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A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

6 Décembre 2001
Notes par Jean-Paul Baquiast

L'identité humaine
La Méthode V.

Couverture de L

L'identité humaine
La Méthode V.

Edgar Morin

Seuil 2001

 


MorinEdgar Nahoum dit Morin, sociologue et philosophe français né à Paris en 1921, est l'un des penseurs français les plus importants de son époque. L'oeuvre multiple de ce directeur de recherches émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) est commandée par le souci d'une connaissance ni mutilée ni cloisonnée, apte à saisir la complexité du réel, en respectant le singulier tout en l'insérant dans des ensembles plus vastes.
Bibliographie sommaire :
l'Homme et la Mort (1951), le Cinéma ou l'Homme imaginaire (1956), le Paradigme perdu: la nature humaine (1973), l'Unité de l'homme (en collaboration avec M. Piattelli-Palmarini, 1974); des études de sociologie contemporaine: les Stars (1957, réédité en 1972), Commune en France: la métamorphose de Plodemet (1967), Mai 68: la brèche (en collaboration avec C. Lefort et C. Castoriadis, 1968), la Rumeur d'Orléans (1969; nouv. éd. complétée avec la Rumeur d'Amiens, 1973), la Femme majeure: nouvelle féminité, nouveau féminisme (en collaboration avec B. Paillard et N. Benoît, 1973), l'Esprit du temps (I: Névrose, 1962; II: Nécrose, 1975); des ouvrages d'épistémologie , la Méthode (I: la Nature de la nature, 1977; II: la Vie de la vie, 1980; III : la Connaissance de la connaissance, 1986, IV : Les idées, 1991); La tête bien faite, 1999; Les sept savoirs pour l'éducation du futur 2000; des récits politiques et autobiographiques: Autocritique (1959), Introduction à une politique de l'homme (1965), Journal de Californie (1970), Journal d'un livre, juillet 1980/août 1981 (1981), Terre-Patrie (1993), Reliances (2000).

En savoir plus :
Edgar Morin: Réforme de pensée, transdisciplinarité, réforme de l'Université 1997 http://perso.club-internet.fr/nicol/...
Entretien avec Anne Rapin 1997 http://www.france.diplomatie.fr/label_france/FRANCE/IDEES/MORIN/morin.html
Edgar Morin et la complexité par R. Barbier http://www.fp.univ-paris8.fr/...
La tête bien faite, court résumé http://cahiers-pedagogiques.com/pages/Liv61.htm
Article dans Québec Sciences: l'indispensable éthique 2001 http://www.cybersciences.com/Cyber/4.0/2001/03/entrevue.asp
Programme européen modélisation de la complexité http://www.mcxapc.org/index.htm

Edgar Morin, une pensée arrêtée ?

J'ai beaucoup de scrupules à intituler de cette façon ce compte-rendu de lecture du dernier livre d'Edgar Morin, consacrée à l'Identité humaine, tome V de la grande œuvre qu'est La Méthode. Ma déception est à la hauteur de l'admiration que j'ai toujours portée à ce philosophe.
Il faut donc que je m'explique.

Pour comprendre Morin, et accessoirement le commentaire ci-dessous, il faut se replacer dans l'histoire récente des sciences humaines et de la philosophie françaises. Alors que celles-ci, dans les années cinquante à soixante, s'épuisaient en débats politiques ou littéraires qui ont stérilisé de nombreux bons esprits, comme Merleau-Ponty, Edgar Morin apporta subitement le regard des sciences de la nature : physique, chimie, biologie, anthropologie, systémique... Du même coup, il généralisait le thème de la complexité, montrant que la pensée moderne ne pouvait pas comprendre le monde en s'isolant dans des approches partielles et linéaires, fussent-elles d'ailleurs scientifiques.

Edgar Morin s'est toujours présenté comme sociologue. En fait, c'est aussi un anthropologue et un philosophe-épistémologue. Beaucoup ont vu en lui, à tort, un sociologue de salon. Ce fut en effet un auteur extrêmement prolifique, touchant un peu à tout ce qui intéressait les sciences humaines et politiques. Il a constamment pris le vent des modes intellectuelles, souvent parisiennes, du moment. Mais contrairement aux vulgarisateurs de moins bonne facture, il a toujours su apporter un apport personnel, représentant une véritable contribution scientifique à l'évolution des connaissances. Ce fut notamment le cas avec la série des quatre premiers volumes de La Méthode, produits entre 1977 et 1991.

Cette valeur ajoutée a tenu à l'approche interdisciplinaire qu'il a su adopter dès le début, grâce au parti qu'il a tiré de ses rencontres avec des chercheurs, généralement issus du monde académique anglo-saxon, représentant le point de vue systémique, point de vue lui-même issu de l'utilisation de la formalisation informatique dans les sciences de la vie. Il a énormément lu ce qui s'écrivait et se discutait dans les laboratoires anglo-saxons et européens les plus créatifs du moment, autour des thèmes de l'auto-référence et de la complexité. Il a su rendre lisibles ces approches souvent très mathématisées, de façon à permettre leur application, par ses lecteurs eux-mêmes, à de nombreux domaines des sciences humaines, qui s'en tenaient éloignés jusque là, autant par ignorance que par refus d'évoluer.

Ceci étant, Edgar Morin s'est fait de nombreux ennemis parmi ceux des scientifiques qui ne voulaient pas sortir de leur discipline. Sa démarche, encyclopédique récursive, les aurait obligés à prendre en considération les autres disciplines et à remettre en cause, en les enrichissant, les conclusions de leurs propres travaux. Seuls des esprits particulièrement ouverts peuvent accepter de telles épreuves, afin de progresser. Ce fut le cas de nombreux intellectuels qu'il séduisit et qui surent lui rester fidèles, avec un rien de dévotion parfois qui éloignait les autres.

Malheureusement, comme Edgar Morin ne disposait pas véritablement de moyens de recherche de type universitaire, il n'a pas eu les moyens ni peut-être le goût d'essayer de formaliser, sous forme d'un instrument facilement utilisable, ce qu'il a appelé sa méthode, l'ouverture à la pensée complexe. Ceci n'était d'ailleurs peut-être pas possible à l'époque, qui voyait par exemple simultanément échouer aux Etats-Unis les premières tentatives de l'Intelligence artificielle et du General Problem Solver par excès d'ambition et insuffisance de moyens informatiques et mathématiques. Les travaux de mathématiciens et informaticiens comme Jean-Louis Le Moigne, avec qui Edgar Morin anime aujourd'hui le Programme Européen Modélisation de la complexité, constituent certes des contributions importantes à cette même modélisation, mais pour le plus grand nombre, ils apparaissent difficilement utilisables pour des raisons elles-mêmes ...complexes.

Il reste que les quatre premiers volumes de l'œuvre majeure d'Edgar Morin, La Méthode, furent reconnus par un certain nombre de lecteurs comme un véritable ouvrage fondateur. Je peux dire par exemple que lorsque je reprends dans ma bibliothèque les deux premiers tomes "La Nature de la nature" et "La Vie de la vie", je constate que chaque page ou presque y furent annotées soit par moi soit par ceux à qui j'avais prêté ces ouvrages. Beaucoup des propos de l'auteur sont encore d'actualité, même si certaines références scientifiques sont, par la force des choses, devenues obsolètes.

On doit constater cependant qu'au regard de la valeur de ces écrits, l'audience de La Méthode ne fut pas suffisante pour affranchir la pensée française des chapelles de la philosophie et du juridisme traditionnels. Du fait sans doute de l'irréductible hostilité de nombreux scientifiques français, se traduisant par l'affichage d'un mépris bien scolastique mais dévastateur, Edgar Morin n'eut sans doute pas l'accueil qu'il aurait dû mériter. Le Collège de France a ouvert ses portes à bien des esprits n'ayant pas son envergure. Peut-être n'a-t-il pas suffisamment recherché la vraie notoriété académique, se satisfaisant de l'estime chaleureuse d'un petit cénacle autour de l'Ecole pratique des hautes études et de certains salons.

Ceci étant, il me semble que ce manque d'audience, qui se fit de plus en plus sentir alors que les années passaient, fut aussi en partie imputable au fait que, pour une raison qui m'échappe, Edgar Morin ne sut pas se renouveler à partir des années 1990, en s'ouvrant à la véritable explosion qui marqua les connaissances scientifiques à partir de ces années-là, explosion qui ne fait que s'amplifier, et dont notre Revue s'efforce pour sa modeste part d'être l'écho. La tension conquérante qui faisait l'attrait des deux premiers tomes de La Méthode se trouva en partie relâchée dans les suivants, là où précisément les questions devenaient difficiles, touchant au statut des connaissances, des idées et de la conscience. Les pièges ou difficultés de l'autoréférence y devenaient impossibles à éviter, ce qu'avaient pu faire les descriptions se donnant comme objectives de la nature et de la vie proposées dans les deux premiers volumes de la série. Ainsi les tomes III et IV, consacrée à la Connaissance et aux Idées, sentaient déjà un peu la répétition.

Quant au dernier tome, consacré au statut de l'humanité -question lourde de pièges où ses lecteurs attendaient beaucoup de la créativité d'Edgar Morin, il ne parut qu'avec retard. Prévu dès le début, il a été longtemps différé : c'est seulement aujourd'hui qu'il nous est livré.
Dans l'intervalle, Edgar Morin a produit de nombreux ouvrages proposant de jeter le regard de la pensée complexe sur des événements contemporains, la science, l'éducation, l'Europe, la politique. Il y a retrouvé sa curiosité de sociologue ouvert aux questions d'actualités, sans à mon avis se démarquer nettement d'innombrables excellentes analyses émanant d'autres auteurs, acteurs ou observateurs face à l'évolution actuelle de l'occident. Pour ce qui concerne La Méthode, ce trop long silence de 10 ans, et disons le mot, le manque de renouvellement amorcé dans les deux derniers tomes, ont déçu beaucoup des amis intellectuels, pourtant convaincus d'avance, qu'Edgar Morin avait su se donner.

La Méthode, mais quelle méthode ?

Avec le recul, on peut d'ailleurs se demander en quoi consistait exactement la fameuse méthode Morinienne. Les gens pressés en ont d'abord retenu qu'il fallait éviter les jugements linéaires, incapables de prendre en compte la récursivité. Tout acte, y compris dans le domaine intellectuel, retentit sur les conditions dans lesquelles il a été produit et donc sur cet acte lui-même. Ceci est symbolisé par la fameuse flèche rétroactive, indicatrice d'un effet -retour, ou feed-back, dont Morin a parsemé ses écrits. La Méthode nous apprend également à penser chaque chose sous ses divers aspects, ce qui oblige pratiquement à prendre en considération la chose et son contraire, ou bien la chose et ses diverses versions, non pas pour aboutir à des jugements moyens sans intérêt, mais pour progresser vers un ajustement, jamais atteint d'ailleurs, du concept à la réalité supposée.

Enfin, plus systématiquement, La Méthode oblige le locuteur à prendre en compte, en les brassant d'ailleurs en permanence (la fameuse en-cyclo-pédie), l'ensemble des connaissances qui lui sont disponibles. Cela évite à la fois les jugements unilatéraux et les jugements définitifs, en maintenant le discours ouvert à l'évolution de l'ensemble d'un système s'étendant en principe à la totalité des connaissances. Ainsi, pour parler de la genèse des organisations vivantes, Morin emploie le concept complexe d'auto-égo-éco-ré-organisation, voulant dire par là que l'auto-organisation par auto-référence se fait en intégrant l'univers du moi et celui de l'environnement dans lequel elle se situe, en se reconstruisant en permanence.

On a parfois plaisanté sur ces formulations prises à tort pour des tics verbaux. En fait, il s'agissait là d'un mode de pensée fondamental, dont le non-respect décrédibilise aujourd'hui (ou devrait décrédibiliser) tous les porteurs de certitudes et de fondamentalismes.

La contrainte imposée par la Méthode paraîtra énorme. Il est vrai que prise au pied de la lettre, elle oblige à se constituer soi-même, comme Morin l'indique dans le tome V, en un véritable point hologramme reflétant en petit tout le savoir du monde. Mais on peut se rassurer en se disant que seule compte précisément la méthode d'approche. Même si on ne sait pas tout sur tout, on peut tenter de formuler un jugement prenant en compte les divers aspects de ce que l'on sait, plutôt qu'afficher sans complexe des points de vue réductionnistes ou exclusifs. Certes, le discours et moins encore la prise de décision, ne peuvent s'accommoder d'une remise en cause permanente, ou d'un flou ne permettant aucun progrès de l'action. Mais élargir le regard, quand il s'agit de faire appel au "langage afficheur" ou d'agir dans le concret, ne peut qu'être utile.

Ceci dit, les propos qui précèdent montrent aussi les limites de La Méthode, ou plutôt de la pensée complexe préconisée par Morin et ses disciples. On en arrive à des considérations qui ne dépareraient pas un manuel de management ou de savoir-vivre : prenez la peine de considérer les divers aspects d'une question avant d'affirmer un point de vue, sachez évaluer les retombées de votre action, etc. Il fallait certainement aller plus loin, oser plus.

Or, en relisant les quatre premiers tomes de la Méthode, on constate avec regret que Morin est resté au seuil de l'approfondissement scientifique de concepts comme l'émergence, l'évolution, la complexité. A plus forte raison, n'a-t-il pu nous orienter vers des pistes sérieuses permettant de mieux analyser la vie, l'esprit, la conscience. Il lui a manqué finalement, si l'on peut dire, la méthode permettant de rendre La Méthode opérationnelle.

L'identité humaine

Peut-être à l'époque ne pouvait-il pas proposer cette méthode, car les outils nécessaires manquaient encore, ou étaient trop dispersés pour qu'il puisse s'y référer. Lorsqu'on regarde cependant les progrès faits par la pensée systémique évolutionnaire dans le monde anglo-saxon, au cours des années 90 jusqu'à ce jour, on ne peut que regretter de voir Morin, dans le couronnement de son œuvre, ce cinquième tome tant attendu, consacré à l'identité humaine, ne pas y faire réellement référence.

Ceci ne veut pas dire qu'il ne faille pas lire ce dernier ouvrage. Pour ceux notamment qui ne connaissent pas les quatre premiers, on y trouve effectivement la somme du meilleur de la pensée d'Edgar Morin et de son apport méthodologique, un peu le testament de toute une vie de militance intellectuelle, qui mérite respect et considération. Si tous les hommes politiques, décideurs et hommes des médias en étaient imprégnés, le monde serait plus harmonieux. Des considérations intéressantes sur les problèmes politiques et sociaux récents actualisent par ailleurs les domaines d'application de cette pensée. A ce titre, on pourrait proposer l'ouvrage pour le Grand Prix de l'Académie Française, par exemple.

Mais au plan de la scientificité de la Méthode, nous n'avons guère fait de progrès. Morin, d'abord, semble n'avoir pas connaissance des multiples apports faits aux sciences et à la philosophie par ce que nous appelons dans cette Revue le darwinisme évolutionnaire, appliqué à tous les domaines des connaissances, y compris les sciences humaines, en s'appuyant sur les progrès de la simulation informatique et mathématique des systèmes complexes.

Plus exactement, il fait des allusions rapides, mais peu encourageantes, à ces approches, semblant considérer qu'elles n'apportent rien de nouveau. Comme beaucoup d'autres, il n'a pas su voir, par exemple, la portée de la nouvelle Intelligence Artificielle (IA). Il la voit bornée par les capacités du cerveau humain, qu'elle se bornerait à compléter par la force brute de la machine. Il n'a pas saisi les possibilités de l'IA évolutionnaire, susceptible de se développer dans des voies non définies à l'avance par les programmeurs. Les quelques paragraphes qu'il consacre à l'IA montrent qu'il n'a compris ni la discipline ni l'extraordinaire ferment pour le développement des connaissances qu'elle apporte, dans la perspective de l'interdisciplinarité, aux mains tout au moins de ceux qui sauront s'en servir. De même, un travail qu'il n'aurait pas du ignorer, aux potentialités qui nous paraissent considérables, celui de Gilbert Chauvet, consacré à la physiologie intégratrive, n'est pas cité.

Il y a plus grave. Arrivé presque au terme de son grand'oeuvre, Morin semble renoncer à se poser les vastes questions qu'elle suscite. A plus forte raison n'essaye-t-il pas de suggérer des pistes permettant de les résoudre. Ceci nous paraît caractériser une véritable cécité du regard scientifique. Le professeur Jean-Paul Escande, dans un petit livre très éclairant consacré à la méthode en biologie que nous vous présenterons dans notre prochain numéro(1), montre comment Pasteur a découvert les germes microbiens en s'affranchissant du regard compartimenté de la médecine expérimentale de Claude Bernard. Pasteur, qui n'était pas médecin, a su s'interroger sur la vie en général, et sur les vecteurs qui pouvaient dans cette optique relier la terre, les êtres vivants et les milieux artificiels (en l'espèce les cuves de fermentation), toutes questions que les médecins de l'époque auraient jugées hors de propos. Là où les contemporains se satisfaisaient de l'hypothèse de la génération spontanée, qui suffisait à leur pratique limitée, Pasteur a su mettre en évidence la contagion microbienne.
On aurait pu attendre d'Edgar Morin qu'il fasse le même effort, confronté aux points d'achoppement de la pensée complexe. Sans doute n'aurait-il pas réussi à nous éclairer, car ces questions sont loin d'avoir trouvé leurs solutions, mais du moins nous aurait-il encouragés à essayer, avec lui, de faire progresser la connaissance.

Prenons l'exemple des évolutions sociales, qui font l'histoire. Si on se borne à constater que des phénomènes comme celui de la mondialisation culturelle sont complexes et méritent des approches circonstanciées, on n'avance pas beaucoup. Si à la suite de Dawkins et de la mémétique, on étudie le rôle des mèmes, entités analogues, sans être identiques, aux gènes, dans la transformation des comportements et des opinions, on peut commencer à travailler scientifiquement. Dans une autre perspective, si on étudie la mondialisation économique comme un système massivement multi-agents adaptatifs, afin d'y introduire les techniques de modélisation développées dans ces domaines de l'informatique et des mathématiques, on pourra aussi espérer progresser.

Revenons à Edgar Morin. Il nous a persuadés, par exemple, non sans mérite, d'étudier dans une boucle récursive les trois concepts individu-société-culture. Mais que faire pour générer cette fameuse boucle. Suffit-il de se dire, comme on récite un verset du Coran, que la définition de chacun de ces concepts exige la prise en considération des autres, et vice-versa ? Ne pourrait-on pas trouver un algorithme de calcul permettant à notre cerveau de faire l'opération de façon quasi-automatique. Si je devais réaliser une conscience artificielle ouverte à la pensée complexe, que ferais-je ?

Je sais bien que Morin ni sans doute personne aujourd'hui n'est en mesure de répondre à de telles questions. La logique, l'informatique comme certainement aussi les mathématiques ne sont pas encore assez perfectionnées pour cela. C'est d'ailleurs ce que constatent les chercheurs s'intéressant, comme Gilbert Chauvet, à l'organisme vivant pris en totalité, comme Jean-Arcady Meyer à l'émergence d'un animal artificiel ou comme Alain Cardon à la conscience artificielle. Les mathématiques de la vie et de la pensée, sinon le cerveau humain capable de les générer, sont encore à inventer. Mais ces trois scientifiques, par des méthodes différentes, s'efforcent de résoudre la difficulté. Morin pour sa part suggère, nous l'avons noté, le modèle de l'hologramme. S'agirait-il ou non d'une direction à explorer pour représenter les connaissances complexes? Nous n'en savons rien, mais nous aurions aimé que La Méthode, arrivée à son terme, débouche sur ces grandes avenues désormais ouvertes à l'heuristique, peut-être annonciatrices de grands changements de paradigmes.

Ce n'est malheureusement pas le cas. Nous n'avons droit qu'à des considérations de science-fiction sur l'avenir de l'humanité et du cosmos, avenir annoncé comme pouvant être soit terrifiant soit exaltant, ce qui ne nous avance pas beaucoup.

Il ne faudrait pas que, dans la ligne de ce dernier tome de La Méthode, le volume consacré à l'Ethique, annoncé comme devant couronner l'œuvre, se limite aux considérations rebattues et réductrices que ce terme redoutable suggère en général aux auteurs français. Le Morin des premiers tomes de La Méthode, la grande référence de notre jeunesse, définitivement, vaudrait mieux que cela.
Mais attendons pour juger.

1) Jean-Paul et Claire Escande. Biologies. Edition Les empêcheurs de penser en rond, 1997.

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