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Notes par Jean-Paul Baquiast

Le savoir et l'ordinateur

Couverture de  "Le savoir et l'ordinateur", de Denis Berthier

Le savoir et l'ordinateur


Denis Berthier

L'Harmattan Novembre 2002, 457 pagess


Denis BerthierDenis Berthier est polytechnicien. Sa carrière lui a permis de pratiquer la recherche (en mathématiques et en logique), l'enseignement (Polytechnique, l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, l'Institut National des Télécommunications) et l'industrie (Thomson simulateurs). Il est actuellement professeur à l'Institut National des Télécommunications (Groupe des Ecoles des Télécommunications).

Il a souhaité, avec ce livre, faire connaître largement les principales réflexions que lui inspire sa carrière consacrée aux technologies de l'information.

Le savoir et l'ordinateur est un gros livre, d'une grande qualité, comme nous allons le voir. Indiquons d'emblée que son titre ne doit pas égarer le lecteur. Il ne s'agit pas d'un ouvrage sur l'ordinateur à l'école ou tout autre sujet à la mode de ce genre, comme on pourrait le croire. Le livre pose au contraire un des problèmes les plus à l'ordre du jour de la philosophie et de la politique contemporaines : les technologies de l'information, ordinateurs, réseaux et logiciels d'Intelligence Artificielle (IA), en cours de développement exponentiel, modifieront-elles les processus et les contenus de la pensée humaine ?

On objectera que cette question est de plus en plus abordée, avec plus ou moins d'incompétence, par des gens qui n'ont jamais pratiqué ni l'informatique ni Internet. Les jugements rapides, généralement négatifs, sont nombreux. Denis Berthier a voulu tout au contraire réaliser une véritable somme scientifique, non seulement de ce qu'il a pu apprendre et enseigner à titre professionnel, mais aussi des principales lectures qu'il faut faire et qu'il a faites pour pouvoir traiter la question avec pertinence.

Ceci veut dire que Le savoir et l'ordinateur constitue une mine d'informations et de réflexions, parfaitement à jour (à la date où sa rédaction fut terminée, soit fin-2002) de tout ce qui s'est expérimenté et publié d'important sur le sujet, ainsi que des principaux logiciels et progiciels mis sur le marché pour permettre le traitement informatique des connaissances.

Mais le livre n'est pas seulement tourné vers la technologie. La question du savoir est vieille comme l'humanité. Dans les années soixante, en France, elle a donné lieu avec Claude Lévy-Strauss, Michel Foucault et Gilles Deleuze (Umberto Eco en Italie) à une formalisation un peu oubliée aujourd'hui, celle du structuralisme. Dans une toute autre sphère de pensée, le Bouddhisme constitue une interrogation permanente de ce à quoi correspondent les connaissances que nous avons sur le monde visible. Denis Berthier, qui a beaucoup étudié l'une et l'autre de ces écoles, consacre la première partie de son livre à montrer les correspondances qui demeurent entre l'IA (celle qu'il appelle l'IA symbolique) et les travaux de ceux que l'on pourrait appeler les prédécesseurs de celle-ci - alors même que les survivants des structuralistes ne semblent pas avoir fait spontanément le rapprochement qui s'imposait entre leurs recherches et l'IA.

Un autre atout précieux du livre est qu'il est écrit en français. Ceci paraîtra anodin ou aller de soi, mais cela ne l'est pas, dans un monde où la langue et la culture dominante sont anglo-saxonnes. D'abord, un travail en français rend ces domaines accessibles à beaucoup de gens parlant mal l'anglais scientifique. De plus, comme le signale plusieurs fois l'auteur, la culture française et francophone permettent de réintroduire dans des formes de pensée profondément imprégnées non seulement de technologie informatique mais de culture américaine - trop souvent orientée par des objectifs industriels et commerciaux - des perspectives plus générales correspondant à l'esprit universitaire européen.

La contrepartie de ces qualités est que Le savoir et l'ordinateur constitue un livre difficile. Il ne sera compris aisément que par des personnes ayant une bonne culture de 2e voire de 3e cycle en mathématiques, en logique ou en informatique. Mais cette présentation austère, son style qui exige souvent quelques relectures attentives (ce fut du moins le cas pour l'auteur de cette chronique), ne devraient pas décourager le public de formation plus généraliste, car il est possible de parcourir le livre en s'imprégnant de son esprit, de ce que l'on pourrait appeler sa vision ou son message, sans entrer dans le détail de tous les paragraphes fortement technologiques ou scientifiques. Pour les chercheurs en informatique et en IA au contraire, qui pourraient s'étonner de voir les références philosophiques abonder, le livre obligera à un utile effort d'ouverture vers une culture plus générale et transdisciplinaire.

La "vision" du livre

Quelle est la thèse ou "vision" principale du livre ? Je m'inspire ici, pour la résumer en quelques lignes, de l'introduction et de la conclusion de celui-ci. L'ordinateur investit aujourd'hui, grâce à l'IA symbolique et ses développements désormais bien décrits et constamment utilisés que sont les "agents intelligents" travaillant en réseau, l'ensemble des savoirs existant sous les formes classiques de l'écrit et de l'image, mais aussi "dans la tête" des experts. Il ne s'agit pas seulement, comme on le sait, des savoirs au sens académique du terme, mais des simples propos échangés sur les réseaux, notamment à travers les messageries. Une rationalité et des savoirs partagés se mettent en place, prenant "une position centrale dans notre univers mental". Ceci conduit l'ordinateur à "modifier les principes de constitution de nos savoirs, jusqu'à exclure des modes de connaissances antérieurs qui seront jugés invalides car trop informels" (...) "L'homme et l'ordinateur entrent dans une boucle de rétroaction culturelle qui jouera un rôle majeur pour élaborer la conception de la rationalité et des savoirs génétiquement modifiés du futur". Cette rationalité, nous rappelle l'auteur au passage, confirme l'idée, aujourd'hui commune aux sciences occidentales, qu'il n'est pas possible d'accéder, par quelque forme de connaissance que ce soit, à un hypothétique réel en soi. On ne peut parler "d'une réalité primordiale intangible qui attendrait qu'on la découvre". Les théories et hypothèses scientifiques ne sont que des modèles interprétatifs des données d'observation. A plus forte raison est-ce le cas des savoirs véhiculés ou produits par l'IA symbolique.

Le livre donne un aperçu d'ensemble de la déjà longue histoire de l'IA, histoire bouleversant la pensée occidentale, que nous ne résumerons pas ici. Le travail de ce que l'on appellera dans le langage courant l'informatisation des connaissances a commencé très tôt avec la "vieille IA" qui s'est attaquée, sans grands succès car faute de moyens techniques suffisants, à la résolution de problèmes logico-mathématiques ou linguistiques. Il s'est poursuivi dans les années 1970 avec l'explosion des "systèmes-experts" dont les applications industrielles et commerciales ont été nombreuses. Aujourd'hui, les systèmes de gestion des connaissances, de fouille de données et de textes, trouvent un important marché. Mais l'auteur montre que ce ne sont plus seulement des approches externes aux connaissances qui permettent de les mémoriser et de les utiliser (accéder à des textes, les rapprocher, à partir notamment de mots-clef). L'IA devient capable d'entrer dans le contenu de sens des informations, sens définis par les situations et les acteurs qui utilisent ces informations. De nombreux outils permettant ce que l'on pourrait appeler une sémantique assistée par ordinateur ou mieux une sémantique artificielle se développent. Ainsi les agents intelligents et ceux qui les utilisent pourront, si l'on peut dire, comprendre progressivement les significations de tout ce qui fait sens, dès lors que les informations correspondantes sortiront de la tête des gens et seront échangées sur des supports et des réseaux formels. D'ores et déjà le commerce électronique mais aussi le renseignement ou la désinformation, commencent à utiliser ces solutions.

Nous l'avons dit, Denis Berthier est trop convaincu de l'intérêt de ces nouvelles technologies et de ces nouveaux usages pour contribuer, comme d'autres "médiologues" moins scrupuleux, au renforcement de la technophobie déjà trop répandue en France. Il refuse de parler de Big Brother, bien qu'il évoque souvent ce thème. Néanmoins, il met en garde sur le fait que ces divers développements, comme nous l'avons déjà souligné, sont largement inscrits dans la démarche commerciale et stratégique de la super-puissance américaine. Ceux voulant soutenir, notamment en Europe, d'autres intérêts, moins orientés business ou plus ouverts à une pensée désintéressée, devront y prendre garde. Ils ne devront pas renoncer à la technologie pour en revenir à la plume Sergent Major, mais il leur faudra développer leurs propres outils et leurs propres usages. C'est pourquoi, nous le répétons, le livre de Denis Berthier devrait jouer pour le public français un rôle très utile de réarmement mental face à l'explosion des technologies de l'information.

Une autre crainte, évoquée également par l'auteur, porte sur l'avenir de la réflexion philosophique informelle, de l'imagination artistique, de la création libre - sans parler d'autres formes de méditation. Tout ceci sera-t-il compromis par le développement des savoirs formalisés ? Non, répond l'auteur, si précisément nous savons "penser le développement de l'ordre symbolique formel" c'est-à-dire "penser l'IA en tant que science de la culture et penser dans ce cadre notre relation à l'ordinateur". En d'autres termes, les philosophes et autres créateurs sont invités à s'approprier les outils de l'IA pour développer leurs propres projets spécifiques, s'ils en ont.

Nous pourrions ajouter un autre argument afin que les lecteurs d'un tel livre n'en conçoivent pas une peur irraisonnée des pouvoirs éventuellement réducteurs de l'IA. Cet argument n'a pas été développé par Denis Berthier, mais celui-ci nous a indiqué que s'il l'avait fait, il aurait du écrire un second livre au moins aussi important que le premier.

C'est que l'IA évolutionnaire, celle dont nous traitons en permanence dans notre revue, qui constitue un autre aspect de l'IA, et qui repose notamment sur la programmation évolutionnaire, est beaucoup plus ouverte, par définition, sur la création de complexité que ne l'est la "bonne vieille IA". S'appuyant sur l'informatique, c'est-à-dire sur le calculatoire incrémentiel, elle permet ou permettra de créer des mondes, y compris des robots autonomes, qui s'affranchiront des modes évolutifs actuels pour en proposer d'autres. On s'orientera vers une évolution artificielle qui concernera l'ensemble des paradigmes scientifiques, notamment en biologie et dans les sciences humaines. Dans une certaine mesure se dessinera alors (voir notre article dans ce même numéro) un nouvel homo, l'homo sapiens artificialis. Cet homo, nous pouvons l'espérer (ici c'est nous qui parlons et non Denis Berthier) construira, à partir d'une génération intrinsèque de complexité mais aussi en s'appuyant sur la masse des savoirs et sens engrangés par l'IA traditionnelle, un futur sûrement plus surprenant que celui imaginable aujourd'hui, même avec l'assistance d'agents intelligents. Il s'agit évidemment là d'une perspective plus lointaine que celles décrite par Le savoir et l'ordinateur.

Pour en savoir plus
On trouvera sur le site http://www.carva.org/denis.berthier  un résumé des travaux de l'auteur, ainsi que le plan et des extraits de son livre


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