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25 septembre 2004
Notes par Jean-Paul Baquiast

Introduction au siècle des menaces

Couverture du livre introductin au siècle des menaces

Introduction au siècle des menaces
par Jacques Blamont

Odile Jacob
2004


Jacques BlamontLe professeur Jacques Blamont est membre de l'Académie des sciences, professeur émérite à l'Université Paris-VI. Il a été un des acteurs des programmes spatiaux français, en liaison notamment avec la Nasa, le JPL et les centres spatiaux de l'ex-URSS.
Il a notamment publié Vénus dévoilée, Le Chiffre et le Songe, Le Lion et le Moucheron.

Pour en savoir plus
Page de l'Académie des sciences :
http://www.academie-sciences.fr/membres/B/Blamont_Jacques.htm
Le journal du CNRS : http://www2.cnrs.fr/presse/journal/1648.htm

Des périls imparables, parce qu'émergents et trop rapidement convergents

Présentation générale

On ne peut pas, à moins d'être dénué à la fois d'imagination et d'une connaissance minimum de ce qu'est le monde global, sortir indemne de la lecture du dernier livre de Jacques Blamont, Introduction au siècle des menaces. J'irai plus loin. Sur beaucoup de gens, ce livre devrait faire l'effet de la vision qu'a eue Paul d'Ephèse sur le chemin de Damas, les dépouiller de toutes leurs certitudes rassurantes et les laisser seuls, confrontés à leur mort annoncée.

La thèse est simple, résumée dans le Prologue. L'auteur raconte que, en 1993, lors d'une mission au Jet Propulsion Laboratory, face à un cas d'extrême misère, il a pris conscience du fait que la science fondamentale, qu'il croyait capable d'élever le niveau matériel et moral de l'humanité, n'était qu'un des aspects trompeurs de ce qu'il nomme "quelque chose d'énorme et de mystérieux", un mécanisme implacable s'étant mis en marche pour détruire la civilisation.

Ce mécanisme, c'est le développement exponentiel des sciences et des technologies, produisant un développement lui aussi exponentiel des populations et des besoins, sur une Terre dont les ressources actuelles et futures se révèlent incapables de faire face à la demande. Il en résulte déjà une inégalité intellectuellement peu supportable entre les favorisés dont le revenu dépasse les 50 $ par jour et les milliards d'hommes à 1 $, comme il les appelle. Mais bientôt, du fait des réseaux modernes qui font du monde, comme on l'a dit, un vaste village, ces milliards d'homme à 1 $ ne vont pas rester tranquillement chez eux à mourir, comme actuellement au Darfour. Ils vont détruire, involontairement par leur seule volonté de survivre, puis de plus en plus volontairement, la citadelle de privilèges où croyaient s'être enfermés les favorisés. Ceux-ci, par leur aveuglement despotique, ne feront rien pour prévenir le mal, mais au contraire accéléreront leur propre destruction.

Plusieurs sortes de catastrophes nous menacent, qui se conjugueront. L'auteur cite évidemment d'abord les conflits armés entre Etats, principalement nourris par la politique américaine d'hégémonie reposant sur un effort effréné de maîtrise des technologies de domination civiles et militaires. Le cœur en est fourni par les moyens de surveillance et de combat faisant appel à l'électronique et aux réseaux. C'est la Cyberwar, qui n'exclut pas cependant le renforcement des arsenaux nucléaires, bactériologiques et chimiques déjà constitués dans la prévision d'une guerre avec l'URSS. Mais de nombreux Etats émergents se sont donnés ou vont se donner aussi de telles armes. Ils n'auront pas la maîtrise américaine, mais ils pourront provoquer - et provoqueront inévitablement, pense l'auteur - des conflits catastrophiques. On pense à l'Inde et au Pakistan, mais bien d'autres théâtres d'opérations pourront s'ouvrir dans les années à venir.

La deuxième grande menace est celle à laquelle aujourd'hui tout le monde se réfère, le terrorisme mené par des entités proliférantes sur le mode viral, utilisant les ressources de l'Internet et des réseaux multimédia pour mobiliser progressivement dans la guerre contre les riches des millions puis des milliards de fanatiques n'ayant rien à perdre. C'est ce que Jacques Blamont appelle la netwar. Les Etats-Unis mènent aussi la netwar. C'est même une de leurs formes d'assujettissement des esprits. Mais ce sont les internationales terroristes qui en tirent dorénavant le meilleur profit.

D'autres types de menaces sont déjà en route, en arrière plan des précédentes. C'est l'épuisement des ressources de l'écosystème, objet de beaucoup de discours, mais dont nul ne mesure ce qui en résultera : les hommes à 1 $, entassés dans des mégapoles submergées par les risques naturels, se jetteront à l'assaut des pays riches. C'est aussi et surtout, dirait sans doute l'auteur, les innombrables maladies mutantes qui viendront à bout des illusoires protections sanitaires derrière lesquelles l'Occident croit encore pouvoir s'abriter. La route du futur est ainsi barrée, et bien barrée, par un mur infranchissable.

On dira que les messages de ce type n'ont rien d'original. Tant et si bien qu'ils n'ont plus guère d'effet. Quand ils proviennent des militants tiers-mondistes ou altermondialistes, ils sont repris et déclinés sous de multiples formes, sans provoquer beaucoup de réactions des décideurs mondiaux. Quand ils sont formulés par des scientifiques comme Martin Rees(1) ou Hubert Reeves, on y voit le remords de gens brûlant ce qu'ils ont adoré, provoquant de façon un peu irresponsable un rejet des sciences et technologies qui pourraient précisément apporter des remèdes aux grandes inégalités. Mais c'est sans doute parce que ces messages ne sont pas assez forts. Nul part, il ne nous est dit, comme le fait Jacques Blamont, que la machine à s'autodétruire ne peut plus désormais être arrêtée, quoiqu'on fasse ? Martin Rees donne à l'humanité 50 chances pour 100 d'échapper à l'apocalypse (au "doomsday") . Pour Jacques Blamont, elle n'a aucune chance d'y échapper. A la fin du livre, il se met dans la posture d'un médecin annonçant à un malade qu'il n'a plus que 3 mois à vivre quoiqu'il fasse. Le monde tel que nous le connaissons n'a selon lui plus que quelques années à vivre, quoi qu'il fasse. Tout les "Il n'y a qu'à", comme il les appelle, n'y feront rien car ceux qui les professent n'ont pas compris la rigueur des enchaînements mortifères qui sont en train de sceller notre destin.

Mais il y a d'autres raisons que son pessimisme absolu qui obligent à distinguer ce livre. La première est son style superbe, mêlant le réalisme décapant, l'ironie et souvent la poésie, de sorte que les 500 pages se lisent tout d'une traite. La seconde est l'abondance et la précision des documents, citations, informations fournies. L'auteur a approché tous les grands de l'establishment scientifico-militaro-industriel, en France, aux Etats-Unis et dans ce qu'il appelle la Soviétie. Il connaît parfaitement ce dont il parle, contrairement à beaucoup de ceux qui dénoncent la science, la technologie ou l'impérialisme américain sans y comprendre grand chose. Pour les lecteurs de notre revue, bien au fait nous pouvons l'espérer de toutes ces questions, beaucoup des données fournies n'apparaîtront pas originales (certaines nécessitent aussi d'être actualisées). Cependant, pour l'immense majorité des lecteurs que le livre devrait avoir, à commencer par les hommes politiques dont la naïveté, face notamment aux Etats-Unis, le dispute à l'aveuglement, il y a là une source irremplaçable d'information et de mise en garde.

L'argumentaire détaillé

Entrons maintenant un peu dans le détail du livre. Le chapitre 1 intitulé le moteur de l'histoire décrit l'explosion des sciences et technologies de l'information, entretenue au rythme de la loi de Moore par un doublement tous les 18 mois des performances des systèmes. Ce sont les Etats-Unis qui ont été à la naissance de cette explosion techno-scientifique. Ils continuent à l'entretenir et à en bénéficier par les investissements colossaux consacrés par les administrations et par les entreprises high-tech, désormais quasiment toutes en situation de monopole mondial. Le mouvement se poursuit avec l'arrivée des nanotechnologies et de l'informatique quantique, de la bio-informatique et des neurosciences artificielles. Nous avons nous-mêmes maintes fois décrit la façon dont les Etats-Unis veulent utiliser ce que la National Science Foundation a nommé les sciences émergentes et convergentes pour se donner la maîtrise des corps et des esprits dans le monde entier. Ceci dit, les mouvements minoritaires, d'inspiration terroriste, pourront aussi mettre la main sur certaines de ces technologies afin d'en faire des armes de destruction.

Mais de tels développements ne découlent pas seulement d'une volonté politique. Ils sont en fait le fruit d'une émergence globale, à base technologique, sur laquelle désormais personne ne peut rien et qui transforme en profondeur l'ensemble des sociétés. Le chapitre 2 décrit les facteurs de cette transformation. C'est la rapidité, qui bénéficie aux groupes et pays qui savent s'adapter plus vite que les autres, Etats-Unis en tête. Mais c'est aussi ce que l'auteur nomme maladroitement la saturation, qui est l'épuisement, à la même vitesse accélérée, des ressources essentielles, complétée de l'impossibilité de les renouveler, contrairement à ce que promettaient les défenseurs des nouvelles technologies : eau potable, nourriture, espace habitable (ce qui crée le phénomène des mégapoles invivables foyers de toutes les explosions). La réticulation enfin, c'est-à-dire la mise en réseau potentiel de tous les opposants, produit la guerre sur les réseaux, dont bénéficient notamment les altermondialistes les plus radicaux et les groupes du type d'El Quaida. Cette réticulation ne profitera pas, contrairement à ce que l'on pouvait espérer dans une vue naïve de la communication, aux laboratoires innovants et aux mouvements humanistes, mais à "la peur, à la haine et au désespoir, à ceux qui ne veulent pas construire mais détruire" . Le panorama d'arrière-plan est celui de l'inégalité absolue, 6 milliards d'individus, bientôt 9 (en 2050) dont au moins 2 à 3 milliards vivent aujourd'hui, non au seuil de la pauvreté, mais en dessous, tandis que 15% de la population dispose des 4/5 du PIB mondial. Cette inégalité ne s'atténue pas avec le temps mais s'accroît.

Les chapitres 3, 4, 5 et 6 sont consacrés essentiellement à montrer les mécanismes de génération de l'hyper-puissance américaine et à la façon dont celle-ci se déploie, d'abord dans les stratégies de dominance totale, "full spectrum dominance", ensuite sur le terrain des différentes guerres où les Etats-Unis depuis 15 ans ont engagé leurs forces, enfin dans l'espoir de construire un bunker inviolable à toutes les agressions possibles. Ces pages fourmillent de références multiples (voir notamment en fin d'ouvrage, la liste des abréviations et des auteurs cités), références qu'ignorent, nous en sommes à peu près convaincus, l'écrasante majorité des citoyens et même des hommes politiques européens. Il faut pourtant les connaître, afin de comprendre, notamment en Europe, l'asservissement que l'on risque quand on pratique l'atlantisme mou qui est encore une posture dominante dans les cercles politiques et économiques européens.

Ces quatre chapitres montrent également, précisément, l'impuissance historique de l'Europe à se doter des moyens scientifiques et technologiques, civiles et militaires, qui auraient permis de peser d'un poids suffisant face aux Etats-Unis. La France, pour sa part, un peu moins passive dans le discours, n'a cependant produit que des gesticulations. La situation n'est pas meilleure aujourd'hui, quand on voit le peu d'intérêt accordé aux programmes de recherche et de développement en Europe. Le livre a été pour l'essentiel rédigé avant l'invasion de l'Irak. Il ne tient donc pas compte de l'actuel "enlisement", au moins apparent, de la coalition anglo-américaine dans ce pays. Mais on peut penser que cet enlisement n'est qu'un épisode. Cela ne bouleversera pas les rapports de force entre les Etats-Unis, l'Europe et les puissances émergentes, notamment la Chine.

Le chapitre 7 nous intéressera particulièrement, car il détaille l'incapacité des pays européens et de l'Union à se doter d'une politique de puissance, face aux Etats-Unis. Les Européens préfèrent, dit l'auteur, une politique de jouissance (ou de simple laisser-aller). Ceci est évident dans tous les domaines de la puissance scientifique et technologique, mais plus particulièrement en matière de défense. Nous ne résumerons pas tout ceci, qu'il faut évidemment lire et méditer. Disons que l'auteur ne semble pas encore croire aux velléités affichées au plan européen pour se doter d'un noyau de défense commune. Les bases manquent. Quant à la France, Jacques Blamont est très sévère à l'égard de la politique gouvernementale affichée aux Nations-Unies à la veille de l'invasion de l'Irak, politique qu'il qualifie de lâcheté. Il ne fallait pas, certes, abonder dans le sens des Donald Rumsfeld et autres Wolfovitz, mais il fallait tout faire pour rallier à la position franco-allemande l'ensemble des pays européens, plutôt que laisser enfoncer le coin que l'on sait entre la vieille Europe et l'autre. Pour cela la France aurait du s'engager massivement dans la construction d'une politique scientifique et de défense commune susceptible d'intéresser les nouveaux entrants. Cela n'a pas été fait et cela ne sera pas fait. L'effondrement des budgets de défense et de R/D stratégique se poursuit.

Que sera l'avenir, sur ces bases? C'est celui de toutes les menaces. Le chapitre 8 en donne une première analyse. Il distingue les Etats et peuples du Moteur (essentiellement l'Occident, dominé par les Etats-Unis) et ceux du Trou. Ceux qui sont dans le Trou veulent en sortir et s'en prennent à ceux du Moteur, en retournant contre eux les armes développées au sein du Moteur. Ceci est illustré par la prolifération des armes de destruction massive ABC, atomiques, bactériologiques et chimiques. Il y a les armements dont un nombre de plus en plus grand d'Etats se font les champions, au mépris de tous les traités. Mais il y a aussi et de plus en plus ceux dont se dotent les groupes terroristes, enrichis par des trafics mafieux. Il serait irréaliste de penser que tous ces arsenaux resteront sagement dans leurs entrepôts. L'Occident ne pourra pas se protéger, contrairement aux illusions de la politique de rétorsion.

Le même chapitre 8 (dont il aurait mieux valu faire un chapitre à part entière) consacre de longs développements à la netwar, c'est-à-dire à la guerre que mènent et mèneront contre les peuples du Moteur, grâce aux réseaux, les quelque 2 milliards d'hommes à moins de 1$. Ceux-ci sont principalement concentrés dans des pays musulmans qui n'ont pas réussi, contrairement à la Chine et à l'Inde, à se donner des voies pour rejoindre le Moteur. Sans adhérer entièrement à la thèse de Huntington sur la guerre des civilisations, Jacques Blamont ne peut pas ne pas constater la façon dont les ennemis de l'Occident utilisent les cercles de l'Islam militants pour recruter sans cesse de nouveaux soldats qui n'ont rien à perdre, assurés qu'ils sont de monter au paradis après leur sacrifice dans des attentats-suicides. Ces recrutements sont d'autant plus faciles, pourrions nous ajouter à la date où nous écrivons cet article, que les Etats-Unis par leur aveuglement en Irak ont tout fait pour y aider. Le chapitre détaille, sans doute avec trop de luxe, car il donnera des idées à ceux qui n'en ont pas encore, les multiples moyens qu'ont les internationales salafistes et autres diverses obédiences de la soi-disant guerre sainte pour détruire le Moteur de l'intérieur.

La peinture de l'apocalypse est-elle complète ? Absolument pas. Le chapitre 9 décrit les menaces environnementales tout aussi pernicieuses qui nous attendent. Le 21e siècle sera le siècle des épidémies, devenues imparables du fait de l'émergence continue de nouveaux germes prenant naissance dans les foyers de misère et d'insalubrité du tiers-monde. Il sera aussi le siècle des désastres : épuisement des sources d'énergie, de matière première, de nourriture. S'y ajouteront les brutaux changements climatiques qui généreront une nouvelle extinction massive biologique, dont les premières victimes seront les mammifères supérieurs (humains compris) et dont les gagnants seront de nouvelles espèces virales, bactériennes ou parasitaires. Ce sera la revanche de Gaïa, l'écosystème martyrisé par la civilisation technologique.

On pourra remédier à tel ou tel risque, mais leur conjonction les rend imparables. L'humanité est en train d'atteindre une Singularité(2), selon le terme employé par les gourous de l'explosion des réseaux de connaissances. Mais il ne s'agit pas d'une Singularité positive, ouvrant une sorte de Big Bang vers un avenir radieux. C'est celle d'une Singularité négative, une sorte de Black Hole béant où nous seront tous aspirés. Même le retrait de certains dans la méditation et la prière ne les sauverait pas. L'auteur prend là de véritables accents prophétiques, en citant le fameux épisode du Livre de Daniel, Manê-Tecel-Pharês. "Cette nuit là, Balthazar, le roi de Chaldée, fut mis à mort". C'est ce qui nous attend tous. Aucune fuite, dans l'espace ou le virtuel, ne nous sauvera. Nous sommes en train de nous mettre nous-mêmes à mort.

Quelques commentaires

Jacques Blamont sait bien que beaucoup de ses lecteurs ne se laisseront pas impressionner par sa démonstration. Ils tenteront de réagir. Les propositions et bonnes résolutions vont fleurir. Mais il les a désarmées d'avance, en expliquant que les solutions variées aujourd'hui imaginables ou bien seront partielles et sans effets globaux, ou bien ne seront pas acceptées. Jamais par exemple les gens à 50$ ne consentiront à réduire leur budget à 20$, pas plus que ceux à 1$ ne se satisferont d'être hissés grâce à cette réduction au statut mirifique d'hommes à 5 $.

Néanmoins le diagnostic impitoyable sera discuté et l'auteur taxé de pessimisme maladif. Pourquoi par exemple ne pas penser que des sources d'énergie alternatives (y compris la fusion thermonucléaire que Jacques Blamont balaie d'une phrase), conjuguées à des économies, ne pourraient-elles, nécessité aidant, pallier la crise des énergies fossiles ? De nombreuses technologies et sciences non critiquées sérieusement par l'auteur, apparaissent prometteuses, et ne peuvent être disqualifiées avant même d'avoir été mises en œuvre.

Par ailleurs, au plan humain, pourquoi faire systématiquement de l'homme à 1 $ une sorte de rat enragé prêt à tout pour ronger le navire qui le porte ? Les humanitaires et autres intermondialistes pacifistes (doux rêveurs dira l'auteur), n'ont pas renoncé à porter auprès du tiers monde un autre message que celui de Bush. Ce devrait être là tout l'avenir d'une puissance européenne enfin reconquise et mise un peu plus au service de la lutte contre le sous-développement.

Mais nous voudrions poser à l'auteur des questions un peu différentes.

La première concerne l'accueil fait au livre. Selon l'éditeur, il s'est bien vendu. Il aurait donc du logiquement provoquer un énorme mouvement d'opinion. Les collègues de Jacques Blamont à l'Académie des sciences devraient être en révolution. Or, à notre connaissance du moins, on en a très peu parlé? Comment expliquer ce relatif silence ? Est-il dû à l'aveuglement persistant de ceux que Jupiter aveugle, que ce soit les gouvernements, les firmes ou les citoyens occidentaux. Mais alors comment, si la situation est si grave, briser le silence ? Il est vrai que s'il n'y avait rien à faire, se taire ou agir ne changerait rien au désastre annoncé. Mais personne ne peut accepter cela. L'homme n'est pas programmé génétiquement pour se laisser abattre sans résistance.

Une grande part du livre montre l'avance qu'ont pris les Etats-Unis dans la netwar et la cyberwar, aux dépends notamment de l'Europe, dont l'auteur dénonce à juste titre l'aveuglement et la lâcheté. Nous partageons ce point de vue, qui anime en particulier le mouvement que nous lançons pour une Europe développant mieux que par le passé les sciences et technologies de souveraineté.(www.europe-puissance-scientifique.org) Mais ne faut-il pas penser, face notamment à l'enlisement momentané des Etats-Unis en Irak et dans leur guerre particulièrement maladroite contre le terrorisme, que l'Europe dispose maintenant d'un créneau pour rattraper son retard, de préférence dans des technologies pouvant contribuer à diminuer l'inégalité du développement mondial? Dans ce cas, comment en faire mieux prendre conscience aux européens? Ce ne sera sans doute pas en expliquant que les jeux sont faits et que tout est perdu.

A l'inverse, que répondre à ceux qui continuent à voir dans les Etats-Unis le meilleur rempart contre les fanatiques en guerre contre l'Occident, et qui traitent d'anti-américanisme
primaire le fait de vouloir que l'Europe se donne les éléments de l'indépendance technologique ? Est-ce qu'une certaine forme d'anti-américanisme (combattant au moins les dérives autoritaires de l'administration actuelle) n'est pas un point de passage obligé pour la
renaissance européenne?

Posons pour terminer une question qui relève de l'épistémologie. Dans notre revue, nous avons présenté beaucoup de thèses scientifiques pour qui la conscience volontaire est une illusion. La conscience peut seulement témoigner, de façon d'ailleurs très subjective, mais elle n'est pas causale. Une prise de conscience peut entraîner des conséquences locales et temporaires, mais celles-ci sont inopérantes à l'égard des grands mécanismes déterministes. Etre conscient d'être à l'agonie n'empêche pas de mourir. C'est bien ce que semble penser Jacques Blamont, puisqu'il se refuse, après son exercice remarquable de lucidité, à toute recommandation.

Mais en ce cas, il faudrait admettre que des causes complexes et d'ailleurs mal élucidées, difficilement modélisables, aux conséquences imprédictibles, détermineraient l'évolution du monde: les gènes, les mèmes, les compétitions darwiniennes entre super-organismes... Toute description d'un état de l'univers ne renverrait pas à un hypothétique univers en soi correspondant à cet état, mais renverrait d'abord au descripteur en interaction avec son environnement particulier. Dans ce cas, ne faudrait-il pas admettre la relativité des phénomènes que l'on décrit et surtout, dans certaines marges, l'impossibilité d'enfermer l'avenir dans des probabilités d'évolution sérieuses. Ceci pourrait laisser quelque espoir à ceux qui refusent de se dire condamnés. Ils pourraient encore tenter d'agir, à toutes fins utiles et sans garantie de succès.

Notes
(1) Martin Rees, Our Final Hour. Voir notre présentation

(2)Voir par exemple notre article sur l'Institut de la Singularité


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