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Gravity's Engines

Phi, a voyage from the brain to the soul

A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

6 Septembre 2001
Notes par Jean-Paul Baquiast

Et si l'homme était seul dans l'univers ?

Et si l'homme était seul dans l'univers ?

Marceau Felden

Editions Grasset, 1994

 


Docteur en sciences, physicien nucléaire, professeur à l'Université de Paris XI (Orsay) et à l'ESE, Marceau FELDEN est le fondateur et directeur du laboratoire de physique des milieux ionisés (LPMI-Université de Nancy I) de 1963 à 1984. Il entretient de nombreuses collaborations avec différents laboratoires étrangers, notamment sur les technologies nucléaires spatiales.
Auteur de 8 ouvrages (dont sept de réflexion scientifique et technologique et un de réflexion politique, "La démocratie au XXIè siècle"), mais aussi de nombreuses conférences et émissions de télévision.

Nous ferons prochainement une analyse de son dernier ouvrage: "La physique et l'énigme du réel", Albin Michel, 2000

Voici un livre plutôt ancien, au rythme auquel se développent les connaissances, dont il a été assez peu parlé, et qui méconnaît totalement les possibilités de l'intelligence artificielle moderne. Nous n'aurions donc que peu de raison de vous le présenter, sauf un argument de poids, selon nous. L'auteur propose dans une langue remarquable de clarté, une histoire de l'évolution, depuis le Big bang jusqu'à l'homme, qui constitue un condensé de tout ce qu'il est important de savoir dans ce domaine. Beaucoup de vulgarisateurs ont écrit récemment sur ce sujet, mais il nous semble que Marceau Felden se situe parmi les meilleurs, tant par la scientificité de ses propos que par l'étendue assez stupéfiante de ses connaissances dans toutes les disciplines concernées de près ou de loin par cette histoire. Il respecte ce faisant un darwinisme évolutionnaire orthodoxe qui le rend très moderne aujourd'hui encore, rappelant à toutes occasions que l'évolution n'a pas de but.

Par ailleurs et surtout, l'ouvrage ne se limite pas à cela. Il propose des hypothèses générales qui demeurent d'une grande actualité aujourd'hui pour tous ceux qui s'intéressent à l'avenir de l'humanité et de ses créations intelligentes. Sa lecture ou sa relecture ne devrait donc pas laisser indifférents les spécialistes de la vie artificielle et de la robotique, sous la réserve concernant l'IA, signalée ci-dessus, mais qui n'enlève que peu aux mérites de l'ouvrage.

Résumons rapidement ce qui nous a paru particulièrement digne de réflexion, dans un livre répétons-le dont chaque page mérite l'attention.

Un utile rappel initial de ce qu'est la connaissance scientifique

Il est plus que jamais nécessaire de préciser ce qui distingue la rationalité pré-scientifique, faisant par exemple appel aux explications mythologiques (dont les animaux ne semblent pas capables, faute de disposer du langage) et la rationalité scientifique. N'y revenons pas. Marceau Felden prend soin de noter cependant que les déductions et hypothèses de la science partent d'un corps de prémisses invérifiables, puisque marqués par l'auto-référence. Il faut donc admettre la barrière de l'indécidabilité, dans tout ce qui concerne les grandes questions frontières entre la science et la métaphysique. L'auteur rappelle cependant qu'il ne faut pas se hâter trop vite de proclamer l'indécidabilité de telle ou telle question. Il cite l'exemple du cerveau. Le développement des études (dont l'IA qu'il ne cite pas) portant sur cet organe, permet de reculer constamment la limite de l'indécidabilité, face à cette question fondamentale : le cerveau peut-il se comprendre lui-même.

Une hypothèse très riche concernant le développement du cerveau chez homo sapiens

On explique généralement l'accroissement rapide des aires du langage et du cortex associatif chez l'homo sapiens par l'explosion des activités langagières symboliques ayant marqué le passage en savane des hominiens arboricoles. Mais pourquoi un accroissement si rapide, supposant sans doute un certain nombre de mutations géniques coordonnées ? Marceau Felden propose le concept de méta-mutation, qu'il désigne d'un néologisme inventé qui n'eut pas de succès, l'ecpédèse (saut hors de...). Selon cette hypothèse, les cerveaux des préhominiens se sont trouvés brutalement, avec l'enrichissement constant des entrées informationnelles sensorielles, et surtout avec le développement des contenus langagiers symboliques, hors d'état de traiter de façon cohérente les flux nouveaux. Ils devenaient donc, en termes systémiques, "instables". N'ont pu survivre que ceux ayant développé rapidement les fibres associatives réentrantes faisant l'essentiel du cerveau intelligent de l'homme moderne. Une méta-mutation de cette ampleur s'est alors traduite par une réorganisation d'ensemble de l'organisme individuel, de la vie des groupes et plus généralement du rôle de l'homme dans la nature.

Le concept de méta-mutation, appelé aujourd'hui aussi par certain méta-transition (voir notre éditorial du présent numéro), ou discontinuité par effet de seuil, est hautement intéressant. Marceau Felden l'applique à de nombreuses mutations, tant physiques que biologiques, survenues brutalement au cours de l'évolution. Mais le concept pourrait trouver prochainement une application dans le domaine des réseaux informationnels modernes. La multiplication anarchique des sources et des données échangées conduit au développement d'un nombre croissant d'agents dits intelligents visant à analyser et interpréter les flux (moteurs de recherche et d'indexation…). Mais ces agents eux-mêmes deviennent inintelligibles, du fait de leur grand nombre. Il est clair qu'une méta-mutation, soit du réseau, soit du réseau et de ceux qui l'utilisent, serait la bienvenue pour éviter que le système d'ensemble ne devienne instable. Se produira-t-elle spontanément ou à l'initiative de certains pouvoirs politiques, et sous quelles formes, il s'agit d'une autre question, tout à fait d'actualité.

En termes évolutionnistes, la méta-mutation ou ecpédèse de Marceau Felden laisse certains points obscurs. Comment la pression de sélection a-t-elle pu favoriser si vite, face à l'instabilité grandissante des névraxes primitifs, des mutations géniques suffisamment coordonnées pour produire en grande quantité les fibres associatives d'un nouveau cerveau coordonnateur ? Il faudrait presque imaginer une transmission des caractères acquis lors de l'usage culturel. Les liaisons nouvelles établies par la nécessité de la survie, suite à l'usage du langage, dans l'encéphale des hominiens adultes, auraient constitué un environnement culturel sélectif capable de sélectionner rapidement les gènes commandant la pérennisation de ces liaisons au niveau des génomes. On retrouvera les mêmes questions concernant d'éventuelles méta-transitions modernes. Par quoi et comment se feront les nouveaux câblages, au plan des hardware, à celui des logiciels, ou aux deux?

Le concept anthropocosmique

Au terme d'une longue et intéressante discussion concernant la question donnant son titre à l'ouvrage, l'éventualité d'autres formes d'intelligences dans l'univers, Marceau Felden conclut provisoirement par la très forte probabilité de la solitude humaine à horizon cosmique constant (c'est-à-dire sans modifications, toujours possibles, de la façon dont nous nous représentons le cosmos). On sait que la plupart des cosmologistes ont une opinion différente, estimant statistiquement probable l'existence d'un grand nombre de civilisations avancées, il est vrai hors de notre portée. Mais le point le plus intéressant de cette discussion est la réflexion à laquelle il se livre concernant l'avenir de cette intelligence humaine, vraisemblablement seule et pour longtemps dans un univers appelé à disparaître relativement prochainement après l'apparition de ladite intelligence (si l'on considère que l'évolution biologique a commencé voici 4 milliards d'années).

On pouvait craindre à cet égard que Marceau Felden, comme beaucoup de physiciens abordant la métaphysique, réintroduise quelque anthropocentrisme salvateur. Il n'en est rien. Il se refuse cependant à considérer que l'intelligence humaine, et plus particulièrement le cerveau humain, soit d'aussi peu de conséquence sur l'évolution que par exemple les cornes du mégacéros évoquées récemment par Stephen Jay Gould. Ceci le conduit, afin de rester dans les limites du darwinisme orthodoxe (ce dont nous lui savons gré), à réfléchir sur la notion de hasard, notamment à la source des méta-mutations ou transitions par effet de seuil.

Si le hasard intervient à tous moments pour permettre l'émergence, dans les systèmes complexes que sont les organisations physiques ou biologiques, de nouvelles formes soumises à la sélection darwinienne, il se construit néanmoins du fait de la réussite de certaines solutions, un arrière-plan environnemental qui représente le nouveau milieu sélectif au regard duquel le hasard propose de nouvelles mutations créatrices. Il n'y a donc pas à chaque fois retour à zéro, si l'on peut dire.

Ceci paraît une évidence, car comment expliquer en termes darwinistes l'apparente continuité finalisée se traduisant par l'apparition de cerveau humain ? Ceci dit, pour nous qui sommes des hommes dotés d'un tel cerveau, et non des virus ou bactéries, nous nous trouvons aujourd'hui dotés par cette branche particulière de l'évolution ayant conduit à l'encéphalisation puis à la science, d'un outil tout à fait respectable pour influencer un tant soit peu l'évolution de l'univers.

C'est ce que Marceau Felden qualifie de principe anthropocosmique. Si l'homme est seul dans l'univers proche, si à la suite des développements futurs de la science et d'une sagesse collective qui lui manque encore, il est capable dans les siècles prochains de s'étendre dans le système solaire puis dans la galaxie, en les modifiant nécessairement, il deviendra un acteur non négligeable dans l'histoire chaotique du cosmos.

Comme nous l'avons indiqué, Marceau Felden, à l'époque où ce livre fut écrit, n'avait aucune confiance en l'IA, qui relevait de ce que l'on appelle aujourd'hui la vieille IA (GOFAI). Il n'envisage donc pas les symbioses possibles entre le cerveau et de super-intelligences artificielles auto-adaptatives. Par contre, il soupçonne en conclusion du livre que la science, assistée par les super-ordinateurs, pourra mettre à jour (c'est-à-dire en fait créer par matérialisation) une espèce d'univers de l'information qui constituerait un composant primaire du cosmos, auquel le cerveau de l'homme finirait par s'accorder. D'où ce concept d'anthropocosmos. L'idée bien qu'un peu mythique est intéressante, et nous invite à réfléchir sur ce que certains physiciens appellent le réel voilé, et certains mathématiciens la mathématique archaïque.

Elle est en tous cas très encourageante pour ceux qui croient en l'avenir de la science, notamment de la recherche fondamentale, trop décriée aujourd'hui.

Automates Intelligents © 2001

 




 

 

 

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