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Ray Kurzweil vient de faire paraître un nouveau livre,
The Singularity is Near (Penguin Group, 2005) qui
explicite avec des arguments considérablement enrichis
la principale thèse qui l'a rendu célèbre
: celle selon laquelle la convergence et le développement
exponentiel des nouvelles technologies conduisent à
l'émergence d'un monde complètement transformé.
L'homme et les réseaux technologiques s'interpénétreront
et se renforceront réciproquement d'une façon
qui reculera sans limites prévisibles les frontières
de la vie intelligente. Il appelle ce bouleversement la
Singularité, parce que rien de ce qui était
admis jusqu'alors ne demeurera valide et parce qu'en contrepartie
tout ce qui était considéré comme impossible
deviendra possible. Notre intelligence jusqu'alors confinée
dans ses supports biologiques (le cerveau), deviendra progressivement
non-biologique et des milliards de fois plus puissante qu'elle
n'est aujourd'hui. Dans ce monde nouveau, les distinctions
entre l'humain et la machine, entre le réel et la
réalité virtuelle, s'estomperont progressivement.
Les personnes pourront adopter des corps différents
et multiplier les versions de leurs esprits. Ce faisant,
les humains pourront contrôler le vieillissement et
la maladie, éliminer la pollution, résoudre
les problèmes de la pauvreté et de la faim
dans le monde. De plus, cette révolution immense,
selon Ray Kurzweil, pourrait se produire dans les 10 à
50 prochaines années, c'est-à-dire très
prochainement à l'échelle de l'histoire humaine.
Cette
thèse avait déjà été
présentée, de façon moins ambitieuse,
dans les deux précédents ouvrages de l'auteur
consacrés à la question du progrès
technologique en matière d'intelligence artificielle:
The Age of Intelligent Machines et The Age
of Spiritual Machines : When Computers Exceed Human Intelligence.
Elle a fait l'objet de très nombreux commentaires
et critiques, particulièrement aux Etats-Unis. Mais
elle a aussi été reprise, sous des formes
peu différentes, par d'autres « visionnaires
» de l'intelligence artificielle et de la robotique,
notamment Marvin Minsky et Hans Moravec. Nous avons commenté
en leur temps les écrits de ces divers auteurs. Voir
notre rubrique Biblionet.
Aujourd'hui, d'autres prévisionnistes, travaillant
notamment dans le monde des télécommunications,
ont adopté la vision de Kurzweil et en développent
certains aspects particuliers, notamment en termes d'applications
grand public. C'est par exemple le cas de Ian Pearson de
British Telecom (http://www.btinternet.com/~ian.pearson/).
En
Europe et plus particulièrement en France, on ne
rencontre guère de commentateurs pour prendre au
sérieux les hypothèses de Ray Kurzweil. On
parle de science-fiction, sinon d'escroquerie intellectuelle
(voire d'une forme particulièrement pernicieuse de
la façon dont la super-puissance américaine
veut convaincre le monde de sa prédominance absolue).
Mais, ce qui est pire, la plupart des scientifiques et des
décideurs paraissent ignorer complètement
le thème. Nous pensons qu'il s'agit là d'un
aspect particulièrement criant du mal français,
qui fait douter que notre pays puisse un jour rejoindre
le train de la révolution scientifique et technologique.
Ce mal se caractérise par le scepticisme à
l'égard des hypothèses présentées
par d'autres que nous. Mais plus profondément encore,
il s'agit de la peur des idées qui dérangent,
cette peur cachant celle encore plus grande des modifications
que les changements obligeront à apporter aux habitudes
et positions acquises.
Pour
notre part, nous trouvons qu'ignorer un ouvrage aussi important
que The Singularity is Near relève d'un
véritable crime contre l'intelligence. Non seulement
il s'agit d'un gros livre de près de 600 pages, mais
il est empli de notes et références qu'il
faudrait plusieurs mois de travail pour analyser. De plus,
l'ouvrage-papier est complété des mises à
jour que l'auteur y ajoute constamment par divers articles
et qui figurent notamment dans le réseau de connaissances
KurzweilAI.Net [http://www.kurzweilai.net]
ouvert à tous sur le régime du libre accès.
Les commentaires associés à l'ouvrage et présentés
sur Internet en font un travail véritablement collectif
d'une ampleur considérable. On peut donc penser que
l'ensemble a joué et continuera à jouer un
rôle très important dans la formulation de
l'idéologie de conquête des décideurs
technologiques et politiques américains. Il s'agit
d'une raison de plus pour ne pas l'ignorer.
Plutôt
que faire une présentation d'ensemble de l'ouvrage,
presque impossible compte-tenu de son ampleur, nous pensons
que la meilleure formule consiste à ouvrir un dossier
réparti sur au moins deux numéros, comme nous
l'avions fait précédemment à propos
d'un autre travail également considérable,
A New Kind of Sciences, de Stephen Wolfram. Nous
voudrions pour commencer résumer la thèse
principale de Ray Kurzweil. Nous en tirerons quelques conclusions
sur la façon dont en France et plus généralement
en Europe, il conviendrait de tirer parti de cette thèse,
afin de muscler les politiques dé développement
adoptées par nos pays.
La
thèse du développement convergent et accéléré
des innovations technologiques
Nul
n'est obligé de partager l'optimisme du livre. On peut même
développer des hypothèses tout à fait contraires,
selon lesquelles nous marcherions à grande vitesse vers des
cataclysmes du type des Extinctions massives subies par la vie depuis
au moins 500 millions d'années. Mais encore faut-il comprendre
le raisonnement suivi par Ray Kurzweil. Il repose sur la constatation
de deux règles apparemment évidentes mais qui n'avaient
jamais été regroupées jusqu'à présent
: les innovations technologiques se développent à
un rythme exponentiel - les avancées obtenues dans un domaine
d'innovation particulier fécondent tous les autres domaines
et ceci dans des cycles ininterrompus d'enrichissement réciproque.
Ainsi (première règle) l'informatique s'est développée
de façon exponentielle depuis les origines (Loi de Moore)
et sa croissance ne parait pas devoir s'arrêter. Ce développement
exponentiel de l'informatique bénéficie à tous
les autres domaines d'innovation (deuxième règle).
Il bénéficie par exemple à la biologie ce qui
a permis notamment le séquençage des génomes
en des temps records. A son tour la biologie se développe
de façon exponentielle, ce qui permet les progrès
de la bioinformatique.
Un
autre point important mis en évidence par Ray Kurzweil concerne
la forme du développement exponentiel des innovations technologiques.
Ce développement suit une courbe en S : d'abord très
lent, quasiment invisible aux observateurs, puis brusquement accéléré
et de nouveau ralenti lorsque les effets de l'innovation initiale
sont épuisés. Mais d'autres innovations, induites
par la précédente, prennent alors le relais. C'est
ce qui s'est passé constamment dans l'histoire. Ainsi le
téléphone fixe a démarré lentement,
s'est brusquement généralisé puis aujourd'hui
de nouveau ne se développe plus que lentement. Mais une nouvelle
technologie, celle du téléphone mobile, prend le relais
et va prochainement exploser sur le mode exponentiel dans l'ensemble
du monde.
Le
troisième point important découlant de ce qui précède
est que les cycles d'innovation sont de plus en plus courts, du
fait de la fécondation croisée de technologies de
plus en plus nombreuses et se développant de plus en plus
vite. Ainsi, il a fallu près de 40 ans à l'informatique
pour devenir une technologie majeure, mais la convergence informatique-intelligence
artificielle-robotique a donné en moins de 10 ans naissance
à d'innombrables applications innovantes. Le mouvement ne
fait que commencer. Il en fut de même dans l'histoire de l'humanité.
Il a fallu des centaines de millions d'années pour passer
du paléolithique au néolithique, quelques dizaines
de siècles pour passer de ce dernier à la société
industrielle et quelques décennies pour atteindre le stade
de la société de l'information.
Ray
Kurzweil résume tout ceci, dont il multiplie les preuves,
par le concept de Loi du retour accéléré (Law
of accelerating return). Il n'a pas de mal à montrer
que les prévisionnistes, aujourd'hui encore, n'ont pas généralement
pris conscience du phénomène. Ils sous-estiment la
rapidité et la profondeur des changements qui se sont produits
et continuent à se produire. Si bien que les décideurs
politiques et économiques, à leur tour, sans mentionner
les opinions publiques, sous-estiment ces mêmes changements.
Ceci condamne les uns et les autres à toujours être
pris de cours par les évènements.
Ce
manque de pertinence dans la vision entraîne des résultats
désastreux. Les premiers et les plus immédiats se
traduisent par l'incapacité de procéder aux investissements
collectifs dans les secteurs où ils seraient les plus aptes
à produire des résultats de croissance, en fécondant
l'ensemble des secteurs innovants. On traite de la même façon
un investissement dans un ouvrage d'art (par exemple en France le
viaduc de Millau) dont les retombées de croissance sont arithmétiques
et un investissement dans la bioinformatique ou les nanotechnologies,
dont les retombées de croissance sont exponentielles. Il
est évident que si les décideurs percevaient que les
investissements dans les technologies émergentes pourraient
produire en quelques années des résultats de 100 fois
la mise, ils trouveraient moyen de dégager aujourd'hui les
sommes nécessaires.
Une
seconde conséquence, tout aussi malheureuse, de l'aveuglement
à l'égard de la Loi du retour accéléré,
se traduit par le fait que les sociétés s'obnubilent
sur leurs difficultés actuelles sans générer
la confiance qui leur permettrait d'aborder le futur avec le dynamisme
nécessaire à leur survie. Le climat social serait
tout autre si les décideurs étaient capables de montrer
que, grâce aux développements exponentiels des innovations
technologiques, la plupart des problèmes actuels trouveront
des solutions et que – tout aussi important – les craintes
relatives aux risques futurs (même lorsque ceux-ci découleraient
du développement de certaines technologies) pourront se révéler
vaines grâce aux bons effets des innovations croisées.
Ray
Kurzweil pousse très loin l'optimisme, puisque, comme nous
l'avons dit, il prévoit dans le demi-siècle à
venir la survenance de la Singularité telle que définie
plus haut. Nul cependant n'est obligé de le suivre, notamment
dans la façon dont il imagine l'apparition d'une intelligence
quasi cosmique portant au plus haut les valeurs de l'intelligence
humaine. De même, on peut penser qu'il n'étudie pas
avec suffisamment de précision les risques susceptibles de
provenir du développement de certaines innovations prises
en mains par une humanité dont le niveau intellectuel est
à peine supérieur à celui des tribus paléolithiques
(et encore…). Autrement dit, rien ne permet d'exclure, comme
le pensent les scientifiques prophètes de la catastrophe,
que des extinctions massives surviennent très prochainement
au lieu de la Singularité annoncée par Ray Kurzweil.
Cependant,
il serait absurde et dangereux de s'arrêter à des critiques
de ce type pour rejeter l'ensemble du message de Ray Kurzweil. Un
tel scepticisme révèlerait seulement la peur de l'avenir
et du changement que nous avons dénoncé plus haut,
notamment chez nos compatriotes. Au contraire, nous voudrions que
les chefs d'Etat européens intègrent complètement
la vision de Ray Kurzweil et en fassent le thème dominant
de leurs discours. Imaginons que, lors du dernier sommet informel
de Chefs d'Etat européens à Hampton Court (27/10/05),
un discours de ce type avait été tenu par l'ensemble
des participants. Les mesures permettant de relancer l'innovation
européenne en auraient été immédiatement
facilitées. On peut dire, sans grand risque d'erreur, que
l'avenir de l'Europe en aurait été changé.
Quelles
innovations pour quels développements ?
Quels
sont les grands domaines d'innovation technologique illustrant aujourd'hui
avec le plus de netteté la Loi du retour accéléré
proposé par Ray Kurzweil. Evoquons ici pour mémoire
(nos lecteurs sont très informés) les principaux :
- Le calcul informatisé ou informatique au sens général.
Si tout est calculable parce que quantifiable, on comprend que les
gains apportés par l'amélioration exponentielle des
outils informatiques se dissémineront à vitesse accélérée
dans l'ensemble des connaissances et autres technologies.
- Les réseaux permettant de connecter moyens de calculs et
serveurs de connaissance.
- La bioinformatique qui bénéficie directement des
progrès du calcul et des réseaux pour simuler le vivant.
- Les nanotechnologies qui donnent la possibilité de fabriquer
de nouvelles formes de matière et de composants bioinformatiques
par des manipulations se situant à l'échelle du nanomètre.
- Les sciences du cerveau grâce auxquelles, en utilisant les
technologies précédentes, on peut commencer à
comprendre l'organisation et le fonctionnement du système
nerveux et par conséquent de l'esprit humain.
Ray
Kurzweil y insiste moins, mais il ne faut pas oublier dans cette
énumération d'autres domaines d'innovation, réutilisant
d'ailleurs très largement les résultats des technologies
énumérées ci-dessus, qui intéressent
directement les possibilités concrètes de survie des
humains dans la galaxie :
- Les technologies permettant l'accès aux sources d'énergie
naturelle renouvelables grâce auxquelles construire des systèmes
néguentropiques.
- Les technologies de l'exploration et du vol spatial.
A
partir de ce que l'on peut appeler ces technologies de base, quelles
grandes catégories d'inventions voit-on actuellement émerger
? Nous parlons d'émergence car rien n'indique que ces inventions
soient vraiment délibérées. Elles se produisent
quasi spontanément dans un milieu soumis à la compétition
darwinienne. Nous citerons ici, sans reprendre nécessairement
les propositions de Ray Kurzweil (dont certaines paraissent vraiment
utopiques à ce jour) :
- Les matériaux et machines intelligentes.
- Les réseaux de connaissances.
- Les robots autonomes.
- La vie artificielle sous toutes ses formes, computationnelles
et organiques.
- La réalité virtuelle.
- Les corps biologiques et les esprits « augmentés
» (enhanced). Dans cette perspective, les transhumanistes
parleront de post-humains. On peut accepter ce concept sans l'exagérer.
L'homme moderne, au cœur de ses réseaux, est certainement
un post-humain au regard de ce qu'était le cultivateur néolithique,
au plan physique sinon moral.
- L'exploration du cosmos par des systèmes hommes-machines.
Qui
finance les innovations ?
Le
lecteur de Ray Kurzweil, nous l'avons dit, peut à juste titre
faire des réserves sur son optimisme sans nuances. Tout parait
se passer pour lui comme si les technologies émergentes et
convergentes dont il décrit les cycles de développement
se produisaient dans une humanité idéale, faite de
scientifiques et d'industriels recherchant avec persévérance
l'amélioration du sort de l'humanité au sein de l'environnement
terrestre.
Une première réserve à cet optimisme pourrait
être apportée par la constatation, souvent faite, que
des technologies peuvent, isolément ou en se conjuguant,
produire des résultats plus ou moins catastrophiques non
voulus par leurs promoteurs. C'est que l'on reproche généralement
aux défenseurs de la « croissance », considérée
comme un appel généralisé à des technologies
consommatrices de ressources non renouvelables. De cette croissance
irresponsable découle notamment le phénomène
redoutable actuellement décrit sous le terme de réchauffement
climatique terrestre.
Mais il y a plus grave. Il serait irresponsable de ne pas se poser
la question de savoir quels intérêts sociaux et politiques
financent effectivement les recherches/développements et
la fabrication des produits finis. Ce sont évidemment ceux
qui financent qui décident, au moins dans un premier temps,
du type de société qui découlera de leurs investissements.
Or, il suffit de regarder les données statistiques relatives
à l'origine géopolitique des grandes masses de crédits
de recherche pour s'inquiéter véritablement de l'avenir
qui se prépare.
Nous n'allons pas ici fournir de chiffres précis, mais la
moindre étude d'intelligence économique montre que
deux grandes catégories d'acteurs financent les inventions
émergentes dont nous avons fait la liste au paragraphe précédent.
Ce sont :
- Les militaires américains agissant directement ou par agences
interposées (DOD, Darpa, DOE, etc. ) le tout dans des buts
dits de Sécurité Nationale qui excluent la communication
et la discussion des résultats(1).
- Les industriels japonais pour tout ce qui concerne la robotique
industrielle, de compagnie et domestique. Là encore, les
intérêts corporatifs excluent la communication des
résultats.
- Dans une moindre mesure, les grands intérêts de l'entertainment
(jeux en réalité virtuelle, par exemple) qui sont
eux-mêmes souvent des émanations des lobbies militaro-industriels
américains.
On
trouve évidemment d'autres sources de financement. Mais les
unes, comme celles provenant de la Chine voire de l'Inde, s'inscrivent
dans la lutte mondiale pour la maîtrise des technologies de
puissance. Les autres, provenant notamment des pays de l'Union européenne,
se dispersent dans de nombreuses directions sans jamais atteindre,
à ce jour (sauf peut-être dans l'aérospatial)
des seuils d'efficacité. Il suffit, pour s'en convaincre
par un exemple pris parmi des centaines, de constater la faiblesse
des crédits dont disposent les laboratoires travaillant à
remédier aux handicaps moteurs grâce à des technologies
robotisées. Le paralysé ne paye pas. Par ailleurs,
il faut constater qu'il n'est pas certain que l'on mette jamais
tout en oeuvre pour lutter grâce aux technologies émergentes
contre la faim, la pauvreté et les grandes maladies. Les
grandes décisions à cet égard se prennent encore
pour l'essentiel à partir de la vision hégémonique
et de lutte pour le pouvoir qui est celle des pays dominants. Si
le monde continue sur cette lancée, on peut douter que ce
soit à partir des valeurs (ou prétendues valeurs)
humanistes, fussent-elles prônées par l'Europe, que
se produira la Singularité pronostiquée par Ray Kurzweil.
"Vast
government contracts have corrupted the American university system,
turning off the fountainhead of unfettered ideas and scientific
discovery. Multibillion-dollar federal R&D budgets have replaced
the solitary inventor with veritable armies of scientists and engineers
in laboratories across the country. Public policy itself has become
the captive of a scientific-technological elite."
2005?
Try 1961. The paragraph above was taken with only minor changes
from President Dwight Eisenhower's famous farewell address.
Things
have only gotten worse in 44 years. If Eisenhower was worried about
the power and influence of what he called "the military-industrial
complex" then, he'd be catatonic now. The risks -- and opportunities
-- posed by today's corporate-academic-military behemoth are exponentially
greater than in his day. So is the money: Total military spending
on basic R&D is probably somewhere between $15 billion and $20
billion per year and rising. Scientists funded by this bottomless
war chest are working on mind-blowingly powerful devices that threaten
to plunge the world into a deadly new arms race. Oh sure, this stuff
could also revolutionize medicine, communications, transportation
and every other aspect of human life: the shopworn "spinoff"
argument honed for decades by NASA's P.R. machine. But whether humanity
will get to use the awesome power of these new technologies -- in
particular nanotechnology -- for good rather than ill is one of
the key questions of the 21st century.