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A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

18 août 2002
Notes par Jean-Paul Baquiast

The Electric Meme

Couverture de  "The Electric Meme", de Robert Aunger

The Electric Meme
A new Theory of How we Think

Robert Aunger

The Free Press, juillet 2002,

392 pages



Robert Aunger "Anthropologiste de la biologie", doté d'un Ph. D obtenu à l'université de Californie de Los Angeles (UCLA), Robert Aunger a passé de nombreuses années comme "posdoctoral fellowship" à l'université de Chicago. Il exerce aujourd'hui en Angleterre, au King's Collège de Cambridge*, concentrant son travail sur les secteurs de la psychologie, de la théorie évolutionnaire et de la culture.

Pendant plus de 10 ans, il a travaillé sur les problèmes théoriques, méthodologiques et empiriques de l'évolution culturelle. A ce titre, il a publié de nombreux articles, ainsi qu'un livre sur le thème de la fiabilité des représentations culturelles.

En 1999, il a notamment organisé à l'université de Cambridge la première conférence académique sur les mèmes ; il fait également partie de l'équipe éditoriale de "Selection : Molecules, Genes, Memes" (voir http://www.mta.hu/english/kiadvanyok/aktak/s.htm), journal fondé la même année.

Avant d'écrire "The Electric Meme", Robert Aunger a également édité l'ouvrage "Darwinizing Culture: The Status of Memetics as a Science" (ed. Oxford: Oxford University - 2000).

*Department of Biological Anthropology

En savoir plus :
Page dans Edge :
http://www.edge.org/3rd_culture/bios/aunger.html
Site de Robert Aunger : http://www.cus.cam.ac.uk/~rva20/
Contact : bob@robertaunger.net

Nous avons reçu de Robert Aunger, que nous consultions sur la teneur de cet article, le message suivant:

" Thanks very much for the notice of your review of my book. I have a fair knowledge of French, and so was able to understand most of what you say. I found your review to be very kind, thorough and knowledgeable; I believe you understood my "memes," which is more than I can say of many other reviews I have read. Good luck with your magazine. I had a brief look around your site, which seemed to be full of useful information about the world to come. (You may be interested to know that my next book will be on the evolution of technology.). Best wishes, Bob Aunger"

The Electric Meme est un gros livre de 392 pages, bourré de références, mais très clair et facile à lire. Son propos est ambitieux. L'auteur, Robert Aunger, y propose ce qu'il appelle "une nouvelle théorie sur la façon dont nous pensons" : A New Theory of How We Think.
Pour atteindre cet objectif il entreprend de revenir aux bases mêmes des travaux sur la mémétique, en essayant d'identifier le facteur causal causant les phénomènes décrits par ce concept manifestement encore flou de meme. Il voudrait, comme il le dit lui-même, être à la mémétique ce que Watson et Criks furent à la génétique. Avant eux, la génétique accumulait les conjectures, dont beaucoup se sont révélées prémonitoires, mais faute d'avoir identifié l'agent causal, elle comportait de nombreux aspects qui relevaient davantage de la philosophie que d'une science vraiment dure. L'ADN et son mécanisme de réplication une fois isolés, au contraire, les innombrables développements de la génétiques, dont nous sommes loin d'avoir exploré encore toutes les possibilités, pouvaient commencer.

Robert Aunger ne prétend pas avoir trouvé l'équivalent de l'ADN en matière de mémétique. En revanche, il espère avoir suffisamment dégagé le terrain pour que la "chasse au meme" puisse sérieusement commencer. Pour lui, le meme est probablement une entité réplicative associant par un lien électro-chimique les synapses d'un ou plusieurs neurones. Le meme est donc interne au cerveau. Il ne peut en sortir pour contaminer d'autres cerveaux qu'à travers divers processus d'intermédiation que le livre examine. L'auteur propose d'ailleurs le terme de neuromeme.

Cette entité est susceptible de se déplacer d'un neurone à l'autre et, surtout, elle peut se répliquer à l'intérieur du cerveau, en envahissant de plus en plus d'aires cérébrales et en modifiant éventuellement leurs fonctionnalités. Il s'agit donc ainsi et en premier lieu d'une contamination de la matière cérébrale, par un agent réplicant soumis comme tel aux règles de l'évolution darwinienne.

Le marais mémétique

Beaucoup de ceux qui comme nous, furent séduits par le pouvoir explicatif de la mémétique, laquelle ambitionne de s'ériger en science, suite aux travaux de Dawkins, Brodie, Blackmore, Dennett, Bloom et de bien d'autres, utilisent encore à leur corps défendant les concepts très approximatifs de celle-ci. Les méméticiens soupçonnent qu'il y a dans la mémétique beaucoup à apprendre, mais ils en parlent un peu à tort et à travers. Les listes de discussions sur la mémétique sont ainsi un vrai fourre-tout, où d'innombrables choses sont qualifiées de memes alors qu'elles pourraient conserver leurs anciens noms sans dommage.

Depuis des décennies, sinon des siècles, les hommes ont identifié les idées circulant entre eux et constituant l'essentiel de la culture humaine, comme susceptibles d'adopter ce qui semble être une vie propre, indépendamment de ceux qui les créent, les reçoivent ou les remettent en circulation. Aux idées ont été assimilés les supports écrits du langage et de l'image, porteurs de mots, concepts, idées ou raisonnements. Il était donc facile à la mémétique de nous expliquer que tout cela constituait effectivement un monde d'entités réplicatives, capables de diffuser entre les hommes selon des règles qu'il convenait de préciser. C'est l'imitation, présentée (notamment par Blackmore) comme spécifique à l'espèce humaine, qui est le moteur de cette diffusion à base de réplication (1). Qui dit réplication dit aussi accident de réplication, et donc sélection darwinienne. La mémétique nous met ainsi en présence d'une forme de vie non véritablement biologique (parce que sans ADN), subissant une évolution de même nature que celle de la vie et finalement, co-évoluant avec la vie - laquelle reste pour sa part sous contrôle de la génétique.

Mais les agents évolutifs identifiés par la mémétique traditionnelle (constitutifs de la culture si nous opposons celle-ci à la nature, codifiée par les gènes), sont multiples. On a d'ailleurs tendance à confondre souvent le vecteur et le réplicant. L'image de Ben Laden (voir notre article) est un meme (ou dissimule un meme), dans cette définition, puisqu'elle induit des comportements d'ailleurs variés chez ceux qui la reçoivent. Mais c'est aussi un véhicule qui utilise les réseaux modernes de la société de l'information pour se répandre et pour se dupliquer. Par ailleurs, le mot Ben Laden, l'allusion même à Ben Laden faite de façon non verbale, peuvent aussi être considérés comme des memes. Une fois engagé dans cette voie de la méméfication (c'est-à-dire de la transformation de tout ce qui nous entoure en memes) il n'y a pas de raisons de s'arrêter. Certains ont vu d'ailleurs dans une telle méméfication galopante l'effet de la contamination des esprits des méméticiens et de leurs disciples par le meme de meme.

Il est certain qu'arrivé à ce stade, il faut reprendre pied. On est certes en droit d'appeler meme tout symbole du langage, qu'il s'agisse d'ailleurs de mots individuels ou de leurs associations en phrases et en discours. Mais alors il faut revoir à l'aune de la mémétique l'ensemble des sciences de l'homme, pour mieux identifier les réplicants, ainsi que ce à quoi ils correspondent dans les cerveaux (représentations) et dans notre environnement (notamment les objets du monde réel identifiés par le langage, ainsi que les machines ou artefacts qui constituent des objets très particuliers crées par l'homme). Pourquoi d'ailleurs ne pas le faire ? On développera ainsi une description de type objectif de ce super-organisme qu'est l'humanité, et des traitements d'information qui s'y déroulent. Cette description conduira inévitablement à une modélisation à partir de références computationnelles, à partir desquelles nous pourrons réaliser des machines intelligentes. Nous développerons ce point de vue dans la seconde partie de notre article.

Si on veut au contraire, comme certains méméticiens semblent le faire, distinguer entre les idées, images, symboles ou représentations mentales qu'ils qualifieront de memes, et d'autres idées ou représentations échappant à la mémétique et à ses illusions, comme pourraient l'être par exemples les théories scientifiques dûment prouvées par l'expérimentation, alors où faire passer la frontière entre ce qui est meme dans la culture et ce qui ne l'est pas ? Pour Blackmore, tout est meme ou memeplexe, y compris la conscience de soi, le Je. Pour Dawkins ou Dennett il ne semble pas que ce soit le cas. Mais qui a raison ?

C'est effectivement pour sortir la mémétique de cette situation de confusion intellectuelle, qui était celle de la génétique avant l'identification de l'ADN, que Robert Aunger entreprend de mieux préciser ce que selon lui nous devrions appeler un meme. Il retient, nous l'avons dit, l'hypothèse fondamentale de Dawkins : il s'agit d'un réplicant susceptible de contaminer les milieux qui l'hébergent.

La mémétique selon Aunger

Cette analyse lui permet d'abord de clarifier les rapports entre les gènes et les memes, rapports de subordination avait dit le père de la sociobiologie, E.O.Wilson, en affirmant que les gènes tiennent les memes en laisse. L'auteur se débarrasse ainsi du dogmatisme de la sociobiologie dure ou de la psychologie évolutionnaire, qui font dériver des gènes, donc de la lutte pour la survie, les comportements et affects des individus (par exemple la recherche d'un partenaire sexuel ou l'altruisme). Robert Aunger adopte au contraire un point de vue devenu commun, selon lequel il y a co-évolution entre nature (l'organisme et celles de ses fonctions directement commandées par les gènes) et culture (tout ce que l'individu apprend au contact de son environnement, dès le stade de l'embryon, et qui se traduit par la mise en place puis la sélection de neurones et connexions synaptiques en grand nombre, toute la vie durant). Mais pour lui, cette co-évolution, en fait assez mystérieuse si on n'en précise pas les mécanismes, est en partie le produit de l'activité des memes. Les memes qui "infectent" l'individu dès le plus jeune âge, comme ultérieurement la fréquentation des artefacts ou machines apparus récemment dans la société, spécifient alors le profil épigénétique de l'individu et les fonctions qu'il remplit au sein de la société.

La culture doit donc être étudiée en propre. Il s'agit d'un ensemble de relations liant les individus ou phénotypes, au sein d'un milieu culturel ou phénotype étendu, pour reprendre le terme de Dawkins, qui se transmet et évolue selon ses règles propres. Que sont ces règles ? S'agit-il seulement d'informations acquises par imitation et apprentissage, comme le suggère ce que Aunger appelle le "sélectionnisme culturel" , dont Steven Pinker serait selon lui un éminent représentant? La culture, évoluant sur le mode Darwinien selon ses propres règles, produirait de nouveaux environnements auxquels l'évolution des gènes devrait s'adapter. Nous aurions là le cas presque parfait de la co-évolution gène-culture ? Mais alors l'évolution n'a pas besoin de réplicateurs culturels spécifiques pour se produire, notamment des memes proposés par la mémétique. L'hérédité lui suffit.

La mémétique veut au contraire offrir une seconde alternative à l'évolutionnisme culturel, en postulant l'existence et le rôle essentiel de réplicateurs spécifiques, les memes. Mais affirmer ceci exige de mieux définir les memes et leur intérêt spécifique à se répliquer. S'agit-il de parasites, de parasites symbiotiques ou de parasites égoïstes ? Comment se fait la co-évolution entre memes et gènes, et qui la dirige ? Ces questions n'étaient pas posées avant l'apparition de la mémétique. Les résoudre devrait permettre de mieux cerner le concept encore flou de culture (nous verrons plus bas que cette démarche devrait même permettre de fonder une véritable théorie nouvelle de la culture, tant animale qu'humaine). Mais elles ne peuvent être résolues qu'une fois les memes proprement identifiés ?

Pour y voir plus clair, l'auteur propose de regarder ce que sont les réplicateurs que nous connaissons déjà : le gène, le prion et le virus informatique. On peut noter en passant qu'il se livre à une analyse du prion encore peu répandue dans la littérature destinée au grand public, qui est très éclairante et ne peut d'ailleurs qu'effrayer le lecteur quant aux perspectives de développement de cette molécule pervertie, obéissant à des modalités de réplication et de diffusion jusque là non étudiées par les chercheurs, et peut-être susceptibles de s'étendre considérablement dans les années futures.

Cet exploration du zoo darwinien des réplicateurs permet de proposer une définition précise de ceux-ci (si du moins on s'en tient aux réplicateurs identifiés à ce jour dans le monde vivant et dans la société de l'information) : la source doit produire directement la copie, de façon identique à elle, par transfert d'information et en ne disparaissant pas dans le processus (duplication : une entité doit donner naissance à deux copies au moins).

Parallèlement, il convient d'identifier les vecteurs, véhicules ou interacteurs qu'il ne faut pas confondre avec les réplicants mais qui contribuent à leur dissémination. C'est le plus souvent eux qui sont visibles et auxquels on est tenté d'attribuer la contamination (en les prenant pour des memes).

Enfin, il faut rappeler que la réplication constitue des lignées (ou espèces en génétique), dotées d'une stabilité suffisante pour se perpétuer, mais cependant susceptible d'évoluer du fait de leurs mutations sous la pression concurrente d'autres lignées.

On peut finalement construire une théorie formelle de la réplication. L'auteur rappelle celle proposée par Manfred Eigen concernant l'auto-réplication en biologie : 1 réplicateur + un substrat nourricier = 2 réplicateurs + des déchets. Mais des mécanismes plus prolifiques font intervenir des catalyseurs, grâce auxquels les produits de la réplication peuvent apparaître rapidement en grand nombre.

Il s'ensuit une Théorie de la Réplication, ainsi formulable : "Les réplicateurs utilisent différents mécanismes pour faire des copies d'eux-mêmes. Chaque mécanisme définit une vitesse de réplication spécifique, laquelle entraîne une dynamique évolutionnaire elle-même spécifique" .

Sous cet angle, la réplication apparaît comme un phénomène hautement complexe et spécialisé. Les méméticiens doivent s'en souvenir avant de voir dans toute entité apparaissant ici et réapparaissant là un authentique réplicateur.

A la lumière de l'étude des gènes, des prions et des virus informatiques, Robert Aunger est conduit à préciser également le concept d'information, laquelle est transmise par le réplicateur. Il n'existe pas de définition commune de l'information. Certains y voient une réalité immatérielle. Si on considère le meme (ainsi que les autres réplicateurs étudiés) comme une entité matérielle, il faut au contraire retenir de l'information une définition matérielle ou physique. Il s'agit de liens atomiques ou électro-chimiques entre éléments (dans le cas des memes, entre neurones) qui construisent un certain ordre néguentropique, lequel ordre peut être transmis (ou détruit) au prix d'une certaine dépense (au moins dans notre monde physique, au contraire de ce qui se passe peut-être dans le monde quantique). Le mécanisme de transmission est de type clé-serrure, comme en ce qui concerne la reconnaissance moléculaire. Les réplicateurs, y compris les memes, sont donc des entités qui transfèrent des contraintes structurelles hautement spécifiques.

Ceci se traduit par ce que Aunger appelle le principe du réplicateur casanier (Sticky Réplicateur Principle) : le réplicateur choisit un substrat pour y vivre, et n'en sort plus. Autrement dit la source et la copie doivent partager le même substrat. Le Principe contredit la mémétique classique, qui prétend qu'un meme peut naviguer d'un substrat à un autre (d'un cerveau vers un ordinateur puis à nouveau vers un cerveau, par exemple). Si le meme pouvait passer d'un substrat à l'autre, on ne voit pas de quoi il serait fait exactement. La chose est possible dans le monde numérique, entre calculateur ou autres supports, mais pas entre milieux qui ne sont pas des calculateurs.

On peut conclure de tout cela que le meme, s'il existe, constitue une entité du monde physique, évoluant à l'intérieur d 'un milieu homogène. En cela il ressemble au gène.

Si le meme est un authentique parasite, responsable de nombreux phénomènes jusqu'ici attribués aux gènes ou à d'autres causes, l'identifier fera considérablement progresser les sciences, notamment dans le domaine des sciences humaines et politiques. Mais où le chercher ?

La chasse aux memes. Les neuromemes

L'auteur s'engage dans cette recherche à partir du chapitre 6 du livre. Conformément aux principes évoqués précédemment, il élimine tout ce qui n'est pas biologique, notamment les artefacts, où les méméticiens classiques identifient des memes aussi nombreux que virulents : une voiture, une maison, un grille-pain. Il élimine également les mots et symboles utilisés dans les échanges entre les hommes. Un mot en soi n'a de valeur mémétique que s'il se réfère à une connaissance ou une représentation déjà présente dans les cerveaux des interlocuteurs utilisant ce mot pour communiquer. D'une façon générale les comportements décrits par les comportementalistes ou behavioristes ne peuvent être considérés comme hébergeant des memes. Même s'ils peuvent être imités, ils ne peuvent se répliquer de façon autonome.

C'est finalement dans le cerveau, et seulement dans le cerveau, que selon Aunger il est possible de trouver des memes

Pour justifier son hypothèse, l'auteur s'engage dans une véritable théorie du cerveau, par laquelle il souhaite montrer que les opérations cérébrales découlant du fonctionnement des neurones, d'abord limitées aux relations directes entre organes sensoriels et moteurs, ont commencé à s'associer du fait de l'émergence de réplicateurs, les neuromemes (ou proto-neuromemes) qui ont établi des ponts mobiles entre synapses et neurones. Ce sont ces neuromemes qui, en se répandant et en se répliquant partout dans le système nerveux, ont assuré la plasticité de ce dernier, dans chacune des espèces dotées d'un encéphale, tout au long de l'évolution. L'apparition chez les primates puis chez l'homme de gros cerveaux leur a donné un champ d'action et une efficacité accrue. Les memes ont ainsi pu développer et spécialiser des connections non câblées génétiquement.

Aujourd'hui, ils jouent un rôle majeur dans le fonctionnement du cerveau. Leur compétition darwinienne permanente assure l'émergence d'un comportement global adapté à la milliseconde, reposant sur une mémoire à court terme et dans certains cas, l'auto-référentialité. Dans cette hypothèse, le meme est une connexion plus ou moins temporaire entre synapses d'un même neurone ou entre neurones, jouant un rôle fonctionnel, par exemple en commandant tel état local du cerveau jouant un rôle dans l'établissement d'une représentation ou la commande d'un comportement moteur. Il s'agit donc d'une réalité physique, que l'on pourrait identifier un jour avec les moyens adéquats de l'électro-encéphalographie ou autres méthodes, sauf qu'elle doit être très volatile et mobile par définition, ce qui rendra la recherche d'un meme spécifique susceptible de se trouver à divers endroits du cerveau pratiquement impossible. Le meme concrétise en fait une cohérence d'état entre un ou plusieurs neurones à un certain moment et en un certain lieu, permettant de déclencher la production d'une impulsion globale. Cependant Robert Aunger avance l'hypothèse qu'il y a continuité entre la mémoire à très court terme résultant de l'activité des memes et sa consolidation dans une mémoire à long terme commandée par les gènes. Il évoque en ce sens le rôle d'une protéine spécifique dite CREB connue pour consolider certaines liaisons synaptiques.

Poursuivant la construction de sa théorie mémétique du cerveau, l'auteur avance la définition suivante du neuromeme : la configuration d'un nœuds du réseau neuronal capable d'induire la réplication de son état dans d'autres nœuds. Mais il ne précise pas clairement, autant que nous ayons pu comprendre, les mécanismes permettant cette induction d'état. S'agit-il de l'envoi de transmetteurs ou d'une véritable induction électro-magnétique entre axones parcourus par le potentiel d'action?

Quoi qu'il en soit les memes devraient être en très grand nombre. Chacun des 100 milliards de neurones du cerveau humain pourrait en générer un à tout moment. Ils sont donc en compétition darwinienne permanente, dans l'inconscient ou le conscient, pendant la veille ou le sommeil. Certains seraient stationnaires, responsables des zones de stabilité relative du cerveau. D'autres seraient mobiles, utilisant notamment les liaisons neuronales associatives réentrantes entre aires cérébrales. Les représentations mentales un tant soit peu complexes exigent la coopération de nombreux memes. L'auteur n'indique pas en ce cas selon quelles logiques ou quels processus ces memes se conjuguent.

La question des contraintes dans lesquelles s'exerce la compétition darwinienne des memes n'est pas non plus évoquée. Existe-t-il de telles contraintes ? La compétition se fait-elle, comme dans certains systèmes multi-agents de la vie artificielle, sans contraintes de départ ? Le point ne paraît pas abordé dans le livre, sauf erreur de notre part.

Dans l'hypothèse ainsi présentée, qui insiste sur le rôle de la réplication des memes à l'intérieur du cerveau, le parasitisme apparent des memes n'en est pas un. Il s'agit au contraire d'un avantage adaptatif acquis. Il permet notamment la redondance des informations entre neurones et plus généralement la permanence des informations constituant la personnalité culturelle du sujet. Il assure enfin la migration de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme. Les memes seraient finalement les briques (molles et mobiles) à partir desquelles se construiraient les cerveaux et leurs contenus cognitifs. Il s'agirait donc de parasites "gentils" et non nuisibles.

Les memes sautent-ils d'un cerveau à l'autre?

Les méméticiens classiques ne se satisferont pas de cette description des memes, qui en fait pratiquement des modules internes aux cerveaux. Que devient ce rôle de parasite de l'esprit, grâce auxquels les memes imposent à des milliers de gens leurs contenus sémantiques, et les comportements que ces contenus peuvent commander ? Pour les méméticiens, nous l'avons rappelé, les memes sautent littéralement de cerveau en cerveau, à travers des supports aussi divers qu'inattendus, dans lesquels ils s'incarnent momentanément. Mais la mémétique n'a pas encore expliqué clairement comment l'information contenue dans un neuromeme peut être décodée et recodée pour s'inscrire dans le véhicule ou interfacteur, puis à nouveau décodée et recodée pour entrer dans le cerveau de la personne contaminée ? Pour Aunger, le meme tel qu'il est défini en conformité avec la Théorie du Réplicateur présentée précédemment ne peut pas sauter d'un cerveau à l'autre, ni directement ni par l'intermédiaire de signaux dans lesquels il se dissimulerait. Cependant la transmission sociale de l'information reste indispensable à l'établissement d'une culture.

Afin de résoudre cette difficulté, l'auteur propose l'hypothèse que le meme se borne à émettre, via le cerveau et l'organisme dont il est l'hôte, des signaux ayant la fonction d' "instigateurs". Ils seraient émis au hasard, jusqu'à rencontrer le cerveau d'un autre organisme en état de déclencher les processus internes permettant la création d'un homologue du meme origine. La lignée pourrait alors poursuivre son développement comme si aucun espace entre les organismes n'avait du être franchi, aux erreurs mineures d'ajustement près résultant du processus de conversion. La transmission n'est ni directe, ni parfaite ni même assurée. On se trouve dans la situation d'un arbre qui dissémine ses graines en espérant que l'une d'entre elles rencontrera un terrai favorable pour germer. Dans la plupart des cas, le signal n'est pas reçu ou provoque des résultats très éloignés de ceux que le meme émetteur transmettait.

En termes de contenus d'information, les memes et leurs signaux sont complètement indépendants. Les signaux sont élaborés avec les moyens sous contrôle des neurones moteurs dont le corps dispose, de la même façon que le meme à l'intérieur du cerveau est transmis par échange électrochimique entre neurones cérébraux. On retrouve là en fait la façon traditionnelle dont les animaux communiquent entre eux. Leurs représentations cérébrales commandent des comportements à leurs muscles, comportements qui sont reçus comme symbole d'un contenu de communication par les autres animaux : par exemple un geste de menace, que tout animal de la même espèce perçoit et transforme en contenu sémantique à partir duquel il règle sa conduite, par exemple fuir ou attaquer.

Le saut du meme d'un cerveau à l'autre a du se produire dès le moment où le meme a pris naissance à l'intérieur du cerveau. Mobiliser les moto-neurones n'était pour lui qu'une autre face de l'action de mobilisation des neurones cérébraux internes. Ceci veut dire que la communication culturelle (entre organismes) s'est établie dès le moment où des neurones capables d'activités internes à l'organisme s'étaient mis en place. Mais, une fois mis au contact du monde extérieur et confronté à la compétition avec les signaux provenant d'autres organismes, le signal émis par un meme donné avait toutes les chances d'induire des résultats plus ou moins différents de ce que provoquait le meme dans l'organisme d'origine. C'est pourquoi la culture évolue. Elle ne résulte jamais de la simple addition des produits des cerveaux individuels. Elle est le produit d'un conflit darwinien permanent entre agents. Dans ce cas, les contraintes à partir desquelles cette évolution s'inscrit, qui sont de type sociologiques, économiques, politiques ou autres, peuvent parfois (mais pas toujours) être identifiées de façon à ce que l'évolution culturelle globale puisse être modélisée.

Pour que la communication s'établisse cependant, et que la culture n'éclate pas dans d'innombrables directions, il faut supposer que les organismes qui échangent des memes via des signaux présentent des similitudes. Celles-ci résultent d'abord de structures génétiquement programmées (d'où l'hypothèse de Chomsky relative à l'existence de circuits nerveux innés permettant l'acquisition du langage) mais aussi de développements épigénétiques voisins, ayant conduit à l'établissement d'un minimum de ce que l'on pourrait appeler une communauté de pensée ou de mode de vie. Les memes en ce cas reconfigurent à la marge ce qui existait. Ils ne construisent pas tout à partir de rien. Les filières mémétiques qui persistent sont celles qui, d'une certaine façon, étaient adaptées au milieu receveur. Sinon elles ne seraient pas reçues ou avorteraient très vite. C'est ainsi qu'une personne de culture scientifique ne cède pas facilement aux arguments présentés par une secte ou un marabout. Les machines intelligentes

Le livre se poursuit par des considérations sur le changement sans doute radical qu'apportera dans quelques années l'émergence de systèmes automatiques intelligents, associés ou non à des cerveaux humains. L'élément nouveau viendra du fait que de tels systèmes pourront générer leurs propres memes, du fait de leur puissance auto-référentielle et créatrice. Ces memes viendront en conflit darwinien avec ceux des systèmes sociaux traditionnels. On entrera alors dans un monde différent du monde actuel, auquel il convient de réfléchir dès à présent. Une véritable nouvelle sorte d'évolution apparaîtra alors dans notre univers, basée en grande partie sur les capacités mémétiques des technologies, et leur capacités de s'associer en méta-memes ou memeplexes d'une très grande puissance opérationnelle. Ceci d'autant plus que pour échanger et agréger leurs memes, les machines computationnelles n'ont pas besoin de langages symboliques ou autres interfacteurs. Elles peuvent en principe se parler directement de cerveau à cerveau.

Nous reviendrons dans un autre article sur les perspectives proposées par le livre dans ses chapitres finaux, qui pour nous n'ont pas la meme valeur originale que le corps de l'ouvrage. Mieux vaut à ce stade faire une pause pour apprécier ce qui nous paraît être le véritable apport du livre de Robert Aunger, cette "nouvelle théorie de la façon dont nous pensons" qu'il nous propose. Mais nous ne sommes pas sûr qu'il ait pris conscience lui-même de l'ensemble des perspectives qu'il offrait. Il ne les a pas en tous cas suffisamment exploitées.

Nous sommes en fait, pensons-nous, confrontés à ce qui pourrait devenir une véritable nouvelle théorie de l'évolution en général et de l'esprit en particulier, fondée sur le rôle de la communication symbolique. Celle-ci s'exprime par le langage et d'autres échanges de signes chez les humains. Mais elle existe aussi, sous des formes différentes, dans les sociétés animales(2). Il est très intéressant de constater que cette nouvelle théorie pourra s'appuyer non pas marginalement mais fondamentalement sur le phénomène du meme, découvert par les méméticiens et doté d'un début de statut scientifique par le livre de Robert Aunger

De la mémétique à une théorie de la communication symbolique

Quand on lit comme nous l'avons fait ensemble The electric meme, on ne peut pas ne pas remarquer que tout ce qui y est décrit, relativement à l'apparition de memes dans les cerveaux, corrélés par l'échange de signaux "instigateurs" selon le terme forgé par Aunger, s'applique en fait à l'ensemble des représentations symboliques qui sont générées dans les systèmes nerveux des organismes dotés d'une encéphalisation, ainsi qu'à l'ensemble des échanges symboliques, pré-langagiers ou langagiers, qui permettent aux individus, d'abord de communiquer, mais ensuite et surtout de mettre en compétition darwinienne, au plan social, leurs divers contenus représentationnels. Chaque mot ou combinaison de mots, chaque symbole non verbal, devient ainsi un meme.

On considère généralement que les animaux dotés d'un minimum de système nerveux associatif élaborent des représentations symboliques dérivant du circuit primaire activé par l'interaction de leurs organes sensoriels et moteurs avec l'environnement. Ces représentations symboliques sont déconnectées du circuit primaire et peuvent être rapprochées les unes des autres de façon à construire, par exemple, des cartes cognitives complexes représentant d'abord le milieu dans lequel agit l'organisme, mais aussi très vite l'organisme lui-même, tel qu'il peut se percevoir en rapprochant les informations produites par son interaction globale avec le milieu. Les robots autonomes font d'ailleurs aujourd'hui la même chose, comme le démontre Hans Moravec dans son dernier livre, Robot.

Mais de quelle façon un tel mécanisme peut-il opérer dans la nature ? Comment sont produites les représentations qui se détachent du circuit primaire et entre en synthèse les unes avec les autres pour produire des cartes cognitives globales ?

Dans un robot, la fonction peut être prévue par l'ingénieur-concepteur qui organise, au moins initialement, l'architecture du robot pour que plusieurs niveaux de synthèse des informations endogènes et exogènes soient mis en place. Dans la nature, une telle fonction, bien que très utile à la survie, n'a pu être prévue à l'avance. Elle a nécessairement découlé de l'exaptation apparue au hasard d'une fonction déjà existante. On peut penser que cette exaptation a été rendue possible par le fonctionnement des neurones. Même dans un circuit très simple, de type stimulus-réponse, se traduisant par l'activation d'un moto-neurone, on peut penser que le potentiel d'action de ce dernier est capté ou réfléchi par des neurones voisins. Il peut s'agir d'une simple induction électro-magnétique (on rappellera à cet égard les travaux de Johnjoe McFadden relatifs aux champs électromagnétiques générés par le fonctionnement des circuits nerveux) ou d'autres formes de transmission par contagion inter-synaptique.

Si le phénomène ainsi décrit se produit effectivement, même de façon approximative, nous pouvons y voir une réplication du signal primaire, en d'autres termes, la production d'un meme. Celui-ci, relâché dans le système nerveux, de neurones en neurones, et entrant en compétition darwinienne au sein des neurones associatifs avec les autres memes générés en permanence par tous les autres circuits sensoriels, moteurs et associatifs, va contribuer à l'élaboration de méta-memes, qui se stabiliseront plus ou moins et correspondront pour l'organisme à la mise en place de représentations de l'environnement et de lui-même dans cet environnement, qui lui serviront de références plus ou moins permanentes pour comprendre son passé, interpréter son présent et le cas échéant orienter son avenir. Le nombre et l'articulation de ces représentations, c'est-à-dire des métamemes par lesquels elles se manifestent physiquement dans le cerveau (sous forme d'associations interneuronales plus ou moins stables - ou instables) n'est pas limité. Il dépendra de l'activité de l'organisme, de la richesse de l'environnement, de la taille du cerveau et finalement de l'activité de la compétition darwinienne entre ces représentations d'où naîtra la fitness ou bonne adaptation de l'organisme aux contraintes de son milieu.

Mais comment expliquer la transmission apparente des memes ? Comment, autrement dit, expliquer le fait que les contenus cognitifs d'un individu soient suffisamment semblables à ceux d'un autre individu, au sein d'une même espèce, pour qu'un message "instigateur" simple émis par le meme d'un individu puisse générer l'apparition d'un meme semblable chez un autre individu ? C'est là qu'il faut faire intervenir le concept de super-organisme, lequel rassemble les individus d'une même espèce.

Le défaut des analyses mémétiques, y compris de celles de Robert Aunger, est de partir pour analyser le meme de l'organisme individuel, et plus particulièrement de son cerveau. Il devient alors difficile de comprendre comment les memes peuvent être partagés par d'autres organismes, sauter d'un cerveau à l'autre. Faire appel à des signaux instigateurs nécessairement simples ne résout pas la difficulté. Si je n'ai jamais entendu parler d'Al Quaida, le mot Ben Laden ne signifiera rien pour moi.

Là nous devons introduire le concept de super-organisme, brillamment appliqué aux systèmes sociaux humains par Howard Bloom. Dans les super-organismes que sont les sociétés d'insectes dits sociaux, on ne s'étonne pas de voir les insectes individuels disposer de moyens de communication prévus à l'avance, par exemple les phéromones. L'utilisation des phéromones résout à la fois la question de la forme et du fond (c'est-à-dire du contenu sémantique) de l'échange. Si par ailleurs de telles sociétés, comme peut-être celles des abeilles, pouvaient générer une culture non entièrement sous contrôle génétique, à partir de l'échange de messages produits par les insectes eux-mêmes en interaction avec un environnement spécifique, on ne s'étonnerait pas davantage de voir que chaque individu puisse saisir, même à partir d'indices faibles, le contenu cognitif des signaux produits par les autres.

Or il faut se rappeler qu'avant d'être des individus, les organismes appartenant aux espèces complexes, y compris l'espèce humaine, sont les membres d'un super-organisme ( ou de plusieurs super-organismes) qui leur offrent dès le départ un milieu culturel très organisé, constitué d'innombrables représentations implicites, d'innombrables signaux ou symboles codifiés qui correspondent à ces représentations et qui prennent la forme des divers langages utilisés par ces groupes pour la communication interindividuelle. Les représentations collectives ne flottent pas en l'air. Elles sont présentes, sous forme de memes ou métamemes dans les cerveaux d'un certain nombre d'individus (les individus "cultivés"). Elles se transmettent par l'enseignement et l'usage.  Quand elles sont très structurées, elles prennent la forme de contenus scientifiques. L'apprentissage consiste alors à relier le signal et la représentation collective qu'il symbolise aux représentations et aux signaux déjà acquis par l'individu, ceci dès sa vie embryonnaire. Si j'apprends que l'objet que je vois s'appelle un avion et que le mot avion sous-tend un ensemble de relations dont je n'avais jusqu'à présent qu'un modèle sommaire résultant de ma propre expérience, je deviens capable d'enrichir ce modèle de tout ce que j'apprendrai ultérieurement relativement aux avions.

Il faut bien voir que ce processus de mise en conformité des associés d'un super-organisme, inhérent à l'existence de ceux-ci (lesquels sont en compétition darwinienne, ne l'oublions pas, les uns avec les autres) n'est pas apparu et ne se poursuit pas suite à un plan défini. Il résulte d'un mécanisme permanent de type reproduction, mutation, sélection, amplification, c'est-à-dire d'un processus darwinien. Ce processus ne peut intéresser que des entités évolutionnaires, c'est-à-dire en particulier réplicatives, s'exprimant sur le mode darwinien. En d'autres termes, l'ensemble du processus d'élaboration et de consolidation du super-organisme repose sur l'émergence et la compétition darwinienne permanente des neuromemes puis des socio-memes résultant de l'activité des systèmes moteurs et cérébraux des membres du super-organisme.

Les memes ne sont donc pas des facteurs épisodiques apparus dans la vie sociale mais les agents de base responsables de la constitution des super-organismes associant des individus dotés de systèmes nerveux. Il ne faut donc pas s'étonner s'ils s'adaptent aux représentations comme des clefs à des serrures, mutations mises à part.

Il ne faut pas non plus s'étonner qu'ils soient partout et qu'ils jouent de multiples rôles. Certains de ces rôles paraîtront nuisibles à la survie de certains super-organismes. On parlera alors au sein de ceux-ci de memes parasites ou mortels. Mais ils correspondront à l'émergence d'autres super-organismes tendant de se faire une place au soleil en recrutant des associés dans les super-organismes existants. C'est ainsi que le meme Ben Laden peut être interprété dans différents contextes cognitifs et politiques, comme menaçant ou fédérateur.

Au plan des individus, selon ces hypothèses, la prolifération et la compétition darwinienne des neuromemes constitue le fonctionnement de base du cerveau en relation avec les contenus collectifs perçus à tous moments via les signaux émanant des autres membres du groupe. Elle permet d'abord la redondance et la mobilité de l'attention et de la mémoire immédiate. Elle fonde sans doute aussi beaucoup des mécanismes de la pré-conscience et de la conscience, ainsi que les représentations oniriques. Pour approfondir l'organisation de tout cela, il faudra sans doute développer des modèles issus de la théorie des systèmes massivement multi-agents, tels qu'étudiés notamment par Alain Cardon. Un point important à élucider sera celui des contraintes globales dans lesquelles se développent les réplications mémétiques. Tout n'est pas possible dans l'évolution darwinienne de la compétition entre représentations mémétiques. Certaines contraintes sont d'origine génétiques (tenant notamment à l'organisation cérébrale de base), d'autres correspondent à la présence de contenus "durcis", comme peuvent l'être les acquis scientifiques, d'autres dépendent de la force d'activation ou d'inhibition découlant de telles ou telles émotions ressenties par le sujet...

Il sera donc essentiel de poursuivre et généraliser l'étude de l'ensemble des entités et mécanismes décrits par les méméticiens, particulièrement dans l'optique proposée par Robert Aunger.

Il faudra par ailleurs continuer plus activement que jamais la chasse au neuromeme. Rappelons en effet que toute la construction résumée ci-dessus est encore conjecturelle. Le neuromeme considéré comme un réplicateur physique présent dans le cerveau n'a pas encore été identifié. Il le sera sans doute prochainement, car cette recherche correspond à un domaine important des neurosciences : comment les neurones génèrent-ils une communication interneuronale au-delà du réseau ou nœud forcément limité constitué de leurs liaisons synaptiques immédiates ? Elle débouche, nous venons de le voir, sur la question aujourd'hui essentielle de la formation d'une intelligence ou même d'une conscience globale, à partir de l'interaction de composants cellulaires mettant en œuvre des règles simples, selon l'expression de Wolfram. On pense d'abord à la conscience chez l'être vivant, mais il faudra aussi très vite penser à la conscience artificielle.

Une autre direction de recherche, un peu différente mais qui pourrait être convergente, consistera à simuler des memes, ou entités équivalentes, sur un cerveau artificiel ou une conscience artificielle. Les memes électroniques ainsi réalisés pourraient jouer le rôle d'agents de liaisons entre d'autres groupes d'agents. Nous avons soumis l'hypothèse à notre collègue Alain Cardon.

Nous arrêterons là ce commentaire du livre de Robert Aunger, mais on comprend bien qu'il nous faudra y revenir dans de prochains articles. (3)


Notes:
(1) Notons que le travail de Robert Aunger tue fort élégamment l'imitation, considérée comme susceptible de générer de l'innovation et même une évolution quelconque. L'imitation ne mène globalement qu'à des impasses. Cela devrait aussi tuer, pour des raisons voisines, la mimétique de René Girard (qui n'a rien à voir avec la mémétique). Nous ne la pleurerons pas.
(2) On relira sur ce sujet le dernier livre de Dominique Lestel : Les origines animales de la culture.

(3) Sur le thème des memes et du moi, on lira la traduction française d'une conférence prononcée par Susan Blackmore (qui s'y confirme comme adepte du Zen) lors de The Psychology of Awakening (International Conference on Buddhism, Science and Psychotherapy Dartington 7-10 Novembre 1996) c'est-à-dire avant la rédaction de son livre The meme machine : http://membres.lycos.fr/zenmontpellier/Memes.html

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