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Entre science
et intuition
la conscience artificielle
Préface
du sénateur René Trégouët
au livre à paraître de Jean-Paul Baquiast et Alain
Cardon : Entre
science et intuition, la conscience artificielle
Editions
Automates Intelligents (mi-avril 2003)
René
Trégouët est sénateur du Rhône,
président du Groupe de prospective du Sénat,
auteur notamment du rapport "Des pyramides du Pouvoir aux
Réseaux de Savoirs", 1999 . Il dirige plusieurs revues
d'information sur le web, notamment @RT
Flash, hebdomadaire gratuit consacré à l'Internet,
l'informatique, les nouvelles technologies, les sciences de
la vie, l'économie et les sciences de la terre.
Il a bien voulu nous faire parvenir la présente préface.
Nous l'en remercions très vivement. Le sénateur
Trégouët est un des rares hommes politiques français
qui se battent inlassablement pour la prise en considération
de l'importance des sciences et des technologies émergentes
dans un pays tel que la France
L'accélération exponentielle, conforme
à la loi de Moore, des capacités des ordinateurs et
des réseaux exigera des progrès de même importance
dans les domaines critiques des logiciels et de la modélisation.
Sans cet effort, les applications futures, principalement dédiées
au domaine militaire, resteraient coûteuses. Or aujourd'hui
une réelle demande s'exprime dans l'ensemble des sciences
pour la modélisation des systèmes complexes. Cette
attente se fait ressentir, essentiellement, au niveau des éco-systèmes,
de la génétique et du développement des organismes
biologiques. Les équilibres et déséquilibres
des systèmes sociaux, et même les processus mentaux
sont concernés.
Mais sera-t-on toujours obligé pour ce
faire de recourir à des supercalculateurs de plus en plus
puissants, mais aussi de plus en plus coûteux, dont l'efficacité
ne paraît d'ailleurs pas s'accroître à la même
vitesse que le prix ? La presse spécialisée s'est
faite l'écho des interrogations concernant les récentes
annonces des firmes Cray et IBM, suite à la décision
japonaise de mettre en place un "Simulateur de la Terre" équipé
d'un supercalculateur NEC. Il est significatif de voir par exemple
que les projets d'ordinateurs super-scalaires d'IBM, visant les
400 teraflops (millions de millions d'opérations par seconde),
n'atteindront qu'un rendement de 10 % de la puissance des grappes
de machines les constituant. L'ordinateur vectoriel de Cray visant
le pétaflops (million de milliards d'opération par
seconde) devrait être plus efficace, mais là encore
sans proportion avec l'augmentation de puissance. Ceci tient au
fait que la logique de la modélisation est restée
traditionnelle. Il s'agit de traiter en parallèle des milliers
d'équations principalement linéaires reliant des millions
de données d'observation déjà périmées
au moment du traitement.
Tout laisse à penser que la modélisation
des phénomènes complexes naturels va changer dans
ces prochaines années avec la généralisation
de modèles "constructibles" du réel, qui pourront
être développés sur des réseaux de micro-ordinateurs
de type PC, certes en grand nombre, mais globalement bien moins
coûteux que les supercalculateurs précités.
Cette modélisation aura recours à ce que l'Intelligence
Artificielle désigne du nom de systèmes auto-adaptatifs
massivement multi-agents. Leur logique inspire la robotique évolutionnaire
moderne. On sait qu'aujourd'hui, pour apprendre un comportement
de type animal ou même humain à un robot doté
d'un "corps" lui-même composé d'un grand nombre de
capteurs et d'effecteurs le mettant en relation avec son environnement,
il serait vain d'essayer de programmer ces comportements à
l'avance à grand renfort d'analyses statistiques et de fonctions
mathématiques. Ce qui reste bon pour le pilotage d'un engin
tel qu'un avion ou une fusée ne l'est plus pour simuler le
comportement d'une simple bactérie, et a fortiori d'un organisme
biologique complexe, un cafard, un chien ou une toute petite partie
d'un cerveau humain. Il faut ici mettre le robot dans un environnement
stimulant et le laisser, par évolution darwinienne des plus
classiques, s'adapter de lui-même aux contraintes de son environnement.
C'est bien ce qu'a fait l'évolution biologique, permettant
l'apparition de prédateurs aussi redoutables, chacun dans
son genre, que l'homme ou le virus du sida.
Les processus informatiques dits évolutionnaires
permettant cela ont été étudiés dans
de nombreux laboratoires. Ils ont donné naissance aux produits
désormais bien connus de la vie artificielle, qui trouvent
notamment des usages en interaction avec les organismes vivants,
par exemple dans le domaine des prothèses réputées
"intelligentes" en matière médicale. Mais aujourd'hui,
la barre est placée beaucoup plus haut. Il suffit pour s'en
convaincre d'analyser les appels à propositions du ministère
de la défense américain (Darpa) ou de la Nasa. L'objectif
est de réaliser à échéance de 5 à
10 ans différents types de "cognitive systems" qui
devront afficher, dans des domaines rudimentaires certes, des performances
analogues, ou presque, à celle de l'homme, ceci en autonomie
complète par rapport à un centre de contrôle.
Non seulement ces systèmes devront apprendre à explorer
un milieu totalement inconnu, y survivre, mais aussi éprouver
des sensations puis des émotions, par exemple la peur qui
les empêchera de courir des risques inutiles, ou l'altruisme
qui au contraire les poussera à venir au secours des autres.
Les Japonais ne sont pas en reste, comme je l'ai plusieurs fois
montré dans les chroniques de ma Lettre Hebdomadaire @RT
Flash (www.tregouet.org).
Mais pour le moment ils appliquent ces recherches à la production
de robots humanoïdes ou animaloïdes (tels les futures
versions du célèbre chien Aibo) dont ils espèrent
d'importants marchés nationaux et internationaux. Il est
inutile d'ajouter que les performances attendues des composants
à bases de nanomatériaux ou de puces quantiques augmenteront
vertigineusement les possibilités de ces machines. Le temps
n'est pas très loin sans doute où celles-ci pourront
passer victorieusement le fameux test de Turing, c'est-à-dire
se comporter de la même façon que des hommes, au moins
dans des conversations simples n'impliquant pas une connaissance
exhaustive de l'ensemble de l'histoire humaine.
En France, nous n'en sommes malheureusement pas
là, sauf sur le plan de la conception des systèmes.
Nous devons en effet au professeur Alain Cardon, un des deux auteurs
de ce livre, d'avoir dès 1999, dans un ouvrage fondateur
mais difficile "Conscience artificielle et systèmes adaptatifs"
proposé les mécanismes permettant la construction
d'une véritable conscience artificielle. Il a complété
cette première approche en dirigeant les thèses de
plusieurs de ses élèves, puis dans un ouvrage qui
vient de paraître dans la même collection que celle
du présent livre, sous le titre "Modéliser
et concevoir une machine pensante - Approche constructible de la
conscience artificielle ". Tout laisse penser que les laboratoires
et les industriels français ou européens trouveraient
là matière à réaliser des "cognitive
systems" au moins aussi performants que ceux à l'étude
aux Etats-Unis ou au Japon. Encore faudrait-il qu'ils s'intéressent
aux applications de tels systèmes, ce qui n'est pas le cas.
En attendant, un thésard du professeur Cardon a été
recruté au Japon, ce qui est excellent mais ne nous profitera
à terme qu'indirectement.
Pour essayer de convaincre le grand public et
les hommes politiques de l'intérêt d'investir dans
les sciences de la complexité, et notamment dans les recherches
intéressant de tels systèmes de conscience artificielle,
les fondateurs de la revue en ligne Automatesintelligents.com, Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin, viennent de créer une collection
d'ouvrages, dite aussi Collection Automates Intelligents, où
ils souhaitent éditer les écrits originaux de scientifiques
ou praticiens intéressés par ces nouvelles approches.
Ils amorcent- si je puis dire- le flux en publiant des livres résultant
de leur pratique de la communication scientifique en ligne, initiée
déjà depuis 3 ans.
Le présent essai, qu'ils m'ont proposé
de préfacer, ce que je fais avec plaisir, présente
de façon claire, à travers quelques exemples de grande
actualité, les services que pourraient rendre en France les
systèmes dits de conscience artificielle. Jean-Paul Baquiast
y analyse quatre applications significatives parmi de nombreuses
autres possibles. Il y discute aussi les nouvelles perspectives
de la modélisation des systèmes complexes et de l'autonomie
des robots. Alain Cardon complète le livre par une description
résumée mais suffisante de son système.
Je n'ai plus qu'une chose à souhaiter au
livre et à ses auteurs : qu'ils éveillent en France
un intérêt plus grand que celui porté actuellement
sur les perspectives extraordinaires de ces nouvelles entités
artificielles. Je souhaite également bon vent à la
collection.
Entre science et intuition, la conscience
artificielle Sommaire
Préface
du Sénateur René Trégouët
Avertissement
Introduction
Première partie : prototypes de conscience artificielle
Chapitre 1 : Un avion de tourisme est tombé sur la
zone industrielle
Chapitre 2 : Pas d'éoliennes dans la commune
Chapitre 3 : Une conscience artificielle pour Mars
Chapitre 4 : Le simulateur de la Terre
Deuxième partie : Les systèmes d'observation
auto-adaptatifs
Chapitre 5 : Des propriétés originales
Chapitre 6 : La conquête de l'autonomie
Chapitre 7 : Modèles et modèles
Chapitre 8 : A la recherche du Graal
Conclusion
Avertissement au lecteur
Ce livre s'inscrit dans la démarche qui est à
l'origine de la Revue Automates-Intelligents, et de la collection
qui la prolonge :
- présenter les idées originales (on dirait aujourd'hui
émergentes) de chercheurs scientifiques reconnus dans leur
domaine;
- montrer, en simplifiant si nécessaire la formulation, les
applications économiques, sociales et politiques de ces idées.
Dans les deux cas, nous visons le plus large public possible,
mais il est évident que dans le deuxième cas, nous
seront conduits à des simplifications qui, aux yeux du chercheur,
apparaîtront parfois comme des déformations. Mais nous
pensons que communiquer est à ce prix. La discussion avec
les lecteurs restant toujours ouverte, notamment dans notre revue
et dans la perspective de rééditions, les quelques
incompréhensions et divergences devraient pouvoir être
éclaircies.
Alain Cardon a inauguré cette collection par un ouvrage
sur la conscience artificielle (Modéliser
et concevoir une machine pensante
- Approche constructible de la conscience artificielle) qui
sera suivi très prochainement d'un autre sur la complexité
organisationnelle et les systèmes d'observation auto-adaptatifs
(L'approche constructiviste de la complexité. Il s'agit de
livres scientifiques, dans la forme traditionnelle à de telles
publications.
Jean-Paul Baquiast, dans une démarche différente,
mais complémentaire, a mis en valeur les implications que
les théories de la complexité devraient avoir sur
la vie politique, trop souvent ignorées encore en France
par les responsables et les militants. Il a publié à
cette fin, sous une forme n'exigeant pas la moindre connaissance
scientifique, un essai en deux tomes, intitulé: Sciences
de la complexité et politique, Tome 1 Comprendre,
Tome 2 Agir. 2003.
Il manquait à ces premiers ouvrages une illustration,
à destination du grand public, des perspectives ouvertes
par les systèmes dits auto-adaptatifs ou, plus simplement,
de conscience artificielle, tels qu'étudiés par Alain
Cardon. C'est l'objet du présent essai. A propos de cas concrets
concernant le fonctionnement de la société d'aujourd'hui,
dont la complexité est bien plus grande qu'il n'apparaît,
le livre montre la place et le rôle de nouveaux outils informatiques
inspirés par ce concept de conscience artificielle.
Le lecteur constatera que nous avons dû simplifier beaucoup
la présentation des théories et expériences
menées par Alain Cardon. Pour en savoir plus, il faudra se
référer aux ouvrages de cet auteur.