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A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

25 Novembre 2002
Présentation par Jean-Paul Baquiast

L'écologiste, n°5

Couverture de  l'Ecologiste, n° 5 , automne 2001

Sciences et techniques.
Les raisons de la contestation

OGM, Clonage, Nucléaire. Nouvelles technologies



L'Ecologiste est la version française de The Ecologist (http://www.theecologist.org/). Il dispose également d'un site Internet http://www.ecologiste.org/. La parution est trimestrielle. 8 numéros ont déjà été édités.
Le dernier, l'Etat de la Planète, est daté d'Octobre 2002. Les articles sont signés soit par des représentants permanents ou temporaires de la rédaction française, soit par des auteurs étrangers se situant en général dans la mouvance écologique anti-mondialisation libérale. D'autres versions existent dans les principales langues. La lecture et la discussion des articles de l'Ecologiste en français s'impose à tous ceux voulant se tenir au courant des débats et arguments concernant l'écologie politique. Elle n'exclut pas la lecture du périodique anglais, qui donne des aperçus intéressants sur l'international, ne figurant pas toujours dans la version française.

Nous vous proposons, dans cette recension, d'examiner le contenu du n° 5, "Sciences et techniques. Les raisons de la contestation : OGM, clonage, nucléaire, nouvelles technologies…", en date d'octobre 2001 (dont on trouvera le sommaire sur http://www.ecologiste.org/sommaire5.htm).
Ces thèmes concernent particulièrement notre revue. Il est donc intéressant de voir comment en traite un organe influent de l'écologie politique internationale. Nos lecteurs savent sans doute que nous partageons la plupart des points de vue de ceux qui contestent la marchandisation du monde au profit des transnationales et des empires politiques. Mais ce faisant, nous visons plutôt le processus du libéralisme dérégulé que les sciences et les techniques elles-mêmes. Il faut évidemment discuter des choix de sociétés que supposent celles-ci, notamment aux mains de financiers perdant de vue le long terme au profit de la course à un profit immédiat. Mais il nous paraît malsain de les diaboliser systématiquement, malsain et irréaliste car nul n'envisagerait de revenir à l'époque heureuse du néolithique, où l'homme, qui ne souffrait pas encore de l'emprise des méga-machines technologiques, fusionnait si harmonieusement avec les rats et les microbes.

On trouvera à la fin de cette chronique quelques propositions, dans l'esprit de notre revue, qui permettraient peut-être de donner plus de poids à la démarche écologique.

Plutôt que de faire de longs discours, nous nous bornerons à présenter et commenter rapidement quelques articles significatifs de ce numéro 5. Les propos et le ton, comme le constatent ceux qui lisent régulièrement ce périodique, ne sont pas très différents de ceux adoptés dans les autres numéros. Aujourd'hui, nous n'examinerons que la moitié des articles de ce numéro 5. La suite dans notre prochain numéro.

Editorial du rédacteur en chef, Thierry Jaccaud :
Lettre ouverte au ministre de la recherche.

Cette lettre a été écrite avant le changement de majorité. Elle constate que le ministre de l'époque, malgré le dialogue qu'il avait annoncé, n'a pas encore consulté les Français sur les développements du nucléaire, des OGM, du clonage, des pesticides et même …des nanotechnologies. Il conteste la priorité donnée par le budget d'alors (2002) aux sciences du vivant et parmi elles au réseau Génoplante. Mieux aurait valu procéder d'abord à une "consultation démocratique", dans la perspective d'un moratoire…D'une façon générale, la consultation "en amont" du public sur les choix de recherche devrait être faite systématiquement.

Observation. Loin de nous l'idée qu'il ne faut pas accepter des débats sur les choix de recherche ou leurs conséquences. Mais Bruno Latour, qui n'est pas suspect de technicisme, a montré la difficulté d'organiser de telles consultations, où tout le monde doit pouvoir parler. Dans l'état actuel des institutions, on ne voit pas comment consulter systématiquement le citoyen. Par référendum, par des sondages ? De plus, il faut s'interroger en profondeur sur le principe même de ces consultations. Qui prendra la parole ? Les scientifiques ? Mais ils risquent d'être décrédibilisés d'office par les innombrables personnes qui pensent pouvoir se faire connaître par des oppositions systématiques. On n'entendra, comme souvent dans ces circonstances, que des esprits ou des intérêts conservateurs, pour qui il ne faut rien changer à ce qui est, parce qu'ils y trouvent leur compte.

L'exemple de l'Internet, d'ailleurs présenté comme dangereux par d'autres articles du même numéro, a été significatif. Ces dernières années, d'innombrables prophètes de mauvaise augure, sociologues ou philosophes qu'il vaut mieux ne pas nommer, ont pronostiqué les pires catastrophes sur toutes les tribunes complaisamment offertes par les médias - alors que généralement ils n'avaient jamais touché un ordinateur eux-mêmes. Aujourd'hui l'Internet montre tout son intérêt, mais le retard français (ce concept de "retard français" est d'ailleurs à proscrire selon l'Ecologiste) n'a fait que s'accroître du fait des mauvais conseils de ces faux prophètes - auxquels, comme nous le verrons dans la prochaine chronique, l'Ecologiste fait un large écho.

Serait-ce alors faire de la polémique que s'étonner de ne pas entendre l'éditorialiste de l'Ecologiste réclamer la consultation des citoyens sur les dangers bien réels de l'automobile, du tabac, de l'alcool et des drogues, dont les victimes se comptent par centaines de milliers ?

Cette année en tous cas, Thierry Jaccaud sera un peu soulagé. Le budget de la recherche est en réduction sensible et les menaces que font peser les chercheurs sur la nation pourront peut-être s'alléger.

Grande industrie, nucléaire, les risques majeurs (par Maryse Arditi)

Cet article fait valoir les risques considérables que présentent pour les populations les sites industriels du type de celui de Toulouse. Il rappelle également que les centrales nucléaires ne sont pas protégées contre l'écrasement d'un avion de ligne, et qu'en ce cas, les pertes humaines seraient infiniment plus grandes qu'à Tchernobyl. L'auteur recommande de "défragiliser" la société, notamment en construisant des usines plus petites, en ne s'engageant pas dans la production inutile d'innombrables molécules chimiques plus dangereuses qu'utiles, et finalement d'abandonner le nucléaire.

Observation : Les risques énumérés sont incontestables. Il est certain par ailleurs que leur augmentation due notamment au terrorisme imposerait des investissements publics et privés considérables. Malheureusement, nul, les contribuables les premiers, n'en reconnaîtra l'utilité avant que ne survienne une méga-catastrophe. Mais il faut voir aussi que tout est fragile face au terrorisme ou à des accidents majeurs dans nos sociétés. Il suffit d'emprunter vers 18h les couloirs souterrains de la Défense ou ceux du métro de Londres, pour imaginer ce que feraient du gaz ou des virus dans ces enceintes.

Quel est alors le réalisme des propositions de délocalisation et d'éparpillement ? Il est sans doute possible de supprimer ou modifier les sites Seveso. Dans ce cas, les citoyens devraient le réclamer sans désemparer - ce qui est loin d'être le cas. S'il était possible de protéger les centrales atomiques en les enterrant ou autrement, il faudrait le faire aussi. Mais pour le reste, mieux vaudra lutter contre le terrorisme par des mesures fortes de surveillance du territoire, n'en déplaise à la Commission Informatique et Libertés, qu'en prétendant envoyer les villes à la campagne et les citoyens aux champs.

NB: dans son n° de décembre 2002, p. 28, La Recherche nous informe de travaux intéressants faits aux Etats-Unis et en France pour simuler le choc d'un avion suicide sur un réacteur nucléaire. Nous ne disons pas pour autant que tous les risques disparaissent de ce fait.

La privatisation de l'eau (par Agnès Bertrand et Laurence Kalafatidès)

L'article dénonce les efforts permanents faits par les transnationales, appuyées par les grands pays du Nord, notamment à l'OMC, pour inclure dans le secteur marchand les services d'éducation, de santé et d'environnement. Le cas de l'eau, abordé récemment, leur paraît emblématique. Alors que l'accès à l'eau potable et d'irrigation devient de plus en plus improbable pour au moins un milliard de personnes, le "marché de l'eau" atteint aujourd'hui 400 milliards de dollars. Les entreprises privées en espèrent bien davantage, quand les Etats et les collectivités locales renonceront à leurs responsabilités traditionnelles dans ce domaine. Mais le service public serait-il assuré alors ? Les plus pauvres, ne pouvant payer l'accès à l'eau, en seraient de plus en plus privés, comme quelques expériences malheureuses l'ont montré. Le même risque pèse sur tous les autres services publics jusqu'alors fournis, plus ou moins bien, par les Etats et les collectivités locales : protection de la nature et des forêts, études d'impact sur l'environnement, recherches scientifiques, etc.

Observation : On ne peut qu'approuver la volonté de laisser dans la compétence des Etats ou des institutions internationales la responsabilité des grands services publics traditionnels. Mais ce qu'il faut dire alors est que les Etats doivent se voir reconnaître, par l'impôt et par le recrutement de personnels compétents, des ressources que tout le monde, même dans les partis de gauche, leur dénie actuellement. Il sera nécessaire aussi que la gestion publique s'exerce dans la transparence, ce qui est loin d'être le cas, la corruption se faisant sentir là aussi. Plus difficile encore, il faudra que les Etats ou les services publics du Sud, actuellement exsangues, bénéficient de ressources (ne pouvant venir que du Nord) pour assumer des responsabilités devant lesquelles ils ont jusqu'ici démissionné, laissant le champ libre aux grandes compagnies. Ce serait dont une réforme mondiale et profonde de la gouvernance mondiale qui sera nécessaire - perspective que pour notre part, nous ne pourrions que recommander, bien que nous en mesurions les difficultés.

Un pesticide exemplaire, la bromodialone (par Mireille Gendrier)

L'article montre comment la lutte contre les campagnols menée périodiquement dans l'Est de la France avec ce produit hautement toxique a des effets néfastes sur l'ensemble des chaînes du vivant. L'auteur déconseille cependant, contre les espèces classées traditionnellement comme nuisibles par des réglementations hors d'âge, le recours à des méthodes "naturelles" comme le piégeage ou la chasse. Ce sont en effet des irresponsables ou des incompétents qui s'en chargent, aussi irresponsables que la plupart des chasseurs... Pour l'auteur, la meilleure solution serait de ne rien faire contre les nuisibles, qui n'ont de nuisible que le nom.

Observation : Nous sommes là dans le domaine d'excellence des écologistes, protéger la biodiversité et éviter les interventions intéressées des hommes, dont les conséquences sont généralement mal étudiées et dévastatrices. On ne peut qu'approuver. Mais nous aimerions entendre aussi fortement les environnementalistes français lutter contre la pollution des mers. Le récent naufrage du bien mal nommé Prestige mériterait que l'on fasse le siège des ministères nationaux et administrations de Bruxelles, afin que les pollueurs soient désormais et tout de suite bannis des mers…comme ont plus ou moins réussi à le faire les Américains dans leurs propres zones maritimes.

L'échappée technique (par Teddy Goldsmith)

Edouard, dit Teddy Goldsmith, est l'auteur bien connu de plusieurs livres qu'il faut avoir lu : 1000 jours pour sauver la planète, 1990, Le défi du 21e siècle, 1994, Le procès de la mondialisation, 2001. Il a fondé The Ecologist. Il est généralement rangé parmi les écologistes radicaux, mais il demeure mesuré et convaincant dans ses analyses, ce qui n'est pas le cas de tous. Il possède la double nationalité britannique et française.

L'article développe la thèse, devenue un leitmotiv des écologistes, selon laquelle la technique, dans les sociétés traditionnelles, était en harmonie avec la société toute entière, comme avec la nature qu'elle respectait. Les techniques dites rudimentaires étaient parfaitement efficaces. Au contraire, les techniques ou technologies modernes, poussées par les sciences, elles-mêmes poussées par la volonté de puissance de pouvoirs s'exerçant dorénavant au niveau mondial, échappent à tout contrôle et menacent la survie de l'humanité tout entière.

Discussion : Nous nous méfions de toutes les vues optimistes concernant les sociétés du passé. Celles-ci, dès les premiers hominiens, se sont comportées en prédatrices des milieux naturels, anéantissant des milliers d'espèces sauvages. Par ailleurs, les paléontologues sont à peu près certains aujourd'hui que les groupes humains passaient plus de temps à s'entre-exterminer qu'à jouir paisiblement d'une nature généreuse. Enfin, il ne faut pas oublier que les captifs, les serfs, les femmes et les enfants payaient un lourd tribut à l'absence d'outils économisant la peine. L'article suivant évoque le fait que les Indiens méso-américains, depuis 300 ans avant JC, avaient découvert la roue, mais ne l'avaient utilisée que pour faire rouler de petits jouets. Ils n'ont pas cherché à développer cette technique en l'appliquant aux transports lourds. Certes, mais qui portait les colis ? Généralement les femmes et les enfants, parmi lesquels la tuberculose faisait des ravages.

Il est certain que l'émergence des technologies modernes a bouleversé les sociétés traditionnelles. Il est certain aussi que les méga-machines technologiques, pour reprendre le terme de Lewis Mumford, se développent apparemment sans contrôle humain conscient. Elles ont provoqué notamment l'expansion démographique de l'humanité récente (la bombe démographique), tout en posant autant de problèmes qu'elles n'en résolvaient. Pourtant, que faire ? Revenir en arrière ? Ce serait impossible. Mieux contrôler et discuter les techniques, les humaniser davantage? Certes.

Mais au-delà, un certain nombre d'individus, parmi lesquels nous nous rangeons, pensent que l'évolution des sociétés humaines et de leurs techniques s'inscrit dans une évolution beaucoup plus globale de super-organismes dont l'humanité n'est qu'un élément. Nul ne sait où mène cette évolution, nul sans doute ne peut l'influencer consciemment et c'est, dans une certaine mesure, tant mieux. Certes un risque non négligeable existe d'auto-anéantissement. Mais ce risque ne doit pas justifier d'ériger des finalités conservatrices en obstacle à des changements qui seront bien plus enthousiasmants que la pérennisation d'un univers plat aux cultures figées dans un éternel recommencement. Les intelligences artificielles, leur expansion dans le cosmos, ouvrent bien plus de perspectives que le retour à la charrue de branchage des Indiens Hopis. Ceux-ci, comme les paysans de la France d'avant 1914, sont aussi éloignés de nous désormais que ne le sont les espèces disparues de l'explosion Cambrienne retrouvées dans les schistes du Burgess (voir à ce sujet notre éditorial : L'intelligence universelle). Voir cependant sur cette question quelques recommandations proposées en fin de la présente chronique.

L'illusion de la fatalité technique (par Alain Gras)

Alain Gras est professeur à Paris 1 Sorbonne en anthropologie des techniques. Il dirige le Centre d'Etudes des techniques, des connaissances et des pratiques. Son article est, nous semble-t-il, plus subtil que le précédent, bien qu'il en reprenne les considérations relatives à l'harmonie entre les sociétés primitives et leurs techniques. Il montre d'abord que l'homme moderne, branché, est complètement dépendant de réseaux techniques et de pouvoirs qui le dépassent totalement. Il insiste ensuite sur le caractère non fondé de l'idée d'un progrès inéluctable permettant, grâce aux gains d'efficacité des techniques, un accomplissement physique et moral de l'humanité. Il montre également que les techniques n'évoluent pas en lignées harmonieuses, des plus primitives au plus modernes. Certes, leur efficacité s'accroît, mais ce n'est pas elle qui compte, ce sont les usages qui en sont faits au sein des relations sociales. Et ces dernières sont dominées par des luttes de pouvoir. "On ne choisit pas une technique parce qu'elle est efficace, mais c'est parce qu'on la choisit qu'elle devient efficace". L'explosion des techniques en Occident a été la conséquence de l'affirmation d'une volonté de puissance sur le monde qu'aucune autre civilisation n'avait alors envisagée. Aujourd'hui, ce sont les volontés de puissance des multinationales (ajoutons : dans l'orbite de l'Empire de la super-puissance américaine) qui poussent à l'expansion de méga-techniques et entraînent dans leur suite de méga-risques. Que doit faire le citoyen qui veut échapper à ces pouvoirs et à ses risques ? Renoncer à la croissance de ses besoins et de ses consommations, d'abord, se déconnecter du réseau, ensuite.

Observation : On ne peut qu'approuver l'idée que le progrès n'a pas de sens dans l'absolu, puisqu'on ne sait pas vers quoi l'on progresse. Il est certain aussi que si la condition des favorisés de la planète s'améliore, celle des défavorisés semblent empirer en proportion. Nul ne niera non plus le rôle des luttes de pouvoirs dans l'évolution globale de l'humanité. Si enfin, on veut échapper à l'emprise de ces pouvoirs, la meilleure façon est de réduire sa dépendance à l'égard des réseaux économiques. On peut penser cependant qu'il ne faut pas prendre l'idéal de débranchement comme un impératif absolu. Très bien de se débrancher de la voracité du monstre automobile. Mais ce serait un crime contre l'esprit de se débrancher des réseaux de traitement de l'information, sans lesquels par exemple nous n'aurions pas écrit ce texte, et sans lesquels vous ne l'auriez pas lu...

Mais plus en profondeur, nous ferons à l'article d'Alain Gras un peu le même reproche qu'au précédent de Teddy Goldsmith. Opposer le déterminisme évolutif des technologies et le déterminisme résultant des enjeux de pouvoirs, en affirmant que seul le dernier est réellement créateur d'histoire, n'a pas de sens si on considère que ces deux facteurs, les luttes darwiniennes entre technologies et les luttes darwiniennes entre détenteurs de pouvoirs sont deux aspects d'un même phénomène global qui est l'évolution d'un super - organisme intégrant les hommes, leurs techniques (qui leur échappent comme d'ailleurs leurs pensées) mais aussi tous les êtres vivants, y compris les bactéries, vivant en parasites ou en symbiose avec nous. Ce qui pose problème et ce qui est intéressant, c'est de mettre en évidence, si on peut, les règles sous-jacentes qui détermine l'évolution globale de ce super-organisme au sein d'un cosmos lui-même évolutif. Nous nous éloignerons peut-être alors de considérations certes justes mais anodines sur les interactions, présentées comme catastrophiques, des techniques et de ceux qui s'en servent. Loin de vouloir revenir à un temps sans techniques, à un débranchement généralisé, on souhaitera peut-être accélérer la marche vers les super-technosciences qui nous emmèneront au cœur de la gravité quantique ou à un prochain débarquement sur la planète Mars. Ceci supposera des investissements importants dans le domaine de ce que l'on appelle désormais les super-intelligences.

Proposition pour l'écologie politique

Nous voudrions, sans attendre la lecture commentée de la suite du n° 5 de l'Ecologiste, que nous poursuivrons dans notre prochaine livraison, proposer quelques idées susceptibles d'améliorer l'efficacité du discours et de la pratique écologiste ou environnementaliste.

1. Il ne faut pas être contre tout, tout le temps. Cela lasse et, plus grave, révèle une sénescence de la pensée qui repoussera tous ceux qui veulent construire quelque chose au cours de leur vie. Si l'on est toujours contre tout, que reste-t-il ? La méditation bouddhiste ou conventuelle ? Je refuse, pour ma part, de m'élever a priori, un peu comme le taureau fonce sur la muleta, contre les nanotechnologies, Internet, le transgénique et autres sciences. Il y a là un discours obligé à coups d'anathèmes, un politiquement correct inadmissible.

2. Devant l'évolution effectivement rapide et même, sauf catastrophe, accélérée des sciences et des techniques, il faut évidemment qu'existent des mouvements, sur le modèle des écologistes, qui ne prennent pas tout ce que disent les industriels, les gouvernants et les scientifiques comme argent comptant. Mais il faut proportionner la réaction à la nature des risques.

3. Pour ceci, trois attitudes différentes sont envisageables, selon la gravité des risques :

La première et la plus générale consiste à rester alerte (awareness) et s'informer de tout ce qui se passe. Ceci suppose lire beaucoup, échanger tout autant, et réfléchir un peu. La réflexion ne doit pas être à sens unique. Il est bon de toujours se demander quels sont les intérêts souvent cachés qui veulent freiner ou suspendre les avancées scientifiques. Tous ne sont pas honorables.

La seconde s'impose dès qu'un problème prend de l'ampleur et parait mal cerné : il faut débattre et discuter, si possible avec toutes les parties prenantes, comme le rappelle Bruno Latour précité. Mais la discussion ne s'improvise pas si facilement. Nous indiquerons ci-dessous que l'écologie politique devrait impérativement aujourd'hui élaborer des approches scientifiques de la complexité, en mettant en place des systèmes d'observation auto-adaptatifs.

La troisième attitude enfin consiste à s'opposer, par toutes les voies que la démocratie tolère, dès qu'il apparaîtra, suite aux travaux précédents, que des irresponsables mettent en danger la planète, l'éco-système et tous les biens que l'on estime devoir préserver. C'est dans cet esprit que nous suggérions qu'il serait utile d'aller faire le siège des autorités en charge de la sécurité maritime pour que soient appliquées les mesures, tout à fait faciles à mettre en œuvre, qui permettront d'éliminer les navires poubelles et les trafics qui se font autour. Rappelons que, quand on veut agir, il vaut mieux s'en prendre à ceux qui ont la décision entre leurs mains qu'à des exécutants.

4. Vient enfin le problème difficile, le Hard Problem. Que suppose une écologie politique rationnelle ? Elle suppose de comprendre la complexité du monde, qu'il s'agisse du monde physique (par exemple les échanges thermiques ou de CO2 entre les océans et l'atmosphère) mais aussi la complexité globale. Celle-ci met en jeu, comme le montre la mondialisation, des hommes multiples et divers, avec des intérêts différents. Ces hommes sont imbriqués étroitement avec d'autres agents évolutionnaires (que Bruno Latour appelle les " non-humains ") et constituent le super-organisme auquel nous faisions allusion précédemment.

De plus, on ne cherche pas à comprendre la complexité pour le plaisir d'élaborer une thèse. On cherche à comprendre pour agir. Or, pour agir, en démocratie, il faut s'appuyer sur les gens. Il faut d'abord les amener à exprimer ce qu'ils ont à dire et tenter d'en saisir le sens. Il faut ensuite ou, en même temps, leur communiquer les informations ou les savoirs dont on dispose. De ce tissu d'échanges, émergeront inévitablement des amorces de solutions aux problèmes, c'est-à-dire des comportements collectifs et individuels qui seront plus proches de répondre aux besoins de survie que la somme des comportements individuels isolés.

Mais alors, comme nous l'indiquions, il faudra que les écologistes, et tous ceux qui s'intéressent aux choix démocratiques plutôt qu'aux diktats imposés par les pouvoirs, investissent dans l'outil révolutionnaire qui s'impose pour cette approche opérationnelle du complexe. Il s'agit de ce que nous avons nommé un système d'observation auto-adaptatif. Un tel système repose sur le principe que le monde n'est pas observable scientifiquement de façon exhaustive et définitive. Il est donc inutile d'élaborer des modèles scientifiques lourds qui seront dépassés dès qu'ils auront vu le jour, car le monde aura changé dans l'intervalle.

Plus généralement, il faut abandonner l'idée qu'il y a des observateurs (les scientifiques, les politiques, tous ceux qui ont des idées sur ce que doit être le monde) et des sujets ou plutôt des objets, les autres hommes, tous les animaux, tous les êtres vivants même, que l'on peut traiter comme des objets matériels, en les disséquant afin de les manipuler ou les contrôler.

.Dès que je me place dans la position de l'observateur ou du discoureur, l'entité vivante que j'observe ou sur laquelle je discoure m'observe à son tour, discoure sur moi de son côté, et je ne peux pas ne pas m'en apercevoir. Elle est immédiatement modifiée par mon observation ou mon discours, mais moi en retour je suis modifié par ses observations et ses discours.

On se trouve donc au sein d'un système multi-agents adaptatif dont le comportement global est le seul intéressant, car c'est lui qui agit effectivement sur le monde. Malheureusement, les méthodes de modélisation de tels systèmes n'existent pas, car ils ne relèvent pas de la description scientifique traditionnelle. Il n'y a plus d'observateur externe neutre. Il n'y a plus que des gens s'influençant les uns les autres en permanence et sans le savoir.

Il faut donc mettre en oeuvre de nouveaux outils adaptés à la représentation de tels systèmes. Le premier est le réseau. On ne modélisera un système multi-agents, pour le plus grand bénéfice de ces agents eux-mêmes, que s'ils sont capables d'échanger des informations interactives en temps presque réel, sur le modèle des neurones du cerveau. Internet ou, ultérieurement, le système des réseaux en grilles (grid) pourra servir à cela.

Mais le deuxième outil relèvera de l'intelligence artificielle. Aucun cerveau humain, tout seul, ne pourra analyser les flux, voir apparaître les émergences, proposer des conclusions globales et réagir à ces conclusions pour les modifier avant même qu'elles aient pris tournure... C'est là que la conscience artificielle proposée par Alain Cardon , à la promotion de laquelle nous travaillons dans cette revue, trouvera son emploi le plus immédiat, le plus démocratique.

JPB/CJ


Pour en savoir plus :
Sur Teddy Goldsmith, une bonne analyse : http://www.jutier.net/contenu/teddygoldsmith.htm.
Voir aussi CV et ouvrages :
http://www.cesc.net/radicalconsultation/teddygoldsmith.html
Sur Lewis Mumford 1895-1990, voir le site commémoratif :
http://bluehawk.monmouth.edu/~library/mumford.html
Sur Alain Gras et le Cetcopra :
http://www-philo.univ-paris1.fr/cetcopra.htm


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