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Robot.
Mere Machine to Transcendent Mind
Oxford University Press, 1998
Hans
Moravec est un des leaders mondiaux en matière de recherche
robotique, qu'il a pratiquée depuis 1970. Il dirige
actuellement un programme sur 10 ans à la Carnegie
Mellon University, visant à réaliser avant 2010
la production industrielle de robots universels utilitaires.
Il
est aussi l'auteur de M.I.N.D. Children, The Future of Robots
and Human Intelligence, Harvard University Press, Cambridge,
Massachusetts, October 1988 - Version française : Une
Vie Après la Vie, Odile Jacob, 1992, ainsi que d'un
très grand nombre de rapports et d'articles traduits
dans de nombreuses langues.
Hans Moravec
est un des pères historiques de l'intelligence artificielle
et de la robotique intelligente. On peut considérer Robot,
son second grand livre, comme le résultat, il le dit lui-même,
de presque 50 ans d'expériences et de réflexions sur
le sujet. C'est effectivement un ouvrage derrière lequel
on sent le recul et la maturité d'un scientifique qui sait
de quoi il parle et qui ne cède pas aux entraînements
des modes intellectuelles. Il ne cache rien des premières
difficultés et des échecs de l'intelligence artificielle,
dus essentiellement à la disproportion entre les ambitions
et les moyens de calcul disponibles. Cette sincérité
rend d'autant plus crédibles ses prévisions relatives
à l'apparition des machines intelligentes et des autres bouleversements
scientifiques qu'il annonce dans les deux derniers chapitres du
livre. Robot, sur le plan de la forme, est écrit avec simplicité
et clarté, ce qui le rend particulièrement attractif.
Sur le fond, on constate à quelques nuances
près une convergence entre les analyses et prédictions
de Hans Moravec et celles de Ray Kurzweil, que
nous présentons par ailleurs. Selon ces deux auteurs,
nous sommes engagés (sans nous en apercevoir vraiment) dans
une sorte de mutation de phase évolutive, une méta-transition,
qu'avec le recul on jugera aussi importante que la découverte
de l'outil et du langage symbolique par les premiers hominiens.
Elle est due à l'explosion exponentielle de la puissance
des moyens de calcul, estimée actuellement à un doublement
chaque année.
Aux Etats-Unis, où les idées neuves trouvent
vite leur public, il semble qu'aujourd'hui ce message soit de mieux
en mieux compris. Malgré la crise de maturité qui
frappe les valeurs technologiques, de plus en plus de gens se sont
convaincus de la réalité de la méta-mutation
en train de se produire. Les ouvrages et articles exploitant ce
thème, autour de l'émergence de machines super-intelligentes,
se multiplient. Comme nous l'avons indiqué par ailleurs,
la National Science Foundation elle-même considère
qu'il s'agit d'un avenir auquel il faut se préparer. Elle
recommande au gouvernement une série de mesures destinées
à encourager la R&D dans les technologies qui accroissent
les capacités et l'efficacité de l'intelligence humaine,
dont profitera la robotique : Nanotechnologies, Biotechnologies,
Infotechnologies et technologies de la Cognition. Le lancement d'un
Human Cognome Project de même ampleur que l'Human Genome Project
est souhaité par les experts.
Comment s'expliquerait alors la crise actuelle des
nouvelles technologies ? Un des raisons de l'atonie du marché
expliquant le décalage actuel entre les prévisions
et les résultats des industriels tiendrait au fait que l'intelligence
des utilisateurs, comme des applications qui leur sont proposées,
n'a pas augmenté au rythme des possibilités techniques.
Il faudrait donc pour assurer la reprise et l'expansion à
long terme des activités de haute technologie, entreprendre
un effort massif en amont, destiné à élever
les compétences cognitives de la société toute
entière, notamment par l'intermédiaire de l'éducation,
de la formation et de loisirs. Concernant les robots proprement
dit, Hans Moravec ajoute qu'il faudrait aussi assurer le développement
d'une large gamme de robots utilitaires polyvalents susceptibles
de rendre des services nouveaux dans un très grand nombre
d'activités sociales.
C'est ce à quoi s'attache d'ailleurs aujourd'hui
l'auteur de Robot. Il est, dit-il, responsable d'un des plus importants
projets mondiaux en matière de robotique intelligente, qu'il
a fondé au sein de la Carnegie Mellon University. Il s'agit
de promouvoir la production en masse de robots utilitaires disposant
d'une représentation du monde riche, en 3 dimensions. Ce
projet soutenu par les militaires (DARPA) vise à créer
le marché à partir duquel des systèmes intelligents
encore plus avancés pourront être financés (On
en trouve les comptes-rendus sur le site http://www.frc.ri.cmu.edu/~hpm/project.archive/).
Une telle stratégie est une suite logique des
constatations de l'auteur, faites dès 1978, relatives aux
difficultés de l'IA à l'époque, qu'il rapporte
dans son livre. Hans Moravec y explique qu'il s'était convaincu
de l'impossibilité à cette date de concurrencer l'intelligence
humaine par l'intelligence artificielle, comme le pensait John Mac
Carthy, autre pionnier de l'IA, fondateur du programme SAIL au Stanford
AI laboratory où Hans Moravec terminait une thèse
sur la vision artificielle pour un robot mobile. Les ressources
informatiques d'alors étaient incapables de concurrencer
la richesse de la pensée humaine, ni même des organes
sensoriels des animaux les plus simples, tel l'il de la mouche.
Alors que tous, face aux tâtonnements de la première
IA, s'orientaient vers l'informatique facile, celle du calcul digital
où les ordinateurs sont imbattables, Hans Moravec poursuivit
ses travaux dans le domaine des capteurs sensoriels, utilisant notamment
les réseaux neuronaux, là où l'informatique
classique est peu performante, mais où au contraire, excellent
les systèmes vivants, obligés par l'évolution
de se doter de cartes cognitique du monde (maps) très performantes.
A ce propos, l'auteur signale dans son livre la divergence qui l'a
opposé à Rodney Brooks, dans les années 1980-90
(relatée aussi dans le dernier livre de celui-ci, "Flesh
and Machines", dont nous avons rendu compte
récemment). Rodney Brooks a relancé la robotique autonome
en renonçant à doter les robots d'une représentation
a priori de leur monde leur permettant d'y naviguer. Au "mapping",
il a préféré le système des réflexes
ou "behaviorisme", concevant des robots capables d'évoluer
en cumulant des comportements simples dont peuvent émerger
des comportements complexes. Mais Hans Moravec ne s'estime pas battu.
Il estime que le behaviorisme trouvera vite des limites, et qu'il
faudra en revenir à des robots dotés - ou se dotant
- de représentations fines de l'espace, ambition qui anime
son programme actuel à Carnegie Mellon. En fait, nous dit-il,
les diverses solutions se conjugueront progressivement, du fait
précisément de la puissance accrue des moyens de calcul
embarqués.
Tout en poursuivant ses recherches en robotique, Hans
Moravec gardait les yeux bien ouverts sur l'évolution des
technologies de l'information, notamment sur la question du rapport
coût/performances. Sans doute le premier de tous, il proposa
en 1978 dans un article de la revue Analog l'idée qu'en 10
ans, il serait possible de disposer de ressources suffisantes pour
une reprise de projets d'IA ambitieux, en interconnectant les milliers
de micro-ordinateurs qui commençait à apparaître.
Cette perspective resta cependant hors d'atteinte pour
des raisons économiques pendant quelques années, vu
le prix de l'unité de calcul. Mais la chute vertigineuse
des ratios coûts/performances dans les années suivantes
permit de rendre la prévision initiale plus crédible.
Il en résulta le premier livre qui fit connaître Hans
Moravec du grand public, Mind Children's, the Future of Robot
and Human Intelligence, Harvard University press, 1990, qui
pronostiquait l'émergence des compétences humaines
dans des ordinateurs de 1000 dollars à échéance
de 40 ans.
Les taux de croissance envisagés ont été
dans l'ensemble vérifiés, sauf nous dit Moravec dans
le domaine nouveau des robots mobiles utilitaires, où les
entreprise y ayant investi ne purent commercialiser leurs produits
faute de clientèle. Mais le secteur devrait progressivement
repartir prochainement, à la suite de nombreux efforts de
recherche aux Etats-Unis et au Japon.
On constatera une grande convergence d'approche entre
les perspectives de Hans Moravec et celles de Ray Kurzweil. Dans
les deux cas, il est proposé d'extrapoler l'expansion accélérée
des ressources informatiques et des travaux de laboratoire en IA
et robotique autonome pour en déduire l'apparition de systèmes
artificiels égalant puis surpassant l'intelligence humaine.
Mais Robot va un peu plus loin que les livres de Kurzweil
dans l'étude des conséquences que ce phénomène
pourra entraîner sur notre connaissance profonde du monde
réel, qui se révélera peut-être différent
de ce que nous en disent les sciences fondamentales d'aujourd'hui.
A cet égard il est beaucoup plus riche et stimulant, tant
pour les scientifiques que pour les philosophes.
Résumé du livre
L'argument du livre concerne l'avenir des machines
intelligentes, incarnées plus spécifiquement dans
des robots mobiles universels. Il pronostique que ces machines seront
équivalentes à l'intelligence humaine dans moins de
cinquante ans. Mais loin de présenter ceci comme un développement
dangereux pour l'espèce humaine, il s'attache à en
montrer les aspects positifs. Les derniers chapitres nous projettent
dans un futur plus lointain, qui mérite cependant d'être
pris en considération dès aujourd'hui.
Depuis 1988, date de publication de Mind Children's,
les progrès des machines ont été considérables,
touchant tous les domaines de la science, de l'économie et
de la société (pour ne pas mentionner la défaite
du champion de monde d'échecs en 1997). Les prévisionnistes
n'avaient pas anticipé ce phénomène, faute
d'avoir prévu la multiplication par 100 des puissances de
calcul dans les dix dernières années. Cette puissance,
aujourd'hui, nous l'avons vu, double environ tous les ans, ce qui
entraîne inévitablement une croissance rapide de l'intelligence
des machines.
Il faut commencer à évaluer les résultats
d'un tel phénomène. Le premier chapitre du livre le
replace dans l'histoire de l'humanité. Depuis les origines,
les hommes avaient vécu dans de petits ensembles tribaux.
Leurs instincts ont été façonnés par
la compétition et la guerre avec les tribus voisines, qui
ont consommé une grande partie des gains apportés
par l'amélioration progressive des pratiques agricoles et
industrielles. De ce fait, les citoyens d'aujourd'hui ont de plus
en plus de mal à s'adapter aux modes de vie radicalement
nouveaux résultant de l'expansion des technologies, bien
que l'éducation consomme aujourd'hui près de la moitié
du temps consacré à la vie professionnelle. Mais on
peut espérer que la tension diminuera. L'auteur montre l'importance
des tâches dorénavant confiées aux machines
dans les sociétés avancées. Comme une part
encore accrue de la charge de travail à venir, qui globalement
continuera à s'accroître et se compliquer, sera prise
en charge par des machines de plus en plus intelligentes, les hommes
pourront retrouver le temps de mieux maîtriser leur développement.
Ceci étant, les débuts de l'IA et de
la robotique n'ont pas été pavés de succès.
Le chapitre 2 décrit une histoire emplie de grandes ambitions,
de résultats douteux et donc de beaucoup de découragements.
Cette histoire a été relatée par de nombreux
auteurs. L'avantage de Hans Moravec est qu'il l'a vécue au
premier chef. Il n'hésite pas ce faisant à remettre
en cause quelques idées reçues. Ainsi il conteste
la toute puissance des premiers réseaux neuronaux qui, disposant
de trop peu de neurones, ne pouvaient simuler les comportements
élaborés. Il fait justice aussi de l'idée selon
laquelle l'université américaine disposait de moyens
considérables. Le PDP d'1 MIPS était encore le plus
répandu. Lui-même, développant la méthode
des cartes cognitives (grids), qu'il décrit en détail,
aurait eu besoin pour obtenir des résultats satisfaisants
de puissance de 100 à 1000 MIPS. Malgré ces difficultés,
nous dit-il, la robotique suscita de grands espoirs. De nombreuses
start-up furent créées puis disparurent faute de perspectives
commerciales viables. Simultanément on vit naître,
avec plus de succès, de nombreux clubs de roboticiens amateurs,
notamment dans les collèges. Observons que ce phénomène
intéressant ne commence qu'actuellement à apparaître
en France.
Le chapitre 3 étudie en détail les rapports
entre l'évolution des puissances de calcul des machines et
la puissance de calcul estimée des organismes vivants, en
rappelant que de telles comparaisons restent assez grossières,
car elles ne tiennent pas compte des architectures comparées
des systèmes, non plus que des logiciels ou comportements
plus ou moins efficaces auxquelles les puissances sont affectées.
Le propre de l'intelligence naturelle, en effet, est la reconnaissance
de formes, qui consomme des puissances de calcul sans communes mesures
avec celles nécessaires au calcul de type arithmétique.
Les systèmes militaires actuels pour l'identification d'objectifs
peuvent exiger jusqu'à 10.000 MIPS. La rétine humaine
comporte 100 millions de neurones et peut traiter 10 images par
seconde. Ceci demande au moins 1.000 MIPS pour obtenir le même
résultat d'une machine. Le cerveau humain étant estimé
à 100.000 fois le volume consacré au traitement des
informations provenant de la rétine, simuler l'ensemble des
fonctions du cerveau nécessiterait 100 millions de MIPS.
Deeper Blue, qui vainquit Kasparov aux échecs n'avait qu'une
puissance de 3 millions de MIPS estimée en temps de calculateur
universel. De plus, rappelle Hans Moravec, une machine de 100 millions
de MIPS coûterait aujourd'hui plus de 20 millions de dollars.
Elle serait réservée à des travaux scientifiques
prioritaires, et non pas à simuler un banal cerveau humain.
Enfin, les programmes informatiques ont besoin tout autant de mémoire
que de vitesse de calcul. Il y a un rapport constant remarquable
entre la vitesse et la mémoire. Selon les applications, on
peut mettre l'accent sur l'une ou sur l'autre de ces qualités.
Là encore, la mémoire se paie cher aujourd'hui. Ceci
veut dire que les machines ayant la capacité de traitement
d'un cerveau humain n'auront de signification économique
que si elles coûtent moins que ce dernier. Le seuil au dessous
duquel descendre pour être rentable est aujourd'hui estimé
à 1000 dollars le cerveau (ce qui n'est pas cher payer l'homme ).
Pour Hans Moravec cependant, comme pour Ray Kurzweil,
le diagnostic ne fait pas de doute. Compte tenu des courbes actuelles,
des machines offrant la puissance de calcul du cerveau humain pour
1000 dollars devraient apparaître vers 2020-2030, plus tôt
si les technologies venant en relais du silicium, voyaient le jour
dans la prochaine décennie. Hans Moravec présente
rapidement ces technologies nouvelles, la plus prometteuse semblant
être l'ordinateur quantique. Avec lui, le calcul et la modélisation
changeront véritablement de dimension, en se rapprochant
de dimensions de l'univers encore mal explorées.
Cela dit, beaucoup de gens se refusent encore à
la perspective de voir des machines pleinement intelligentes apparaître
dans quelques décades. Ils les repoussent à 2 ou 3
siècles, s'appuyant sur la lenteur des développements
de l'IA enregistrés durant les cinquante dernières
années. Ce fut en effet alors l'âge glaciaire (the
big freeze) de l'IA. Mais le dégel est en route. Hans Moravec
propose une image significative. Si on représentait les compétences
humaines au regard des possibilités de calcul par un diagramme
en 3 dimensions, les vallées occupées par les activités
ne demandant qu'une informatique simple, de type arithmétique,
et les sommets figurant les tâches supérieures du cerveau
humain, on verrait l'eau monter progressivement des plaines vers
les sommets, au fur et à mesure de l'augmentation des compétences
des ordinateurs. Dans un demi-siècle le flot devrait avoir
tout recouvert. On disposera alors de machines donnant l'impression
immédiate de la conscience, compte tenu de leur capacité
à manipuler rapidement des flots de données diversifiées.
En d'autres termes, elles passeront avec succès le test de
Turing. Le livre reprend les 9 objections que Turing avait identifiées
dans la bouche de ceux refusant que les machines puissent penser.
Il montre que dans les prochaines décades, elles ne tiendront
plus. Si alors les machines ne pensent pas, du moins elles en donneront
tous les symptômes. De plus, elles pourront transférer
de l'une à l'autre leurs acquis intellectuels en quelques
secondes, ce qui n'est pas le cas des hommes, où le transfert
de compétences d'un individu à l'autre demande des
années. On trouve dans ce chapitre de Robot les meilleurs
arguments fournis à ce jour pour démontrer la faisabilité
de l'intelligence et de la conscience chez les machines.
Mais comment en arriver là en pratique. Le chapitre
4 décrit en détail la voie dans laquelle travaille
Hans Moravec et ses équipes, ainsi qu'un certain nombre d'autres
industriels, notamment japonais : développer des robots universels,
dotés de capacités sensorielles et motrices étendues,
susceptibles d'apprentissage, à prix bas, et pouvant ainsi
rendre des services nombreux et diversifiés dans le monde
de demain. On pourrait penser que nos sociétés - sans
mentionner celles du tiers-monde - sont déjà saturées
d'individus qui ne trouvent pas à s'employer pour un salaire
décent. Mais il existe pourtant d'innombrables tâches
utiles qui ne sont pas faites et qui pourraient être confiées
à des générations de plus en plus efficaces
de robots universels, dans la vie civile, dans les laboratoires
et les industries, dans le domaine militaire enfin. Hans Moravec
décrit les générations successives de robots
susceptibles de découler de ses recherches. La 3e génération
de robots universels proposée dans le livre pour les années
2030 comporterait des machines de 3 millions de MIPS embarqués
(la puissance d'un cerveau de singe) et seraient capables de se
donner des modèles du monde (perception models) très
complets et rapidement actualisables. Ces robots seraient construits
de matériaux composites solides et légers. Les robots
de 4e génération, vers 2040, disposeraient de puissance
de calcul de 100 millions de MIPS (le cerveau humain) et seraient
capables de raisonner, en dialogue avec les hommes.
Jusqu'à cette date, la réalisation et
la mise en uvre de ces multiples robots fourniraient aux laboratoires
et aux industriels des chiffres d'affaires et des emplois en grand
nombre. Ensuite se posera la question de savoir quelle attitude
les hommes adopteront vis-à-vis de ces robots, dont les compétences
seront souvent supérieures aux leurs. Hans Moravec s'est
livré à des simulations relatives aux capacités
des robots de chacune de ces générations, au regard
des capacités humaines. Ces simulations montrent que chaque
génération de robots manifestera des qualités
de plus en plus proches de celles de l'homme. La quatrième
génération sera devenue sans doute si intellectuellement
habile qu'elle ne pourra plus être comprise par le commun
des mortels. Il faudra qu'elle apprenne à rester dans les
limites de l'intellect humain. Ces robots n'auront pas a priori
besoin de se parler à eux-mêmes pour augmenter leurs
aptitudes à la conscience. Leurs programmes de raisonnements
seront suffisamment puissants pour se passer du langage. Celui-ci
ne sera utilisé que pour communiquer avec l'homme. Les capacités
de conscience, qui représente un poids (un handicap quant
il s'agit de réagir vite), seront plus ou moins développées
selon les types d'actions envisagés.
Le chapitre étudie la façon dont ces
robots de 4e génération expérimenteront des
émotions analogues à celles de l'homme : peur, ennui,
amour, etc. Aucune de celles-ci ne leur seront a priori impossibles.
Par contre, comme ils auront des puissances de raisonnement sans
commune mesure avec celles des hommes, leur moindre action pourra
faire l'objet, sous le contrôle d'un "raisonneur" (reasoner)
de spéculations préparatoires poussées, qui
pourront donner de meilleurs résultats que les réponses
de type passionnel.
En fait, et c'est là que l'avenir de l'humanité
changera radicalement de perspectives, leurs capacités trouveront
le meilleur usage possible non plus dans les sociétés
humaines étroitement limitées par les frontières
terrestres, mais dans l'espace, ou dans des domaines de la terre
inaccessibles aux hommes. Ces robots intelligents, enfants de notre
esprit, porteront au loin notre culture, d'une façon devenue
totalement indépendante de la biologie.
Les deux derniers chapitres du livre, l'âge des
robots et l'âge de l'esprit, esquissent ce que sera une société
où les machines intelligentes, associées aux hommes
selon des modalités qui, selon Hans Moravec, devraient se
préciser sans conflits, pourraient changer le monde terrestre
et son environnement cosmique propre, mais aussi - plus fondamentalement
- nos connaissances scientifiques du monde, encore enfermées
dans les concepts vieux de bientôt un siècle des relativistes
et des physiciens quantiques.
Mais il s'agit, comme on dit, d'une autre histoire.
Nous y reviendrons dans une suite à cette fiche de lecture
que nous vous invitons à retrouver dans notre prochain numéro.