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Gravity's Engines

Phi, a voyage from the brain to the soul

A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

25 novembre 2002
Notes par Jean-Paul Baquiast

Our Posthuman Future

Couverture de  "La vie artificielle", de Jean-Philippe Rennard

Our Posthuman Future

Francis Fukuyama

Publié aux USA par Straus and Giroux
avril 2002


Francis FukuyamaFrancis Fukuyama enseigne la politique économique internationale à la Paul H. Nitze School of Advanced International Studies de la Johns Hopkins University. Il s'est fait une carrière d'observateur de la vie politique et économique mondiale, donne de nombrdeeuses conférences et publie de nombreux articles. Il est aussi membre du Conseil de Bioéthique auprès du Président des Etats-Unis. Il est né en octobre 1952 à Chicago.

C'est son ouvrage de 1992, The End of History and the Last Man, publié par Free Press et traduit en 20 langues (version française chez Flammarion), qui en a fait une célébrité. Sa thèse était, en résumé, qu'après la fin de l'affrontement Américano-soviétique, l'unification de l'Allemagne et le succès mondial de la culture américaine, il ne se passerait plus d'évènements historiques notables avant de longues années. Elle eut un grand succès...pendant quelques temps. Jusqu'au jour où il devint évident qu'elle constituait une erreur grossière d'analyse. La multiplication des conflits et affrontements, indépendamment ou à cause de la mondialisation à l'américaine, a relancé et accéléré l'histoire de la manière que l'on sait. Tout autre que le Dr Fukuyama en aurait tiré une grande leçon de modestie. Ce ne fut pas son cas, et il contribue à prodiguer ses conseils au monde entier, notamment par ce dernier livre , Our Posthuman Future, que nous présentons ici.

Principaux autres livres de Francis Fukuyama :
- The Changing & Unchanging Face of U.S. Civil Society 2002
- The Great Disruption: Human Nature and the Reconstitution of Social Order 2000
- The Social Virtues and the Creation of Prosperity 1996

Pour en savoir plus
Francis Fukuyama. Home page http://www.sais-jhu.edu/faculty/fukuyama/

Sans doute inspiré par des fonctions de membre du Comité présidentiel de bio-éthique, le Pr. Fukuyama se livre dans son dernier livre à une virulente mise en garde contre les dérives possibles des sciences de la vie, notamment de la biologie et du génie génétique. Il nous annonce que ces sciences constituent actuellement la menace la plus grande ayant jamais remis en cause l' "intégrité de la nature humaine". Nous entrons selon lui dans une ère post-humaine. Ainsi, l'histoire qu'il voyait arrêtée il y a 10 ans, serait repartie en avant si fort, sous la pression des biologistes, qu'elle serait en train de nous propulser à grande vitesse dans l'inhumain. Il énumère tous les risques qui nous guettent : les enfants génétiquement programmés, la neuropharmacologie (Prozac et Ritalin sont à cet égard ses bêtes noires…), les cellules-souches, l'accroissement de l'intelligence, l'allongement de la durée de la vie et la transformation du monde en un vaste asile de vieillards. La démocratie, l'Etat de droit et, selon lui, (assez curieusement d'ailleurs) le capitalisme de marché risquent de ne pas s'en remettre.

Contrairement à d'autres intégristes s'appuyant sur une vision révélée de ce qu'est et doit rester la nature humaine, Francis Fukuyama se borne à nous affirmer qu'il existe une nature humaine - au moins depuis Aristote - que celle-ci s'exprime dans des institutions et des codes moraux qu'il convient de respecter. La femme en particulier ne doit pas faire appel à la pharmacologie pour devenir aussi " agressive " socialement que les hommes, car ce n'est pas sa nature. Il voit se profiler une humanité dominée par une minorité d'êtres supérieurs façonnés par la biologie et commandant à des masses rendues homogènes et dociles par cette même biologie.

Chacun doit donc selon lui veiller à ce que les " apprentis sorciers de la biologie " cessent de s'attaquer à ces fondements indiscutables de la société. Quant aux Etats, ils doivent impérativement intervenir. Fukuyama n'est pas de ceux qui jugent les réglementations étatiques inopérantes et dangereuses. Il pense au contraire que seuls les Etats peuvent marquer les limites à ne pas dépasser, décréter des moratoires et, finalement, prendre en charge la défense de la nature humaine (sans doute sur le conseil avisé des Comités d'éthique). En aucun cas, il ne faudrait se refuser d'interdire au prétexte du retard que prendrait le pays qui interdirait par rapport à ceux qui toléreraient ou même encourageraient de telles recherches.

Le livre est bien fait et convaincra tous ceux qui, de l'ultra-gauche à la droite conservatrice, ne cessent de dénoncer les risques provoqués par des recherches scientifiques supposées n'obéir qu'à l'appétit d'argent et de pouvoir des chercheurs et de ceux qui les financent.

Ce n'est pas, répète-t-il, parce que la science peut faire quelque chose qu'il faut le faire. Ce n'est pas parce que la science réussit un exploit aujourd'hui qu'on sera capable de maîtriser les conséquences désastreuses de cet exploit dans les années futures.

Nul ne discutera cela, non plus que la nécessité de conduire les débats les plus démocratiques possibles sur les fins et moyens de la recherche, qu'elle soit publique ou privée.

Ceci admis, ce livre tout entier nous paraît aussi complètement aberrant, aussi loin des réalités de ce qui se passe vraiment, que la mémorable Fin de l'histoire annoncée précédemment par notre auteur. Celui-ci donne véritablement l'impression de se saisir d'un sujet facile pour faire des effets de manche, s'attirer la popularité des juristes de tous poils qui verront dans de nouvelles réglementations l'occasion de juteux profits et, bien entendu, passer dans les médias où les propos apocalyptiques font toujours recette.

Questions

Pour éviter que vous me reprochiez d'être partisan et de mauvaise foi, je me bornerai à poser quelques questions auxquelles chacun donnera les réponses qu'il jugera bon :

- qu'est-ce qui permet de définir la nature humaine ? Est-elle la même aujourd'hui que ce qu'elle était il y a 2000 ans, il y a 50.000 ans ?

- peut-on établir un lien entre la nature humaine, ainsi définie, et nos institutions, notre conception de la justice et de la morale ?

- peut-on montrer en quoi d'éventuelles mutations affectant, du fait de certaines expériences scientifiques, les génomes humains ou animaux seraient d'une essence différente des mutations survenues depuis plus de 600 millions d'années dans le monde du vivant ?

- ceux qui réclament l'intervention conservatoire des Etats sont-ils inspirés par les valeurs humanistes les plus élevées ou par le souci de protéger des positions et des avantages qu'ils n'avouent pas ?

- en quoi les évolutions susceptibles d'affecter la nature humaine, suite aux développements de la science, seraient-ils néfastes plutôt que fastes ?

- plus généralement, faut-il, à supposer que cela soit réaliste, décréter que l'humanité ne doit pas évoluer ?

- et finalement, ne risque-t-on pas en annonçant l'ère post humaine, de donner du grain à moudre aux milliards d'intégristes, de fanatiques et d'ignorants qui veulent fermer les laboratoires, limiter l'éducation, voiler les femmes et - répétons-le - conserver le plus longtemps possible les avantages qu'ils ont acquis par des siècles d'oppression et d'obscurantisme ?

Heureusement, l'histoire ne s'arrête pas. Vous fermez un tel livre et vous apprenez, par l'actualité scientifique, que des chercheurs, après avoir complètement décrypté le génome de la souris, sont en train d'envisager ce qu'ils appellent l' "humanisation" de ces petites bêtes : cellules-souches humaines injectées dans des embryons de souris, souris dont le cerveau comporterait des neurones humains et autres chimères du même ordre (personne n'a encore parlé de cerveaux humains comportant des neurones de souris… mais on peut penser en écoutant raisonner certains de nos contemporains que la chose s'est déjà produite on ne sait comment). Quel sera votre réflexe ? Créer d'urgence une association de défense ? Vous réjouir de voir que malgré de trop nombreux Fukuyama, on n'arrête pas la recherche, ou, plus logiquement, estimer que de ces expériences naîtront sans doute des connaissances précieuses sur ce que sont les êtres vivants en général, les hommes en particulier ? .

En élargissant le propos, on ne peut que s'étonner de voir le manque d'ouverture et finalement de culture scientifique et philosophique que démontre le Pr . Fukuyama. Il parle de la Nature et de la Nature Humaine comme si personne n'avait montré le relatif et le pernicieux de telles notions brandies sans la moindre critique politique. Il accuse la biologie mais il ne tient aucun compte de ce qui fait la dignité de la biologie moderne qui refuse les anthropocentrismes aveugles pour essayer de retrouver les liens profonds qui nous rapprochent des autres êtres vivants. Il ne dit pas un mot des réflexions fécondes d'un Howard Bloom relatives à l'évolution des super-organismes. Il ignore tous des problèmes qui font le quotidien de notre revue, relatifs à l'évolution des super-réseaux et des super-intelligences.

Cela vaut mieux d'ailleurs, car on imagine avec effroi les dégâts qu'il pourrait faire dans l'esprit de ses lecteurs s'il se mettait à dénoncer  pêle-mêle l'immense conspiration réunissant dorénavant les infotechnologies, les biotechnologies et les nanotechnologies pour nous conduire à grands pas vers la fin de l'homme.

Pour en savoir plus
Article du New-York Times: Is the world ready for a man-mouse?: http://www.iht.com/articles/78443.html
Pr. Ali Brivanlou du Rockefeller Institute : http://xenopus.rockefeller.edu/


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