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Gravity's Engines

Phi, a voyage from the brain to the soul

A propos du livre Mindful Universe

La médecine personnalisée

18 août 2002
Notes par Jean-Paul Baquiast

The Future of Life

Couverture de  "The Futur of Life" de Edwards O. Wilson

The Futur of Life

Edwards O. Wilson

Alfred A. Knopf

2002



Edwards O. Wilson Nous avons déjà présenté Edwards O.Wilson et son oeuvre de grande envergure, à l'occasion de la recension que nous avons faite de son avant-dernier ouvrage, Consilience. Voici ici son dernier livre, The Future or Life qui constitue un plaidoyer dramatique en faveur de la vie, menacée actuellement partout par les activités et l'aveuglement des hommes. Sa publication est particulièrement opportune en arrière plan de l'actuel sommet de la terre à Johannesburg.

On saluera l'engagement d'un vieux monsieur qui, plutôt que jouir tranquillement des honneurs d'une vie scientifique et médiatique bien remplie, s'implique dans un combat en faveur des espèces vivantes innocentes victimes d'un soi-disant développement économique. On regrettera seulement un peu que l'auteur n'ait pas radicalisé davantage sa critique du système dont il dénonce les méfaits. Les remèdes qu'il propose sont sans oute bien en-deçà de ce qu'il faudrait compte tenu des désastres qu'il décrit en connaisseur. 
Edwards O. Wilson est né en 1929 et a commencé sa carrière comme entomologiste en 1947.
Ses études sur les insectes sociaux (fourmis, abeilles) l'ont conduit à découvrir le rôle des phéromones dans la communication et la vie collective de ces insectes. Il s'est tourné ensuite vers la génétique, en devenant un fervent défenseur de la génétique évolutionniste, c'est-à-dire du rôle déterminant des gènes dans l'évolution des espèces, ceci incluant l'homme.
Après avoir pris quelques positions extrémistes, qui ont fait du tort à la génétique évolutionniste ou sociobiologie, il a voulu ces dernières années plaider la cause de la coopération entre les sciences biologiques et les sciences humaines, en évitant les excès du réductionnisme. Néanmoins, il maintient intacte sa foi dans le matérialisme scientifique, face aux excès des idéologies spiritualistes, d'un côté, relativistes (post-modernes) et communautaristes d'un autre, de plus en plus actives aux Etats-Unis. D'où cet ouvrage, Consilience, qui se veut la synthèse de toute une vie de recherches et de réflexions.

Les principaux ouvrages de E.O.Wilson, outre Consilience, déjà recensé ici, sont Naturalist, The Diversity of Life, The Ants (Prix Pulitzer 1990), Biophilia, On Human Nature, et surtout Sociobiology the New Synthesis.
La Diversité de la Vie a été publié en français en 1993 chez Odile Jacob. Aujourd'hui, E.O. Wilson milite pour la protection de l'environnement et la conservation de la diversité des espèces. Le livre que nous examinons ici mériterait aussi d'être traduit en français, à l'usage des environnementalistes de notre pays.

The Future of Life (L'avenir de la vie) de Edwards Osborne Wilson,
ou les contradictions de l'Amérique

Nous avons montré précedemment comment le père de la sociobiologie, Edwards O. Wilson, avait dans son remarquable ouvrage de 1999, Consilience, proposé une véritable interdisciplinarité scientifique, soutenue par une très haute idée des possibilités offertes aux sociétés humaines par la diffusion ouverte des connaissances. Loin de s'en tenir là, ce scientifique et philosophe, qui a largement atteint l'âge de la retraite, poursuit son rôle de sensibilisation de l'opinion en abordant la question angoissante de la disparition quasi programmée des espèces vivantes, résultant des impasses dans lesquelles l'humanité s'est engagée, et a engagé l'écosystème tout entier sous la pression d'un "développement" non contrôlé. C'est l'objet de son dernier livre, paru à New York en janvier 2002, non encore traduit en français, The Future of Life.

L'ouvrage vient à propos, puisque août 2002 est aussi l'année du sommet international de la Terre à Johannesburg, consacré au développement durable. Beaucoup d'observateurs considèrent que ce sommet est celui de la dernière chance. Si les résolutions qui y sont prises ne sont pas plus appliquées que celles du sommet précédent, tenu il y a dix ans à Kyoto, le monde sera peut-être entraîné dans des dégradations massives et irréversibles de l'environnement, accompagnées de conflits politiques violents entre riches et pauvres. On peut espérer que les négociateurs de Jo'burg, ou les ONG qui y participent activement en arrière plan, auront lu les avertissements de E.O. Wilson et s'en inspireront utilement. Mais la portée du livre dépasse largement le quotidien des négociations internationales sur le développement durable. C'est en fait l'avenir du monde tout entier qui y est posé en filigrane.

On dira que les ouvrages de cette sorte, souvent qualifiés de catastrophistes par ceux qui ne veulent rien voir ni rien changer à leurs mauvaises habitudes, sont déjà nombreux. En fallait-il un de plus ? La réponse est oui. E.O.Wilson a commencé sa carrière comme naturaliste. Il sait parfaitement de quoi il parle quand il énumère les menaces sur la biodiversité et les conséquences dramatiques que la diminution de celle-ci aura, non seulement sur les espèces elles-mêmes, mais sur l'homme qui est lui-même part inséparable de cette biodiversité, dont il est loin d'avoir encore épuisé les bienfaits. Par ailleurs, c'est un homme de l'établissement scientifique américain, qui aurait en principe plus de chances d'être écouté par les forces conservatrices dirigeant ce pays actuellement, que ne le serait un représentant même scientifiquement compétent d'une ONG même respectable telle que par exemple le World Wild Life Fund (http://www.panda.org/).

Un message d'alerte maxima émanant d'un savant et d'un honnête homme

Le livre commence par une lettre fictive à un obscur naturaliste de Nouvelle Angleterre, Henri Thoreau, qui dans les années 1850, avait décrit la vie animale telle qu'il pouvait l'observer à l'époque. Certaines espèces ont disparu, mais pas toutes, car cette région a été l'objet d'un certain effort de préservation de la part de ses heureux habitants. E.O.Wilson indique à Thoreau qu'à côté des végétaux et animaux qu'il avait décrit, la science d'aujourd'hui a identifié des millions d'autres espèces inconnues alors, dans le domaine du petit ou du microscopique, espèces tout aussi intéressantes en ce qui concerne la biodiversité. Mais il termine la lettre par un message d'alerte : depuis le 19e siècle, la biodiversité est de plus en plus en danger, le mouvement s'étant accéléré ces dernières décennies. Une course s'est engagée entre les forces économiques qui détruisent la nature et la vie, sous la pression d'une démographie mondiale galopante, et les efforts de conservation appuyés par les sciences et technologies protectrices de l'environnement. La situation apparaît en fait désespérée, mais peut-être faut-il encore croire à la possibilité d'arrêter le désastre.

Les 190 pages restantes du livre développent ce thème, en l'illustrant de nombreuses références scientifiques justifiant à la fois les nombreuses raisons qu'il y a d'être pessimiste quant à l'avenir de la vie sur terre, tout au moins sous les formes les plus visibles de celle-ci, animaux et végétaux, ainsi que les quelques autres permettant un optimisme tempéré. Le premier chapitre rappelle les découvertes récentes concernant la biodiversité, conçu comme un système imbriquant étroitement des millions d'espèces et d'organismes ou micro-organismes dont sans doute plus du quart sont encore inconnus. Il rappelle notamment l'importance du monde des archéobactéries et bactéries dites extrémophiles, remontant aux origines de la vie sur terre, sinon à la vie extra-terrestre. Leur rôle essentiel dans la conquête par la vie des sols minéraux et des océans n'a pas diminué depuis ces origines. La découverte de ces écosystèmes complexes a donné lieu, nous rappelle-t-il, aux hypothèses de James Lovelock relative à l'existence d'un super-organisme nommé Gaia qui correspondrait à la biosphère terrestre. La version dite forte de Gaia, postulant l'existence d'une entité capable de s'adapter et donc se défendre seule contre les agressions, n'est pas admise par les biologistes. Par contre la version faible, insistant sur les interrelations complexes entre espèces, peut servir de support à de nombreux travaux.

Le lecteur pourrait s'imaginer, en constatant que d'innombrables espèces restent encore à découvrir, y compris dans les ordres les plus visibles, plantes, insectes, oiseaux, que les craintes des biologistes sont prématurées. Mais Wilson nous rappelle que ces espèces sont principalement localisées dans les zones de la planète les plus menacées actuellement, les forêts équatoriales notamment. Elles risquent donc de disparaître avant même d'avoir été identifiées.

Le 2e chapitre, intitulé le goulot d'étranglement (bottleneck) développe les périls apparus durant le 20e siècle, à un rythme et avec une intensité jamais expérimentés alors. Selon une méthode chère à l'auteur, il nous propose un dialogue objectif entre un économiste et un environnementaliste. Le premier représente en fait le point de vue du capitalisme libéral qui fait confiance à l'initiative humaine pour résoudre les problèmes que crée le " développement ". Le second montre au contraire que les limites du supportable sont déjà atteintes, et que la situation ne pourra qu'empirer. Deux facteurs se conjuguent pour justifier les pires craintes. Le premier est la démographie, qui promet plus de 10 milliards d'hommes dans ce 21e siècle (15 milliards au rythme actuel), même si les mesures les plus strictes de contrôle des naissances étaient mises en œuvre. Le second est le mode de développement-gaspillage adopté par les pays riches, qui est considéré par les pauvres comme un objectif à atteindre dans les meilleurs délais. Or cela est strictement impossible, dans l'état actuel des ressources et des technologies. Il faudrait non seulement bloquer la croissance démographique mais modifier radicalement (sur le mode de la croissance zéro) les modes de vie occidentaux, afin de ne plus en faire des objectifs ou idéaux pour le tiers-monde.

L'auteur insiste sur l'exemple particulièrement inquiétant de la Chine. Selon lui, celle-ci est d'ores et déjà dans une situation apparemment sans issue. Son territoire utile n'est plus extensible, ses réserves en eau consommable non plus, l'énergie dont elle dispose restera longtemps limitée et fortement polluante, le milieu naturel sera de plus en plus dégradé. Sa population continue à s'accroître. Elle sera enfin la première à souffrir de la montée des océans, comme elle l'est déjà de phénomènes climatiques liés au " nuage brun ". Malgré tous les efforts de son gouvernement et de sa population, elle sera donc dans une situation de plus en plus précaire dont on ne voit pas comment elle pourra sortir, entourée de voisins aussi nécessiteux qu'elle. On peut alors craindre que pour soulager ses tensions intérieures devenues insupportables, elle ne se lance dans des opérations militaires dangereuses pour le monde entier, qui ne lui apporteraient d'ailleurs pas de répit véritable. Les pays riches ne peuvent donc pas se désintéresser de son cas, non plus que de celui de régions également fragiles et instables. Des politiques de coopération environnementalistes d'urgence devraient donc être décidées par la communauté internationale. Ayant écrit ceci, E.O.Wilson reste flou relativement aux contenus et aux modalités de financement de telles politiques. Il faut dire que les solutions possibles sont peu évidentes.

Le chapitre 3 poursuit l'analyse de la dégradation du milieu naturel. L'auteur y constate d'abord que les chiffres significatifs relatifs à la condition des écosystèmes forestiers, aquatiques et marins manquent, alors que les gouvernements ne jurent que par les indices du PNB et du PIB. Ceux-ci, plutôt que mesurant une prétendue " croissance ", illustrent la destruction continue de la nature par les activités humaines. E.O. Wilson prend Hawaï comme exemple d'une telle destruction, dont la biodiversité et les " équilibres naturels se sont considérablement dégradés sous l'effet de la surpopulation résidente et touristique. Il met l'accent sur le fait que les agents de cette dégradation ne sont pas seulement les hommes, mais des espèces étrangères importées par eux, porcs, chèvres, fourmis qui détruisent les faunes autochtones plus fragiles. Il donne la liste des 5 facteurs à l'œuvre, à Hawaï comme partout ailleurs : destruction des habitats naturels, invasions d'espèces parasites, pollution, surpopulation humaine et prélèvements excessifs sur les ressources vivantes ne permettant pas leur renouvellement naturel (les HIPPO en anglais). Le chapitre se poursuit par l'énumération tristement monotone d'espèces en voie de disparition ou de milieux naturels en voie de destruction, laissant place à des sortes de désert. L'effet dévastateur du phénomène dit El Nino Southern Oscillation est amplement décrit.

Le chapitre 4 dresse le procès de l'homme, tueur planétaire. L'auteur est suffisamment informé de l'histoire de la paléontologie pour penser que le phénomène serait récent. Dès l'apparition des premiers hominiens, il y a 2 ou 3 millions d'années, sinon avant, les grands mammifères ou oiseaux ont commencé à reculer, suivis par les espèces plus petites. Ceci sous l'effet du comportement prédateur des humains, conjugué à leur expansion démographique et géographique inexorable. L'émergence de l'intelligence et de la raison chez cette espèce a été fatale à la survie des autres espèces. Certes, les extinctions n'ont pas attendu l'arrivée de l'homme pour se produire, plus ou moins massivement, auparavant, mais l'échelle du phénomène s'est accru dès le paléolithique, jusqu'à l'explosion destructrice actuelle. Cette triste histoire nous enseigne dit l'auteur trois leçons : le sauvage innocent n'a jamais existé, l'Eden livré à l'homme devient un lieu d'égorgement, tout paradis trouvé est un paradis perdu.

Dans la perspective (que notre revue développe par ailleurs dans de nombreux articles) selon laquelle des super-intelligences émergeraient dans l'univers au cours d'une évolution dont l'homme et ses technologies sont devenus les facteurs d'accélération exponentielle, on pourrait se consoler, si l'on peut dire, de la disparition de toutes les espèces sacrifiées à l'émergence de la solution techno-scientifique dont nous sommes aujourd'hui les représentants. Sans ce sacrifice, nous ne serions pas là pour en discuter, et l'univers terrestre n'aurait pas accouché de formes d'intelligences conscientes inexistantes à ce degré chez les animaux. Mais l'auteur tient, fort justement, à nous mettre en garde. Sans les immenses ressources, encore inexplorées pour une part, des écosystèmes, les sciences et technologies humaines ne pèseraient plus lourd.

Le chapitre 5 fait pour nous en convaincre un recensement de tout ce que l'homme perdrait s'il ne savait pas sauvegarder ce qui reste de solutions biologiques connues ou encore à découvrir. La conservation est donc non seulement un devoir moral vis-à-vis de la nature, mais un service indispensable à rendre à l'humanité d'aujourd'hui et à ses descendants. La conservation ne doit pas être entendue comme une nouvelle façon pour les riches d'exploiter la nature sans en faire profiter les pauvres. Il faudrait, en application du principe de précaution, protéger d'abord, analyser ensuite et finalement mener des politiques d'exploitation raisonnée, en y intéressant les populations autochtones et laissant aux écosystèmes non seulement la possibilité de se renouveler, mais celle de continuer à muter naturellement selon les rythmes lents de l'innovation génétique naturelle. Un long développement est consacré aux perspectives mais aussi aux dangers de l'ingénierie génétique. Il est évident que si la manipulation des génomes se fait de la même façon que l'exploitation brutale des ressources, rien de bon n'en résultera à terme.

Solutions ?

Les deux derniers chapitre, intitulés Pour l'amour de la vie et Solutions, tentent d'apporter un peu d'optimisme dans un panorama particulièrement inquiétant. E.O.Wilson développe d'abord ce qu'il appelle l'éthique de la conservation (ou sauvegarde) de la nature, seule façon pour lui de préserver les valeurs de la vie et de la nature humaine elle-même, qui ne sauraient se suffire des seuls progrès technologiques. Nous sommes liés à l'environnement biologique, et le laisser détruire serait nous détruire nous-mêmes. Nous le croyons bien volontiers, mais comment faire partager cette morale à ceux que l'intérêt pousse à exploiter sans fin la nature ? Il faudrait s'appuyer, nous dit-il, ce qu'il appelle la biophilie, c'est-à-dire l'amour inné (génétiquement programmé) de la nature dont les hommes seraient selon lui pourvus, et qui pourrait les amener à reconnaître des droits à l'animal et plus généralement, à tout ce qui vit. Mais il nous semble que là E.O.Wilson retombe dans la naïveté du sociobiologiste. Ce n'est pas avec de telles solutions que l'on sauvera les espèces menacées et les milieux naturels.

Il envisage évidemment aussi toute une gamme de solutions plus pratiques, déjà mises en œuvre avec des succès variables : parcs régionaux, zoos, réglementations protectrices de telle ou telle espèce. Il mentionne les traités internationaux tels que le CITES (Convention dite de Washington sur les espèces en danger, dont on sait à quelle vaste échelle elle est fraudée par les trafiquants) ou le CMS (Convention on Migratory Species). Il cite les nombreuses ONG et les différents fonds ou financements intervenant dans ces domaines. Il compte beaucoup aussi sur la prise de conscience des opinions publiques. Pour finir il rend hommage (ce qui surprend un peu de sa part, mais montre combien il est inquiet face à l'aggravation continue de la situation) aux groupes et organisations qui n'hésitent pas à se livrer à des manifestations plus ou moins violentes pour attirer l'attention. Dieu les bénisse-il tous, dit-il. Leur sagesse, leurs jeunes ardeurs l'emporteront peut-être finalement sur les calculs et les prudences des officiels.

Mais c'est seulement dans le dernier paragraphe du livre qu'il reconnaît le vrai problème : sortir de l'absolu pauvreté les 800 et plus millions de pauvres qui, quoique l'on puisse faire, continueront pour survivre à détruire la nature.

Là, devant cette fin un peu trop prudente, nous devons constater que E.O.Wilson, s'il décrit très bien les problèmes qui se posent et les risques encourus, reste finalement timide et conventionnel dans l'analyse des mesures politiques concrètes qui seraient susceptibles de faire changer les choses. On est loin des revendications des environnementalistes radicaux qui dans certains cas peuvent paraître excessives, mais qui dans d'autres semblent encore en dessous de ce qu'il faudrait faire pour changer la marche de la planète vers la catastrophe. On est encore plus loin du vrai problème, bien posé par les adversaires de la mondialisation libérale, qui consiste à dénoncer le profit financier à court terme et, finalement, les méfaits du marché que ne tempère aucune régulation publique. On ne voit pas non plus évoqué le rôle que des investissements publics dans les sciences émergentes du développement durable pourraient apporter à la préservation de la nature et surtout à l'élévation du niveau de vie des plus pauvres. On ne voit pas non plus dénoncer la politique désastreuse récente des Etats-Unis, qui non seulement donnent au reste du monde l'exemple d'une consommation et d'un gaspillage insupportable, mais qui ruinent systématiquement les efforts de ceux qui essayent de prendre en mains leur propre développement, comme c'est le cas en ce qui concerne l'agriculture des zones arides.

E.O. Wilson serait bien placé cependant pour s'en prendre, sans passion mais avec des arguments rationnels, aux décisions de l'actuelle administration américaine et plus particulièrement à l'obstination du président Bush, qui méprisent ouvertement les efforts pourtant timides faits par la communauté internationale pour diminuer les émissions de gaz à effets de serre et réglementer certaines pratiques polluantes. Or il ne le fait pas.

Nous sommes là au cœur des contradictions de l'Amérique. La position de ce pays, leader politique et économique mondial, rend ses citoyens sourds aux avertissements et indifférents aux sacrifices qui leur incomberait de faire en tant que plus gros consommateurs et pollueurs. Finalement, on peut craindre qu'un message éclairé mais modéré comme celui de E.O.Wilson ne soit guère écouté par ceux qui, dans son propre pays, se croient les "maîtres du monde" et ont tôt fait de présenter comme suspects d'activités anti-américaines ceux qui contestent leur aveuglement égoïste.

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