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Gravity's Engines

Phi, a voyage from the brain to the soul

A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

25 octobre 2002
Notes par Jean-Paul Baquiast

Etre singe

Couverture du livre "Etre Singe", par E. Grundmann et C. Ruoso

Etre singe

Emmanuelle Grundmann et Cyril Ruoso

Editions de la Martinière 2002
207 pages



Emmanulele Grundmann avec un bonobo - Photo : Agence BIOSEmmanuelle Grundmann est primatologue. Dans le cadre d'une thèse de doctorat réalisée conjointement au CNRS et au Muséum National d'Histoire Naturelle, elle travaille depuis 1998 sur les Orangs-Outangs de Bornéo, où elle a séjourné près de 14 mois. Elle s'intéresse plus particulièrement aux cultures primates et aux techniques de l'apprentissage. Elle a également étudié d'autres espèces, lémuriens, tamarins et ouistitis. Elle milite pour la conservation des grands singes et de leur habitat.

Cyril Ruoso est photographe professionnel depuis 1994. Les primates constituent un de ses axes de travail privilégiés. Ses photos sont diffusées par l'agence BIOS.

Les primates intéressent de plus en plus de chercheurs, dans un éventail de plus en plus large. Il en est de même d'ailleurs de nombreuses autres espèces animales. La raison de cela est que le développement des neuro-sciences, des sciences cognitives et même de l'Intelligence Artificielle, fait apparaître l'existence de filières évolutive, sur le mode buissonnant, de plus en plus continues entre l'homme et les animaux supérieurs - sans parler d'autres créatures vivantes plus éloignées, mais avec qui des constantes se retrouvent, aussi bien sur le plan génétique que culturel. Dominique Lestel, dans un beau livre dont nous avons précédemment rendu compte, a montré comment il était légitime de parler des cultures animales, dont la richesse n'est certainement pas moindre que les cultures humaines, du moins tant que celles-ci n'avaient pas bénéficié de l'explosion très récente des sciences et des techniques.

On a longtemps essayé de retrouver l'homme chez le primate, non seulement en tentant de lui apprendre à se comporter comme l'homme - le singer- mais en tenant de lui apprendre le langage parlé ou celui des signes. Des résultats non négligeables ont été obtenus, mais on peut penser que la démarche partait d'un mauvais point de départ. Il faut, comme le montre Dominique Lestel, se mettre en tête que chaque espèce est un continent à elle seule, qu'il faut découvrir sans idées préconçues. Si des extra-terrestres débarquaient sur Terre en essayant d'y retrouver leur culture, sans doute ne comprendraient-ils rien à la nôtre. Ils ne nous verraient peut-être même pas. Mais se dépouiller des préjugés n'est pas facile, car alors manquent les repères. Quels sont les contenants et les contenus échangés au sein d'une espèce ? Comment s'exprime leur intelligence et leur conscience ? Il y a sûrement des traits communs avec l'homme, mais beaucoup plus sans doute de traits ayant évolué dans des directions différentes, qui risquent de nous demeurer à jamais inconnus.

Les études sur le terrain, entrepris depuis une vingtaine d'année, plus particulièrement par des femmes scientifiques intrépides, Jane Goodall, Diane Fossey et d'autres, dont l'une y a laissé la vie, ont commencé à montrer l'hétérogénéité et la spécificité des espèces jugées pourtant les plus proches de nous. Manifestement, Emanuelle Grundmann est de cette sorte de scientifique, mêlant les études théoriques, les études de terrain et l'intrépidité personnelle.

Bébé en cage, par E GrundmannLe drame concernant beaucoup d'espèces sauvages, notamment les primates, est qu'elles vivent dans des habitats qui subissent de plein fouet la dégradation rapide des éco-systèmes et, pire encore, la cupidité des trafiquants ou les agressions gratuites de populations locales en guerres ethniques, pour qui conserver les animaux n'a véritablement aucune valeur. Les tentatives de sauvetage, dans des parcs dédiés à l'éco-tourisme, sont sans doute bien intentionnées, mais elles-aussi destructrices, comme le furent pour les Indiens d'Amérique la politique des réserves. Il ne faut pas désespérer de la préservation, mais on peut sérieusement douter de son avenir à terme, comme de bien d'autres actions entreprises pour sauver ce qui semble disparaître inéluctablement devant la démographie explosive, la pauvreté de plus en plus grande et l'apparition de zones entières, en Afrique et en Indonésie notamment, où les scientifiques eux-mêmes seront chassés par le terrorisme.

Si nous perdons les singes, sauf quelques individus abâtardis conservés pour des expériences de laboratoire, du moins, grâce à des livres comme celui de Emmanuelle Grundmann et Cyril Ruoso, demeureront quelques témoins d'un monde qui ressemble sans doute beaucoup à celui où l'australopithèque n'était guère différent des ancêtres des anthropoïdes, chacun vivant peut-être en relative bonne intelligence avec les autres. Lorsque nos successeurs voudront recréer ce monde perdu en images de synthèse, ils pourront toujours récupérer et animer les magnifiques photos de Cyril Ruoso.

On peut espérer en fait que ces deux auteurs ne partagent pas notre pessimisme, et que par ce livre, notamment, ils convaincront le grand public, mais aussi les scientifiques, qu'il faut encore faire quelque chose pour sauver la planète singe.

Le livre

Etre singe n'est pas un livre scientifique à proprement parler. On y trouve quelques allusions aux travaux actuels de la primatologie, notamment à ceux de Franz de Wall, mais il ne comporte pas de listes de références. Le lecteur qui voudra se les procurer les trouvera facilement sur Internet.

Par contre chacun, grand ou petit, prendra le plus grand intérêt à regarder les photographies. Certains gros plans ouvrant des fenêtres sur le regard pensif de quelques chimpanzés ou orangs-outangs donnent beaucoup à penser. Par ailleurs, les 3 chapitres de texte rédigés par Dominique Grundmann font pour le public non spécialiste la synthèse de ce qu'il faut savoir quand on s'intéresse aux singes et à leur préservation. Dans un premier chapitre, l'auteur nous présente de nombreuses descriptions de sociétés différentes, étudiées principalement dans leur cadre naturel : communication, vie de famille, sexualité, activités quasi artisanales. Dans le second chapitre, nous avons la description de l'histoire faite de plus d'incompréhension que d'amour des relations entre humains et singes, depuis les origines jusqu'aux époques récentes. L'auteur nous rappelle que certaines sociétés traditionnelles, notamment hindouistes, réservent encore une place éminente à certains singes, comme le firent sans doute en leur temps les Egyptiens. Mais à côté de cela, que d'abus de pouvoirs, que de massacres. Je vous ferai une confidence sous le manteau. Si j'étais dans la situation de devoir sauver un seul être, d'un bonobo naïf ou du braconnier qui le tue pour vendre de la viande dite de brousse, je n'hésiterais pas.

Le troisième chapitre nous présente la primatologie, ses interrogations, ses outils, ses avancées récentes. Sur ce plan on peut penser que le progrès des connaissances ne s'arrêtera pas de sitôt. La seule difficulté est d'expérimenter sur, ou plutôt avec les primates, sans en faire des robots humanoïdes. Dans ce même numéro, nous présentons le sommaire des travaux sur la conscience réalisé par Rita Carter. Si les mêmes moyens mis au service des recherches sur la conscience chez l'homme étaient utilisés pour faire apparaître ce qui devrait être appelé conscience chez le singe, ou chez l'oiseau, ou même chez le chien, la connaissance de la conscience en général, à commencer par celle de l'homme, serait grandement accrue. Parallèlement, on pourra simuler sur des systèmes de conscience artificielle ce qui révèleraient les études animales, dans un échange continu d'hypothèses pertinentes.

Pour conclure, Etre singe intéressera autant les enfants que les adultes. Ce devrait être notamment un beau cadeau à faire pour les Fêtes, mais pas seulement à cette occasion.

N'oublions pas non plus de signaler l'existence du Great Ape Project. Il s'agit d'une ONG visant à protéger ce qui reste de ces singes, en leur attribuant notamment des droits analogues à ceux des hommes. On peut y croire.


Pour en savoir plus
Dominique Lestel. Les origines animales de la culture. Voir notre article
Franz de Wall : Bonobo, The Forgotten Ape: Franz De Waal & Frans Lanting, University of California Press, 1997
Great Ape Project http://www.greatapeproject.org/  : à voir absolument
Emmanuelle Grundmann. Enquête sur une extinction annoncée. http://www.inra.fr/Internet/Produits/dpenv/grunc43.htm : à lire absolument

Automates Intelligents © 2002

 




 

 

 

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