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La médecine personnalisée

15 Février 2001
Jean-Paul Baquiast

Gérard Chazal

   

Les Réseaux du sens
De l'informatique aux neuro-sciences
( Editions Champ-Vallon, Collection Milieux, 2000)

 

Gérard Chazal
Gérard Chazal est docteur en philosophie. Il enseigne à l'Université de Bourgogne.
Il a publié, notamment, toujours chez Champ Vallon
- Le miroir automate, introduction à une philosophie de l'informatique. 1995
- Formes, figures, réalité, 1997

NB : animées par Myriam Monteiro-Braz et Patrick Beaune, les éditions Champ-Vallon publient chaque année une vingtaine de titres nouveaux dans les domaines des sciences humaines,de l'histoire, de la littérature française et étrangère, et de la critique littéraire.
On trouvera notamment dans la collection "Milieux" un certain nombre de titres pouvant intéresser nos lecteurs http://www.champ-vallon.com/Pagescollections/Milieux.html


On peut dire sans trop de risques que Gérard Chazal offre avec les Réseaux du sens la base théorique - ou si l'on préfère philosophique - que devraient posséder tous les représentants de ce que l'on pourrait appeler la robotique extrême : ceux qui sont persuadés que tôt ou tard des robots conscients verront le jour, plus ou moins proches de l'homme d'aujourd'hui. Pour réfléchir aux perspectives de toutes sortes susceptibles de découler de cette situation inédite, et s'éviter des attitudes primaires de rejet, il faut prendre un peu de recul. Lisons donc les Réseaux du sens, qui prolonge et enrichit la réflexion des travaux précédents de l'auteur.

Il faut remarquer cependant que l'ouvrage ne se présente pas de façon attractive. Dans la forme, c'est une sorte de pavé, aux paragraphes longs et denses, apparemment pleins de formules mathématiques ou logiques. De plus, les roboticiens et informaticiens, comme les utilisateurs banaux des technologies de l'information que nous sommes, se méfieront sans doute de l'approche philosophique, qu'il est facile de caricaturer. Trop de philosophes se plaisent à disserter, apparemment à l'infini, sur des concepts dont ils ne se préoccupent pas de chercher à voir la lecture qu'en donnent les sciences et techniques contemporaines. Le livre prête un peu le flanc à ces jugements sommaires, en faisant allusion au "sens". Ce terme peut faire craindre une couche inutile de discours sur des phénomènes dont par ailleurs la table des matières annonce la description, l'informatique (y compris l'enseignement assisté par ordinateur) ou les neurosciences.

Mais, pavé ou pas, bon titre ou pas, nous pensons qu'il ne faut pas s'arrêter à ce premier obstacle. Il faut véritablement lire ce livre de bout en bout, si besoin crayon à la main, pour voir le propos s'éclairer et comprendre en quoi il peut fournir ce que l'on pourrait appeler le manuel théorique utile aux techno-sciences dont la robotique n'est qu'une branche.

Ceci pose la question de l'utilité du philosophe face à des recherches ou pratiques qui se passent apparemment bien de lui.
Gérard Chazal donne une réponse à cette question, par les qualités de son travail. Un philosophe doit d'abord nous rappeler que les problèmes que nous croyons découvrir ont déjà été posés avant nous, et que la relecture des vieux philosophes peut encore nous éclairer. Sans disserter indéfiniment, comme le font certains aux Vendredis de la philosophie de France-Culture sur le premier ou le second Wittgenstein, Gérard Chazal nous présente quelques grands anciens dont il faut rappeler l'existence, par exemple Leibniz, dont je dois dire à ma honte que je nous soupçonnais pas la pertinence dans les matières qui nous occupent.

Un philosophe est aussi quelqu'un qui se fait un devoir, quand il présente une thèse, de rechercher et analyser loyalement les objections ou thèses adverses. A cet égard, la discussion qu'il fait d'un vieux problème, plus récurrent que l'on ne croit, de l'opposition entre âme et matière est exemplaire. Ceci n'empêche pas le philosophe d'avoir son propre point de vue et de le suivre jusqu'au bout. Ici Gérard Chazal montre clairement qu'il croit l'esprit réductible, non pas à la matière au sens strict, mais à une organisation de la matière permettant de rapprocher celle du cerveau et celle des artefacts actuels et en devenir.

Un philosophe doit enfin être quelqu'un qui connaît bien ce dont il parle. Or face aux technologies modernes, beaucoup de philosophes à la française n'ont aucune pratique, ni même de base théorique. Ce n'est pas le cas ici. Je soupçonne l'auteur de passer beaucoup de temps sur les ordinateurs et les réseaux. Cela lui permet d'en présenter les concepts basiques, ou d'en discuter l'avenir, avec la clarté nécessaire. Les pages consacrées à l'histoire de l'Intelligence Artificielle ou des logiques modernes sont exemplaires. Nous n'avons pas là une prise en otage de l'informatique (ou de l'enseignement assisté par ordinateur) aux fins de ce que l'on pourrait appeler des effets de manche faciles, mais un véritable éclairage en profondeur apporté à des mécanismes eux-mêmes en évolution permanente.

C'est pourquoi, disons-le pour finir, nous ne comprenons absolument pas la critique du livre faite par Pierre Musso (professeur en sciences de la communication à l'université de Rennes-II) dans La Recherche de Janvier 2001 : il manquerait au livre une épistémologie critique de l'informatique et de l'intelligence artificielle. Que serait une telle épistémologie et en quoi manque-t-elle au livre ? Il semble qu'il y ait là un mauvais procès, qui, répétons-le, ne devrait pas empêcher la lecture attentive dudit livre.

Il est évident qu'il peut être inquiétant de parler, comme la 4e de couverture, d'un sens à rechercher dans "l'ordre et la structure des choses, celles qui nous sont données comme celles que nous fabriquons". Quelle structure va-t-on découvrir ? Mais que l'on se rassure. Il n'y a pas là une problématique différente de celle que rencontrent toutes les sciences quand elles s'interrogent sur l'adéquation entre un supposé réel extérieur à elle, et par définition inconnaissable en termes scientifiques, et les modèles qu'elles donnent de ce réel.

La robotique "extrême" que nous évoquions en début de cet article ne peut éviter la question. A supposer que des androïdes hyper-intelligents voient le jour, faudra-t-il les considérer comme notre propre production, réductibles à ce que nous croyons savoir de nous, si l'on peut dire, ou comme des manifestations d'un univers en évolution dont les fondements nous échapperont peut-être toujours ?

Nous aurons sans doute l'occasion de revenir, par la suite, sur les thèses de Gérard Chazal, et les questions qu'elles posent. Mais il s'agira alors d'une discussion approfondie, dépassant ici le cadre de cette fiche de lecture.

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