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La médecine personnalisée

20 Septembre 2001
Notes par Jean-Paul Baquiast

Hominescence

 
Couverture du livre : Hominescence, Michel Serres

Michel Serres

Editions Le Pommier. Fayard, 2001


Michel SerresFaut-il présenter Michel Serres?
Né en 1930, membre de l'Académie Française, professeur à Stanford University, marin, chercheur, philosophe, il a publié environ 35 ouvrages, sous forme d'essais philosophiques et d'histoire des sciences, ainsi qu'un nombre encore plus grand d'articles, d'interviews ou d'interventions.
Contrairement à beaucoup de philosophe français, il s'est intéressé depuis son apparition à Internet, notamment sous l'angle de ses possibilités pour rapprocher les hommes et faciliter la formation et l'éducation.

Pour en savoir plus
Michel Serres est peu identifié sur le web - ce qui est un peu paradoxal, mais bien français. On pourra lire:
- Michel Serres. Quelques extraits d'ouvrages ou d'interventions : http://www.resus.univ-mrs.fr/~zeus/michelserres.html
- repérage http://www.geocities.com/Athens/Agora/1768/portrait/p_serres.htm - bibliographie (Encyclopédie de l'Agora) http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Michel_Serres/

Signalons aux Editions Le Pommier que les nouveautés de leur catalogue en ligne s'arrêtent à 2000. Excellent pour la vente ! http://www.editions-fayard.fr/pommier/


Ceux qui connaissent Michel Serres savent qu'autant son langage parlé est clair, autant son écriture est d'accès difficile. Nous regrettons vraiment d'avoir à le dire, mais la forme du dernier livre de ce philosophe remarquable le rend malheureusement, selon nous, pratiquement inabordable à tout lecteur ne disposant pas du temps nécessaire pour consacrer à la lecture de chaque page au moins dix minutes, ceci si possible dans une ambiance particulièrement feutrée et, pour certains, crayon en main.
Comme le livre comporte 339 pages… Il n'est pas envisageable non plus de se livrer à une lecture rapide, les titres des chapitres étant énigmatiques et ceux-ci ne comportant aucun résumé. On ne comprend pas qu'un homme aussi soucieux de communication et d'ouverture au grand public ne fasse pas plus d'efforts d'accessibilité.

Entendons-nous bien. Le livre, pour qui prend la peine de le comprendre, est empli d'idées percutantes, de formulations innovantes. Le style lui-même est d'un excellent français, précieux, voire poétique. Mais il suppose une telle culture d'arrière-plan qu'il sera de fait réservé à quelques représentants de l'élite intellectuelle francophone (je ne l'imagine pas traduit, ou à quel prix…).
Cependant, que cette introduction ne vous rebute pas : l'ouvrage, de très belle facture, ne vous coûtera que 19,70 euro et vous en retirerez certainement une suffisante value for money, même si vous ne lisez pas tout.

Venons-en à l'argument de fond lui-même. Il ne surprendra pas les lecteurs et abonnés de notre magazine, car il reprend l'idée, plusieurs fois évoquée ici, de la transformation du processus d'hominisation en quelque chose de nouveau, dont nous serions en train de vivre l'émergence, puis l'adolescence, voire même le passage à l'âge adulte, l'hominescence.
Pour beaucoup d'auteurs, comme en particulier pour Michel Serres, qui a forgé le mot, l'hominescence résulte principalement de la mise en réseau des hommes et de leurs connaissances, dont certaines sciences qui contribuent directement au phénomène d'émergence, comme la génétique.
Si Michel Serres n'étudie pas en détail, comme nous le faisons, le rôle éminent de l'intelligence artificielle évolutionnaire comme facteur de transformation et de méta-mutation, l'idée est la même. Une nouvelle humanité est en train d'apparaître.

Quelques jours après l'attentat du 11 septembre, on ne peut lire un tel livre sans s'interroger, plus encore que ne le fait l'auteur, sur les formes et les résultats de ce processus difficilement discutable d'émergence. De nouvelles entités apparaissent et modifient les anciennes catégories et anciens équilibres. Sont-elles compatibles ou non avec l'idée que l'on peut encore se faire de l'humanisme ? Sont-elles même analysables et plus encore prévisibles avec les anciens outils des sciences humaines et de la philosophie ? Nous ne le pensons pas mais pour Michel Serres, semble-t-il, l'hominescence peut se décrire sans s'obliger à rechercher de nouveaux concepts inspirés de la mathématique des systèmes complexes adaptatifs.

On peut comprendre, selon lui, les phénomènes d'émergence actuelle en se référant au passé. Le livre est empli de retours sur l'histoire du développement humain, dans les sociétés primitives puis dans les sociétés occidentales, qui sont très enrichissants, bien que souvent trop allusifs pour ceux ne disposant pas d'une forte culture historique et philosophique. Les rapports anciens et nouveaux à la mort, au corps, aux animaux, au savoir y sont éclairés de fulgurants aperçus. Mais Michel Serres n'est pas seulement un historien. Il veut aussi être un philosophe des réseaux et de la mondialisation que ces réseaux entraînent dans tous les champs de la société contemporaine. Dans un des chapitres terminaux, sous le titre de "La fin des réseaux, la maison universelle", il propose une vision optimiste de ce à quoi pourrait correspondre l'hominescence - vision, disons plutôt, relativement optimiste, si les dangers de perversion qu'il évoque sont évités.

Ceci dit, les tenants du darwinisme évolutionnaire restent un peu sur leur faim, quant aux capacités explicatives du phénomène de la mise en réseau qu'évoque Michel Serres. Nous regrettons de ne pas trouver dans l'ouvrage un effort beaucoup plus scientifique, disons le mot, et interdisciplinaire, permettant d'essayer de comprendre d'où viennent ces réseaux, vers quoi ils conduisent, et comment se fera l'interaction gènes/culture ou gènes/mèmes qui en résulte. Nous avons à cet égard trouvé dans le dernier ouvrage de E.O.Wilson, Consilience, analysé précédemment, beaucoup plus de pistes de recherche que dans celui-ci (sans parler du fait que, même non traduit, Consilience se lit d'une traite, ce qui n'est pas le cas, nous l'avons dit, de Hominescence).

Pour compléter cette présentation malheureusement trop rapide, voici quelques propos de Michel Serres, répondant sur France Inter le 14 septembre 2001 à une interview de Patricia Martin. Il s'agissait de commenter l'actualité de l'attentat aux Etats-Unis, mais les principaux thèmes évoqués se retrouvent dans Hominescence. Certaines formulations paraîtront simplistes, mais ne faisons pas reproche à notre philosophe de s'exprimer clairement :

- "Les cinquante dernières années résument l'essentiel du bouleversement subi par l'humanité, à partir d'un état antérieur qui s'est étiré sur des millénaires"
- "L'anthropologie montre que tous les hommes se ressemblent"
- "L'intégrisme, c'est dire " Je suis le bien, tu es le mal "".
- "La violence entraîne la violence".
- "Avant Hiroshima, l'humanité connaissait deux mort, la mort individuelle et celle de telle ou telle civilisation. Depuis Hiroshima, c'est de plus la mort de l'humanité qu'il faut envisager, par éradication de l'espèce humaine".
- "Le tiers monde se double chez nous d'un quart monde qui pose les mêmes questions. Dans les deux cas, on parlera de guerre des riches contre les pauvres. Il faudra partager, sinon ce sera la bombe démographique et le terrorisme contre la bombe atomique. Seul le partage des richesses permettra d'atténuer les oppositions entre les riches et les pauvres. En cas de guerre, les pauvres n'ont qu'un modèle auquel se raccrocher, le modèle terroriste. Or celui-ci n'a pas lui-même un modèle, hors tuer".
- "La philosophie doit anticiper le monde futur".
- "La société occidentale dispose de beaucoup de moyens et de peu de projets".
- "Pour éviter le choc des civilisations (Huntington) il faut réaliser le partage des civilisations par la connaissance de l'autre et l'échange des cultures".
- "L'émergence de la nouvelle humanité n'a concerné que 10% de l'humanité. La divergence s'est produite principalement à partir de 1960".
- "Plutôt que guerre du 21e siècle, il faut parler de police internationale. Pour cela, il faut substituer les espaces de droit international aux espaces de non-droit".
- "La société occidentale (la science) doit proposer une analyse pouvant être entendue par tout homme. Les scientifiques qui participent à l'avènement du monde nouveau n'ont pas peur de l'avenir. Les enfants, l'évolution, tout se poursuivra malgré les péripéties actuelles".

Automates Intelligents © 2001

 




 

 

 

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