Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
André
Varenne est médecin. Sa carrière, nous dit la
4e de couverture, « a allié pratique médicale
clinique, recherches et innovations technologiques ».
Il sagit dun homme de culture, qui a publié
deux autres ouvrages :
- Toi, Trajan, treize entretiens avec un empereur païen
au Paradis, LHarmattan, 2000 (en collaboration avec
Lino Rossi).
- Il ny a plus de médecins au numéro que
vous demandez, sous le pseudonyme de Docteur XY, Editions
Filipacchi, 1996.
André Varenne remarque, dans «Le défi
des robots pensants, nos amis ou nos assassins» que cette question
des robots passionne le grand public dans la plupart des pays, mais
risque de laisser indifférents les lecteurs français,
pour une raison malheureusement simple. Ceux-ci ignorent pratiquement
tout des réalisations actuelles et des perspectives de la
robotique, telle quelle est vraiment et non telle quelle
est fantasmée dans les romans de science-fiction. Cela tient
sans doute au manque de culture technologique qui caractérise
encore nos contemporains, dans les domaines de linformatique,
de lintelligence artificielle et de la robotique. Mais cela
tient aussi au peu dintérêt des décideurs
économiques et politiques pour ces sujets.
Cest afin déclairer un tant
soit peu cette ignorance que nous avions décidé voici
deux ans de lancer notre revue Automates-Intelligents. Nous ne savons
pas trop quelle a été sa portée, mais force
est de constater que les livres écrits par des auteurs français
et présentant la robotique à lattention du grand
public restent encore peu nombreux, au regard tout au moins de labondante
littérature étrangère sur le sujet(1).
Le livre dAndré Varenne répond à un besoin
indiscutable de vulgarisation. Il est donc bienvenu et nous ne pouvons
quen recommander la lecture à tous ceux qui veulent
cesser d'ignorer le sujet.
Avant de le discuter plus en détail, on peut
se demander pourquoi cest un médecin qui a pris la
peine décrire un livre généraliste sur
les robots, plutôt quun des nombreux chercheurs qui,
dans les laboratoires et lindustrie, travaillent de près
ou de loin sur ce thème. Cest sans doute parce quAndré
Varenne fait partie de ceux pour qui les études médicales
et la pratique clinique incitent à réfléchir
au-delà des horizons professionnels immédiats. Il
a sans doute pu concrètement apprécier les robots
dassistance chirurgicale ou les prothèses «intelligentes»
développées entre autres par son confrère le
Pr. Rabichong (Projet "Lève-toi
et marche"). Mais manifestement cest aussi par la voie
de la littérature quil aborda la question. Il fait
en effet une grande place, dans son livre, à la pièce
de théâtre RUR (Rossums Universal Robots) du
Tchèque Karel Capek, jouée pour la première
fois en 1921. Ceux qui nen avaient quune vague connaissance
découvriront cette pièce et son destin, il est vrai
assez extraordinaire. Cest elle qui a inventé et popularisé
le terme de Robot, pour désigner ces créatures technologiques
inventées par lhomme. La tradition en était
ancienne, les exploitations légendaires ou littéraires
qui en avaient été faites étaient nombreuses.
Mais RUR a pour la première fois inscrit la problématique
du robot dans le développement industriel et économique
du 20e siècle, préfigurant les peurs quallaient
provoquer ultérieurement dautres découvertes,
notamment celle de lénergie nucléaire. Lintérêt
dAndré Varenne pour RUR est tel quà la
fin de son livre il en propose une suite sous forme de scénario
pour notre époque, tenant compte des technologies daujourdhui(2)
.
Mais «Le défi des robots pensants,
nos amis ou nos assassins» ne se limite à des considérations
littéraires. Il propose dabord un rappel historique
indispensable. On y trouve non seulement lhistoire des automates
mécaniques tels ceux de Vaucanson, mais aussi celle des machines
à calculer débouchant sur les ordinateurs après
la 2e guerre mondiale. Les chapitres suivants peuvent être
réparties en deux grandes catégories. La première
est plutôt descriptive. Y sont évoqués les grands
domaines dapplication de la robotique. Lauteur ne sen
tient pas à la seule robotique, ce dont nous ne pouvons que
le féliciter. Il nhésite pas à franchir
les frontières de cette discipline pour consacrer des chapitres
à l'imitation du cerveau, à lintelligence artificielle,
à la vie artificielle et aux nanotechnologies. Lauteur
a manifestement bénéficié de contacts stimulants
avec les promoteurs américains de ces dernières, dont
notamment le Foresight Institute. Les nanotechnologies nintéressent
pas uniquement la robotique et la vie artificielle, mais elles y
joueront un rôle essentiel dans les prochaines décennies,
rôle encore mal appréhendé actuellement et dont
l'opinion, là encore, semble en France se préoccuper
assez peu.
Une réflexion philosophique
et politique
Les autres chapitres composent nous lavons
dit une catégorie toute différente. Ils sont consacrés
à une réflexion philosophique et politique sur lavenir
des robots, auxiliaires ou ennemis des hommes. Les principaux auteurs
américains, que nos lecteurs connaissent bien, Kursweil,
Moravec, notamment sont cités, ainsi que les prédictions
généralement considérées (à tort?)
comme farfelues du chercheur australien Hugo de Garis. Lintérêt
de ces chapitres est que lauteur ne se limite pas à
lanecdotique ou au sensationnel, comme le font dautres
écrivains français dont semble-t-il le fonds de commerce
consiste à faire peur aux gens face aux développements
des sciences et des techniques. Il propose des débats avec
présentation du pour et du contre, ainsi concernant la question
de savoir si lon pourra réaliser un jour prochain des
robots pensants. Par ailleurs et surtout, il situe très utilement
les risques éventuels de la robotique et des nanotechnologies
dans la question plus générale de «qui contrôlera
qui» dans le monde de demain. Il a bien vu par exemple que
le système découte
universelle américain Echelon, assisté de systèmes
dintelligence artificielle évolués, était
déjà en passe de donner aux Etats-Unis les moyens
de dominer le monde, si les autres pays ne se dotent pas de systèmes
équivalents doublés de contre-mesures.
Lactualité saccélère
actuellement au regard de ces préoccupations, dont elle souligne
la pertinence. Ainsi, dans ce même numéro nous présentons
le livre extrêmement pessimiste de léminent scientifique
britannique Sir Martin Rees. Ce dernier
considère que les 50 prochaines années seront sans
doute plus dangereuses pour la survie de lhumanité
que toutes celles vécues jusquà présent.
Les risques proviendront dune utilisation militaire ou terroriste
des sciences et technologies, mais aussi dinévitables
erreurs de manipulation. Nous consacrons également dans ce
numéro une page à la présentation du Center
for Responsible Nanotechnology récemment crée
aux Etats-Unis par des chercheurs soucieux déviter
les applications irresponsables des nanosciences.
Mais lactualité, cest aussi
la guerre américaine contre lIrak, qui a montré
la détermination du Pentagone à mettre au service
de ses stratégies expansionnistes les technologies les plus
modernes. Celles-ci ont été utilisés sans états
dâme à lencontre de militaires irakiens
aux armements totalement obsolètes, avec dommages collatéraux
nombreux dans les populations. Les Etats-Unis vont évidemment
poursuivre leurs recherches en matière darmements faisant
appel aux sciences émergentes, accroissant de ce fait les
risques derreurs et de fuites. De plus, on peut craindre que
plus les technologies seront potentiellement dangereuses, plus le
Pentagone imposera de mesures coercitives de surveillance au monde
entier, jusqu'à la mise en place dune dictature virtuelle
mondiale dun nouveau genre. Le risque, à court terme,
en est beaucoup plus sérieux que celui dune éventuelle
révolte des robots (voir sur ce point notre article : Un
scénario noir, de lhyper puissance à lhyper
dictature).
Quelques observations
Revenons au livre dAndré Varenne.
Nous manquerions à notre rôle de critique si nous ne
présentions pas quelques observations. Le lecteur aura compris
dabord quil ne sagit pas dun ouvrage véritablement
scientifique. Il sagit de ce que l'on pourrait appeler une
vulgarisation intelligente, citant un grand nombre de sources, mais
ne sembarrassant pas de descriptions techniques. Ainsi le
concept de robot «véritablement» autonome nest-il
pas approfondi, non plus que la programmation évolutionnaire
auquel il fait appel (evolving programming).
Mais trois lacunes plus importantes nous ont surpris.
Lauteur nous a paru passer très vite sur les biotechnologies,
qui consistent comme on sait à utiliser les techniques de
linformatique et de lintelligence artificielle à
décrypter les génomes, explorer les liens entre gènes
et protéines et finalement modifier les génomes puis,
à terme, la plupart des espèces vivantes. Cest
à cela quen principe le super-calculateur
Blue Gene dIBM, évoqué dans le livre, sera
utilisé. Pour un médecin et un biologiste, il sagit
à la fois de perspectives très excitantes, mais aussi
grosses de risques potentiels, car plus facilement utilisables par
des terroristes que les robots ou les nanosystèmes. Le dossier
Théma de Arte consacré le 15 avril 2003 aux perspectives
de la guerre biologique est tout à fait révélateur
à cet égard.
La deuxième lacune concerne le concept
de conscience artificielle. Notre ami Alain Cardon a déjà
consacré à cette question deux
livres (en français) qui apportent pensons-nous des ouvertures
autrement plus riches que celles actuellement présentes dans
la littérature scientifique américaine et japonaise.
Les applications en seront nombreuses, comme nous essayons de le
montrer dans les différents ouvrages édités
ou à paraître de notre collection
Automates-intelligents.
La troisième lacune nous apparaît
être dordre politique. Un tel ouvrage, sur un tel sujet,
met implicitement en évidence les retards français,
par rapport à ce qui se fait aux Etats-Unis et au Japon.
Dans ce cas, il paraît indispensable danalyser les raisons
de ce retard et dexhorter les décideurs de toutes sortes
à se réveiller. La France est en guerre, quon
le veuille ou non, et lEurope avec elle. Ceux qui ont pris
conscience du fait quelle na que des arcs et des flèches
à opposer à des compétiteurs ou adversaires
sur-armés doivent le dire, au risque de lasser les lecteurs
plus attirés par le pittoresque que par la gravité.
Plus généralement, un livre comme
celui dAndré Varenne, qui nhésite pas
à situer la robotique dans lhistoire de lévolution
des systèmes intelligents, appellerait dautres réflexions
relatives à lévolution plus générale
de notre univers. Quel rôle y joueront à lavenir
la vie animale, lhumanité telle que nous la définissons,
les systèmes techno-scientifiques capables de conscience
? Pèseront-ils dune quelconque façon au regard
de lévolution des écosystèmes terrestres
et extra-terrestres ? On ne peut pas reprocher à lauteur
de ne pas sêtre lancé dans de telles considérations,
qui relèvent dailleurs largement de la supputation.
Les dimensions de son livre ny auraient pas suffi. Mais peut-être
les abordera-t-il dans un prochain ouvrage. Nous sommes persuadés
qu'il aura beaucoup de choses à en dire.