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Un livre un peu méconnu, publié en
2002 par l'éditeur et écrivain scientifique américain
John Brockman, nous paraît mériter l'intérêt.
Il exprime concrètement ce que John Brockman avait appelé
la Troisième culture. Celle-ci conduit les scientifiques
à dialoguer avec les acteurs sociaux, créant ainsi
une nouvelle classe d'intellectuels pouvant prendre le relais des
littéraires, considérés au milieu du 20e siècle
comme les seuls intellectuels dignes de ce nom. Si tous les décideurs
de ce monde se pénétraient d'une telle culture, ils
porteraient sur l'avenir un regard autrement constructif qu'ils
ne le font actuellement, s'attardant à régler des
problèmes ou conflits d'un autre âge.
Le livre s'intitule The Next Fifty Years, les 50 prochaines
années, la science dans la première partie du 21e
siècle. Il rassemble des articles originaux signés
par 25 scientifiques choisis dans le cercle de relation de John
Brockman. L'échantillon ne peut donc être garanti comme
absolument représentatif de ce que pensent les scientifiques
aujourd'hui. Mais les contributions sont toutes intéressantes,et
parfois passionnantes - sauf certaines qui ne sont pas d'un niveau
ou d'une originalité élevée. Les auteurs de
ces articles n'avaient pas de canevas ni thème imposés.
Il leur était seulement demandé de présenter
ce qui leur semblait devoir être dans leur discipline le phénomène
le plus important du prochain demi-siècle. Une telle formule,
qui est celle de Edge, est intéressante. Si les auteurs jouent
le jeu en livrant le cur même de leur vision du monde,
on obtient un panorama très diversifié de prévisions
et d'opinions qui, par leur désordre de fait, correspond
bien à un avenir qui ne sera certainement pas linéaire
mais chaotique. Le lecteur ne sera pas non plus tenté de
prendre toutes ces prévisions au pied de la lettre, comme
il pourrait le faire d'un ouvrage de prospective construit d'une
façon plus systématique. On sait en effet que l'avenir
ne se révèle jamais, même à court terme,
conforme à celui que décrivent les prévisionnistes.
Ceux-ci, de toutes façons, comme le notait Ray Kurzweil,
ont plutôt tendance à sous-estimer les changements,
par prudence, plutôt que les surestimer ce qui n'est
pas meilleur.
Par ailleurs, John Brockman n'a pas demandé aux auteurs
de se livrer à des prévisions d'ordre général,
mais plutôt de rester dans le domaine des connaissances scientifiques.
C'est ainsi que rien n'est dit des catastrophes toujours susceptibles
de se produire dans le demi-siècle à venir : exaspération
des antagonismes entre monde développé et tiers-monde,
remontée dramatique des comportements mystiques, guerres
éventuellement nucléaires entre Etats s'adonnant à
la course aux armes de destruction massive ou simplement, si
l'on peut dire, dégradation massive des équilibres
de la biosphère et de l'éco-système. Il faut
donc relativiser le caractère prédictif des propos
tenus par les scientifiques interrogés.
Observons aussi en introduction que certains auteurs se sont félicités
du choix d'une période de 50 ans, plutôt que 20 ou
30. En 50 ans, disent-ils, les scientifiques accrochés aux
théories actuelles devenues obsolètes auront disparu,
et la place sera libre pour de jeunes théoriciens acceptant
des bouleversements paradigmatiques beaucoup plus profonds. Le propos
en dit long sur l'estime que les scientifiques d'âge mûr
portent à leurs anciens. Ceux-ci sont trop souvent accrochés
à ce que fut l'uvre de leur vie, et bloquent toute
évolution. En France, on dira cela sous une forme plaisante
: mettons à la retraite forcée tous les membres du
Collège de France (ou de l'Académie des Sciences )
et la science dans notre pays fera le bond en avant attendu en vain
depuis longtemps.
Examinons maintenant, en les résumant beaucoup, ce que
les principaux d'entre les auteurs ainsi rassemblés nous
annoncent. La revue que nous vous proposons risque d'être
un peu fastidieuse, mais c'est la contrepartie de la formule proposée
par le livre.
Lee
Smolin, physicien théoricien (voir
notre fiche de lecture) : L'avenir de la nature de l'univers
(The Future of the Nature of the Universe). L'auteur estime
que dans 50 ans, les progrès de l'instrumentation en physique
et en cosmologie auront été suffisants pour tester
un certain nombre d'hypothèses déduites des modèles
théoriques produits par les physiciens, ceci " à technologies
et à budgets constants ". Dans le domaine des applications
de la mécanique quantique, les calculateurs quantiques seront
devenus opérationnels et permettront de nombreuses applications
utilisant les états quantiques non-locaux. Une théorie
quantique plus approfondie que l'actuelle en découlera probablement.
En cosmologie, l'histoire des premiers instants de l'univers aura
été éclaircie (voir notre éditorial)
ainsi que nombre des points encore obscurs concernant les objets
célestes. Mais il n'est pas certain que la matière
noire et l'énergie noire auront à cette date été
observées directement, non plus que les ondes gravitationnelles.
En physique des particules élémentaires, les limites
viendront du coût exponentiellement croissant des grands accélérateurs.
Cependant les équipements actuellement programmés
devraient permettre d'identifier le supposé boson de Higgs
et tester les hypothèses relatives à la super-symétrie
qui est au cur de la théorie des cordes. Mais il ne
sera pas encore possible d'atteindre les échelles de Planck
même si certaines expériences permettent de s'en rapprocher.
Lee Smolin, pour sa part, espère pouvoir expérimenter
à ces échelles en s'appuyant sur des photons à
très haute énergie provenant d'explosions gamma, surtout
si des satellites équipés d'instruments plus sensibles
sont mis en uvre dans les prochaines années.
Deux questions risquent de demeurer sans réponse dans 50
ans : qu'est-ce qui explique les valeurs exactes des paramètres
définissant les propriétés des particules élémentaires
et pourquoi observe-t-on de telles différences de taille
entre les constantes observées de l'univers ? Les théories
de la gravitation quantique laisseront par ailleurs ouvertes de
nombreuses hypothèses entre lesquelles il ne sera pas encore
possible de trancher, par exemple en ce qui concerne la théorie
des univers multiples
La lecture de cet article, ainsi que l'article suivant du à
l'astronome britannique Sir Martin Rees et consacré aux hypothèses
relatives à la vie extra-terrestre, aux univers multiples
et à l'hypothèse anthropique (que nous n'analyserons
pas ici) inspirent une question banale mais que l'on ne peut éviter.
Beaucoup de progrès possible dans les expériences
et par conséquent dans les théories seront contraints
par le manque de crédits affectés aux équipements.
La physique passe aux yeux des autres chercheurs comme l'enfant
gâté de la science, mais ce n'est pas encore suffisant,
apparemment. Or face à des questions aussi fondamentales
pour la compréhension de l'univers et de tout ce qu'il contient,
on ne comprend pas que l'humanité ne puisse prélever
sur des budgets infiniment moins utiles les quelques milliards de
dollars qui permettraient de gagner une centaine d'années
dans une meilleure compréhension du monde. Ne serait-ce pas
pourtant la plus grande des urgences ? Il semble que l'on soit arrivé
à une époque où les grandes questions qui ont
toujours tourmenté les hommes pourraient trouver certaines
formes de réponse. Pourquoi attendre encore 100 ans et priver
nos enfants et petits-enfants de la joie d'y voir un peu plus clair
?
Geoffrey
Miller, psychologue évolutionnaire : La science
de la subtilité (The Science of Subtlety). L'auteur
pronostique la fin des antagonismes entre deux sortes de matérialistes,
ceux qui refusent d'admettre les émotions et autres sentiments
tant que les sites et mécanismes cérébraux
correspondants n'aurons pas été identifiés
et ceux qui se contentent de constater l'existence chez l'homme
du cerveau pour faire de celui-ci la source de l'aptitude à
une conscience complexe caractérisant l'espèce humaine.
Il compte pour les réconcilier sur le développement
prochain des techniques permettant de cartographier le cerveau en
action et, par ailleurs, dans un autre domaine d'étudier
les relations entre les gènes et leurs schémas (patterns)
d'expression au bénéfice des cellules nerveuses. Chaque
neurone dispose de nombreux gènes dont quelques-uns uns seulement
s'expriment, via le RNA et les protéines, lors de telle activité
du neurone. De même, ces schémas sont différents
d'une aire cérébrale à l'autre. Dans tous les
cas, ils se modifient non seulement au cours de la vie du sujet,
mais d'une heure à l'autre, en fonction des situations vécues.
Les progrès dans ces deux catégories de technologies
qui ne manqueront pas de se produire dans les 50 prochaines années
ouvriront la voie à une nouvelle approche de la complexité
psychologique en situation avec la complexité sociale. Les
états conscients éphémères (ou les états
inconscients) pourront alors aussi être pris en considération.
La coupure entre nature et culture disparaîtra progressivement.
De même devrait s'atténuer la croyance innée
selon laquelle chacun est persuadé de disposer d'une vie
riche et variée alors que celle d'autrui est jugée
pauvre et linéaire.
Notons cependant que l'auteur ne nous précise pas la façon
dont, pratiquement, les processus d'expression des gènes
neuronaux humains pourront être mis en évidence in
vivo avec le degré de finesse nécessaire. L'imagerie
cérébrale rencontrera sans doute, même dans
les décennies prochaines, d'importantes difficultés
pour observer de l'extérieur ce qui se passe dans un cerveau.
A plus forte raison l'étude de l'effet des gènes sur
le comportement des neurones. Les progrès des technologies
dans les 50 prochaines années seront-ils suffisants pour
résoudre ces difficultés ? On pourra renvoyer le lecteur,
sur cette question précise, à l'article ci-dessous
de Richard Dawkins. Sur Geoffrey
Miller, voir http://www.edge.org/3rd_culture/miller/
et http://psych.unm.edu/faculty/gmiller.html
Stuart
Kauffman professeur émérite de biochimie.Qu'est-ce
que la vie?. L'article résume les thèses de l'auteur,
déjà connues de beaucoup, sur la complexité
de la vie, l'impossibilité d'en prévoir l'évolution,
même en faisant la liste de toutes les préadaptations
susceptibles d'ouvrir, selon Darwin, la voie à de nouvelles
adaptations. L'univers ne peut être répété.
Il est lié à des choix particuliers échelonnés
dans le temps et non-réversibles. L'auteur ne semble pas
considérer que les 50 prochaines années apporteront
la capacité de reproduire la vie biologique telle que nous
la connaissons actuellement. Par contre, elles permettront la réalisation
de formes de vie nouvelles qui nous en apprendront beaucoup sur
la relativité et la complexité des mécanismes
biologiques en général. Ces formes à leur tour
évolueront selon des modalités que nous ne pouvons
prédire aujourd'hui. Sur Stuart
Kauffman, voir Home page http://www.santafe.edu/sfi/People/kauffman/
Richard
Dawkins, généticien
L'enfant de la loi de Moore (Son of Moore's
Law) . Cet article nous paraît un des plus important du
recueil. L'éminent généticien (dont on peut
espérer qu'il ne fait pas d'humour britannique dans ce texte)
annonce en effet des choses stupéfiantes. Il estime que la
Loi de Moore (doublement tous les 18 mois de la puissance des ordinateurs)
s'applique aussi dans le domaine des technologies d'analyse informatisée
des ADN - qu'il s'agisse des ADN humaines, animales ou végétales.
En 1965, selon les calculs d'un des ses collègues, le coût
de séquencement par paire de bases (par " lettre " du code
génétique) était de £1.000. Il était
tombé à £10 en 1975 et à £1 en 1995.
Dans le cadre du Programme Génome Humain, terminé
en 2000, il était de £0,1. Autrement dit, la quantité
de DNA séquencée pour £1.000 s'accroîtra
exponentiellement dans les 50 prochaines années, passant
de 10K bases en 2000 à 10gigabases ou plus en 2050. Il s'agira
de la seule technologie progressant si vite, en dehors de l'informatique,
les autres ne progressant qu'à des échelles arithmétiques.
Ceci veut dire qu'en 2050 il sera possible de séquencer
un génome humain individuel pour £100 d'aujourd'hui.
Chaque personne pourra disposer de son génome. Les conséquences
en seront considérables, aussi bien en termes médicaux
qu'en termes plus généralement scientifiques et politiques.
Aussi important sera le fait que pour le même prix, n'importe
qui pourra acheter le génome de n'importe quel organisme
vivant - ou disparu par extinction. Un premier résultat de
ceci sera la mise en évidence de l'arbre phylogénétique
de toutes les espèces connues.
Ceci dit, connaître le génome d'un organisme n'équivaut
pas à comprendre cet organisme. Pour arriver à calculer
un organisme à partir de son génome, 3 stades doivent
être franchis : 1° calculer la séquence d'acides
aminés d'une protéine à partir de la séquence
d'acide nucléique du gène codant pour elle. On sait
désormais le faire. 2° calculer le déploiement
en 3 dimensions de la protéine à partir de la séquence
d'acide nucléique écrite en une dimension. On peut
le faire aujourd'hui dans les cas simples, mais non sans difficultés.
3° calculer le développement entier de l'embryon à
partir de ses gènes et de leurs interactions, soit entre
eux soit avec l'environnement. Ceci reste encore expérimental
aujourd'hui. Mais les progrès avancent si vite (grâce
aux travaux sur les gènes de développement ou homéotiques
de type hox) que cela devrait devenir faisable sans difficulté
en 2050.
La encore, les conséquences scientifiques ou pratiques
de ces progrès seront immenses. On pourra calculer l'organisme
adulte d'une espèce inconnue à partir de son génome.
On pourra calculer de la même façon l'environnement
de cet organisme, lequel a façonné le génome
et se reflète " en creux " dans sa structure. Ceci sera particulièrement
utile pour la reconstruction des éco-systèmes disparus.
Grâce à la comparaison des génomes de différentes
espèces voisines, par ex. l'homme et le chimpanzé,
il sera possible de reconstituer le génome du fameux " lien
manquant " entre l'homme et le singe et le tout à l'avenant
en remontant les arbres taxonomiques. C'est ce que Dawkins avait
appelé écrire le Grand Livre Génétique
des Morts dans son livre Unweaving the Rainbow. Mais la connaissance
du génome ne restera pas théorique. Un génome
d'Australopithèque reconstitué à la fois par
la computation et par le génie génétique pourra
être implanté dans un ovocyte humain et donner naissance
à un petit australopithèque. On imagine, suggère
Dawkins, les débats éthiques en résultant.
Mais l'uf à cette date pourra sans doute aussi être
développé dans uns matrice artificielle. Il en sera
de même des dinosaures, dont les génomes reconstitués
pourront être implantés dans des utérus d'oiseaux
modernes. Ainsi le rêve de Jurassic Park pourrait-il être
réalisé de façon beaucoup plus efficace que
ne l'avait imaginé Michaël Chrichton. Sur Richard
Dawkins, voir http://www.edge.org/3rd_culture/bios/dawkins.html et
http://www.world-of-dawkins.com/default.asp
et
Paul
Davies, physicien théoricien. Y a-t-il eu une
seconde Genèse ? L'article présente les différentes
hypothèses ayant déjà été formulées
relatives à l'existence d'une vie sur Mars. Il décrit
les prochaines missions programmées pour l'exploration par
des robots puis pour l'envoi de visiteurs humains. Une mission de
4 hommes pendant 2 ans est estimée par lui à plusieurs
milliards de dollars. Mais les coûts pourraient en être
diminués à certaines conditions qu'il précise.
Il spécule ensuite sur les conséquences que pourrait
avoir la découverte sur Mars de formes de vie, même
disparues. Il rappelle ensuite les perspectives de la recherche
de planètes analogues à la Terre dans le système
solaire, en décrivant le projet de télescope interférométrique
de grande taille (Terrestrial Planet Finder, TPS) qui pourrait être
en orbite vers 2016. Sur Paul
Davies, voir http://www.edge.org/3rd_culture/bios/davies.html
et Home page http://aca.mq.edu.au/pdavies.html
John
H. Holland, professeur de psychologie et d'informatique:
Le futur et comment le prédire. L'auteur rappelle
que les modes de prédiction classiques, consistant à
extrapoler à partir des tendances actuelles, sont mis en
défaut aujourd'hui par la pris en considération des
systèmes adaptatifs complexes (CAS) dont l 'évolution
est généralement imprévisible en détail.
Or c'est le détail qui fait l'intérêt des prédictions,
surtout à long terme. Néanmoins, il est persuadé
qu'il est possible de faire des prédictions intéressantes
en utilisant la simulation sur modèles informatiques, dont
il décrit les avantages. Ceux-ci cependant, en l'état
actuel des techniques, demandent des ressources informatiques et
des délais tels qu'ils sont peu utilisables dans le cas de
la simulation des changements climatiques par exemple. Une solution
consiste à construire des blocs prédictifs se déroulant
comme des jeux-vidéos, entre lesquels l'intuition du prévisionniste
fera les interpolations nécessaires. Il distingue des blocs
dont l'évolution se déroule à des échelles
de temps de plus en plus lentes : le cadre des technologies, évoluant
rapidement, en application notamment de la Loi de Moore ; le cadre
social, évoluant plus lentement ; le cadre biologique enfin.
L'article analyse plusieurs phénomènes susceptibles
d'intervenir dans ces différents cadres d'ici 2050. Sur John
H. Holland, voir Festschrift pour son 70e anniversaire http://www.pscs.umich.edu/jhhfest/
Rodney
Brooks, roboticien. La fusion du biologique et de
la machine. L'article étudie les conflits idéologiques,
voire les guerres, susceptibles d'advenir dans les 50 prochaines
années suite à la prise de conscience de plus en plus
étendue du fait que des technologies et manipulations identiques
seront applicables aux hommes comme aux machines. Les scientifiques
ne discutent pas aujourd'hui le point de vue strictement matérialiste
selon lequel la vie et l'esprit résultent d'interactions
moléculaires. Ce modèle n'est pas encore complet,
mais il le deviendra dans quelques décennies. Mais l'opinion
publique, y compris celle des dirigeants, n'a pas encore pris conscience
de cela, comme le montre l'interdiction d'utilisation des cellules
souches embryonnaires formulée par le président G.W.Bush.
Dans l'intervalle, les laboratoires comme celui du MIT vont généraliser
l'ingénierie biologique (génétique) avec la
même rigueur que l'ingénierie mécanique l'a
été depuis 50 ans (wet lab). Le silicium, les métaux
et les cellules vont être assemblés en robots capables
de toutes sortes de choses, à commencer par des prothèses
à commande cérébrale implantées dans
les corps. Dans une vingtaine d'années, un saut culturel
se produira et il apparaîtra normal d'implanter de telles
prothèses dans des organismes sains, pour en améliorer
les performances. Ceci s'étendra au domaine cognitif puisque
la communication sans fil du cerveau avec les données sur
Internet deviendra possible. Parallèlement, au plan biologique,
l'ingénierie génétique devrait permettre de
modifier directement les organes du corps, par exemple en favorisant
le développement de nouvelles couches de neurones associatifs
dans le cerveau. La programmation des enfants à naître
en découlera tout naturellement. Des usines robotisées
utilisant les mêmes composants que les corps remplaceront
les hommes dans la plupart des tâches matérielles,
laissant à ceux-ci plus de temps pour la connaissance et
la pensée.
L'humanité sera ainsi incitée à se voir comme
un élément parmi d'autres d'un univers artificiel
aux processus de type industriel. Les questions de fond : qu'est-ce
que la vie, qu'est-ce qu'un homme, qu'est-ce qu'un sous-homme, qu'est-ce
qu'un surhomme, jusqu'où manipuler la vie et l'homme ? ne
se poseront plus seulement dans les cercles scientifiques mais au
sein de l'humanité tout entière. Les chocs culturels
en résultant pourront généraliser le vandalisme,
le terrorisme, voire de véritables guerres. L'homme sera
obligé d'abandonner son rôle d'observateur passif du
cosmos, pour adopter celui d'agent de transformation conscient de
ce même cosmos (manipulator). Il aura échappé
aux contraintes de l'évolution darwinienne pour entrer dans
un autre monde évolutif. Il lui faudra beaucoup de sagesse
pour contrôler son propre ubris et espérer atteindre
en bon état l'ère des communications intra-galactiques. Sur Rodney
Brooks, voir notre article et liens http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2002/mai/brooks.html
Peter
Atkins, chimiste. L'avenir de la matière.
La chimie moderne permet d'obtenir de nouveaux produits, mais aussi
de nouveaux matériaux. Elle est au cur de tout ce qui
a trait à la manipulation des atomes et à leur recombinaison
dans de nouvelles structures. Trois voies s'annoncent pour les 50
prochaines années. La première consiste à élaborer
par informatique de nouvelles structures et matériaux de
synthèse, assemblant les atomes selon des designs de plus
en plus élaborés. Cela s'étendra aux ordinateurs
eux-mêmes, l'ordinateur moléculaire constituant l'objectif
à atteindre. La deuxième voie concernera la chimie
organique. Les progrès de celle-ci laissent envisager la
production d'organismes analogues aux organismes vivants, disposant
d'ADN artificiels et des autres caractères de la cellule.
Ils incorporeront initialement du matériel biologique mais
pourront rapidement s'en passer. La production de protéines
et de membranes synthétiques viables deviendra possible.
Cependant, une vraie chimie organique, destinée à
réaliser des organismes vivants complets, ne sera pas encore
au point. Les éléments de ces organismes seront disponibles,
mais il restera à les assembler. Dans la 2e partie du siècle,
la fabrication de tels organismes vivants utilisant du silicium
ou du germanium au lieu de carbone deviendra possible.
Certaines molécules vivantes sont cependant si complexes
qu'elles ne pourront pas être fabriquer directement. On élèvera
alors des organismes vivants pour les produire, ce qui donnera lieu
à une " agrochimie ". Mais les plantes et bactéries
pourront produire aussi à grande échelle des molécules
plus simples. L'agrochimie se substituera à la pétrochimie.
La troisième voie consistera à manipuler les atomes
individuellement, afin de réaliser de nouvelles molécules
qui dans les conditions de la vie sur Terre n'auraient pu apparaître
ou survivre. Cette fabrication de molécules sur commande
fait déjà l'objet des nanosciences et nanotechnologies.
Elle conduira à la production de nanomatériaux de
toutes sortes., dont on connaît déjà les prototypes,
mais qui se diversifieront au profit de nombreux usages inattendus
aujourd'hui. Il ne s'agira pas, comme on le pense aujourd'hui souvent,
de faire des nanomachines analogues aux macro-machines, mais d'exploiter
les liaisons atomiques de façon à obtenir les mêmes
résultats en utilisant les énergies de liaison. On
pourra ainsi obtenir des bactéries qui produiront de telles
machines en sous-produit de leur activité vitale. Dans les
grandes constructions, les nanotubes de carbone se généraliseront,
augmentant considérablement leurs performances.
Il ne semble pas cependant que des découvertes majeures
puissent se produire dans la chimie des 50 prochaines années,
analogues à la découverte récente des fullerènes.
Mais des effets quantiques tout à fait inattendus pourront
survenir et changer aussi bien les théories que leurs applications.
Les ordinateurs seront de leur côté devenus si puissants
qu'ils pourront, associés éventuellement en vastes
réseaux (grid) aider à la réalisation de catalyseurs
sous de nouvelles formes (solid, microporous). D'autres au contraire
seront solubles dans des liquides.
Les techniques de l'analyse de matériaux se perfectionneront
aussi considérablement : chromatographie, spectrométrie
de masse, spectroscopie (qui est à l'origine des techniques
de Résonances Magnétique Nucléaire). Pour résoudre
la question essentielle de la forme spatiale (en 3D, protein-folding)
des grosses molécules, afin par exemple d'étudier
le rôle des gènes dans la synthèse des molécules,
les rayons X intenses produits par les synchrotrons se substitueront
aux analyses par ordinateurs, qui atteignent actuellement leurs
limites.
Ainsi la chimie des 50 prochaines années aura considérablement
perfectionné ses trois fonctions traditionnelles, la synthèse,
l'analyse et l'observation des structures. Restera l'étude
des réactions, montrant comment une substance est transformée
en une autre. Les progrès de la spectroscopie permettront
d'observer les réactions dans des temps de plus en plus courts
(en dessous de la femtosecond (10-15 s.). Les techniques précédemment
présentées pourront être appliquées dans
ces conditions avec de plus en plus de précision. Pour
en savoir plus dans le domaine de la chimie, peu visitée
par notre revue, le lecteur pourra consulter The
Periodic Kingdom: A Journey into the Land of the Chemical Elements
(Science Masters Series) de P. W. Atkins - mai 1997
Roger
C. Schank, chercheur en intelligence artificielle et
sciences cognitives. Allons nous devenir plus intelligemment
efficaces (Are we going to get smarter ?). L'article
montre le retard qu'ont en permanence les instances académiques
au regard de l'évolution des technologies d'apprentissage
et de formation et de leurs applications sociales. Dans un monde
où les sciences et techniques vont modifier radicalement
la société (comme le montrent les autres articles
du recueil), va-t-on devenir plus intelligent et plus efficace ?
A cet égard, les gens auront moins besoin d'informations
que d'" expériences virtuelles " . Celles-ci offriront à
chacun, selon son niveau, la possibilité d'expérimenter
virtuellement, dans tous les domaines où de bonnes pratiques
innovantes seront requises. Les jeux vidéo en ligne à
multiples partenaires lui paraissent un bon exemple de ce qu'il
faudra faire. Sur Roger
Schank, voir CV http://mitpress.mit.edu/e-books/Hal/chap8/author.html
Jaron
Lanier, chercheur en informatique (réalité
virtuelle) et musicien. Le plafond de la complexité.
L'article propose de nouvelles logiques de traitement informatique
pour éviter de se voir arrêter par le mur de la complexité
atteint par les logiciels actuels. Les premiers théoriciens
de l'informatique et de l'Intelligence Artificielle y avaient vu
des outils universels pour résoudre tous les problèmes.
Aujourd'hui le relais est pris par ceux qui prédisent l'avènement
d'une " singularité " résultant de la généralisation
des ordinateurs et des réseaux aux capacités croissant
exponentiellement. En pratique, les déceptions s'accumulent
: pannes des matériels et des logiciels, impossibilité
d'améliorer sensiblement la productivité de ces derniers,
sauf à augmenter considérablement les coûts.
Les 50 prochaines années risquent de voir la surestimation
des capacités et la sous-estimation des difficultés
se poursuivre. C'est le scénario dit de la Planète
de la Ligne Rouge (Planet of the Help Desk), chaque humain
étant occupé à assurer la maintenance et gérer
les pannes des très grands systèmes. Pour éviter
cela, différentes possibilités s'ouvrent. La première
consistera à ne s'intéresser qu'aux informations ayant
un fort potentiel sémantique. La complexité des logiciels
est limitée par les capacités des programmeurs à
les analyser explicitement et les gérer. On ne peut pas espérer
dépasser la limite de 10 millions de lignes de code, quelle
que soit l'efficacité du hardware. Il faut donc abandonner
les architectures et protocoles reposant sur la gestion de bits
en séquence le long de lignes de transmission. La nature
ne fonctionne pas ainsi. Ainsi, on ne peut pas se référer
à ce modèle pour comprendre le traitement des données
fournies à l'aire visuelle du cerveau par le nerf optique.
La nature opère par comparaison de schémas (patterns)
et la mise en place de modèles implicite de reconnaissance
et de confirmation.
Pour expliciter cela, l'auteur prend une comparaison : Si des
équipes médicales différentes concevaient,
séparément les unes des autres et donc de façon
incompatible, qui un cur artificiel, qui un rein ou un membre
artificiel, la réalisation du corps complet supposerait d'écrire
un protocole de communication inter-organes. Or ce qui fonctionne
encore très bien avec Inernet deviendrait en ce cas impossible
vu la complexité de la tâche. Il faudrait réécrire
chacun des protocoles particuliers. Se consacrant à cette
tâche, les chercheurs ne pourraient plus poursuivre leurs
études et le projet s'arrêterait.
Les informaticiens ne semblent pas capables aujourd'hui de revenir
sur les méthodes développées il y a plus de
30 ans pour la gestion de systèmes plus simples. Ils se bornent
à accumuler par couches de nouveaux objets " encapsulés
" (pour le grand bénéfice des fabricants de logiciels)
de plus en plus difficiles à faire coopérer, dans
des ensembles de moins en moins adaptatifs. On ne cherche pas à
repenser l'ensemble. Ainsi le concept de fichier est encore un point
de passage obligé de tout traitement, alors qu'il serait
sans doute préférable aujourd'hui de saisir et partager
l'information à partir de grains soit plus fins soit plus
gros.
En reprenant son exemple de la construction d'un corps artificiel
à partir d'organes conçus séparément,
l'auteur propose une méthode plus globale que la réalisation
(impossible) d'un protocole commun de communication. Chaque organe
serait vu par les autres comme une surface définissable par
un petit nombre de paramètres mesurables (température,
pression, entrées et sorties chimiques, etc.). Pour communiquer
avec un autre, chaque organe devrait construire un modèle
de celui-ci à partir de ces paramètres. Il utiliserait
ce modèle pour interpréter les informations provenant
de l'autre, et s'y ajuster le cas échéant. Jaron Lanier
qualifie ce processus de "statistical surface binding", que l'on
pourrait traduire, sauf erreur, par "liaison entre objets par interprétation
statistique de données globales fournies par ces objets".
En matière de logiciels, le système d'exploitation
global consisterait à faire travailler ensemble des logiciels
qui reconnaîtraient, interpréteraient et le cas échéant
prédiraient les autres. Ainsi l'effondrement global ne serait
plus possible.
Cette procédure consistant à se représenter
les systèmes complexes comme un ensemble de relations entre
composants de grande taille pourrait être appliquée
à la simulation des systèmes vivants. L'évolution
a sans doute mis en uvre des méthodes analogues permettant
l'auto-optimisation pour atteindre les niveaux actuels de complexité,
qui fonctionnent sans pannes importantes. L'évolution n'a
pas exploré, sur le mode de l'informatique traditionnelle,
le nombre infini des combinaisons possibles pour choisir les meilleures.
Elle a procédé par héritages successifs (legacy),
chaque héritage réduisant l'espace de recherche de
configuration pour le choix suivant. Lorsque je dis "oui" au magistrat
qui me marie, mon oui ne prend son sens qu'au regard de l'héritage
qu'est l'institution du mariage. Il n'a pas le même sens que
le "oui" que j'adresse à quelqu'un qui me demande si j'ai
du feu.
L'article appelle en conclusion à la réalisation
d'une méthode de description des systèmes complexes
à partir des couches d'informations ayant des effets causaux
ou déterminants sur les autres. Ainsi seraient modélisés
les "héritages" que l'évolution naturelle aurait superposés
pour obtenir les complexité que nous découvrons, notamment
dans la biologie. Si cela n'est pas fait, il ne servirait à
rien de disposer de calculateurs aux possibilités constamment
et exponentiellement accrues. On n'en tirera rien.
Ndt : il sera intéressant de comparer
cette approche de la complexité avec celle qui est utilisée
par les chercheurs dans le domaine de la vie artificielle, en obtenant
du complexe émergent par interaction darwinienne entre composants
simples.
Sur Jaron Lanier voir Home page http://www.well.com/user/jaron/
et http://people.advanced.org/~jaron/general.html
Samuel
Barondes, neuro-psychiatre. Les drogues, l'ADN et
le divan de l'analyste. L'auteur pronostique que la psychiatrie
de demain fera moins appel aux drogues et aux psychothérapies
qu'à l'analyse des différences génétiques
entre individus susceptibles d'affecter les comportements et les
personnalités. Il s'agit de répondre à la question
qui se pose en permanence : qu'est-ce qui rend tel individu sensible
à tel facteur déstabilisateur alors que tel autre
individu n'en souffre pas ? Certains traversent sans dommage des
événements très traumatisants tandis que d'autres
y succombent. Et pourquoi, en ce dernier cas, les uns réagissent
par la dépression, les autres par l'anxiété
et d'autres enfin par le délire schizophrénique ?
On estime généralement que les facteurs prédisposant
sont héréditaires. Mais de quelle façon ? Il
apparaît aujourd'hui que les variants génétiques,
ou allèles, sont responsables de la diversité humaine,
y compris la sensibilité plus ou moins grande aux agressions.
Plutôt que s'interroger sans fin sur les influences culturelles
(par exemple le rôle de l'éducation), on comparera
les ADN des membres d'une même famille, afin d'identifier
les variants correspondant aux troubles de certains de ses membres
et les comparer avec ceux d'autres familles. Ceci sera rendu possible
par les progrès dont bénéficiera l'analyse
des génomes (voir aussi l'article ci-dessus de Richard Dawkins).
Chaque individu pourra disposer d'une carte génétique
détaillée identifiant notamment les variants prédisposant
à certaines maladies ou troubles. A partir de cela, des études
mieux ciblées faisant appel à l'imagerie médicale
ou à des drogues adaptées pourront permettre des actions
préventives, par inhibition ou incitation de la production
des molécules actives. Sur ces bases, rien n'empêchera
la psychiatrie ou la psychothérapie plus traditionnel d'intervenir,
mais elles le feront de façon mieux adaptées aux cas
particuliers à traiter. C'est la connaissance de la "nature
humaine" en général qui en bénéficiera.
Au début du 20e siècle, nous dit l'auteur, on avait
découvert avec Freund le rôle déterminant des
pulsions inconscientes. Dans la seconde moitié du 20e siècle
ce fut la découverte du rôle des médiateurs
chimiques. Dans 50 ans, la carte ADN individuelle identifiant les
variants génétiques responsables de tel ou tel trouble
permettra de compléter et de mieux asseoir la consultation
psychiatrique. Mais il est probable que la demande de consultations
et de soins ne diminuera pas sensiblement pour autant. Sur Samuel
Barondes, voir http://www.ucsf.edu/pibs/faculty/barondes.html
Nancy
Etcoff, professeur en psychologie et sciences
cognitives. Scans cérébraux, diagnostics mobiles
et thérapies courtes (Brain Scans, Wearables et Brief
Encounters) . L'article offre une suite au précédent,
en développant l'hypothèse que le besoin d'une relation
thérapeutique entre patient et soignant sera toujours aussi
grand dans les prochaines décennies, du fait notamment de
l'augmentation de la durée de la vie et de l'accession aux
soins de populations de plus en plus importantes. Mais de nombreux
instruments de diagnostic et de traitement nouveaux permettront
de modifier cette relation, en la rendant plus brève bien
qu'aussi efficace. Sur Nancy
Etcoff, voir Edge: http://www.edge.org/3rd_culture/bios/etcoff.html
Paul
W. Ewald, professeur de biologie et de médecine
évolutionnaire (discipline qu'il dit avoir fondée).
Maîtriser les maladies. L'auteur s'interroge sur la
façon dont dans l'avenir on pourra mieux comprendre et traiter
les maladies chroniques (cardiopathies, cancer, Alzheimer, schizophrénie,
diabète, etc. ). Il faudra répondre à deux
questions différentes. La première sera d'ordre mécanique:
quel est l'agent qui provoque la maladie, génome, infection,
environnement, etc. ? La seconde sera d'ordre évolutionnaire
: quelles sont les pressions de sélection qui expliquent
l'apparition et le développement de la maladie ?
La première approche, ne remontant pas assez haut dans
les causes, ne permet que des cures ou traitements locaux (patch
jobs). Mais l'histoire de la médecine montre que les grands
succès thérapeutiques ont été apportés
par des biologistes ou des chimistes se posant des questions plus
générales sur la vie et les organismes. L'approche
privilégiée par l'auteur, dans cet esprit, est la
médecine évolutionnaire. Celle-ci ne doit pas se limiter
à interroger l'influence du génome des patients dans
l'apparition de telle maladie chronique, liée ou non à
la sénescence. Elle doit aussi porter sur l'évolution
des génomes des parasites et leur co-évolution avec
les génomes des patients. Il apparaîtra sans doute,
dans les 50 prochaines années que la plupart des maladies
chroniques, y compris le cancer, sont dues à des parasites.
Mais tester ces hypothèses demandera des décennies,
la preuve d'un mécanisme infectieux étant très
difficile à obtenir - sauf dans des cas rares et bien étudiés
comme en ce qui concerne les maladies induites par le virus HIV.
On ne peut espérer la même rapidité en ce qui
concerne par exemple les éventuelles causes infectieuses
de l'athérosclérose ou du cancer. Ceci d'autant plus
que la plupart des scientifiques actuellement vivants se sont forgé
une opinion sur les causes de ces maladies et ne sont pas près
de les abandonner - ce qui veut dire qu'il faudra attendre leur
mort pour que des collègues plus jeunes prennent le relais
avec de nouvelles hypothèses.
L'article comporte un tableau des principales affections chroniques
avec une date estimée (de 2010 à 2025) où leur
caractère infectieux sera reconnu. Les cas les plus typiques
sont discutés, notamment celui du cancer, que la plupart
des carcinologues considèrent encore aujourd'hui comme résultant
d'autres causes qu'infectieuses.
Les agents infectieux identifiés, il faudra développer
différents types de vaccins. Mais ceci ne suffira pas. Il
faudra mieux comprendre les causes qui provoquent la virulence,
transformant un hôte inoffensif en pathogène (ndt
: à cet égard, nous avons dans cette revue évoquée
le facteur dit du quorum sensing), comme celles qui provoque
la résistance aux antibiotiques.
Aujourd'hui, on se fait beaucoup de souci concernant les risques
d'explosions épidémiques nouvelles telles que la fièvre
d'Ebola ou les maladies à prions (ndt, aujourd'hui, la pneumonie
atypique apparue à Hanoï ) alors que les vecteurs
en sont difficilement transmissibles. Mais, nous dit l'auteur, il
vaudrait mieux s'inquiéter du fait que les hommes meurent
massivement par la faute de parasites encore inconnus provoquant
les attaques cardiaques ou les cancers. C'est contre de tels parasites
dévastateurs qu'il faudrait concentrer les recherches des
prochaines décennies, afin de permettre à l'homme
d'atteindre indemne l'âge limite que lui imposent ses gènes.
Ndt: Si ces hypothèses relatives
à l'origine infectieuse de beaucoup de pathologies chroniques
se trouvaient vérifiées, il s'agirait d'un vrai coup
de pied dans la fourmilière médicale. On peut penser
cependant que, même en ce cas, l'étude des interactions
entre un hôte ou terrain déterminé et tel ou
tel germe resterait indispensable. Pourquoi par exemple, dans une
épidémie de grippe, la majeure partie des gens en
contact avec le virus.
Nous présentons de façon
plus sommaire les articles suivants, qui ne nous ont pas paru d'une
aussi grande originalité, tout au moins aux yeux de lecteurs
aussi avertis que les nôtres :
Les
mathématiques en 2050 par Ian Stewart, mathématicien
et écrivain scientifique. Seuls les spécialistes apprécieront
la portée des progrès prévus par l'auteur dans
ce domaine abstrait.
Dans
l'ombre de la culture (In the Shadow of Culture) par Brian
Goodwin, biologiste. L' article est moins une prévision qu'une
méditation sur la science, la vie, la conscience et les croyances.
L'échange
des cerveaux (Swappable minds) par Marc D. Hauser, cogniticien
et neurologue. L'article étudie les relations possibles entre
les systèmes mentaux des animaux et des hommes, à
la suite notamment d'expériences de génie génétique
et de greffes inter-spécifiques.
Ce
que les enfants apprendront aux scientifiques, par Alison Gopnik,
professeur de psychologie. L'article suppose que dans 50 ans, les
théories de l'apprentissage auront considérablement
progressé, permettant de comprendre comment les adultes,
les enfants et les ordinateurs acquièrent leurs connaissances.
En conséquence les processus d'apprentissage devraient être
rendus plus efficaces.
Vers
une théorie du développement moral, par Paul Bloom,
professeur de psychologie. L'article propose des considérations
- assez suspectes à notre goût - relativement à
la façon dont dans les prochaines 50 prochaines années,
il sera possible de comprendre pourquoi les individus deviennent
" bons " ou " mauvais ". Mais il doute que l'on puisse à
cette époque faire en sorte qu'une morale élaborée
l'emporte sur les déterminants primaires des comportements
humains
L'avenir
du bonheur, par Mihaly Csikszentmihalyi, professeur de psychologie
et conseil en gestion. On peut considérer cet article comme
complétant celui précité de Geoffrey Miller.
Il développe différentes considérations sur
la façon dont les humains devront, s'ils le peuvent, grâce
aux progrès de la génétique et d'autres sciences
du développement, orienter les profils et les comportements
de leurs enfants ou de leurs concitoyens. Il met en garde contre
les vues simplistes, en rappelant la complexité et la grande
variabilité des états de conscience.
Serons-nous
toujours tristes dans 50 ans, par Robert M. Sapolsky, professeur
de biologie et neurologie. L'article s'interroge principalement
sur la façon de prévenir la dépression dans
l'avenir, soit par des actions de type pharmacologique, soit par
des mesures d'ordre social ou économique.
L'avenir
des théories du chaos et de la complexité par Steven
Strogatz, professeur de mathématiques appliquées.
L'article rappelle l'histoire de ces théories et les apports
récents de l'étude des systèmes adaptatifs
complexes. Il ne propose pas selon nous de perspectives très
nouvelles dans ces domaines.
David
Gelernter, professeur d'informatique Se connecter aux faisceaux
d'information (Tapping into the Beam) ; L'article analyse
les possibilités qui seront offertes dans l'avenir par la
cyber-sphère, constituée de faisceaux d'informations
multiples sur lesquels il sera possible de se brancher. Il s'agit
d'une vue un peu théorique qui ne tient pas assez compte
des différences culturelles.
Joseph
Ledoux, professeur en neurosciences. L'esprit, le cerveau et le
soi. L'article présente les différentes techniques,
allant de l'imagerie médicale à l'usage de molécules
(smart drugs) pour comprendre le fonctionnement des fonctions cérébrales
et le cas échéant, agir sur elles afin de remédier
à leurs dysfonctionnements. Même observation que ci-dessus.
Judith
Rich Harris, psychologue. Ce qui nous rend ce que nous sommes (What
Makes us the Way We are). L'auteur estime que, dans 50 ans,
beaucoup des conditions dans lesquelles s'élabore la personnalité
et s'acquiert la compétence individuelle resteront encore
inconnues. D'où la difficulté de définir des
programmes éducatifs efficaces.