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Nous
avons déjà présenté Edwards O.Wilson
et son oeuvre de grande envergure, à l'occasion de
la recension que nous avons faite de son avant-dernier ouvrage,
Consilience.
Voici ici son dernier livre, The Future or Life qui constitue
un plaidoyer dramatique en faveur de la vie, menacée
actuellement partout par les activités et l'aveuglement
des hommes.Sa
publication est particulièrement opportune en arrière
plan de l'actuel sommet de la terre à Johannesburg.
On
saluera l'engagement d'un vieux monsieur qui, plutôt
que jouir tranquillement des honneurs d'une vie scientifique
et médiatique bien remplie, s'implique dans un combat
en faveur des espèces vivantes innocentes victimes
d'un soi-disant développement économique. On
regrettera seulement un peu que l'auteur n'ait pas radicalisé
davantage sa critique du système dont il dénonce
les méfaits. Les remèdes qu'il propose sont
sans oute bien en-deçà de ce qu'il faudrait
compte tenu des désastres qu'il décrit en connaisseur.
Edwards O. Wilson est né en 1929 et a commencé
sa carrière comme entomologiste en 1947.
Ses études sur les insectes sociaux (fourmis, abeilles)
l'ont conduit à découvrir le rôle des
phéromones dans la communication et la vie collective
de ces insectes. Il s'est tourné ensuite vers la génétique,
en devenant un fervent défenseur de la génétique
évolutionniste, c'est-à-dire du rôle déterminant
des gènes dans l'évolution des espèces,
ceci incluant l'homme.
Après avoir pris quelques positions extrémistes,
qui ont fait du tort à la génétique évolutionniste
ou sociobiologie, il a voulu ces dernières années
plaider la cause de la coopération entre les sciences
biologiques et les sciences humaines, en évitant les
excès du réductionnisme. Néanmoins, il
maintient intacte sa foi dans le matérialisme scientifique,
face aux excès des idéologies spiritualistes,
d'un côté, relativistes (post-modernes) et communautaristes
d'un autre, de plus en plus actives aux Etats-Unis. D'où
cet ouvrage, Consilience, qui se veut la synthèse de
toute une vie de recherches et de réflexions.
Les
principaux ouvrages de E.O.Wilson, outre Consilience, déjà
recensé ici, sont Naturalist, The Diversity of Life,
The Ants (Prix Pulitzer 1990), Biophilia, On Human Nature,
et surtout Sociobiology the New Synthesis.
La Diversité de la Vie a été publié
en français en 1993 chez Odile Jacob. Aujourd'hui,
E.O. Wilson milite pour la protection de l'environnement et
la conservation de la diversité des espèces.
Le livre que nous examinons ici mériterait aussi d'être
traduit en français, à l'usage des environnementalistes
de notre pays.
The Future of Life (L'avenir
de la vie) de Edwards Osborne Wilson,
ou les contradictions de l'Amérique
Nous avons montré précedemment comment le père
de la sociobiologie, Edwards O. Wilson, avait dans son remarquable
ouvrage de 1999, Consilience, proposé une véritable
interdisciplinarité scientifique, soutenue par une très
haute idée des possibilités offertes aux sociétés
humaines par la diffusion ouverte des connaissances. Loin de s'en
tenir là, ce scientifique et philosophe, qui a largement
atteint l'âge de la retraite, poursuit son rôle de sensibilisation
de l'opinion en abordant la question angoissante de la disparition
quasi programmée des espèces vivantes, résultant
des impasses dans lesquelles l'humanité s'est engagée,
et a engagé l'écosystème tout entier sous la
pression d'un "développement" non contrôlé.
C'est l'objet de son dernier livre, paru à New York en janvier
2002, non encore traduit en français, The Future of Life.
L'ouvrage vient à propos, puisque août 2002 est aussi
l'année du sommet international de la Terre à Johannesburg,
consacré au développement durable. Beaucoup d'observateurs
considèrent que ce sommet est celui de la dernière
chance. Si les résolutions qui y sont prises ne sont pas
plus appliquées que celles du sommet précédent,
tenu il y a dix ans à Kyoto, le monde sera peut-être
entraîné dans des dégradations massives et irréversibles
de l'environnement, accompagnées de conflits politiques violents
entre riches et pauvres. On peut espérer que les négociateurs
de Jo'burg, ou les ONG qui y participent activement en arrière
plan, auront lu les avertissements de E.O. Wilson et s'en inspireront
utilement. Mais la portée du livre dépasse largement
le quotidien des négociations internationales sur le développement
durable. C'est en fait l'avenir du monde tout entier qui y est posé
en filigrane.
On dira que les ouvrages de cette sorte, souvent qualifiés
de catastrophistes par ceux qui ne veulent rien voir ni rien changer
à leurs mauvaises habitudes, sont déjà nombreux.
En fallait-il un de plus ? La réponse est oui. E.O.Wilson
a commencé sa carrière comme naturaliste. Il sait
parfaitement de quoi il parle quand il énumère les
menaces sur la biodiversité et les conséquences dramatiques
que la diminution de celle-ci aura, non seulement sur les espèces
elles-mêmes, mais sur l'homme qui est lui-même part
inséparable de cette biodiversité, dont il est loin
d'avoir encore épuisé les bienfaits. Par ailleurs,
c'est un homme de l'établissement scientifique américain,
qui aurait en principe plus de chances d'être écouté
par les forces conservatrices dirigeant ce pays actuellement, que
ne le serait un représentant même scientifiquement
compétent d'une ONG même respectable telle que par
exemple le World Wild Life Fund (http://www.panda.org/).
Un message d'alerte maxima émanant
d'un savant et d'un honnête homme
Le livre commence par une lettre fictive à un obscur naturaliste
de Nouvelle Angleterre, Henri Thoreau, qui dans les années
1850, avait décrit la vie animale telle qu'il pouvait l'observer
à l'époque. Certaines espèces ont disparu,
mais pas toutes, car cette région a été l'objet
d'un certain effort de préservation de la part de ses heureux
habitants. E.O.Wilson indique à Thoreau qu'à côté
des végétaux et animaux qu'il avait décrit,
la science d'aujourd'hui a identifié des millions d'autres
espèces inconnues alors, dans le domaine du petit ou du microscopique,
espèces tout aussi intéressantes en ce qui concerne
la biodiversité. Mais il termine la lettre par un message
d'alerte : depuis le 19e siècle, la biodiversité est
de plus en plus en danger, le mouvement s'étant accéléré
ces dernières décennies. Une course s'est engagée
entre les forces économiques qui détruisent la nature
et la vie, sous la pression d'une démographie mondiale galopante,
et les efforts de conservation appuyés par les sciences et
technologies protectrices de l'environnement. La situation apparaît
en fait désespérée, mais peut-être faut-il
encore croire à la possibilité d'arrêter le
désastre.
Les 190 pages restantes du livre développent ce thème,
en l'illustrant de nombreuses références scientifiques
justifiant à la fois les nombreuses raisons qu'il y a d'être
pessimiste quant à l'avenir de la vie sur terre, tout au
moins sous les formes les plus visibles de celle-ci, animaux et
végétaux, ainsi que les quelques autres permettant
un optimisme tempéré. Le premier chapitre rappelle
les découvertes récentes concernant la biodiversité,
conçu comme un système imbriquant étroitement
des millions d'espèces et d'organismes ou micro-organismes
dont sans doute plus du quart sont encore inconnus. Il rappelle
notamment l'importance du monde des archéobactéries
et bactéries dites extrémophiles, remontant aux origines
de la vie sur terre, sinon à la vie extra-terrestre. Leur
rôle essentiel dans la conquête par la vie des sols
minéraux et des océans n'a pas diminué depuis
ces origines. La découverte de ces écosystèmes
complexes a donné lieu, nous rappelle-t-il, aux hypothèses
de James Lovelock relative à l'existence d'un super-organisme
nommé Gaia qui correspondrait à la biosphère
terrestre. La version dite forte de Gaia, postulant l'existence
d'une entité capable de s'adapter et donc se défendre
seule contre les agressions, n'est pas admise par les biologistes.
Par contre la version faible, insistant sur les interrelations complexes
entre espèces, peut servir de support à de nombreux
travaux.
Le lecteur pourrait s'imaginer, en constatant que d'innombrables
espèces restent encore à découvrir, y compris
dans les ordres les plus visibles, plantes, insectes, oiseaux, que
les craintes des biologistes sont prématurées. Mais
Wilson nous rappelle que ces espèces sont principalement
localisées dans les zones de la planète les plus menacées
actuellement, les forêts équatoriales notamment. Elles
risquent donc de disparaître avant même d'avoir été
identifiées.
Le 2e chapitre, intitulé le goulot d'étranglement
(bottleneck) développe les périls apparus durant le
20e siècle, à un rythme et avec une intensité
jamais expérimentés alors. Selon une méthode
chère à l'auteur, il nous propose un dialogue objectif
entre un économiste et un environnementaliste. Le premier
représente en fait le point de vue du capitalisme libéral
qui fait confiance à l'initiative humaine pour résoudre
les problèmes que crée le " développement ".
Le second montre au contraire que les limites du supportable sont
déjà atteintes, et que la situation ne pourra qu'empirer.
Deux facteurs se conjuguent pour justifier les pires craintes. Le
premier est la démographie, qui promet plus de 10 milliards
d'hommes dans ce 21e siècle (15 milliards au rythme actuel),
même si les mesures les plus strictes de contrôle des
naissances étaient mises en uvre. Le second est le
mode de développement-gaspillage adopté par les pays
riches, qui est considéré par les pauvres comme un
objectif à atteindre dans les meilleurs délais. Or
cela est strictement impossible, dans l'état actuel des ressources
et des technologies. Il faudrait non seulement bloquer la croissance
démographique mais modifier radicalement (sur le mode de
la croissance zéro) les modes de vie occidentaux, afin de
ne plus en faire des objectifs ou idéaux pour le tiers-monde.
L'auteur insiste sur l'exemple particulièrement inquiétant
de la Chine. Selon lui, celle-ci est d'ores et déjà
dans une situation apparemment sans issue. Son territoire utile
n'est plus extensible, ses réserves en eau consommable non
plus, l'énergie dont elle dispose restera longtemps limitée
et fortement polluante, le milieu naturel sera de plus en plus dégradé.
Sa population continue à s'accroître. Elle sera enfin
la première à souffrir de la montée des océans,
comme elle l'est déjà de phénomènes
climatiques liés au " nuage brun ". Malgré tous les
efforts de son gouvernement et de sa population, elle sera donc
dans une situation de plus en plus précaire dont on ne voit
pas comment elle pourra sortir, entourée de voisins aussi
nécessiteux qu'elle. On peut alors craindre que pour soulager
ses tensions intérieures devenues insupportables, elle ne
se lance dans des opérations militaires dangereuses pour
le monde entier, qui ne lui apporteraient d'ailleurs pas de répit
véritable. Les pays riches ne peuvent donc pas se désintéresser
de son cas, non plus que de celui de régions également
fragiles et instables. Des politiques de coopération environnementalistes
d'urgence devraient donc être décidées par la
communauté internationale. Ayant écrit ceci, E.O.Wilson
reste flou relativement aux contenus et aux modalités de
financement de telles politiques. Il faut dire que les solutions
possibles sont peu évidentes.
Le chapitre 3 poursuit l'analyse de la dégradation du milieu
naturel. L'auteur y constate d'abord que les chiffres significatifs
relatifs à la condition des écosystèmes forestiers,
aquatiques et marins manquent, alors que les gouvernements ne jurent
que par les indices du PNB et du PIB. Ceux-ci, plutôt que
mesurant une prétendue " croissance ", illustrent la destruction
continue de la nature par les activités humaines. E.O. Wilson
prend Hawaï comme exemple d'une telle destruction, dont la
biodiversité et les " équilibres naturels se sont
considérablement dégradés sous l'effet de la
surpopulation résidente et touristique. Il met l'accent sur
le fait que les agents de cette dégradation ne sont pas seulement
les hommes, mais des espèces étrangères importées
par eux, porcs, chèvres, fourmis qui détruisent les
faunes autochtones plus fragiles. Il donne la liste des 5 facteurs
à l'uvre, à Hawaï comme partout ailleurs
: destruction des habitats naturels, invasions d'espèces
parasites, pollution, surpopulation humaine et prélèvements
excessifs sur les ressources vivantes ne permettant pas leur renouvellement
naturel (les HIPPO en anglais). Le chapitre se poursuit par l'énumération
tristement monotone d'espèces en voie de disparition ou de
milieux naturels en voie de destruction, laissant place à
des sortes de désert. L'effet dévastateur du phénomène
dit El Nino Southern Oscillation est amplement décrit.
Le chapitre 4 dresse le procès de l'homme, tueur planétaire.
L'auteur est suffisamment informé de l'histoire de la paléontologie
pour penser que le phénomène serait récent.
Dès l'apparition des premiers hominiens, il y a 2 ou 3 millions
d'années, sinon avant, les grands mammifères ou oiseaux
ont commencé à reculer, suivis par les espèces
plus petites. Ceci sous l'effet du comportement prédateur
des humains, conjugué à leur expansion démographique
et géographique inexorable. L'émergence de l'intelligence
et de la raison chez cette espèce a été fatale
à la survie des autres espèces. Certes, les extinctions
n'ont pas attendu l'arrivée de l'homme pour se produire,
plus ou moins massivement, auparavant, mais l'échelle du
phénomène s'est accru dès le paléolithique,
jusqu'à l'explosion destructrice actuelle. Cette triste histoire
nous enseigne dit l'auteur trois leçons : le sauvage innocent
n'a jamais existé, l'Eden livré à l'homme devient
un lieu d'égorgement, tout paradis trouvé est un paradis
perdu.
Dans la perspective (que notre revue développe par ailleurs
dans de nombreux articles) selon laquelle des super-intelligences
émergeraient dans l'univers au cours d'une évolution
dont l'homme et ses technologies sont devenus les facteurs d'accélération
exponentielle, on pourrait se consoler, si l'on peut dire, de la
disparition de toutes les espèces sacrifiées à
l'émergence de la solution techno-scientifique dont nous
sommes aujourd'hui les représentants. Sans ce sacrifice,
nous ne serions pas là pour en discuter, et l'univers terrestre
n'aurait pas accouché de formes d'intelligences conscientes
inexistantes à ce degré chez les animaux. Mais l'auteur
tient, fort justement, à nous mettre en garde. Sans les immenses
ressources, encore inexplorées pour une part, des écosystèmes,
les sciences et technologies humaines ne pèseraient plus
lourd.
Le chapitre 5 fait pour nous en convaincre un recensement de tout
ce que l'homme perdrait s'il ne savait pas sauvegarder ce qui reste
de solutions biologiques connues ou encore à découvrir.
La conservation est donc non seulement un devoir moral vis-à-vis
de la nature, mais un service indispensable à rendre à
l'humanité d'aujourd'hui et à ses descendants. La
conservation ne doit pas être entendue comme une nouvelle
façon pour les riches d'exploiter la nature sans en faire
profiter les pauvres. Il faudrait, en application du principe de
précaution, protéger d'abord, analyser ensuite et
finalement mener des politiques d'exploitation raisonnée,
en y intéressant les populations autochtones et laissant
aux écosystèmes non seulement la possibilité
de se renouveler, mais celle de continuer à muter naturellement
selon les rythmes lents de l'innovation génétique
naturelle. Un long développement est consacré aux
perspectives mais aussi aux dangers de l'ingénierie génétique.
Il est évident que si la manipulation des génomes
se fait de la même façon que l'exploitation brutale
des ressources, rien de bon n'en résultera à terme.
Solutions ?
Les deux derniers chapitre, intitulés Pour l'amour de la
vie et Solutions, tentent d'apporter un peu d'optimisme dans un
panorama particulièrement inquiétant. E.O.Wilson développe
d'abord ce qu'il appelle l'éthique de la conservation (ou
sauvegarde) de la nature, seule façon pour lui de préserver
les valeurs de la vie et de la nature humaine elle-même, qui
ne sauraient se suffire des seuls progrès technologiques.
Nous sommes liés à l'environnement biologique, et
le laisser détruire serait nous détruire nous-mêmes.
Nous le croyons bien volontiers, mais comment faire partager cette
morale à ceux que l'intérêt pousse à
exploiter sans fin la nature ? Il faudrait s'appuyer, nous dit-il,
ce qu'il appelle la biophilie, c'est-à-dire l'amour inné
(génétiquement programmé) de la nature dont
les hommes seraient selon lui pourvus, et qui pourrait les amener
à reconnaître des droits à l'animal et plus
généralement, à tout ce qui vit. Mais il nous
semble que là E.O.Wilson retombe dans la naïveté
du sociobiologiste. Ce n'est pas avec de telles solutions que l'on
sauvera les espèces menacées et les milieux naturels.
Il envisage évidemment aussi toute une gamme de solutions
plus pratiques, déjà mises en uvre avec des
succès variables : parcs régionaux, zoos, réglementations
protectrices de telle ou telle espèce. Il mentionne les traités
internationaux tels que le CITES (Convention dite de Washington
sur les espèces en danger, dont on sait à quelle vaste
échelle elle est fraudée par les trafiquants) ou le
CMS (Convention on Migratory Species). Il cite les nombreuses ONG
et les différents fonds ou financements intervenant dans
ces domaines. Il compte beaucoup aussi sur la prise de conscience
des opinions publiques. Pour finir il rend hommage (ce qui surprend
un peu de sa part, mais montre combien il est inquiet face à
l'aggravation continue de la situation) aux groupes et organisations
qui n'hésitent pas à se livrer à des manifestations
plus ou moins violentes pour attirer l'attention. Dieu les bénisse-il
tous, dit-il. Leur sagesse, leurs jeunes ardeurs l'emporteront peut-être
finalement sur les calculs et les prudences des officiels.
Mais c'est seulement dans le dernier paragraphe du livre qu'il
reconnaît le vrai problème : sortir de l'absolu pauvreté
les 800 et plus millions de pauvres qui, quoique l'on puisse faire,
continueront pour survivre à détruire la nature.
Là, devant cette fin un peu trop prudente, nous devons
constater que E.O.Wilson, s'il décrit très bien les
problèmes qui se posent et les risques encourus, reste finalement
timide et conventionnel dans l'analyse des mesures politiques concrètes
qui seraient susceptibles de faire changer les choses. On est loin
des revendications des environnementalistes radicaux qui dans certains
cas peuvent paraître excessives, mais qui dans d'autres semblent
encore en dessous de ce qu'il faudrait faire pour changer la marche
de la planète vers la catastrophe. On est encore plus loin
du vrai problème, bien posé par les adversaires de
la mondialisation libérale, qui consiste à dénoncer
le profit financier à court terme et, finalement, les méfaits
du marché que ne tempère aucune régulation
publique. On ne voit pas non plus évoqué le rôle
que des investissements publics dans les sciences émergentes
du développement durable pourraient apporter à la
préservation de la nature et surtout à l'élévation
du niveau de vie des plus pauvres. On ne voit pas non plus dénoncer
la politique désastreuse récente des Etats-Unis, qui
non seulement donnent au reste du monde l'exemple d'une consommation
et d'un gaspillage insupportable, mais qui ruinent systématiquement
les efforts de ceux qui essayent de prendre en mains leur propre
développement, comme c'est le cas en ce qui concerne l'agriculture
des zones arides.
E.O. Wilson serait bien placé cependant pour s'en prendre,
sans passion mais avec des arguments rationnels, aux décisions
de l'actuelle administration américaine et plus particulièrement
à l'obstination du président Bush, qui méprisent
ouvertement les efforts pourtant timides faits par la communauté
internationale pour diminuer les émissions de gaz à
effets de serre et réglementer certaines pratiques polluantes.
Or il ne le fait pas.
Nous sommes là au cur des contradictions de l'Amérique.
La position de ce pays, leader politique et économique mondial,
rend ses citoyens sourds aux avertissements et indifférents
aux sacrifices qui leur incomberait de faire en tant que plus gros
consommateurs et pollueurs. Finalement, on peut craindre qu'un message
éclairé mais modéré comme celui de E.O.Wilson
ne soit guère écouté par ceux qui, dans son
propre pays, se croient les "maîtres du monde" et ont tôt
fait de présenter comme suspects d'activités anti-américaines
ceux qui contestent leur aveuglement égoïste.