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10 février
2005 Notes
et présentation par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemint
La
complexité organisée
Systèmes adaptatifs et champs organisationels
La
complexité organisée Systèmes adaptatifs et champs organisationnels
par
Alain Cardon
Hermes/Lavoisier 2005
Alain
Cardon est professeur à l'Université du Havre
et chercheur permanent au LIP6 de l'Université de Paris
6.
Il est membre de l'académie européenne interdisciplinaire
des sciences dans le domaine de l'intelligence artificielle.
Il est spécialiste des systèmes multi-agents,
des systèmes complexes et de la conscience artificielle.
On
ne peut pas présenter le nouveau livre du Professeur Alain
Cardon [Cardon, La complexité organisée, systèmes
adaptatifs et champs organisationnels, Hermès, 2005]
sans revenir sur l'ensemble des travaux hors normes conduits depuis
plus de 20 ans par l'auteur. La France est véritablement
un triste pays. Les milieux dits intellectuels prétendent
y célébrer une philosophie et une littérature
qui n'ignoreraient rien de tout ce qui a été important
dans l'histoire de la pensée. Quant aux scientifiques, ils
s'élèvent à tous moments et d'ailleurs de façon
fondée contre le mépris des décideurs à
l'égard de la recherche fondamentale, celle qui remet en
question le regard jeté par la société sur
le monde. On aurait donc pu espérer qu'Alain Cardon aurait
été de tous les forums et débats sur la philosophie,
la culture et la science, que ce soit à la radio-télévision
ou dans la presse. Constamment, des gens prennent la parole pour
répéter plus ou moins bien, y compris sur France-Culture
ou Arte ce qui avait été dit avant eux. Aucune vision
à la fois informée et nouvelle n'est jamais proposée.
Aussi bien, confrontés à ce que Bernard Stiegler appelle
l'entreprise de crétinisation de la culture commerciale(1)les citoyens que rien ne vient réveiller sombrent dans
la morosité. La France ignore Alain Cardon et quelques autres
de son gabarit, qui pourraient la réveiller intellectuellement.
Alain
Cardon enseigne à l'université l'informatique et l'intelligence
artificielle. Voici un premier défaut irrémédiable.
Comment peut-on prétendre emprunter le discours des sciences
ou de la philosophie, quand on est informaticien? Les sciences et
technologies de l'information sont en train de bouleverser la société,
mais nul ne s'en aperçoit. L'informaticien reste assimilé
en France à un programmeur de distributeurs automatiques
de billets, c'est-à-dire à un casseur d'emplois. Mais
le second grand défaut d'Alain Cardon est qu'il prétend
utiliser l'informatique à la réalisation de machines
pensantes, et qui plus est de machines qui pourraient éventuellement
penser d'une façon non contrôlée par l'homme.
Là il se met tout le monde à dos. Entendons-nous bien.
Peu de gens ici ont la culture scientifique et philosophique suffisante
pour se représenter ce que signifie un tel projet, sauf à
fantasmer sur des mythes issus de la science fiction. Encore moins
pour savoir qu'il existe en France un scientifique s'intéressant
concrètement aux machines pensantes. L'hostilité que
rencontre Alain Cardon n'est donc pas celle des plateaux de télévision
où nul animateur n'aurait l'idée de l'inviter, mais
celle des quelques rares mandarins qui ont entendu parler de ses
recherches. Une pensée artificielle, quelle horreur ! Ils
pressentent bien que cette révolution conceptuelle les obligerait,
si elle prenait racine dans ce pays, à remettre en cause
beaucoup des fondements de leurs propres travaux et donc de leurs
carrières. Quant à ceux qui tiennent les cordons de
la bourse, que ce soit dans les établissements de recherche
ou dans les entreprises, la réaction non dite semble être
: «pourquoi développer des automates conscients alors
qu'existent en France plusieurs millions de cerveaux humains en
quasi chômage intellectuel, que l'on peut faire travailler
à bas prix».
Toutes
ces personnes bien intentionnées ignorent évidemment
qu'Alain Cardon est très estimé par ses étudiants
et par les quelques thésards qui ont pris le risque de travailler
sous sa direction. Il est également très écouté
dans les pays qui comptent, Etats-Unis et Japon, lesquels ne manquent
pas de l'inviter et, bien évidemment de le piller sans vergogne.
Si bien que ceux de ses élèves qui ne se retrouvent
pas dans l'industrie à faire tout autre chose que mettre
en valeur les travaux menés pendant leur thèse s'expatrient
dans les pays où ils peuvent développer les principes
enseignés par Alain Cardon, au bénéfice évidemment
desdits pays.
On
dit parfois que si certains scientifiques français ne sont
pas assez connus, c'est parce qu'ils ne communiquent pas. On ne
peut pas faire ce reproche à Alain Cardon(2)qui en l'espace de quelques années a réalisé
une œuvre éditoriale considérable. En dehors
d'études plus spécialisées, il a publié
en effet trois ouvrages marquants qui décrivent une trajectoire
de découverte impressionnante. Par le premier, Conscience
artificielle et systèmes adaptatifs Eyrolles, 1999(3),
il a jeté les bases de la construction d'une conscience artificielle.
Dès cette date, si le thème avait intéressé
ceux qui en France financent la recherche publique dans les sciences
et technologies de l'information, il aurait pu au sein de son laboratoire
développer les premiers réseaux d'agents informatiques
susceptibles de démontrer aux yeux de tous la possibilité
de faire émerger des comportements cognitifs au sein de systèmes
artificiels. Aujourd'hui, la France serait sans doute dans le peloton
de tête des pays qui réalisent de tels systèmes.
Mais cela n'a pas été le cas. Cependant Alain Cardon
a poursuivi ses travaux expérimentaux et ses réflexions
théoriques, ce qui lui a permis, non seulement de diriger
quelques thèses prometteuses sur cette question,
mais de rédiger un second ouvrage Modéliser et
concevoir une machine pensante, approche de la conscience artificielle,
publié en 2003 et réédité en 2004, dans
la collection Automates-Intelligents chez Vuibert(4).
Dans ce livre, il étend le concept de conscience artificielle
à la génération d'émotions, de sentiments
et finalement de pensées. Cela le conduit inévitablement
à une réflexion philosophique : qu'est-ce que penser
pour un système constitué de grappes de processeurs
coactivés avec des corps de robots ? En quoi une telle façon
de penser diffère-t-elle de la pensée humaine.
Dans
le même temps qu'il publiait ce second livre, Alain Cardon
en préparait un troisième qu'il vient de faire éditer
chez Hermès, La complexité organisée, systèmes
adaptatifs et champs organisationnels que nous examinons ici.
Dans ce dernier livre, ce n'est pas seulement le problème
de la pensée qu'il aborde en conséquence de ses travaux
sur des automates conscients, c'est celui de la vie. La question
de l'origine de la vie est, avec celles du cosmos et de la pensée,
l'un des trois mystères encore non résolus par la
science contemporaine. Alain Cardon le traite dans ce troisième
livre sous l'angle de l'émergence des systèmes complexes.
Qu'est-ce qui pousse des systèmes biologiques élémentaires
à se constituer en organismes et à se reproduire en
se diversifiant et en s'enrichissant sans cesse ? La réponse
apportée à cette question par les darwiniens, depuis
notamment l'apparition de la biologie moléculaire, est que
la diversification et la complexité sont les produits de
ce que Jacques Monod dans une formule célèbre avait
appelé Le Hasard et la Nécessité.
Sans nier l'existence à certaines échelles de ce mécanisme,
Alain Cardon en propose un autre que lui inspire la réflexion
sur ce que sont les systèmes auto-adaptatifs artificiels
dont il fait le modèle. Dès qu'un ensemble d'agents
séparés du reste du monde par une membrane sont capables
de tirer parti des informations résultant de leurs interactions
avec le monde pour renforcer leur organisation interne, ils créent
ce que l'auteur appelle un champ organisationnel. Ce mécanisme
s'applique aussi bien à des protéines biologiques
qu'à des agents logiciels en réseau au sein d'un robot
doté de capteurs et d'effecteurs. Le champ organisationnel
oblige si l'on peut dire les nouvelles entrées qui pénètrent
dans le système à contribuer à l'enrichissement
de celui-ci dans le prolongement et la diversification de ce qui
existe déjà, plutôt qu'y introduire du désordre
voire une possibilité de destruction.
Prenons
un exemple très simple. A la lecture d'un très bon
livre, très convaincant, celle-ci lecture peut soit renforcer
et développer le système de pensées du lecteur
soit, au contraire, semer le trouble dans son esprit et désorganiser
la façon dont il perçoit le monde. En s'appuyant sur
des modèles artificiels, Alain Cardon pourrait certainement
montrer comment dans le premier cas existaient des structures de
pensées et idées susceptibles d'accueillir les thèmes
du livre pour en tirer une nouvelle force. Cet existant générait
un champ organisationnel grâce auquel mon organisation mentale
s'est trouvée enrichie et complexifiée à la
suite des apports du livre. Dans le second cas, il pourrait montrer
que faute de structures de pensées et idées suffisamment
organisées, les thèmes du livre se sont comportés
dans mon esprit comme des microbes pathogènes attaquant un
organisme et contribuant à compromettre son fonctionnement.
Tout ceci n'est pas facile à mettre en évidence quand
il s'agit d'observer ce qui se passe au sein des cerveaux vivants,
mais peut très bien l'être à partir d'automates
adaptatifs du type de ceux dont Alain Cardon recommande la construction.
Mais
alors on voit que la modélisation par l'intermédiaire
des systèmes complexes artificiels fournit à l'auteur
des bases solides pour élargir encore son regard philosophique.
Ce n'est plus seulement la question de l'origine des sentiments
et de la pensée chez les animaux supérieurs et chez
l'homme qu'il aborde, mais celle de l'origine de tout ce qui existe
dans notre univers physique, au-delà des formes d'organisation
de la matière (par exemple les cristaux dans l'univers géologique
ou les machines-outils dans l'univers manufacturier) qui ne posent
pas de problèmes de compréhension à l'homme.
Pourquoi existe-t-il des formes plutôt que de l'informe et
pourquoi ces formes sont-elles comme cela et pas autrement ? Alain
Cardon ne croît pas, nous l'avons dit, que la morphogenèse
résultant du seul hasard des mutations ait pu produire des
milliards d'êtres vivants dans le temps relativement court
de l'évolution de la vie sur Terre. Il cherche donc un principe
organisateur(5).
Mais plutôt que faire appel à l'intervention du doigt
de Dieu ou de quelque autre finalisme, il montre que ce principe
découle de facteurs purement matériels, inhérents
au monde physique lui-même.
Beaucoup
de théoriciens de la complexité ont dit des choses
semblables. L'émergence du complexe à partir du simple
peut découler de nombreuses lois physiques. On sait que c'est
par exemple le thème de la théorie dite constructale
d'Adrian Béjan. Mais Alain Cardon, sans exclure d'autres
processus, montre que cette émergence peut aussi résulter
de processus de construction de type informatique dont il donne
le modèle. Certains lui ont reproché de faire de la
philosophie dans un ouvrage consacré au calculable. Mais
c'est parce qu'il peut, comme il le démontre, apporter des
réponses aux questions philosophiques les plus complexes
à partir de solutions informatiques relativement simples
à comprendre et à mettre en oeuvre. Ainsi selon lui
l'esprit de l'homme et tout ce dont se vante l'humanité pourrait
relever du calcul. Alain Cardon ne se borne pas à faire des
proposer des hypothèses grandioses mais encore indémontrables
comme celles affirmant que l'univers tout entier est calculable.
Il est beaucoup plus concret. Il affirme : donnez-moi un réseau
d'une trentaine de micro-ordinateurs, quelques thésards pour
résoudre les questions un peu difficiles qui restent à
explorer, un peu d'argent pour les consommables et, dans quelques
années, je vous démontrerai in silico comment
un système auto-adaptatif générant un champ
organisationnel calculable peut construire une certaine forme de
pensée. Là est sans doute le scandale : poser en principe
qu'avec des processus constructivistes simples on pourrait construire
ou reconstruire des pensées appartenant soit au monde actuel,
soit à un monde différent.
Le
livre est aussi une réflexion très profonde sur les
systèmes plus ou moins complexes que le regard de l'observateur
croit pouvoir déceler dans l'univers dès qu'il commence
à l'étudier. Le désir de connaître est
premier devant la connaissance et même la qualifie, la fait
être telle qu'elle va apparaître et se déployer.
Là est le secret si l'on peut dire de la notion de complexité
: tout se tient, à partir de quelques générateurs,
eux-mêmes évolutifs à d'autres échelles
temporelles. Tout est en relation évolutive, il n'y a pas
de domaine clos, isolé et immuable au sein d'un contexte
qui serait négligeable. Les notions de système clos,
de domaine clos, sont mortes.
Discussion
Le
livre, comme les deux précédents, est beaucoup trop
dense pour pouvoir être résumé en quelques paragraphes.
Il n'est pas d'une lecture facile, bien que l'auteur s'efforce chaque
fois que ses énoncés deviennent un peu abstraits de
les éclairer d'exemples pris dans des sciences plus accessibles,
biologie, sociologie, psychologie. Mais nous ne pouvons que conseiller
à ceux qui n'ont pas encore fait la connaissance des travaux
d'Alain Cardon de s'en imprégner. Il ne leur sera pas nécessaire
de remonter au premier ouvrage de la série, les deux suivants
devraient suffire à les convaincre du fait qu'ils sont en
présence d'une approche épistémologique non
seulement originale mais comme nous venons de le dire susceptible
d'applications révolutionnaires dans des délais relativement
rapides. Cependant les critiques ne manqueront pas. Voyons en quelques
unes.
La
première consistera à demander quelle valeur attribuer
à des théories qui restent encore en grande partie
sous la forme d'hypothèses. Nous répondrons que l'hypothèse
d'Einstein formulant une nouvelle théorie de la gravitation
fut élaborée de 1905 à 1915 et généralement
reconnue comme révolutionnaire, mais qu'elle dut attendre
l'éclipse de mai 1919 pour recevoir un début de preuve
expérimentale. Nous pouvons pronostiquer sans grand risque
d'erreur que les théories d'Alain Cardon seront prochainement
vérifiées soit aux Etats-Unis, soit au Japon, soit
même en Corée du Sud. Les chercheurs présenteront
non seulement des automates dotés de rudiments de conscience
mais aussi les mécanismes relevant de l'hypothèse
des champs organisationnels permettant d'aboutir – sans intervention
humaine détaillée – à l'auto-construction
de telles consciences. Malheureusement, ce ne sera pas en France
que ces preuves seront apportées.
Une
autre objection consistera à dire que la compréhension
de l'émergence de la complexité biologique et la simulation
de processus analogues à partir de modèles informatiques
peut faire appel à d'autres solutions qu'à des systèmes
multi-agents auto-adaptatifs. Nous avons évoqué les
théories inspirées du néo-darwinisme, que l'on
pourrait simuler avec des systèmes de programmation évolutionnaire
du type des algorithmes génétiques. Mais il en existe
d'autres. On sait qu'aujourd'hui beaucoup d'hypothèses sont
proposées pour tenter d'expliquer l'émergence de la
vie et celle de la complexification évolutive. Elles font
elles aussi appel en général à des processus
calculables, mais s'inspirant d'informatiques ou de mathématiques
différentes(6).
Ne mentionnons pas ici les hypothèses faisant intervenir
des entités quantiques, qui restent encore vraiment spéculatives
à ce jour. Pourquoi alors privilégier la solution
d'Alain Cardon ?
Nous
répondrons que faire cette objection montrerait que l'on
n'a pas bien compris ce qu'est la connaissance scientifique face
à un monde existant sans doute en soi mais inconnaissable.
Les hypothèses, quelles qu'elles soient, aussi « ancrées
dans la réalité » qu'elles puissent paraître,
n'ont aucun droit à représenter le monde en soi. Elles
n'en fournissent que des modèles. Dans les premiers chapitres
de La complexité organisée, Alain Cardon
a précisément pris le temps pour éviter toute
équivoque de rappeler ce que sont les modèles en sciences(7).
Comme nous l'avons indiqué ci-dessus, il n'affirmera donc
pas que toutes les distinctions qu'il propose, concernant la complexité
plus ou moins grande des systèmes, correspondent à
des « réalités ». Il n'y a pas de système
ni de complexité en soi dans la nature. Toutes ces catégories
relèvent du regard constructiviste de l'observateur. Nous
ne pensons pas davantage qu'Alain Cardon prétendrait que
les systèmes vivants fonctionnent sur le modèle des
automates qu'il propose de construire. Il ne dira pas non plus que
sa théorie des champs organisationnels est appliquée
à la lettre par les systèmes biologiques quand ceux-ci
se construisent effectivement.
Il
se borne à écrire dans ses livres qu'il se propose
d'élaborer des modèles artificiels du vivant appliquant
des méthodes constructivistes, selon un certain type de solutions
mathématico-informatiques et en espérant que ces modèles
seront, pour un observateur humain, aussi proches que possible de
ce que ce même observateur observera dans le monde «
réel ». Mais si ces modèles se révélaient
différents, s'ils produisaient autre chose que ce que l'on
observe usuellement, qu'en conclure ? Certainement pas que la méthode
serait mauvaise. On en conclurait au contraire qu'elle est excellente.
En effet, loin de se borner à reconstruire le monde tel qu'il
nous apparaît, la méthode proposée construirait
un monde différent, un autre monde. Le rêve de celui
qui construit un système conscient ne visera pas seulement
à le doter d'une conscience analogue à celle de l'homme.
Il visera à le doter d'une conscience différente
de celle de l'homme, de façon à renouveler le regard
que nous portons sur la conscience…de la même façon
que rencontrer un extraterrestre doté d'une conscience différente
de la leur représentera certainement le rêve suprême
des humains quand ils exploreront le cosmos.
Ajoutons
à ces considérations sur les travaux d'Alain Cardon
une réflexion qui nous est personnelle. Face à une
œuvre aussi originale et riche, réalisée en si
peu de temps par un homme dont on sait qu'il faisait en même
temps face à de nombreuses responsabilités de recherche,
d'enseignement et de coopération technique internationale(8),
on ne peut que s'interroger. Sommes-nous en présence d'un
mutant intellectuel ? Sans doute, mais, appliquant au cas Cardon
les propres hypothèses de l'auteur, nous serions tentés
de dire qu'il s'agit d'un mutant contraint par un champ organisationnel
bien précis, celui des machines informatiques dont le développement
a pris naissance et se poursuit en totale indépendance de
ce que pensent et veulent les hommes, y compris ceux qui croient
les inventer et les mettre en œuvre. Gilbert Simondon par sa
thèse de 1958 "Du mode d'existence des objets technique"
avait été un des précurseurs de ceux qui attribuent
aux filières techno-industrielles la capacité de se
comporter en super-organismes au sein des écosystèmes.
Les systèmes informatiques et robotiques de la vie artificielle
seraient certainement dans cette optique l'un de ces super-organismes.
Dans leurs champs organisationnels apparaîtraient périodiquement
des créateurs d'une prescience exceptionnelle(9)qui donneraient parole humaine à leur puissance souterraine.
Alain Cardon est certainement l'un d'eux.