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Essai sur la raison de tout

Quand d'autres hommes peuplaient la Terre

Galilée et les indiens

PropecTIC

Le Marsisme

Human : the science behind what makes us unique

avril 2003
Discussion par Jean-Paul Baquiast

Our final Hour

Couverture du livre "Our Final Hour", de Martin Reeves

Our final Hour


Martin Rees

Basic Books 2003


Martin ReesSir Martin Rees est Royal Society Professor à l'Université de Cambridge, Fellow du Kings College et Astronome Royal d'Angleterrei. Il a obtenu en 2001 le prix de Cosmologie de la Fondation Peter Gruber.

Astronome et cosmophysicien réputé, il a aussi écrit beaucoup d'ouvrages décrivant l'Univers et son évolution, dans lesquels il n'hésite pas à présenter les hypothèses scientifiques les plus exotiques concernant la matière et le cosmos.

Ouvrages précédents :
"Cosmic Coincidences" Bantam (USA) 1989, nouvelle édition Penguin 1995
"New perspectives in astrophysical cosmology" (CUP, 1995., nouvelle édition 2000).
"Before the beginning - our universe and others" 1997) Simon & Schuster
"Gravity's fatal attraction: black holes in the universe". 1995 (Freeman, NY), nouvelle édition .1998
"Just Six Numbers" Basic Books (US) 2000
"Our Cosmic Habitat". Princeton University Press, US, (2001).

Contact : mjr@ast.cam.ac.uk

On n'attendait pas d'un spécialiste de l'espace et du cosmos qu'il sorte de sa discipline pour alerter l'humanité des risques qui la menacent, risques naturels mais aussi et surtout risques provenant de l'incapacité grandissante des hommes à maîtriser les technologies découlant du progrès incessant des sciences. La première réaction du lecteur est de se dire que les mises en garde face aux catastrophes que nous nous préparons nous-mêmes constituent un thème médiatique très vendable, comme en témoignent les nombreux témoignages et ouvrages sur ce sujet. Martin Rees (qu'il nous pardonne de ne pas recourir au Sir Martin qui serait peut-être de rigueur) a-t-il voulu augmenter le nombre de ses déjà nombreux lecteurs en s'inscrivant dans cette ligne ? Le livre va-t-il présenter la liste déjà souvent faite des nombreux domaines scientifiques où s'imposerait l'incontournable principe de précaution, souvent évoqué par des gens qui dans le même temps ne s'indignent pas des morts évitables provoqués par l'automobile, le tabac et autres drogues, sans parler de la guerre et de la malnutrition ?

Les astrophysiciens sont cependant les mieux placés pour nous donner le recul nécessaire. La prise en considération de l'univers dans l'étendue de son espace et de son temps les sensibilise à la fois aux très longues durées évolutives et aux catastrophes soudaines. Mais surtout, mieux que d'autres, ils peuvent se rendre compte du caractère unique et fragile de la vie sur la Terre. Ils peuvent mieux que d'autres mettre en lumière ce qui devrait être l'objectif premier de l'homme, sauver cette forme d'intelligence que porte l'humanité. A côté la recherche d'une croissance et de profits sans limites n'a rien d'indispensable, et devrait être arrêtée.

Our Final Hour s'inscrit dans cette philosophie globale. C'est la mise en garde de quelqu'un qui a étudié en profondeur l'univers, au sens cosmologique du terme, tel du moins que nous pouvons nous le représenter avec nos instruments et nos théories actuelles. Le précédent livre de Martin Rees, Our Cosmic Habitat, constitue d'ailleurs une lecture préalable presque indispensable à la compréhension de la philosophie de celui-ci. Nous avions l'intention d'en faire nous-mêmes une présentation pour ce magazine, mais devant l'abondance des matières (selon la formule consacrée) ceci n'a pas été entrepris. Bornons-nous à dire que, dans Our Cosmic Habitat, Notre Maison Cosmique, Martin Rees rappelait tout ce que l'astronomie moderne sait ou suppose, à propos notamment des planètes, des étoiles, des galaxies et de l'espace profond. Mais le livre constitue aussi une présentation des hypothèses actuelles de la physique théorique, qui concernent comme on sait les origines de l'univers (le Big Bang), la nature du vide et l'existence possible d'univers parallèles ou multiples. Parti très scolairement, si l'on peut dire, Our Cosmic Habitat rejoint les perspectives les plus exotiques des théoriciens, celles présentées et développées, par exemple, dans l'ouvrage de Lee Smolin, The Life of the Cosmos, que l'on pourrait traduire par Biologie du Cosmos. Ce qui fascine l'imagination, à la lecture de tels ouvrages, est qu'ils font oublier la condition humaine avec ses limitations dans le temps et dans l'espace On se projette par l'esprit dans l'infini des mondes et des temps. Mais Martin Rees a raison de nous mettre en garde, dans son ouvrage actuel. Il nous rappelle que si nous pouvons nous représenter, fut-ce imparfaitement, le cosmos et son devenir, c'est parce qu'une petite étincelle d'intelligence est apparue, en même temps que la vie, sur la planète Terre, que cette intelligence est peut-être seule, ou quasiment seule dans l'univers et surtout, que son avenir est loin d'être assuré. Il est au contraire très menacé, et ceci, nous dit l'auteur, non pas dans les siècles futurs mais dans les 50 prochaines années. Or si la vie, un sommet de complexité au regard de la solitude des espaces de particules et d'atomes constituant l'univers, l'homme avec la vie et l'intelligence avec l'homme disparaissaient, que restera-t-il au cosmos pour se comprendre, se donner un sens et peut-être se donner une direction ? Tant que des arguments solides n'auront pas prouvé que l'évolution darwinienne ayant produit la vie et à l'intelligence sur Terre n'est pas en action, sous cette forme ou autrement, dans le cosmos, il faut faire comme si l'intelligence biologique était une flamme unique et vacillante à préserver du mieux possible.

Les décennies de tous les périls

Or, nous dit l'auteur, l'humanité va rencontrer les plus grands risques de sa courte histoire lors des 50 prochaines années. Elle risque même de disparaître purement et simplement. Le très grand cosmos présente, nous dit l'auteur dans sa conclusion, des potentialités qui pourraient être infinies. Mais il dépend de nous, dans les prochaines années, que ces vastes étendues de temps soient peuplées de vie, ou restent aussi stériles que l'était la Terre à ses origines. Cinquante ans, ce n'est rien. Pour les sexagénaires, ceci représente un avenir hors de portée. Mais pour les enfants, et à plus forte raison les petits-enfants de ceux-ci, c'est demain. Or il y a, nous dit Martin Rees après quelques calculs que chacun peut refaire, 50 chances sur 100 pour que lesdits enfants et petits-enfants n'atteignent jamais la vieillesse. Voir l'humanité disparaître dans les 50 prochaines années, au moment même où elle pourrait commencer à explorer puis peupler l'espace, serait particulièrement désobligeant. Mais certains prennent cette perspective avec fatalisme. Ce ne sont pas seulement ceux qui n'ont pas la distance nécessaire pour juger du problème, mais des philosophes très avertis. L'auteur cite les "philosophe du jour du Jugement dernier". Pour eux, la vie sur Terre est de toutes façons condamnée à terme, et les civilisations technologiques sont probablement destinées à disparaître, avant d'avoir pu faire connaître à d'autres leur trop brève existence (Doomsday argument).

Le titre de l'ouvrage est certainement très alarmant : Our Final Hour, que l'on pourrait peut-être traduire par "Notre dernière heure". Il commence par présenter les risques qui nous menacent. L'exercice a souvent été fait. Il est nécessaire. Quels sont ces risques ? Il s'agit d'abord de la dissémination déjà en cours du nucléaire et des produits de la bio-ingénierie. Viendra ensuite, à échéance de quelques décennies, l'apparition des nano-organismes capables de s'auto-répliquer sur le mode viral. A cette époque, les machines pensantes et conscientes capables d'autonomie par rapport à l'homme seront également devenues des réalités. Martin Rees sur ce point partage les prévisions "optimistes" de Ray Kurzweil et Hans Moravec, que nous avons souvent évoquées dans nos articles. Mais il y ajoute une prévision pessimiste. Il y a beaucoup de chances pour que, suite à des erreurs ou des malveillances, ces entités devenues autonomes échappent à l'homme, se multiplient et finissent par l'éliminer, dans un mécanisme de réplication en chaîne et d'emballement comparable à ceux d'organismes biologiques. Nous reviendrons sur cette perspective à la fin de notre article. Classiquement aussi, l'auteur évoque, sans d'ailleurs s'y appesantir, les conséquences des comportements reproductifs, consommateurs et prédateurs irresponsables de l'humanité, détruisant la bio-diversité et les équilibres géo-climatiques de la Terre.

En ce qui concerne les risques cependant, il développe deux autres sujets de préoccupation, plus rarement évoqués dans les scénarios catastrophes. D'abord il rappelle que notre planète, comme toutes celles de son type, est menacée en permanence par des chutes d'astéroïdes ou des éruptions volcaniques de très grande ampleur, qui pourraient à tout moment compromettre la biosphère et détruire les civilisations. Le second risque découlerait d'erreurs de manipulation ou d'une méconnaissance des mécanismes fondamentaux de la physique, liés aux expériences prochaines de la physique instrumentale. Personne n'y pense quand on énumère les risques qui nous menacent, mais ces expériences pourraient provoquer par accident des catastrophes susceptibles d'entraîner (à la vitesse de la lumière au sens propre du terme) la destruction non seulement de la Terre, mais peut-être celle du système solaire, de la galaxie, voire de l'univers entier. Ce serait ennuyeux, d'un point de vue philosophique, si disparaissait à cette occasion l'étincelle d'intelligence que nous représentons, laquelle permet à l'univers de se comprendre lui-même. Comme rien ne permet d'affirmer aujourd'hui que d'autres formes d'intelligence existent ailleurs, il vaudrait mieux que la nôtre ne s'élimine pas d'elle-même, avant d'avoir commencé à comprendre le cosmos.

Ce point mérite un développement. Martin Rees nous rappelle un phénomène mal connu. Les collisions entre ions lourds mises en œuvre dans l'accélérateur de Brookhaven ou dans le futur grand collisionneur de hadrons du CERN pourraient produire des énergies ne se rencontrant nulle par ailleurs dans l'univers. Quelles en seraient les conséquences : formation de mini-trous noirs ou pire encore de " strangelets " constitués d'un plasma de quarks et gluons compressés, représentant une nouvelle forme de matière qui pourrait provoquer la coalescence ou transformation épidémique de la matière ordinaire ? De tels évènements, nous dit l'auteur, découleraient du fait que nous manipulons des forces dont on ignore encore la nature. En se rapprochant de l'échelle de Planck, selon la théorie des super-cordes, encore purement conjecturelle il est vrai, on rencontre des dimensions d'espace supplémentaires et autres étrangetés qui pourraient nous conduire à revoir en profondeur les modèles d'univers où nous croyons nous situer. Or, vu l'insuffisance des connaissances, il serait peut-être imprudent de s'engager dans des manipulations qui jetteraient des pavés dans des mares dont nous sommes loin encore d'avoir sondé la profondeur et la nature. Le risque est quasiment nul, mais il existe. Vu l'importance du risque, c'est-à-dire la disparition de la Terre, faut-il le courir ? L'argument est intéressant. Mais il sera contesté par les physiciens qui attendent beaucoup de la mise en service des nouvelles générations de grands accélérateurs. Il leur serait difficilement acceptable de renoncer à faire progresser la physique.

Terreur, erreur et folie

Mais des dangers beaucoup plus immédiats nous menacent, au fur et à mesure que se développent des technologies susceptibles de devenir des armes de destruction massive. Ils proviennent de la combinaison d'un trio infernal, que Martin Rees décrit sous le nom de "terreur, erreur et folie". Le propos n'est plus très original aujourd'hui, mais mérite d'être rappelé. C'est l'utilisation par certains Etats ou par des internationales terroristes des technologies ABC, atomiques, biologiques et chimiques qui constitue le risque principal, et le plus immédiatement susceptible de se réaliser. Tout ce qui, comme actuellement la guerre en Irak, renforce les antagonismes entre riches et pauvres, exalte les fanatismes et motive les candidats décidés à se suicider pour la bonne cause, nous rapproche d'une catastrophe planétaire de moins en moins facile à éviter. La seconde cause de dissémination est l'erreur humaine au sein des laboratoires ou des usines manufacturant les produits dangereux. Le risque est moindre, mais il n'est pas négligeable. Des réactions en chaîne ou d'emballement non maîtrisables sont toujours possibles. Martin Rees nous rappelle enfin que les hommes étant ce qu'ils sont, il n'est jamais possible d'exclure l'acte de folie d'un individu isolé ; lequel peut, comme l'ont montré les agressions à l'anthrax après le 11 septembre, paralyser des villes entières, sinon déclencher des épidémies meurtrières.

Que faire pour diminuer les chances de voir se produire de tels évènements ? L'auteur sur ce point n'est guère prolixe, mais on peut le comprendre, car les remèdes préventifs éventuellement utilisables ne paraissent pas près d'être acceptés par ceux qui ont les cartes en mains. Le plus efficace consisterait à partager systématiquement les richesses entre Nord et Sud, pour atténuer les frustrations et prévenir les révoltes. Mais il est illusoire, sans une mobilisation politique gigantesque, de seulement envisager cette possibilité. On pourrait aussi généraliser des méthodes policières de surveillance et prévention. Mais d'une part, les sociétés n'en voudront pas, et d'autre part ces méthodes ne peuvent mettre à l'abri des déviances et perversions venant du cœur même des systèmes de surveillance. Quis custodes custodiat ? demandaient les Latins.

Quant à arrêter la science, geler les développements technologiques, en revenir à des méthodes et des outils du passé, ce serait évidemment un crime contre l'esprit. En fait, que les scientifiques se rassurent, aucun pouvoir au monde, le voudrait-il, ne pourrait arrêter le développement techno-scientifique des méga-machines qui nous emportent, sauf sur des développements très ponctuels où le risque (suite d'ailleurs à des calculs qui seront toujours très subjectifs) apparaîtrait infiniment supérieur au bénéfice attendu. Il est également impossible de censurer les publications scientifiques, sauf à tuer le mécanisme même de la recherche. Il ne reste qu'à faire confiance aux scientifiques pour qu'ils s'auto-limitent lorsqu'ils s'engageront dans des voies trop hasardeuses. Cette protection sera toujours fragile vue la concurrence qui règne entre laboratoires et la pression des firmes pour obtenir sans cesse de nouvelles sources de profit.

Militer

Aussi passionnant que soit le livre, et riches les références qu'il donne, le lecteur se sent un peu frustré par le manque d'ambition de la réflexion politique et philosophique de l'auteur. On ne peut pas évoquer la perspective de voir l'humanité disparaître dans les 50 prochaines années sans proposer immédiatement des formes d'action et de militance susceptibles d'arrêter ou de ralentir la marche à la mort. Il est vrai que ceux qui luttent contre ce que l'on appelle la mondialisation libérale, la croissance économique irresponsable et l'aggravation permanente des inégalités entre riches et pauvres ne sont pas toujours très fréquentables. Les mouvements politiques, des Verts aux ONG telles que Greenpeace ou Attac, mêlent souvent aux revendications les plus légitimes une phobie de la science et de la technologie qui n'est pas acceptable (quand il ne s'agit pas, comme en Grande Bretagne, des excès extrémistes des défenseurs des droits de l'animal). Cependant, ce n'est pas une raison pour ne pas rejoindre leur camp, ne fut-ce que pour apporter dans la discussion les informations et les arguments que l'on juge susceptibles d'éclairer l'action collective.

Sur ce plan, nous aurions attendu de Martin Rees un engagement plus fort en faveur de la lutte politique pour la sauvegarde de la Terre et de l'humanité. Pour cela, il faut distinguer, selon nous, deux types de risques, qui exigent des contre-mesures (et des combats politiques) très différents. Il y a d'abord et en urgence tout ce qui concerne la croissance irresponsable et les conséquences qu'elle entraîne sur les équilibres géo-physiques, le climat et la bio-diversité. Sur ce point, les choses sont claires. Le protocole de Kyoto a fixé des objectifs certes insuffisamment ambitieux mais qui ont le mérite d'avoir recueilli un large accord international. Il faut d'abord les ratifier, ensuite appliquer les mesures nécessaires et progressivement mettre la barre plus haut en fonction de l'évolution des paramètres. La lutte pour une écologie et une technologie politiques doit d'abord être là. Cela suppose que les militants de cette cause fassent des pressions fortes sur leurs gouvernements et leurs entreprises pour qu'ils appliquent les prescriptions des experts. Notons que le mépris "arrogant" et "unilatéral" des Etats-Unis face aux objectifs de Kyoto nourrit, légitimement selon nous, une grande partie de l'anti-américanisme qui se développe dans le monde entier. Mais l'Occident tout entier est coupable, car il ne s'engage pas suffisamment. Nous aurions aimé entendre Martin Rees dire cela très fort, du haut de sa position scientifique prestigieuse.

Il serait intéressant à cet égard de connaître la position qu'il adopte actuellement vis-à-vis de l'intervention américano-britannique en Irak. Cette guerre va coûter au bas mot 350 milliards de dollars, qui auraient été bien mieux utilisés à lutter contre la dégradation de l'environnement et l'inégalité entre le Nord et le Sud. De plus elle va exciter d'innombrables occasions de guerre sainte et donc de terrorismes organisés ou individuels. Ceux qui n'ont rien fait pour empêcher cette guerre ont directement contribué à faire avancer l'heure qui nous reste à vivre, dans la perspective de l'horloge du Jugement dernier mise en place par les scientifiques opposés au développement de l'armement nucléaire. Rappelons que cette horloge était une façon spectaculaire de montrer l'évolution du risque nucléaire imaginée à la fin de la seconde guerre mondiale par les scientifiques associés au sein du mouvement Pugwash et du Bulletin of Atomic Scientists, rappelée par Martin Rees. Sa grande aiguille indiquait les chances de survie qui demeuraient avant l'Apocalypse.

Un deuxième type de risque semble à la fois un peu plus lointain et surtout un peu mieux gérable. C'est celui pouvant découler de l'usage criminel des technologies émergentes, bio et nanotechnologies notamment. Dans ce cas, on peut penser que l'écologie et la technologie politiques peuvent apporter des solutions : privilégier les recherches scientifiques désintéressées et ouvertes, menées dans des laboratoires publiques, aux recherches militaires ou couvertes par le secret des grandes entreprises - organiser des débats citoyens et un véritable regard sur les recherches - assurer des retombées bénéfiques à celles-ci, pour les rendre plus populaires. Les mouvements citoyens devront se battre contre les grands intérêts économiques et même contre beaucoup de scientifiques refusant le dialogue social. Mais on se trouve là dans une problématique relativement familière, celle de la lutte contre l'arme nucléaire ou les excès du tout nucléaire en matière d'énergie. Des terroristes ou des fous peuvent toujours s'en saisir. Il faut mettre en place les mesures, y compris éventuellement policières, susceptibles de les en empêcher. Le risque restera présent. Mais il devrait être gérable.

Nous négligerons pour le moment, car les urgences ne sont pas là, la perspective de voir des robots intelligents échapper à leurs concepteurs et se transformer en ennemis des humains. Cette question a souvent été abordée dans notre revue. Nous avons rappelé un argument de bon sens qui paraît acceptable: les concepteurs et utilisateurs de robots intelligents et autonomes s'allieront sans doute avec eux pour augmenter leurs propres performances, plutôt qu'ils ne les combattront. Le risque sera ailleurs : voir une minorité d'humains "augmentés" par l'intelligence artificielle s'opposer aux immenses majorités d'humains ordinaires. Mais c'est déjà le cas aujourd'hui, où peu de choses sont communes au citoyen américain surarmé et au paysan du Bangladesh. On retrouve là l'inévitable problématique de la divergence de développement entre pays pauvres et pays riches, qui doit être au cœur de la lutte pour une traversée sans encombre d'un 21e siècle aux périls innombrables.

Pour en savoir plus
Sur le même thème, les non-anglophones pourront lire le dernier livre de l'astrophysicien franco-québécois bien connu, Hubert Reeves: Hubert Reeves et Frédéric Lenoir, Mal de terre, Ed. du Seuil. Notre propre ouvrage, Sciences de la complexité et vie politique I et II analyse en détail ces questions
Sur les strangelets, beaucoup d'articles sont disponibles sur le web. Voir par exemple http://www.wired.com/wired/archive/8.05/rhic.html ou http://www.phy.cam.ac.uk/teaching/literature/litrev052.html


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