Plan du site Aide Abonnement Nous Contacter


Actualité
Editorial
Interviews
Démocratie
Visites virtuelles
Art. Imaginaire
Du côté des labos
Le feuilleton
Manifestations
Biblionet
CD Rom
Echanges
Liens Utiles

 

Accueil > Biblionet
Automates Intelligents utilise le logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue.
 
Archives

Making up the mind

I am a strange loop

The trouble with physics

Pesticides

Futur 2.0

Internet ou la fin de la vie privée

Pour un principe matérialiste fort

31 Mai 2001
Notes par Jean Paul Baquiast

Doreen Kimura

Couverture du livre : Cerveau d'homme, cerveau de femme ?, de Doreen Kimura

Cerveau d'homme, cerveau de femme ?
Doreen Kimura
Editions Odile Jacob, mars 2001

Traduction de Sex and Cognition, MIT press, 1999

 

Doreen KimuraDoreen Kimura est professeur de psychologie (post-retirement visiting prefessorship) à la Simon Fraser Université, Canada.
Elle a consacré ses 30 ans de carrière à l'Université de Western Ontario de London, Canada.

Du même auteur :  Neuromotor mechanisms in human communication. New York: Oxford University Press, 1993.
On trouve sur ce chercheur de nombreuses pages sur le web. Citons :
Home page http://www.sfu.ca/~dkimura/ : ce site est très bien fait, et permet d'accéder à l'ensemble des travaux de l'auteur, ainsi qu'à quelques documents originaux extrêmement intéressants.
Voir aussi Kimura http://www.science.ca/css/gcs/scientists/Kimura/kimura.html
Doreen Kimura:  Sex differences in the brain 1992 http://dhushara.tripod.com/book/socio/kimura/kimura.htm

Voir à titre d'information le site Women studies, qui parmi de nombreuses autres références(!) mentionne Doreen Kimura http://www.ifeminists.com/information/directorybytopic/academia/


Doreen Kimura se situe dans la ligne des chercheurs intéressés par la mise en évidence des influences biologiques sur les capacités cognitives et motrices des individus. Qui dit influences biologiques dit très largement influences génétiques, et conduit à s'opposer aux prétentions de ceux pour qui tout ou presque est acquis au sein de la culture de l'espèce. L'originalité de Doreen Kimura est qu'elle s'est centrée très tôt sur la recherche des différences éventuelles pouvant exister dans les capacités respectives des femmes et des hommes. Ses études ne se sont pas limitées aux humains, puisqu'elles ont porté aussi très largement sur les différences entre les sexes dans diverses espèces animales notamment rats et souris - ou d'ailleurs des résultats assez semblables à ceux observés chez les humains ont été enregistrés. Sa conclusion d'ensemble est que, selon les moyens d'observations disponibles (analyses de l'effet des hormones sexuelles dans la différenciation des sexes, observations cliniques des troubles cérébraux, imagerie fonctionnelle, batteries de tests divers), il est effectivement possible de faire apparaître, entre hommes et femmes, des différences notables, non seulement dans l'appareil sexuel et les formes corporelles, mais aussi dans le cerveau (poids relatifs, aires plus ou moins développées, liaisons plus ou moins denses notamment entre hémisphères, etc.). Ces différences en entraînent d'autres apparaissant dans l'exercice d'un certain nombre de fonctions. Ces dernières ne sont pas systématiquement en défaveur des femmes (au regard d'un certain nombre de critères discutables relatifs à ce qu'il "faut être" pour se conformer aux normes sociales du moment) mais elles seraient néanmoins indiscutables.

De telles différences s'expliqueraient principalement par l'hérédité : le million d'années ou presque pendant lequel, pour faire face aux contraintes de la survie, les sexes se sont spécialisés dans des tâches spécifiques, la chasse et la guerre sur des aires géographiques étendues, pour l'homme, la collecte et l'aménagement de l'espace proche, ainsi que le soin aux enfants, pour la femme. Beaucoup de gens s'insurgeront face à ce type d'explication. Pour le grand public, en effet, nous ne sommes plus depuis longtemps déterminés par les contraintes s'étant imposées aux chasseurs-cueilleurs du paléolithique ancien. Mais on peut penser que le grand public à tort, et qu'une partie de nos maux sociétaux actuels tiennent à l'ignorance de ces survivances. Toutes les études modernes de bio-sociologie montrent l'influence persistante des gènes acquis à ces époques des débuts de l'hominisation. La plupart des ouvrages que nous avons analysés dans cette rubrique y font allusion. Même si ces acquis anciens se révèlent aujourd'hui mal adaptés à la société humaine et à l'environnement terrestre tel qu'il est devenu depuis moins d'un siècle, l'évolution darwinienne n'a pu faute de temps faire apparaître des solutions plus conformes à de nouvelles exigences de survie. Tout au plus, certains comportements mimétiques (mèmes) peuvent-ils émerger pour assouplir les déterminations génétiques. Mais dans l'ensemble, les individus comme les groupes restent certainement encore très dépendants des déterminants innés de leurs destinées.

On mesure cependant l'effet que peuvent produire ces travaux sur les tenants, très actifs dans les pays anglo-saxons, de l'"affirmative action" et plus généralement du politiquement correct en matière de défense des droits des minorités ou des opprimés. Surtout s'ils ont été conduits avec beaucoup de détermination par une femme, qui n'a pourtant donné aucun signe de vouloir sa vie durant s'enfermer dans une condition féminine aliénée aux hommes. S'opposant à la phrase fameuse de Simone de Beauvoir (qu'elle ne cite d'ailleurs pas ...les sources françaises sont absentes de l'ouvrage), "on ne naît pas femme, on le devient", Doreen Kimura prétend apporter des preuves scientifiques indiscutables du fait que, dans un certain nombre de domaines, on naît femme.

Mais contrairement aux adversaires du féminisme, qui ne manquent pas une occasion de montrer que les prétentions de la femme à l'égalité sont contredites par les prédispositions de l'hérédité, Doreen Kimura relativise les découvertes qu'elle a pu faire, reprises et poursuivies par d'autres chercheurs. Elle se veut d'abord et avant tout scientifique : pas d'affirmation qui ne soit fondée sur des expérimentations aussi objectives que possible, reproductibles, discutables et falsifiables, s'en tenant strictement au cadre de l'expérience mise en place. Elle montre ainsi que beaucoup de "vérités" publiées dans la presse, provenant des féministes comme de leurs adversaires, reposent en fait sur des prémisses défectueuses, des mesures approximatives, une volonté a priori de prouver sa propre thèse, qui écarte tous les arguments contraires. Ce défaut est particulièrement sensible dans le domaine des tests de compétence, réalisés à partir d'échantillons sélectionnés approximativement, tests tous plus ou moins dérivés de la mesure du coefficient intellectuel (QI) et des examens préalables à l'embauche. L'auteur se sert en permanence de ces tests, mais elle nous affirme qu'elle le fait avec le sérieux scientifique rendant ses propres démonstrations crédibles. Un chapitre annexe méthodologique donne de précieux renseignements sur le traitement des données chiffrées, qui appelle à la prudence.

Par ailleurs et surtout, Doreen Kimura ne tire pas de ses mesures et de ses hypothèses de jugements définitifs. S'il est vrai, selon elle, par exemple, que les hommes sont plus experts que les femmes au lancer d'objet, et les femmes plus douées que les hommes dans certaines formes de mémoire verbale, ceci ne veut pas dire que leurs carrières et autres activités sociales doivent être déterminées par de telles prédispositions. Celles-ci peuvent en effet, comme les défenseurs de l'éducation le disent, être contrebalancées par bien d'autres facteurs d'ordre social. De plus, dans la réalité, ces prédispositions se combinent de façon complexe, entre elles et avec d'autres facteurs, rendant la prévision très aléatoire. En d'autres termes, pour continuer à paraphraser Simone de Beauvoir, si dans certains cas on naît femme, on n'est pas obligé à tous les coups de le devenir. Autrement dit, on peut échapper à des prédispositions génétiques qui demeurent relativement peu influentes.

Une des autres conclusions intéressantes des travaux de l'auteur est la grande variabilité des différences individuelles, au sein d'un même sexe. Ainsi, si les hommes en moyenne sont meilleurs que les femmes au lancer, de mauvais lanceurs chez les hommes peuvent être moins bons que de bons lanceurs chez les femmes. Nous nous en doutions, mais il faut garder en tête ces différences individuelles, pour éviter les généralisations hasardeuses.

Plus troublantes cependant sont les analyses de l'auteur sur les dispositions masculines que l'on rencontre chez les femmes homosexuelles, ou féminines chez les hommes homosexuels. Comme ces prédispositions sont liées à l'activité respective des hormones sexuelles mâles et femelles, qui modifient plus ou moins le schéma féminin présent dans les deux sexes à l'origine, et comme ces modifications entraînent des conséquences anatomiques générant elles-mêmes des différenciations comportementales, nous sommes invités à conclure qu'être homosexuel, et a fortiori transsexuel (le transsexuel fait le choix de changer de sexe), en affichant les caractères ou préférence du sexe opposé, constitue une détermination lourde, qu'aucune contrainte d'ordre social ne pourra changer. En d'autres termes, il y a bien, physiologiquement ou biologiquement, présence de caractères du sexe opposé chez l'homosexuel. Celui-ci est donc enfermé dans une condition dont il ne peut sortir. On s'en doutait, mais le voir affirmé avec ces arguments déterministes peut gêner certains. D'autant plus qu'évoquer des caractères masculins ou féminins fortement implantés chez les homosexuels renforce l'idée que les sexes sont vraiment différents, sans doute plus que l'auteur ne le concède elle-même.

Finalement, diront les défenseurs du politiquement correct, à quoi sert un tel livre, sinon donner des armes à ceux qui veulent maintenir les femmes dans la dépendance? Les réponses à cette objection sont simples: s'il apparaît que des faits scientifiques permettent de prouver l'existence de différences substantielles entre le "cerveau "des femmes et celui des hommes, il ne faut pas se voiler les yeux, mais au contraire analyser ces faits, et leurs conséquences, le plus complètement possible. Ce faisant d'ailleurs, on obtiendra des informations plus générales relatives à l'imbrication des facteurs héréditaires et culturaux dans un certain nombre de caractères présent dans de nombreuses espèces animales, l'espèce humaine comprise.

Le livre nous permet en fait de mesurer l'extrême complexité de toutes ces questions, et l'inanité des jugements sommaires, de type politique, de quelques bords qu'ils viennent, surtout s'ils s'appuient sur des preuves plus idéologiques que réellement scientifiques.

Il s'agit donc d'une leçon de réalisme scientifique, un peu longue parfois, mais que nous ne pouvons que recommander à nos lecteurs. Ajoutons que beaucoup des tests permettant de caractériser les aptitudes cognitives se retrouveront dans les travaux sur l'intelligence artificielle, sous la forme décrite ici, ou sous des formes dérivées.

Automates Intelligents © 2001

 

   Sur le site
Sur le web   




 

 

 

Qui sommes nous ? Partenaires Abonnement Nous Contacter

© Association Automates Intelligents
Mention légale CNIL : 1134148