Plan du site Aide Abonnement Nous Contacter


Actualité
Editorial
Interviews
Démocratie
Visites virtuelles
Art. Imaginaire
Du côté des labos
Le feuilleton
Manifestations
Biblionet
CD Rom
Echanges
Liens Utiles

 

Accueil > Biblionet
Automates Intelligents utilise le logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue.
 
Archives

Gravity's Engines

Phi, a voyage from the brain to the soul

A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

1er Juin 2002
Notes par Jean-Paul Baquiast

Sciences et avenir

Sciences et avenir (numéro de juin 2002)


Numéro de juin 2002 et
hors-série juin 2002 :
Cultures et parole animale


Il faut féliciter la revue Sciences et Avenir de l'intérêt des dossiers et articles qu'elle consacre régulièrement à l'éthologie animale, en mettant en relief tous les enseignements qu'il est possible d'en tirer pour respecter le monde du vivant, mais aussi pour mieux comprendre la part animale plus ou moins inconsciente qui fonde les sociétés humaines.

Le numéro de juin 2002 comporte 3 articles commentés par Boris Cyrulnik sur le thème de l'outil et du langage chez les animaux. Par ailleurs, le Hors-série de ce même mois est consacré entièrement au thème des "paroles animales", avec l'intervention de nombreux scientifiques de renom.

Pour ceux, de plus en plus nombreux, qui voient des similitudes dans l'évolution aléatoire vers la complexité entre les comportements animaux, humains et ceux des automates obéissant à des règles algorithmiques simples, il y a là une matière à réflexion et à travaux de plus en plus riche. Il faudra inévitablement en tirer des conclusions quant à ce que l'on appelle de plus en plus les droits des animaux. On voit de moins en moins pourquoi ne pas reconnaître ces derniers comme des personnes, ou tout au moins comme les agents adaptatifs représentants de systèmes bio-culturels aussi indispensables à l'évolution globale de notre monde que ceux des hommes et des futurs automates intelligents.

Pour en savoir plus
Boris Cyrulnik est spécialiste en éthologie humaine à l'université de Toulon. Plusieurs articles de lui sont disponibles sur le web. Mentionnons en particulier un interview sur le thème des enfants terroristes donné au Courrier de l'Unesco http://www.unesco.org/courier/2001_11/fr/dires.htm
Sur Julio Mercader  et Christophe Boesch, voir 2 articles:  http://www.sciencenews.org/20020330/fob2.asp et http://www.spacedaily.com/news/life-02za3.html
Sur le thème Les animaux pensent-ils, voir le n° 34 de la revue Terrain, Mission du patrimoine ethnologique, Mars 2000; avec un article de Frédéric Joulian http://www.culture.fr/culture/mpe/publications/terrain/terrain/ter-34.htm
François-Bernard Mâche, biographie et oeuvres
http://mac-texier.ircam.fr/textes/c00001382/

Les animaux et l'outil

La grande presse a commenté les travaux de l'archéologue Julio Mercader, du département d'anthropologie de l'université George Washington, et de son collègue Christophe Boesch, du Max-Plank Institute de Leipzig. Ces deux chercheurs ont étudié, avec les méthodes de l'archéologie, des ateliers utilisés par des chimpanzés récents (sites vieux au plus de quelques siècles) pour casser des noix et autres fruits comestibles. Ces sites ne se différenciaient pas de ceux attribués à des hominiens beaucoup plus anciens, remontant aux débuts de l'âge de pierre (2,5 millions d'années BP). On y trouve non seulement des outils, mais des méta-outils ou outils servant à améliorer des outils, par exemple des racines utilisées pour servir de support aux pierres utilisées comme enclumes.

Ceci conforte les points de vue de nombreux éthologues et socio-philosophes, notamment en France Frédéric Joulian et Dominique Lestel (dont nous commenterons prochainement dans cette revue le livre passionnant Les origines de la culture. Flammarion 2002) : il n'y a sans doute pas de différences fondamentales entre les sociétés de primates d'aujourd'hui et celles des premiers hominiens. On étend d'ailleurs la réflexion à d'autres sociétés, celles de certains oiseaux et des cétacés par exemple. La question reste par contre entière : pourquoi l'évolution des sociétés d'hominiens a-t-elle divergé de celles des autres espèces animales à cultures voisines ? Deux autres questions secondaires se posent d'ailleurs : qu'étaient les sociétés animales des ancètres des grands singes il y a 3 millions d'années, et en quoi les sociétés aborigènes actuelles ont-elles évolué par rapport à celles des premiers hominiens ?

Beaucoup voient dans ces homologies la preuve d'une crise d'identité menaçant l'homme moderne. C'est certainement vrai si celui-ci, conformément à des siècles d'abrutissement provoqué par les théologies (comme par les idéologies "humanistes" ) continue à se considérer d'une autre essence que les animaux. Ce ne devrait pas l'être pour ceux, de plus en plus nombreux, qui replacent l'homme dans l'évolution buissonnante des systèmes naturels, biologiques mais aussi physico-chimiques. En attendant, il faut admettre que l'animal, comme le suggère Dominique Lestel, est un vrai "sujet" culturel, qui mériterait d'être traité comme tel, y compris dans les programmes d'étude des sciences sociales. On en est loin. Les chasseurs et les bouchers seront pour longtemps encore nos médiateurs auprès des animaux.

Paroles animales

Le hors-série Paroles animales est, nous l'avons dit, une véritable encyclopédie en raccourci de tout ce qu'il ne faudrait plus ignorer en ce qui concerne la communication par les langages et paroles au sein d'un grand nombre d'espèces animales, mais souvent aussi d'une espèce à l'autre. 12 articles, rédigés par des enseignants et chercheurs, dont une majorité français, faisant autorité dans le domaine de la cognition et de l'éthologie, couvrent une large partie d'un domaine au demeurant potentiellement presque'inépuisable.

L'introduction, confiée à Thierry Aubin, spécialiste en bio-acoustique, complétée par l'article de Antonio Fischetti, permet de différencier la communication par les sons des autres formes, d'ailleurs bien plus nombreuses, de communication dans le monde biologique. La communication acoustique est en fait peu fréquente, elle n'est présente que chez les arthropodes (insectes) et les vertébrés. Elle a permis l'échange dans des milieux peu favorables aux signaux visuels et chimiques. Ses avantages propres en ont fait un moyen devenu très sophistiqué, puisque le langage humain, auquel on attribue l'hominisation, en est une des conséquences. Dépendant des milieux naturels la communication acoustique permet diverses autres fonctions dérivées chez les animaux, y compris l'écholocation (sur le mode du sonar). Les contenus en sont multiples, permettant, notamment chez les oiseaux, de faire passer un grand nombre d'informations différentes.

La lecture des autres articles suggère plusieurs autres constatations intéressantes, qui dans l'ensemble montrent qu'un phénomène culturel basé sur des règles simples se déroulent de façon remarquablement analogue d'une espèce à l'autre.

La capacité de discriminer entre les chants de l'espèce (chez les oiseaux) et les chants des individus à l'intérieur des espèces est très répandue. Elle permet en particulier les relations de couple ou d'élevage-éducation

Les chants sont beaucoup plus divers qu'ils n'apparaissent à l'observation rapide, tant en syntaxe qu'en phonologie - sans mentionner la grande diversité d'une espèce à l'autre selon les milieux et selon les appareils émetteurs et récepteurs de chaque espèce. De même, dans chaque espèce, les performances des individus peuvent être très différentes. Il existe de véritables virtuoses, capables de beaucoup plus de création que leurs congénères. Ceci suggère que, si l'on entreprenait de modéliser les chants, il faudrait le faire animal par animal, en distinguant peut-être plusieurs classes de modèles générateurs de complexité, comme le fait Wolfram pour les automates cellulaires.

La communication "mensongère", visant à orienter le rival ou le prédateur vers de fausses hypothèses, est assez répandue, comme le montre l'article de Joëlle Proust : cris produits dans un contexte ne le justifiant pas, cris inhibés qu'ils devraient être produits, évolution dite "machiavélienne", parfois au profit de l'intérêt individuel, et non de l'intérêt du groupe. Les cris ritualisés sont alors utilisés hors propos, à fin de manipulation. Ces manœuvres entraînent évidemment des réactions défensives, le destinataire ou récepteur ne se laissant pas manipuler. Tout ceci semble acquis suite à l'évolution génétique, mais il reste sans doute une large marge permettant aux individus de se construire de véritables théories personnalisées de la compréhension des intentions de l'interlocuteur. Celui-ci, dans le cas de la communication entre hommes et animaux domestiques, se trouve être un humain, dont il ne faut sous-estimer les capacités d'échanges par le langage avec les animaux. L'anthropomorphisme courant prêtant des réactions humaines à un animal domestique n'est sans doute pas totalement illusoire.

L'article de François-Bernard Mâche (auteur de Musique au singulier, Odile Jacob 2001) est particulièrement intéressant. L'auteur est musicologue et compositeur-musicien lui-même. Il est le promoteur d'une zoomusicologie qui, dit-il, n'a pas été prise jusqu'ici très au sérieux, à tort nous semble-t-il. Il apporte donc à l'observation du chant des oiseaux un regard particulièrement compétent. Or il montre ce que beaucoup de gens, bien qu'intéressés par les chants d'oiseaux, ne remarquent pas, c'est qu'il n'y a pas de grandes différences -toutes choses égales d'ailleurs - entre la musique des chants d'oiseaux et la musique humaine, tant du moins que celle-ci s'exprime de façon spontanée et non artificiellement enrichie par la variété des instruments et la sophistication des compositeurs. La gratuité, le plaisir de chanter en improvisant, la virtuosité éperdue de certains interprêtes, sont si fréquents chez les oiseaux que les thèses rattachant le chant à des objectifs purement utilitaires sélectionnés par l'évolution apparaissent insuffisantes pour tout expliquer.

Il n'y a pas en fait, dit-il, de traits permettant à l'humanité de revendiquer une quelconque exclusivité. Il y aurait, écrit-il une nature musicale humaine de base, qui ne pourrait être précisée que par comparaison avec une nature musicale animale de base. On retrouverait dans tous les cas des archétypes ou génotypes en amont des différences culturelles, générant des phénotypes plus ou moins divers. Musique et danse seraient des pensées générales, tandis que le langage serait une musique spécialisée. Ceci renforce l'hypothèse selon laquelle des programmes simples généreraient des complexités différentes dans le cadre de déroulement de systèmes évolutifs partis de bases comparables.

Le lien musical serait le meilleur trait commun entre l'homme et l'animal. On pourrait en dire autant sans doute de divers accompagnement de la musique, mélodique ou rythmique, comme la danse. Dans ces conditions, les animaux partageraient avec l'homme, nous dit Jean-Bernard Mâche, des traits culturels, voire des valeurs communes : conscience de soi, harmonie collective, mémoires et projets individuels et collectifs, innovation et transmission des savoirs, plaisir du jeu et symbolisation. Ceci nous aiderait à mieux intégrer, pour notre part, la musique et la danse dans la vie des sociétés urbaines - non pas comme un objet de consommation commerciale, mais comme une pratique continue. Mais cela devrait aussi nous aider à mieux comprendre les animaux, mieux communiquer avec eux et finalement, mieux les modéliser, en leur donnant des petits frères et sœurs sous la forme d'artefacts intelligents et sensibles.

Des programmes simples

Finalement, il est intéressant de constater, en lisant ces divers articles, qu'ils semblent apporter une confirmation aux thèses de Stephen Wolfram, que nous présentons par ailleurs. Il ne s'agit pas évidemment d'automates cellulaires, mais de computations algorithmiques utilisant des règles très simples, relevant de l'acoustique ou de la bionique, qui se développent en programmes générant plus ou moins de complexité selon les circonstances, mais d'une façon relativement homogène quelles que soient les espèces animales considérées et les milieux dans lesquels ces espèces évoluent. Il ne serait donc pas impossible qu'une modélisation à base d'algorithmes cellulaires ou programmes informatiques simples de même nature (par exemples utilisant des algorithmes génétiques) puisse faire apparaître des caractères qui auraient échappé jusqu'alors à l'observation. C'est là, ou ce sera là, un enjeu important des travaux sur la vie artificielle. L'article consacré aux araignées en donne d'ailleurs un exemple particulier en montrant comment il est possible de simuler sur ordinateur le comportement de communication par fil (fil de soie) entre araignées numériques. Il ne semble pas en tous cas que les mathématiques fournissent de meilleurs outils de modélisation, tant du moins que l'on ne cherche pas à construire des systèmes compliqués de linguistique et de communication.

Automates Intelligents © 2002

 




 

 

 

Qui sommes nous ? Partenaires Abonnement Nous Contacter

© Association Automates Intelligents
Mention légale CNIL : 1134148