement correct à l'américaine.

On pourrait craindre, compte tenu de tout ceci, que Kenan Malik ne verse dans un idéalisme nimbé de religiosité, relativement à la nature et à l'âme humaine. Il n'en est rien. L'auteur reste solidement matérialiste et confiant dans les pouvoirs d'explication de la science et de la philosophie laïque. Tout en admettant évidemment que chacun puisse croire ce qu'il veut, dans le registre de la foi, il dénonce en effet les fausses réponses apportées par les religions et les fanatismes contemporains aux questions laissées encore non résolues par la science.

Alors, dira-t-on, que propose-t-il de constructif, après avoir rejeté la plupart des approches scientifiques analysées. Nous voulons bien admettre que le sujet de l'homme et de la nature humaine est loin d'être épuisé, et qu'il reste encore beaucoup à faire pour l'approfondir - sans doute, et c'est heureux, sans espoir de jamais y arriver complètement. Mais Kenan Malik ne nous donne guère de pistes, sinon encourager une attention épistémologique et critique toujours en veille.

Nous pensons qu'il est possible, sur la base de ses analyses, d'être plus positif. C'est en tous cas le point de vue qui inspire, espérons-nous, la ligne philosophico-politique de notre revue. Notre conviction est que les travaux sur la conscience et l'homme artificiels sont les plus favorables, aujourd'hui, à nous permettre de mieux comprendre l'homme, le cerveau, l'esprit et la nature humaine. Ils sont les seuls à offrir le stimulant (incentive) indispensable pour faire progresser l'ensemble des sciences naturelles et humaines s'attaquant à l'étude de l'homme. Ce sont donc eux qui devraient apporter à des philosophes comme Kenan Malik certaines des réponses aux questions qu'il se pose légitimement. Mais pour éviter le réductionnisme toujours à craindre d'une approche centrée sur la robotique, il faut véritablement faire de l'interdisciplinarité une règle essentielle au développement de tout projet et à la formulation de toute théorie. Ceci veut dire, quelle que soit l'étendue de la tâche, qu'il est devenu indispensable de connaître l'ensemble des travaux et thèses portant sur la nature humaine, si l'on veut donner une quelconque consistance à la réalisation d'artefacts s'interfaçant avec des hommes, réalisation qui se produira inévitablement.
Une autre conclusion est que la démocratie, reposant sur la vulgarisation et la décentralisation, s'impose afin que ne naissent pas de nouveaux impérialismes se parant de succès dans le domaine de l'homme artificiel pour maintenir dans l'aliénation le reste de l'humanité.

*Le mot zombie est utilisé, assez curieusement, par l'auteur, pour désigner les automates dont on espère faire des artefacts si semblables à l'homme qu'il sera difficile de dire s'ils sont conscients ou non - problème que se posent, paraît-il, ceux qui ont l'occasion de rencontrer un zombie tel que le décrit la religion vaudou.

Automates Intelligents © 2001

 




 

 

 

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