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27 Décembre 2001
Notes par Jean-Paul Baquiast

L'ultime secret

Couverture de L'ultime Secret", par Bernard Werber

L'ultime secret

Bernard Werber

Albin Michel, 2001

 


Bernard WerberBernard Werber est né en 1961 à Toulouse. Il a commencé en 1978 l'écriture des Fourmis, ce qui montre une belle précocité littéraro-entomologique, tout en entreprenant des études de droit et de criminologie. Il a été de 1984 à 1990 journaliste scientifique au Nouvel Observateur. Depuis, il se consacre semble-t-il entièrement à l'écriture, rémunéré par les 5 millions d'exemplaires de ses oeuvres vendus à ce jour. L'Ultime secret semble depuis sa parution bénéficier d'excellents chiffres de vente.

Ouvrages publiés, chez Albin Michel, qui lui ont valu divers prix:
- Les fourmis ,1991
- Le jour des fourmis, 1992
- L'encyclopédie du savoir relatif et absolu, 1993
- Les thanataunautes, 1994
- La révolution des fourmis, 1996
- Le livre du voyage, 1997
- Le père de nos pères, 1998
- L'empire des anges, 2000

Pour en savoir plus
Le site de Bernard Werber : http://www.werber.imaginet.fr/sommaire/index.htm

Bernard Werber s'est fait connaître par sa trilogie Les fourmis, publiée de 1991 à 1994, qui eut un succès considérable d'édition : plus de 5 millions d'exemplaires vendus, traduit en trente langues, selon l'éditeur. On ne s'attaque pas à de tels résultats, sauf à paraître mesquinement jaloux. Il reste que, m'intéressant à l'époque aux travaux des entomologistes et de l'Intelligence Artificielle sur les insectes sociaux, fourmis et termites, j'avais été déçu de ne rien trouver de bien précis sur ces questions dans Werber. Des fourmis anthropomorphes qui se réfèrent à un autre ouvrage autodidacte de l'auteur, fait de citations, l'Encyclopédie du savoir relatif et absolu (?) m'avaient paru sans grand intérêt. J'ai pu lire ensuite chez de véritables et vénérables myrmécologistes des réactions indignées aux approximations de Werber. Il est vrai que ces honorables scientifiques n'étaient connus que des lecteurs de revues académiques confidentielles, et ne tiraient pas à 5 millions.

La même histoire va-t-elle se répéter suite à l'envahissement récent du territoire des neurosciences par les divisions littéraires de Werber, dont le dernier livre, L'ultime Secret, a été présenté dans divers journaux comme assez mal écrit mais néanmoins incontournable. Tous les thèmes qui commencent d'être à la mode, relatifs au cerveau et à l'intelligence artificielle, s'y retrouveraient présentés au fil d'une intrigue de science-fiction plus ou moins convaincante. Je me suis donc fait un devoir d'acheter le livre et le lire afin d'en proposer une brève revue.

Werber n'est pas un scientifique. Cela se voit par le côté superficiel, je dirais journalistique, de beaucoup de ses connaissances et de ses sources. C'est néanmoins un homme qui réfléchit et ne manque pas d'idées sur tout, confiées ingénument au lecteur à l'occasion de ses récits. Il serait donc malséant de lui reprocher de s'attaquer aux questions qui nous sont chères, pour en présenter l'idée qu'il s'en fait. Tout au plus constatera-t-on que les recherches et conjectures les plus difficiles, les plus pointues, comme celles intéressant la conscience artificielle, sont simplement mentionnées, sans même faire l'objet d'un début d'analyse en profondeur montrant les voies possibles de mise en œuvre. En contrepartie, de nombreuses autres questions, abordées au fil de l'histoire, très connues d'ailleurs des spécialistes, sont présentées à peu près convenablement, ce qui ne manquera pas d'intéresser le public. On peut citer par exemple le Locked In Syndrom, l'auto-stimulation du centre du plaisir chez le rat, les lobotomies pratiquées en Russie pour désactiver les zones cérébrales sensibilisées aux stupéfiants, etc. L'auteur cite d'ailleurs une impressionnante liste de scientifiques consultés par lui au cours de la rédaction du livre…sans nous dire s'ils ont tous validé ses propos. Quoi qu'il en soit, on ne peut que saluer l'effort fait pour populariser des questions trop souvent méconnues ou mal connues. Sur ce plan, pourquoi ne pas lire, ne fut-ce qu'en diagonale, les 400 pages qui nous sont proposées ? Je ne sais pas si les sciences abordées s'en porteront plus ou moins mal, mais on verra… L'honnêteté m'oblige à dire que les quelques critiques du livre que j'ai lues sont favorables. Ils y voient une occasion inespérée de "rêver le futur". De là à comparer Werber à Umberto Eco!

Au plan de la forme, qui compte aussi, mon jugement personnel sera plus sévère. L'intrigue est inexistante ou plutôt désespérément torturée, les personnages n'ont aucune crédibilité, le style est tout juste bon pour les collections qui font la fortune des bibliothèques de gare. Mais ce jugement, je n'ai pas de raisons de prétendre l'imposer aux autres. S'il se trouve des gens que cela ne gêne pas, voire qui aiment un tel style, comme les tirages semblent le montrer, il ne faut pas qu'ils s'en privent.

La mise en scène des questions scientifiques

En fait, le problème important que nous devons considérer à propos de ce livre ne me paraît pas être celui de savoir s'il faut ou non l'acheter. Il est celui de la littérature présentant et mettant en discussion des questions scientifiques ou techniques d'actualité, dans des récits s'inspirant de la science fiction, du roman policier, ou du simple roman d'aventure, avec ou sans composantes sentimentales (voire sexuelles), sociologiques ou politiques. Nous avions déjà remarqué ici que les auteurs britanniques ou américains étaient maîtres dans cet art plus difficile qu'il n'y paraît. Il faut en effet, non seulement montrer des qualités littéraires incontestables (sans lesquelles le livre tombe des mains), mais aussi une bonne connaissance des problèmes techniques évoqués et de leurs diverses implications. Donc il faut à chaque fois beaucoup de documentation et beaucoup de réflexion, c'est-à-dire finalement énormément de travail.

Tous n'y réussissent pas, mais quand ils le font, les ouvrages sont promis à de forts tirages, à des adaptations cinématographiques inévitables et, qui plus est, à un grand renom dans les communautés professionnelles abordées. Celles-ci en général en tirent divers profits, dont celui de mieux se faire connaître et reconnaître par la société. Dans les meilleurs cas, les bons livres attirent des financements ultérieurs aux projets ayant pu ainsi s'être mieux fait connaître. Le public, quant à lui, s'informe en s'amusant.

Dans certains cas, l'information donnée est presque identique à celle qui résulterait d'un stage de quelques jours dans le laboratoire ou dans l'engin servant de cadre au roman. Comme j'ai toujours été amateur de ce genre de littérature, j'ai gardé chez moi près d'une centaine de romans, en anglais évidemment, décrivant d'innombrables techniques, recherches scientifiques, milieux géographiques ou humains que je n'aurais sinon jamais eu l'occasion de découvrir. Ces livres, pour un historien des sciences et des techniques, ce que je ne suis pas, malheureusement, présenteraient d'ailleurs un intérêt documentaire considérable. Ils offrent un panorama de leur évolution depuis la seconde guerre mondiale, et des débats d'idées y afférant, dont je doute qu'il puisse être trouvé ailleurs.

Je ne sais si L'ultime secret de Bernard Werber pourra ou non s'inscrire dans cette tradition glorieuse, au profit d'une meilleure connaissance des neurosciences et de l'intelligence artificielle. Ce dont je suis certain par contre est qu'il sera loin d'épuiser l'intérêt littéraire et romanesque des thèmes d'une infinie richesse que sous-tendent les développements de nos disciplines. En attendant que, sur ces mêmes sujets, des auteurs anglo-saxons tournant mieux les phrases et les intrigues que Werber nous inondent de leurs productions, il n'y a pas de raison de penser que le marché soit saturé. Nous ne pouvons donc ici qu'encourager ceux de nos lecteurs qui se sentiraient la plume littéraire, sur fond des problématiques qu'ils affrontent tous les jours, de s'essayer à rédiger quelques essais. Peut-être vaudrait-il mieux commencer par des nouvelles que par des romans. La nouvelle est un genre, lui aussi essentiellement de tradition anglo-saxonne, aussi difficile en un sens que le roman. Cependant, écrire une nouvelle demande quand même moins de temps qu'écrire un roman.

Mais au fait, en y pensant, pourquoi ne lancerions-nous pas un concours sur notre site Automates Intelligents? Nous vous en parlerons dans notre prochain numéro...

Automates Intelligents © 2001

 




 

 

 

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