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Gravity's Engines

Phi, a voyage from the brain to the soul

A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

1 Mars 2001
Note par Jean-Paul Baquiast

Edwards O.Wilson

   

Couverture du livre Consilience

Consilience par Edwards O. Wilson
(Little, Brown and Cie 1998, Abacus 1999)

Edwards O.Wilson est souvent présenté comme l'un des plus grands scientifiques vivants. Mais il est aussi vilipendé dans certains cercles intellectuels ou religieux comme un matérialiste réductionniste, père de la sociobiologie, caricaturée comme la volonté d'expliquer la nature ou la culture humaine par les gènes, eux-mêmes produits de simples interactions physico-chimiques.
Il est né en 1929 et a commencé sa carrière comme entomologiste en 1947.
Ses études sur les insectes sociaux (fourmis, abeilles) l'ont conduit à découvrir le rôle des phéromones dans la communication et la vie collective de ces insectes. Il s'est tourné ensuite vers la génétique, en devenant un fervent défenseur de la génétique évolutionniste, c'est-à-dire du rôle déterminant des gènes dans l'évolution des espèces, ceci incluant l'homme.
Après avoir pris quelques positions extrémistes, qui ont fait du tort à la génétique évolutionniste ou sociobiologie, il a voulu ces dernières années plaider la cause de la coopération entre les sciences biologiques et les sciences humaines, en évitant les excès du réductionnisme. Néanmoins, il maintient intacte sa foi dans le matérialisme scientifique, face aux excès des idéologies spiritualistes, d'un côté, relativistes (post-modernes) et communautaristes d'un autre, de plus en plus actives aux Etats-Unis. D'où cet ouvrage, Consilience, qui se veut la synthèse de toute une vie de recherches et de réflexions.

Les principaux ouvrages de E.O.Wilson, outre le dernier en date, Consilience, sont Naturalist, The Diversity of Life, The Ants (Prix Pulitzer 1990), Biophilia, On Human Nature, et surtout Sociobiology the New Synthesis.
La Diversité de la Vie a été publié en français en 1993 chez Odile Jacob Aujourd'hui, E.O. Wilson milite pour la protection de l'environnement et la conservation de la diversité des espèces.

Pour en savoir plus:
On trouvera sur le web de très nombreuses références à E.O.Wilson et à son oeuvre. Voir par exemple Yahoo
http://google.yahoo.com/bin/query?p=e.o.wilson&hc=0&hs=1

 
Edwards O. Wilson a consacré les 40 ans de sa carrière active à la biologie, comme enseignant à Harvard, mais aussi comme écrivain et conférencier très influent. Il a exploré différents domaines où il s'est acquis une réputation mondiale : les fourmis et les insectes sociaux, où il a découvert notamment la communication par phéromones, la biodiversité et la "biophilia" présentée comme une affinité innée de l'homme pour la nature, et surtout la sociobiologie, appelée aussi psychologie évolutionniste, qui met l'accent sur l'influence des gènes et de la compétition darwinienne sur la construction des sociétés et des cultures humaines. Les gènes eux-mêmes ont été présentés par la sociobiologie sous leur aspect le plus réducteur, c'est-à-dire des composants physico-chimiques. Ces thèses, sous leurs aspects les plus radicaux, ont été défendues par Wilson dans l'ouvrage : Sociobiologie, la nouvelle synthèse (1975) qui a fait de lui dans les milieux anglo-saxons une espèce de diable à abattre. Il va sans dire qu'aujourd'hui, les généticiens darwiniens les plus convaincus sont beaucoup plus nuancés dans leurs analyses de la phylogenèse et de l'endogenèse, ainsi que de la nature et du rôle des gènes en général.

Inutile de dire que les idéalistes et esprits religieux de toutes confessions ont mené une guerre droitière à E.O.Wilson, particulièrement virulente. Ceci nous le rendrait plutôt sympathique. Mais la sociobiologie a aussi été attaquée de toutes parts sur son flanc gauche dans les années 1970, comme réduisant au "tout-génétique" l'explication de la nature humaine, et surtout comme prétendant non-modifiables les déterminations génétiques. On a rappelé au contraire le caractère socialement construit de celle-ci, et l'impossibilité d'en donner une explication purement biologique. Ces critiques, justifiées, sont souvent tombées dans l'excès contraire, en voulant donner des explications aux constructions sociales et aux individus reposant sur des approches relevant des sciences humaines seules, c'est-à-dire en fait souvent sur de bases philosophiques ou subjectives rendant impossible une approche scientifique. Les plus extrémistes ont même poussé le relativisme aux extrêmes, en refusant tout simplement la légitimité de tout discours général appliqué à l'homme.

Dans Consilience, E.O.Wilson a voulu manifestement prendre du recul par rapport à ces débats, en cherchant à réconcilier les oppositions, en éliminant leurs radicalismes et en les appelant à travailler ensemble. Ce néologisme de Consilience peut être traduit comme " aire ensemble des bonds en avant - jump together-" ou plus classiquement "Interdisciplinarité constructive". Wilson est désormais persuadé du fait que les progrès de la connaissance dans les décennies ou le siècle qui commencent, viendront d'un travail en commun des biologistes évolutionnistes et des représentants de ce qu'il appelle les sciences sociales (lesquelles nous appelons plus volontiers sciences humaines, en y incluant aussi bien l'économie et les sciences politiques que la philosophie).

Relativement à la sociobiologie, E.O.Wilson admet désormais le co-développement ou la co-évolution de la détermination génétique et de la détermination environnementale, celle-ci résultant de plus en plus de l'évolution complexe des émergences culturelles, lesquelles supposent d'être étudiées avec des outils différents de ceux de la biologie. Il propose le concept difficilement discutable de "règles épigénétiques" c'est-à-dire de prédispositions héréditaires dans l'organisation du cerveau et dans le développement cognitif qui rendent certains comportements plus probables que d'autres. Il est difficilement discutable également que ces comportements ont eu une valeur adaptative, ce qui justifie leur survie jusqu'à ce jour - ce qui ne garantit pas leur valeur adaptative aujourd'hui, du fait précisément de l'explosion actuelle du poids des constructions sociales modernes.

Les exemples qu'ils donnent de telles règles épigénétiques sont cependant discutables. L'auteur consacre de longs développements à la supposée phobie héréditaire de l'homme vis-à-vis du serpent, inscrite dans les cultures amérindiennes. Il examine également la prohibition de l'inceste, qu'il présente comme une mesure de sauvegarde programmée génétiquement afin de prévenir les mutations résultant de la consanguinité (effet Westermark). Il en profite à cette occasion pour dénier au freudisme tout caractère scientifique, Freud ayant comme on le sait basé sur le refoulement d'une tendance primordiale à l'inceste la construction du moi et du sur-moi.

Il nous paraît que des domaines plus complexes mériteraient davantage l'analyse épigénétique, comme le maintien dans les sociétés modernes de l'attachement au sol et au groupe, générateur des excès du racisme, du territorialisme, du fanatisme religieux. De même, il serait bon de s'interroger sur le rôle génétique de l'attirance pour les drogues diverses et les rituels de groupe les accompagnant, présentées par certains anthropologues comme indispensables à l'intégration du jeune dans le groupe au sein des cultures dites primitives. Même si ces divers comportements sont ensuite modelés par l'insertion dans la problématique culturelle moderne, il sera indispensable de ne pas se limiter aux simples analyses sociologiques ou politiques pour essayer d'en donner une explication ou d'y apporter des remèdes.

Le livre reste cependant marqué d'un esprit militant tout à fait sympathique, mais qui conduit l'auteur à porter de vives critiques aux sciences humaines actuelles, qu'il juge encore trop enfermées dans leurs propres spécificités, incapables de coopérer entre elles et surtout de s'ouvrir à la génétique et aux neurosciences. C'est certainement vrai encore en grande partie mais il ne faut pas attaquer de front, sous peine de durcir les oppositions. En bon américain, par ailleurs, l'auteur part en guerre contre le post-modernisme, qu'il assimile volontiers, dans une phrase assassine, à un esprit brouillon d'origine gauloise (gallic). L'hyper-relativisme est sûrement excessif. Si nous nous bornons à dire : " ce n'est pas moi qui parle, mais je suis parlé, et ce qui parle en moi a toute légitimité à le faire, quel que soit le contenu du discours ", on empêche en effet tout travail scientifique à prétention généraliste.

Il y a longtemps cependant, pensons-nous, que ces excès d'un solipsisme post-moderne n'ont plus court, tout au moins en Europe. Remarquons cependant, ce que Wilson, ni aucun scientifique américain ne dit, qu'une partie des fondements du relativisme sont venus des physiciens quantiques, notamment américains, qui ont pris la plume, dans les 20 dernières années, pour expliquer, à tort ou à raison, qu'il n'était pas possible de parler d'un réel en soi, mais que le discours scientifique n'avait de valeur qu'au sein du ménage à trois entre observé, instrument et observateur.

Le livre mérite donc d'être lu de bout en bout, malgré certains excès, car la culture scientifique de l'auteur, et l'ambition de ses vues, sont très stimulantes. Un regret cependant sur la fin. Nous y trouvons des considérations un peu trop volontaristes, ou subjectives, relativement aux attitudes à avoir vis-à-vis de l'environnement, de la bio-diversité, de la natalité. Par contre, un point essentiel à nos yeux a été oublié. Ce serait celui d'ajouter à la volonté de consilience l'objectif de mieux faire comprendre, tant aux biologistes qu'aux chercheurs en sciences humaines, l'intérêt des travaux en matière de vie artificielle. Les chercheurs de ce domaine portent une attention passionnée à tout ce que font leurs collègues des autres disciplines, pour essayer d'en tirer des références utilisables en matière de simulation sur artefacts des différents mécanismes à l'œuvre dans la nature et dans la société. Mais peu des chercheurs traditionnels ne paraissent encore avoir compris l'intérêt des travaux relatifs à la vie artificielle, ni les éclairages que ceux-ci pourront apporter un jour, face aux murs d'inconnaissables devant lesquels se heurtent les théoriciens de la vie, du cerveau ou des structures sociales.

Pour nous, la cause est entendue : biologie, sciences humaines ou sociales et sciences de la vie artificielle doivent travailler ensemble. Il ne suffira pas de le dire, il faudra le faire. Malheureusement, de nombreuses années s'écouleront sans doute encore avant que les formations et les programmes échappent à la spécialisation croissante pour donner naissance à des recherches horizontales, à cette véritable "consilience" recommandée à juste titre par E.O.Wilson.

Automates Intelligents © 2001

 




 

 

 

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