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Le Que sais-je consacré par Cyril Fiévet
aux robots répond bien aux ambitions de cette collection
célèbre. Il donne en 125 pages un aperçu
complet du monde devenu foisonnant de la robotique. Les 6 chapitres
permettent aux ignorants du domaine de tout apprendre pour ne
plus l'être (ignorants). Bien mieux, même pour ceux
qui pensent connaître le passé, le présent
et le futur de la robotique, l'ouvrage regorge d'informations
utiles à connaître. Entre autres mérites,
le livre se caractérise en effet par son actualité.
Publié en octobre 2002, il fournit des informations pertinentes
sur des développements survenus au début de cette
année, ce qui suppose une importante base de données,
et une actualisation permanente de celle-ci. Ainsi se trouve relativement
évité le désavantage du livre par rapport
à l'information en ligne, sa lenteur de mise à jour.
On ne peut que souhaiter de fréquentes mises à jour.
Pour conclure cette présentation, il s'agit d'un guide
utile, très clair, que tout le monde devrait avoir dans
sa bibliothèque (je dirais plutôt dans ses toilettes
car c'est là, à l'heure de l'ordinateur, que l'on
prend encore le temps de lire).
Classiquement, l'ouvrage commence par un premier chapitre consacré
à l'histoire de la robotique. Il présente ensuite
en 4 chapitres les 4 grandes familles identifiées par l'auteur
au sein de cette nouvelle espèce évolutive : robots
industriels, domestiques, aventuriers (ou explorateurs), anthropomorphes.
Il ne faut pas trop trancher entre catégories, car les développements
robotiques sont très polyvalents, et les fonctionnalités
d'aujourd'hui ne seront certainement plus celles de demain. Mais
il était utile de mettre un peu d'ordre dans la présentation.
Un dernier chapitre évoque l'avenir des robots, dans un monde
où se conjugueront pour faire progresser la robotique proprement
dite les trois révolutions par ailleurs en cours, des composants
et matériaux, de l'Intelligence artificielle et d'une connaissance
de plus en plus approfondie de la vie et de l'homme.
Le livre marque bien par ailleurs, mais sans que l'auteur y insiste
comme il faudrait, selon nous, le phénomène
très inquiétant pour l'Europe que constituent les
investissements considérables accomplis par les Etats-Unis
et par le Japon dans la robotique. En ce qui concerne les Etats-Unis,
ce sont actuellement les études à fins militaires
qui sont le principal moteur du développement exponentiel
d'engins robotiques de plus en plus autonomes et intelligents. L'exploration
spatiale constitue l'autre moteur. Pour le Japon, les motivations
sont autrement complexes. Comme cela a souvent été
souligné, ce pays semble poursuivre dans la robotique un
rêve de suprématie aux composantes pas toujours claires,
comme si les Japonais se projetaient inconsciemment dans des alter-ego
susceptibles de leur permettre de fuir les contraintes sociologiques
et politiques propres de leur société.
Malheureusement, l'Europe, et plus particulièrement la
France, ne font appel à aucun de ses ressorts. Nous sommes
en train de nous faire éliminer d'un monde où les
robots seront devenus aussi omniprésents demain que les automobiles
aujourd'hui. En dehors de quelques pionniers à qui on dispute
les chercheurs et les crédits, au Lip6 ou à l'Inria,
on ne peut pas dire que ces questions soient prises en considération
par nos scientifiques ni leurs tutelles. L'auteur ne souligne pas
assez, pensons-nous, cet aspect catastrophique des choses. De ce
fait, il ne creuse pas les raisons profondes qui nous tiennent éloignés
de tels développements : ignorance et incompétence
technologique des décideurs publics et privés, notamment
; persistance sans doute aussi de vieux réflexes religieux
pour qui l'esprit est distinct du corps et constitue un domaine
d'immanence au sein duquel la science ne doit pas s'aventurer. Les
mels que nous recevons montrent cependant que de nombreux jeunes
d'âge scolaire, y compris dans les banlieues, s'intéressent
déjà en France à la robotique ludique ou pédagogique,
et pourraient former des bataillons de brillants concepteurs s'ils
étaient un peu plus encouragés par le système.
Observations
On est tenté, quelle que soit la taille volontairement
réduite d'un livre, de vouloir y trouver davantage que ce
que l'auteur a voulu y mettre. Ce qui suit n'est donc pas du tout
un reproche, mais un simple complément, auquel nous sommes
persuadés que Cyril Fiévet acquiescerait. Pour nous,
qui avions inauguré il y a deux ans notre magazine en ligne
autour de la robotique, nous avons vu avec une certaine inquiétude
toutes les disciplines progressivement explorées et transformées,
pour ne pas dire cannibalisées, par le paradigme de l'évolution
artificielle. Celui-ci a été popularisé par
les roboticiens purs tels Rodney Brooks, mais aussi par tous les
informaticiens pratiquant l'evolving computing, c'est-à-dire
la fabrication de systèmes informatiques multi-agents auto-adaptatifs.
Cela est en train de donner non seulement des robots évolutionnaires
(capables d'auto-apprentissage à partir d'un corps en interaction
avec un milieu) mais aussi de systèmes de conscience artificielle,
embarqués sur ces robots ou en réseaux, qui seront
à terme capables de sentir et penser, différemment
de l'homme, mais aussi bien, sinon mieux. De plus ce paradigme éclaire
ce que l'on ne voit pas assez, aveuglés que nous sommes par
l'anthropomorphisme, les profondes homologies qui existent entre
de tels systèmes artificiels évolutionnaires et les
performances réalisées, avec des matériaux
tous différents, par la vie, de la bactérie aux grands
singes.
En fait, aujourd'hui, comme le montrent bien ceux qui réfléchissent
aux sciences de la complexité, c'est toute une " histoire
" qui est en train de prendre forme et qui transformera à
jamais notre connaissance de l'univers et celle de notre action
dans celui-ci. Cette histoire débouchera, on peut l'espérer,
sur l'apparition d'espèces d'homo sapiens artificialis bien
mieux accordés à l'univers que les hommes d'aujourd'hui
enfermés sur leurs préjugés et incompétences.
Mais arrêtons-nous là, nous sortirions du cadre qui
convient à la présentation d'un excellent petit livre
(lequel n'oublie pas de mentionner notre revue dans sa bibliographie...
contrairement à beaucoup).