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Futur 2.0

Internet ou la fin de la vie privée

Pour un principe matérialiste fort

5 Janvier 2001
Jean-Paul Baquiast

Steven Pinker

   

Courverture du livre de Daniel C Dennet : la conscience expliquée

Comment fonctionne l'esprit
Editions Odile Jacob - Mars 2000

Traduit de How the mind works
WW. Norton and Co. 1997

Courverture du livre de Steven Pinker : L'instinct du langage

L'instinct du langage
Editions Odile Jacob  février 1999

Ed originale Morrow 1994

Steven PinkerSteven Pinker est professeur de psychologie et directeur du Centre de neurosciences cognitives du MIT. Il a publié de nombreux livres et articles. Nous présentons ici ses deux principaux ouvrages, "Comment fonctionne l'esprit" et " L'instinct du langage" dans la traduction française.

Pour en savoir plus:
On trouve de nombreux liens concernant Steven Pinker et ses travaux sur le web

http://www.bkstore.com/mit/fac/pinker3.html http://www.cogsci.soton.ac.uk/~harnad/Papers/Py104/pinker.langacq.html http://www.feedmag.com/re/re181_master4.html http://www.bkstore.com/mit/fac/pinker.html http://cpnss.lse.ac.uk/darwin/evo/pinker.htm


Est-il besoin de répéter ici ce qui est je l'espère une évidence chez les cogniticiens : il faut lire en détail les deux ouvrages principaux de Steven Pinker "Comment fonctionne l'esprit" et "L'instinct du langage". On les lira de préférence dans l'édition anglaise (son anglais est très facile) sinon dans les traductions parues chez Odile Jacob. Il s'agit de ce que l'on appelle généralement des "pavés" de près de 700 pages, mais, rassurons-nous, tout n'y est pas théorie abstraite et formules mathématiques.

Steven Pinker est de la grande espèce des universitaires américains modernes. Le sérieux de sa réflexion, le nombre des références qu'il cite (a-t-il tout lu ?) ne l'empêche pas de se présenter comme une sorte de touche-à-tout, multipliant les exemples concrets, les anecdotes, les clins d'œil au grand public (américain...certaines allusions échapperont au lecteur continental non informé..). Il multiplie les allusions à l'ensemble des sciences, des arts, des philosophies, des mythologies et présente aussi une autre qualité, qui fait encore défaut à nombre de nos universitaires : il est un homme, non seulement de l'Internet, mais de l'ordinateur, en ce sens qu'il n'hésite pas à programmer lui-même des démonstrateurs ou des expériences. C'est enfin un évolutionniste et un matérialiste convaincu, qui (sauf erreurs et omissions de ma part) ne nous égarera pas dans ce que son collègue Dennett appelle les sky-hooks, c'est-à-dire l'appel au Doigt de Dieu dès qu'apparaît une difficulté méthodologique. Pinker est un partisan résolu de la théorie computationnelle de l'esprit, selon laquelle l'utilisation par la nature d'algorithmes simples, utilisant notamment l'appareil endocrinien et neuronal, permettent de construire les résultats finaux les plus apparemment complexes.

Ceci dit, pourquoi évoquer Pinker à propos de la robotique et de la vie artificielle ? Ses thèmes de prédilection concernent surtout le fonctionnement des organes sensoriels biologiques, la façon dont le cerveau traite les informations qu'il reçoit, les modalités d'élaboration des idées, des sentiments et des langages en découlant. Pinker est un partisan résolu de l'ingénierie inverse (reverse engineering) : on constate un résultat final et on s'efforce de déconstruire-reconstruire, au moins sous forme de modèle sur le papier ou sur ordinateur, la filière des mécanismes et dispositifs naturels ayant abouti à ce résultat.
Il applique cette méthode à l'ensemble des activités de la vie quotidienne dans "Comment fonctionne l'esprit", et plus particulièrement au langage dans " L'instinct du langage". La démarche, dans ce dernier ouvrage, vient en appui de l'hypothèse de Chomsky selon laquelle un instinct (en fait un câblage neurologique transmis par la voie génétique), spécifique à l'homme, permettrait à celui-ci, dès l'enfance, de comprendre les règles de la grammaire générative et donc, d'apprendre en quelques mois. une langue donnée, malgré ses complexités. L'analyse des faits de langage le fait remonter, comme l'on remonte un fleuve vers sa source, à cet hypothétique câblage neurologique transmis par voie génétique.

Or l'on voit bien que c'est exactement ce qu'ont toujours essayé de faire les roboticiens, les automaticiens mais aussi d'ailleurs les pédagogues quand ils essaient de démonter un mécanisme naturel afin de l'enseigner et de le reproduire. Nous devons donc y réfléchir attentivement.

On peut d'ailleurs regretter, en voyant le nombre de travaux que cite Pinker, tirés de la physiologie et de l'éthologie animale et humaine, que peu de ces travaux n'aient été conduits en France. Il y a aujourd'hui, pensons-nous, un grand effort à faire dans ce pays pour relancer les recherches coopératives en cognitique animale et humaine. C'est semble-t-il l'ambition de l'action concertée Cognitique lancée par le ministère de la  Recherche, dont nous aurons l'occasion de reparler. Mais il faudra faire plus, en tirer des applications dans le domaine de la robotique et de la vie artificielle. La variété des problèmes abordés par Pinker, et des solutions possibles susceptibles d'être apportées par les technologies d'aujourd'hui, donne véritablement le vertige.

La démarche, il est vrai,  se heurte à des difficultés considérables, dont Pinker donne parfois l'impression de se tirer par des tours de passe-passe. Il faut d'abord identifier clairement des faits, des comportements, non seulement sur le plan anecdotique, mais aussi sur le plan statistique. Est-il vrai, par exemple, que les oiseaux migrateurs retrouvent généralement leur lieu de naissance ? Est-il vrai que tel animal ne distingue pas les ronds des carrés mais identifie cependant la forme de ses proies ? Est-il vrai que les enfants apprennent si facilement que cela les règles de la syntaxe ?

Une deuxième difficulté, bien plus grande, consiste à identifier les innombrables mécanismes et sites biologiques recevant et traitant les informations, la façon dont les messages circulent, les médiateurs qu'ils utilisent, les cartes topologiques et faisceaux neuronaux coopérant à la réalisation de la connaissance ou de l'action finales. Inutile de dire que, dans ce domaine, l'observation quasi-moléculaire du vivant qui s'imposerait, dans des centaines de milliers d'espèces vivantes différentes, ou simplement dans le cerveau humain, reste en grande partie à faire, faute d'instruments de suivi ou d'imagerie en profondeur, faute aussi de temps et de crédits de la part des organismes de recherche? Pinker et ses disciples peuvent donc multiplier les hypothèses passionnantes, il se trouvera toujours quelqu'un pour les contredire, sans que les uns et les autres puissent encore apporter de preuves décisives.

L'exemple de la linguistique est typique. Malgré les innombrables exemples fournis par les Chomskiens et Pinker lui-même à l'appui d'une hypothèse de l'existence d'un support génétique spécifique, chez l'homme, aux facultés d'apprentissage et d'utilisation de la grammaire générative, nombre de linguistes distingués continuent de refuser de faire appel à ce concept, qu'ils trouvent vague et ad hoc. Sylvain Auroux, par exemple (Sciences et Avenir, Décembre 2000, le mystère des racines) nie l'existence de ce support. N'écrit-il pas : " est-il nécessaire (de faire appel) à des gènes spécifiques ? Nous connaissons ... quantité de comportements complexes et invariants qui ne sont pas directement le fruit d'une programmation génétique, mais sont clairement le résultat de la convergence d'éléments génétiques disparates ".

La troisième difficulté n'est pas la moindre. Une fois identifié, si faire se peut, les mécanismes biologiques à l'œuvre, que faire de cette identification ? Agir directement sur le vivant pour rendre certains mécanismes plus efficaces ou réparer leurs dysfonctionnements éventuels ? Pourquoi pas ? Mais l'action suppose d'agir sur les causes premières, essentiellement par la voie de l'ingénierie génétique - ce qui est loin d'être facile, même aujourd'hui. L'autre façon d'utiliser la connaissance que l'on acquiert des processus vivants consiste à les simuler sur des systèmes automatiques. C'est celle retenue depuis longtemps par la robotique dite descendante, c'est-à-dire inspirée d'un modèle apporté par l'informaticien concepteur.

A ce stade, les difficultés sont autant technologiques que conceptuelles. Est-il utile, voire faisable, d'essayer d'implanter sur un robot la façon dont par exemple un insecte identifie les sons (les appels d'un congénère) à des kilomètres de distance, ou la façon dont navigue une hirondelle ? Les ingénieurs auront plus vite fait d'essayer d'utiliser leurs connaissances technologiques du moment à réaliser une technologie véritablement différente bien que convergente. En matière de navigation, le GPS satellitaire qu'ignorent les oiseaux donne parfois d'aussi bons, sinon meilleurs résultats, que leurs complexes (et souvent encore mystérieux) systèmes de géolocalisation.

Ceci nous conduit à une observation de fond.
Les deux livres de Pinker dont nous recommandons ici la lecture datent en fait des années 1995-97, voire de travaux antérieurs.
Les lecteurs purement francophones, compte-tenu des délais -insupportables, disons-le tout net- de la traduction, n'en ont connaissance que plusieurs années après, alors que l'état de l'art a considérablement évolué dans l'intervalle. C'est ainsi que dans ces ouvrages, Pinker fait à peine allusion à l'evolving computing, qui est devenu le must des universités et industries américaines (et européennes) aujourd'hui. Il s'agit, rappelons-le en un mot, face à un problème complexe du vivant, dont l'on constate le résultat sans identifier les mécanismes, de laisser des populations de robots soumises à un champ de contraintes assez larges (parmi lesquelles figure - en principe mais pas toujours - le résultat global à obtenir), se donner elles-mêmes des solutions adaptées à leur possibilités technologiques (voir par exemple notre article du 31/08/2000: GOLEM, ou comment créer des robots évolutifs qui se fabriquent eux-mêmes). C'est là une application de la compétition darwinienne dont on ne peut attendre des miracles, car la technique est encore dans l'enfance. Mais la démarche progressera sans doute très vite, avec les progrès considérables, en cours, concernant notamment les composants technologiques utilisés par la robotique et la vie artificielle.

Faut-il donc conclure de ce qui précède que la lecture de Pinker, que nous venons de recommander, ne s'impose pas en fait ? Surtout pas. D'une part parce que les observations accumulées, les problèmes soulevés, restent ce qu'ils sont et méritent des réponses de la cognitique et de ce que nous pourrions appeler la robo-cognitique, celle qui motive notamment l'opération concertée française Cognitique que nous évoquions ci-dessus. Il y a donc là amplement matière à réfléchir, comparer, inventer.

Mais il faut aussi lire ces livres simplement pour comparer ce que disait Pinker et les auteurs cités par lui il y a quelques années, et ce qu'ils étudient et publient aujourd'hui, notamment sur Internet.
Pinker est un esprit en pleine ébullition....comme le montre, pourrait-on dire en matière de plaisanterie la morphologie de son visage. Il n'a donc pas fini de nous instruire et nous inspirer.

 

 

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