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Editions du Seuil, 384 pages, Collection : Littérature
tous publics, mars 2001
Spécialiste
de l'extraction des connaissances appliquée à
la biologie moléculaire et à la génomique,
Gérard Ramstein, 41 ans, mène ses recherches
à l'Institut de recherche en informatique de Nantes
(IRIN).
Il est également maître de conférence
en informatique à l'Ecole polytechnique universitaire
de cette même ville, où il enseigne notamment
la conception et la programmation objet.
On pourrait classer ce roman dans la veine du policier
à l'anglaise, dans la droite ligne des Conan Doyle et autre
Agatha Christie.
Requiem pour une puce se lit avec délectation avec son pesant
de meurtres et d'énigmes. Mais c'est bien plus qu'un roman
à suspense : une fois le livre refermé, les fondements
de l'informatique n'auront enfin plus de secrets pour le lecteur
"non-initié", celui qui s'est toujours estimé
trop bête pour comprendre, celui qui utilise tous les jours
un ordinateur, aurait aimé savoir comment cela marche mais
qui par peur du "trop compliqué" (ou peut-être
par flemmardise) n'a jamais poussé plus avant.
7 décembre 1929. Georges Stibitz vient d'être assassiné.
Gisant au pied du tableau noir dans son bureau du King's College,
il tient encore dans sa main inerte la craie avec laquelle il a
écrit une série d'équations ainsi que deux
lettres accusatrices : ED. C'est le début d'une série
de meurtres qui prive l'université de Cambridge de ses plus
éminents professeurs.
Qui tue à l'heure du thé ? James Langsdale, de Scotland
Yard, est chargé de l'enquête. Affaire difficile, dans
laquelle l'inspecteur va bénéficier du concours d'Alain
Turing, jeune étudiant brillant et excentrique, et de son
professeur de physique quantique Arthur Eddington, aidant à
décortiquer les travaux que menaient les défunts.
Mais que veut donc dire ce message suite de 0 et de 1 découvert
dans le bureau de Georges Stibitz , message qui décodé
révèle : "Seul dans l'azur vole le vautour. Que
savent les vieux maîtres? - Le sens de la voie.
Quels rapports ont ces meurtres avec la logique binaire, les langages
de programmation et l'intelligence artificielle ?
Au fil des pages, le lecteur trouvera de nombreux schémas
explicatifs bien intégrés au récit et se délectera
de la parole de scientifiques célèbres, pionniers
illustres de l'histoire de l'informatique. Si les rôles qui
leur sont attribués dans ce récit sont évidemment
fictifs* (aucun bien sûr n'est mort assassiné), ils
sont tous cependant concepteurs de calculateurs électroniques
réalisés dans les années 1940. Il ne faudra
pas chercher non plus, dans la description des débuts de
l'informatique faite ici, des éléments historiques
réels : le roman condense en un mois des recherches qui s'étalent
en fait sur une bonne quarantaine d'années. Ceci pour le
plus grand bien du lecteur qui, énigme arrivée à
son terme, aura pu survoler des concepts tels que logique binaire,
architecture des ordinateurs, algorithmique, langages de programmation,
intelligence artificielle et vie artificielle.
Voici, par ordre d'apparition, la liste de certains
protagonistes présents dans ce roman imaginaire
Arthur Eddington, professeur de physique d'Alan Turing,
a qui l'on doit une théorie de l'univers et une estimation
du nombre de ses particules : 1080 (nombre d'Eddington)
Georges Stibitz, père du Model K, premier au monde
à avoir réalisé en 1939 un calcul binaire
dans sa cuisine, avec quelques relais de téléphone
assemblés sur une planche de bois,
Alan Mathieson Turing, brillant mathématicien qui
a démontré l'indécidabilité
des mathématiques, inventeur de la machine de Turing,
et du fameux test de Turing. Il est également le
père des réseaux de neurones formels**,
Konrad Zuse, père de la série des Z. Il
a construit en 1936 le premier calculateur binaire programmable
à vocation universelle,
Howard Aken, scientifique qui a mis au point en 1943 l'ASCC,
calculateur à relais pour la société
IBM. Il est également le père du Harvard Mark
1, ordinateur fonctionnant déjà avec des cartes
perforées et qui nécessitait plusieurs tonnes
de glace par jour pour le refroidir,
John V. Atanasoff, père de l'ABC, qui a conçu
en 1939 le premier calculateur (non programmable) fonctionnant
avec des tubes à vide,
Maxwell Newman, enseignant à Cambridge. A été
l'un des professeur d'Alan Turing et a dirigé le
laboratoire de calcul électronique de l'université
de Manchester,
John Von Neumann, mathématicien qui a participé
aux projets ENIAC et EDVAC. A mis au point l'architecture
interne des ordinateurs décrite dans ce livre et
telle qu'elle existe aujourd'hui.
Presper Eckert et William Mauchly, pères de l'ENIAC
en 1945, ordinateur doté de tubes à vide ayant
ouvert l'ère de l'électronique.
* Notons cependant que les anecdotes
rapportées sur Alan Turing sont de sources bibliographiques
(comme par exemple sa façon très personnelle de jouer
aux échecs).
**Si les connexionnistes modernes considèrent Frank Rosenblatt
comme le fondateur de la discipline (parce qu'il aurait publié
le premier article sur le sujet en 1957), rappelons que Turing avait
déjà étudié les réseaux de neurones
dans un article "Intelligent Machinery", publié
en 1948.