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Machine-esprit
(Editions Odile Jacob janvier 2001)
Alain Prochiantz dirige le laboratoire
de développement et évolution du système
nerveux (CNRS) à l'Ecole Normale Supérieure. Il a précédemment
publié, outre de nombreux articles:
- L'anatomie de la pensée : à quoi pensent les calamars?
Éditions Odile Jacob, 1997.
- La biologie dans le boudoir, Éditions Odile Jacob.
- Claude Bernard, la Révolution physiologique
- Stratégies de l'embryon, Éditions PUF.
Le nouveau livre d'Alain Prochiantz poursuit et amplifie les
propositions présentées dans un livre précédent,
qui fut déjà très remarqué : "Les
anatomies de la pensée, A quoi pensent les calamars ? Odile
Jacob 1997"
Stricto sensu, l'auteur résume pour nous, outre de nouvelles
réflexions relatives à la philosophie des sciences,
les travaux qu'il mène dans son laboratoire concernant
le développement phylogénétique (au travers
des espèces) et embryogénétique du système
nerveux dans le monde vivant. Alain Prochiantz a d'ailleurs consacré
à une partie de ce thème la 24e conférence
de l'Université de tous les savoirs (Editions Odile Jacob).
Mais les évènements se précipitent, et
les esprits évoluent très vite, dans le domaine
plus général de la génétique. Nous
pouvons noter, dans le désordre :
le développement du décryptage d'un certain
nombre de génomes et de certaines parties du génome
humain, avec tous les débats que ceci provoque: que vont
faire les entreprises et laboratoires disposant de ces connaissances
? L'ivresse de la technique (de la technoscience et des dollars)
ne fait-elle pas oublier que des pans entiers de la connaissance
continuent à nous échapper : à quoi servent
exactement les gènes ? Peut-on prévoir ce que
produira la modification de telle ou telle portion de l'ADN
?
les questions posées à la recherche fondamentale,
suite au refus croissant du tout-génétique (un
gène = un caractère) et aux dérives de
la sociobiologie et du darwinisme social. Peut-on parler d'information
génétique et de programme génétique
? Existe-t-il un plan morphogénétique et comment
s'exprime-t-il ? Comment l'expression du génome dans
l'ontogenèse prend-elle en compte les réactions
du milieu extérieur auquel est confronté l'individu,
depuis le stade embryonnaire jusqu'à sa mort ? Comment,
au cours de l'évolution des espèces, se conjuguent
les effets de la reproduction du génome, y compris les
accidents réplicatifs, et les mêmes pressions du
milieu, qui s'exercent, non seulement sur les gènes,
mais sur les individus eux-mêmes et leurs " cultures "
comportementales et cognitives ?
l'étude de la cellule et des influences qu'elle subit
pendant l'ontogenèse : Sous quelles formes se manifestent
les champs commandant sa spécialisation et sa localisation?
Quel est la portée du nouveau concept, en plein développement
de cellule-souche (cellule embryonnaire non encore spécifiée
ou à demi-spécifiée, susceptible de changer
d'affectation en cas de transplantation dans un organisme vivant
déjà, en principe, spécifié par
son génome ? Les neurones sont-ils susceptibles de se
reproduire, même chez l'adulte, et en fonction de quoi
?
et finalement, les attaques frontales contre le prétendu
dogmatisme de la génétique et de la biologie moléculaire
traditionnelles, portées par certains jeunes généticiens
(Voir Ni Dieu
ni gène, de Kupiec et Sonigo) qui tendent à
balayer les concepts de programme génétique, d'espèce,
d'individu, en privilégiant celui d'écosystème
au sein duquel individus, gènes, cellules et même
molécules, seraient en compétition darwinienne
ou égoïste pour l'accès aux nutriments.
Ajoutons à cela les perspectives de la robotique et de
la vie artificielle, incluant les symbioses de plus en plus fréquemment
envisagées entre cellules vivantes et substrats électroniques.
Ce point mérite un développement un peu long dont
nous nous excusons d'avance. Quelques-uns de nos lecteurs s'étonnent
de voir, sur un site consacré à la robotique, présenter
les travaux de biologistes, physiologistes ou neurologues plutôt
que les détails du chien Aibo ou de la maison intelligente.
C'est qu'à nos yeux il faut prendre en considération
le long terme, où nous pensons, peut-être à
tort, que " tout se mélangera ". . La vie artificielle,
telle qu'elle est partie, n'aura pas de limites à ses ambitions.
Tout ce qui fonctionne dans la nature sera analysé, d'aussi
près que possible, afin d'être éventuellement
reproduit ou copié. L'ouvrage excellent d'Alain Prochiantz,
dont nous vous parlons, fait le point des connaissances de son
auteur en matière d'embryogenèse : comment se déroule
le " programme " contenu dans l'ADN de la cellule germinale, résultant
de la fusion de la mi-hélice maternelle et de la mi-hélice
paternelle ? Comment agissent, notamment, ces fameux gènes
de croissance qui téléguident, si l'on peut dire,
la spécialisation cellulaire et l'assemblage des organes
du nouvel individu, depuis la cellule fécondée initiale
jusqu'à la mort ?
Or ceci comporte un rapport assez évident avec la robotique,
que suggère d'ailleurs le titre " Machine-esprit " où
le lecteur ne verra pas un simple coup de chapeau à Turing,
inventeur du mot. Aujourd'hui, les roboticiens ont pour l'essentiel
renoncé à programmer a priori les automates. Ils
les obligent à se donner eux-mêmes, par compétition
darwinienne dans un environnement sélectif, les programmes
les mieux adaptés aux contraintes hic et nunc du milieu.
Mais les chercheurs en vie artificielle n'ont pas encore essayé
de créer, sauf sous des formes très simplifiées,
des automates dont, non seulement les programmes s'adapteraient,
mais dont l'ensemble de la machinerie, capteurs, effecteurs, moteurs,
pourrait se construire au fur et à mesure que grandirait
l'expérience de l'automate, et que s'accroîtraient
les exigences de réponse nécessaires à sa
survie. Il faudra bien y venir pourtant, si l'on veut que les
machines puissent par exemple grandir et se complexifier en milieux
hostiles à l'homme. Il sera donc nécessaire de disposer
de programmes déroulants qui, d'une petite machine limitée
et pas très intelligente, feront une grande machine puissante
et très maligne, en captant à l'extérieur
et assemblant les éléments qui lui seront nécessaires,
ainsi qu'en transformant en contenus cognitifs les entrées-sorties
de ses senseurs et effecteurs.
Comme ceci ne serait pas possible dans le cadre d'une programmation
initiale incapable de prévoir les futurs affrontements
de l'automate avec le milieu, il faudra bien que des algorithmes
génétiques complexes, découlant d'un plan
initial global, mais non spécifié au départ
dans le détail, se mettent en place progressivement, en
fonction des besoins du moment et des réactions du milieu.
Pour ce faire, il ne sera pas inutile d'avoir bien compris le
mécanisme des actions-réactions entre gènes
morphogénétiques dans l'ontogenèse biologique,
pour le transposer au profit des programmes morphogénétiques
supposés entrer en action successivement ou en réseau,
afin de construire notre automate, si possible en dehors de toute
intervention humaine.
Venons-en, après ces préambules, à Machine-esprit.
L'auteur n'a pas l'ambition de tracer les plans d'un automate
auto-adaptatif dont le concept même paraît à
beaucoup relever de la science-fiction. Le livre est d'abord,
nous l'avons dit, le compte-rendu très professionnel des
travaux et des réflexions d'un biologiste généticien
s'intéressant plus particulièrement à l'ontogenèse,
c'est-à-dire à l'élaboration d'un individu
par actualisation de son génotype. Il s'agit de mieux comprendre
et faire comprendre des mécanismes restant encore très
mystérieux. Si possible, le biologiste espère en
tirer des enseignements pouvant servir en génétique
et, plus particulièrement en médecine. Ceci serait
déjà très bien, à ses yeux et aux
nôtres.
Les difficultés de la question ne sont pas esquivées,
après le rappel historique indispensable à comprendre
l'état actuel des connaissances. Alain Prochiantz insiste
sur le fait que, contrairement à ce que l'on croit, le
19e siècle et la première partie du 20e ont posé
les bases de la génétique moderne, au cours de débats
passionnés entre les savants de l'époque, bien avant
la découverte de Crick et Watson. Le problème lui-même
est traité, en simplifiant la présentation, certes,
mais dans toute son ampleur. L'ensemble des solutions retenues
par l'évolution dans le domaine de la phylogenèse
et de l'ontogenèse du vivant sont évoquées.
Rien n'est caché de la complexité des problèmes
rencontrés, ni des obscurités qui demeurent. Le
livre fait ce faisant un grand effort de pédagogie, pour
aider le lecteur à s'y retrouver. Un glossaire très
clair précise les principaux termes techniques. Il s'agit
donc d'un ouvrage qui, sans être facile, est tout à
fait abordable.. Une des premières conclusions, un peu
naïve mais utile, que l'on retire de la lecture d'un tel
travail est que les choses sont loin d'être aussi simples
que les discours triomphalistes de la génétique
industrielle peuvent le laisser croire. Une chose est de modifier
le site d'un gène, une autre de comprendre à quoi
servent ou ne servent pas tous les sites géniques, et surtout
comment s'exprime leur action, tout au long de la vie du sujet.
Le livre ne se limite pas à l'ontogenèse des organismes
relativement simples, ne disposant que de ganglions nerveux en
place de cerveau. Il montre les voies spécifiques suivies
par le génome pour la mise en place de la tête, du
cerveau et finalement de la pensée, en liaison permanente
avec le reste du corps, mais aussi en réaction permanente
avec les entrées sensorielles. Les mécanismes de
production d'un individu aussi multiple que l'homme, par expression
des gènes de son génome, en interaction avec un
environnement chaque fois différent, sont éclaircis
en partie, par comparaison avec ce qui se passe chez les espèces
plus simples, arthropodes par exemple. Le livre nous rappelle
à ce sujet des choses fort utiles, que sous l'influence
de l'anthropocentrisme ordinaire, nous avons tendance à
oublier : ce sont les mêmes gènes qui commandent
le développement de la plupart des espèces vivantes,
depuis la drosophile jusqu'à l'homme.
Un tel sujet peut porter à d'innombrable développement
touchant les sciences connexes ou la philosophie. L'auteur, très
honnêtement, refuse de trop s'éloigner de sa discipline.
Il indique quelque part que l'interdisciplinarité, quoique
à l'ordre du jour aujourd'hui, incite à parler de
ce que l'on connaît mal, plutôt qu'approfondir ce
que l'on connaît mieux. Il craint aussi les métaphores
pouvant en résulter. Nous ne sommes pas certains qu'il
ait totalement raison, mais là n'est pas le propos. Notons
cependant que l'auteur, tant dans cet ouvrage que dans ses précédents,
n'a pas hésité à aborder des domaines relevant
de la philosophie des sciences et de la philosophie en général.
Ses études sur Claude Bernard, D'Arcy Thompson, Léon
Brillouin, Alan Turing et bien d'autres, montrent son aptitude
à traiter des sujets relevant de l'histoire des sciences
et de la philosophie.
Revenons au fond du problème abordé par Machine-esprit,
déjà posé dans ses précédents
ouvrages. Alain Prochiantz peut, nous semble-t-il, être
considéré comme l'un des représentants français
de l'Evo-dévo. Ce terme désigne une méthode
inspirée d'un principe reconnu comme faux popularisé
par Haeckel au 19e siècle, " l'ontogenèse récapitule
la phylogenèse " c'est-à-dire que l'embryon passe
par toutes les phases de développement suivis par l'espèce,
le phylum, auquel il appartient au cours de l'histoire. L'Evo-dévo
sans se rallier au jugement d'Haeckel, se borne à constater
qu'il y a interaction permanente entre le développement
d'un individu à partir de l'uf, le milieu auquel
se trouve confronté cet individu, et l'évolution
de l'espèce à laquelle il appartient, elle-même
façonnée au plan génétique par la
nécessitée d'une adaptation à un milieu exerçant
des contraintes sélectives à plus long terme. Peut-être
pourrait-on résumer cette approche en disant qu'elle cherche
à éviter les excès du tout-génétique
déjà évoqués ci-dessus (tout chez
l'individu est commandé par les gènes de son génotype)
en réhabilitant l'individuation, autrement dit les acquis
évolutifs, y compris leurs répercussions sur le
génome, susceptibles d'être apportés par l'invention
dont fait preuve l'individu au cours de sa vie.
Les excès du tout-génétique ne peuvent
être contrés qu'en montrant que durant l'ontogenèse,
la mise en place des constituants de l'organisme tolère
une certaine souplesse. Tout n'est pas rigidement programmé
par le déroulement implacable du programme génétique,
tout au moins chez les animaux d'une certaine complexité,
notamment les vertébrés dont l'homme fait partie.
Le génome, à part les accidents de réplications,
survenant notamment lors de la méiose, ne se borne pas
à faire des clones. Il produit des individus. Pour démontrer
cela, Alain Prochiantz insiste sur le rôle des gènes
dits de développement. Certains commandent avec une relative
rigidité, depuis la mouche jusqu'à l'homme, la mise
en place des segments du corps, des membres, de certains organes
tels que l'il. Mais d'autres au contraire, responsables
de l'implémentation du tronc cérébral et
du cerveau, installent dès le début de la vie embryonnaire,
une plate-forme neurale malléable, non spécifiée,
qui recevra progressivement les réentrées neuronales
venant du reste du corps, mais aussi les messages recueillis par
la périphérie, au contact de l'extérieur.
En reprenant l'image de l'homoncule, l'auteur nous dit que le
génome peut, dans une certaine mesure, être considéré
comme l'imago ou homoncule du futur corps, mais ne peut pas l'être
pour le cerveau. Il n'y a pas d'homoncule ou plan du cerveau dans
le génome. L'homoncule, si l'on veut conserver cette image,
est constitué, au niveau du cerveau, par les remontées
vers le cortex des entrées sensorielles : aires somatique,
visuelle, auditive, etc. qui s'organisent en machines computationnelles
supportant les représentations durables ou passagères
dont l'individu se sert pour survivre.
Une des applications la plus spectaculaire de cette approche
est la proposition selon laquelle le cerveau, notamment chez l'homme,
n'est pas entièrement façonné à la
naissance par les gènes de développement. L'on savait
qu'il pouvait tenir compte de l'expérience en complexifiant
ses synapses, mais Alain Prochiantz va plus loin en indiquant
que, si le milieu, notamment l'insertion dans un milieu culturel
stimulant l'exige, de nouveaux neurones peuvent se mettre en place
dans le cerveau, et cela jusqu'à la mort perspective
très appréciée du grand public. " Ce n'est
pas le cerveau qui génère la pensée, c'est
la pensée qui génère le cerveau ". Or la
pensée correspond, que ce soit chez le calmar ou l'homme,
au traitement des informations reçues du milieu par l'appareil
sensori-moteur. Ce sont les corps et, finalement, si l'on peut
dire, les caractéristiques perceptibles du milieu elles-mêmes,
qui pensent.
Nous voudrions maintenant poser quelques questions qui nous
ont paru rester sans réponses suffisantes dans le livre
:
la machine-automate, qui donne son titre à l'ouvrage,
ne nous paraît pas convenablement présentée.
De longues pages sont consacrées à Turing et à
sa machine, machine automate précisément, pour
expliquer que ni le génome ni le cerveau ne fonctionnent
comme une machine de Turing, ni même comme un ordinateur
moderne, non susceptible d'auto-complexification. L'auteur nous
dit également que l'homme n'est pas une mouche. Il est
sorti de la nature par la puissance de son cerveau, et se développe
dorénavant selon les logiques complexes de l'interaction
des individus avec la culture. L'auteur nous dit également
que l'homme ne descend pas d'un ordinateur. Nous pouvons admettre
ces deux propositions, mais pourquoi ne pas considérer
que c'est l'ordinateur moderne, notamment l'automate auto-adaptatif,
qui - en symbiose d'ailleurs avec le cerveau humain actuel,
et dans la culture mondiale des réseaux, pourra postuler
à être un descendant de l'homme nous dirions
plutôt d'ailleurs une prothèse particulièrement
puissante des sens et du système nerveux et cérébral
individuel et collectif caractérisant l'homme en devenir.
l'auteur ne sous-estime-t-il pas un peu Richard Dawkins,
qui ne nous paraît pas d'ailleurs devoir être rangé
dans la catégorie des socio-biologistes. Certes, celui-ci
ne doit pas être un généticien aussi pointu
que lui, et ses hypothèses sont certainement plus des
métaphores que les résultats d'expérimentations
poussées. Mais elles nous paraissent apporter beaucoup
à la réflexion. Sans évoquer le thème
archi-rebattu du gène égoïste, sur lequel
Dawkins revient d'ailleurs un peu dans son dernier livre, dans
lequel il insiste sur la coopération entre gènes
(Les couleurs de l'arc-en-ciel), nous devons aussi reconnaître
à Dawkins, toujours dans la veine de l'égoïsme,
la paternité du thème des mèmes et de la
mémétique, à partir duquel nous semble-t-il,
il y aura de plus en plus de travaux intéressants à
conduire, notamment en ce qui concerne l'étude des sociétés
humaines.
l'auteur n'encourage pas, manifestement, la tendance à
considérer que tout ce qui existe, y compris les minéraux,
doive bénéficier du respect que nous portons aux
hommes. La philosophie politiquement correcte aujourd'hui inspirée
des chantres de la deep écology, tend par exemple à
vouloir reconnaître des droits aux animaux, à l'imitation
des droits de l'homme. Bruno Latour est cité comme un
représentant, d'ailleurs très soft, des radicaux
du "respect". Alain Prochiantz au contraire considère
que l'homme est sorti de la nature, et doit être distingué
radicalement des autres espèces. Cela semble indiscutable:
" c'est l'homme qui écrit sur la mouche et non l'inverse
", dit-il. Mais en contrepartie ne risque-t-on pas d'encourager
les abus permanents menés, sous prétexte d'intérêts
humains, aux dépends de la terre en général,
et les espèces vivantes en particulier. Le sujet est
suffisamment grave pour mériter une exploration plus
poussée. Il ne faut pas traiter le problème sous
l'angle de la protection d'un milieu naturel que l'on connaît
d'ailleurs mal et qui n'est en soi ni bien ni mal, mais plutôt
précisément sous celui de la connaissance scientifique,
et la possibilité de mieux définir et les futures
symbioses possibles entre humanité et environnement,
et les risques susceptibles de naître à très
court terme d'un mépris par ignorance de ce qu'est le
non-humain.
enfin, mais il s'agit vraiment là d'une nuance de
vocabulaire, peut-on définir l'esprit par le résultat
de l'adaptation d'un organisme vivant ou même pré-vivant
(la protéine prion) à son milieu, et réserver
le terme d'intelligence aux traitements des représentations
seulement permises par des systèmes nerveux centraux.
Edgar Morin avait déjà parlé de la "bactérie
computationnelle" au prétexte que celle-ci sait distinguer
son dedans du dehors. C'est exact, en un sens, mais sans doute
excessif en un autre. Tout système néguentropique
pourrait alors être dit relever du domaine de l'esprit.
En d'autres termes, l'esprit et la vie seraient la même
chose, ce qui nous paraît aller un peu vite.
D'une façon générale, la dernière
partie du livre semble passer trop vite sur les bases neuronales
et fonctionnelles de l'intelligence et de la conscience, Gérald
Edelman est cité, mais Antonio Damasio ne l'est pas.
Les perspectives relatives à la simulation de la conscience
sur des artefacts de plus en plus performants ne sont pas évoquées
non plus.
Il est vrai que le livre est déjà riche, et ne
peut prétendre être une somme de toute la science
contemporaine