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10 août
2005 Présentation
et commentaires par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Intelligence
Intelligence par
Jeff
Hawkins
Edition francaise Campus Press, 2005
Edition américaine: On intelligence, Henry Holt 2004
mars 2005
Bien
connu pour être le créateur du PalmPilot (fondateur
des sociétés Pal Computing et de Handspring),
Jeff Hawkins, 48 ans, est également à l'origine
du Redwood Neuroscience Institute (créé en 2002),
institut de recherche "non profit" qui cherche à
comprendre comment fonctionne le cerveau et en à produire
des modèles mathématiques appropriés.
Il est également directeur de la société
Numenta, start-up récemment créée, dont
l'objet vise à finaliser des mémoires d'ordinateurs
basées sur la façon dont fonctionne le cerveau
Journaliste
scientifique, Sandra Blakeslee collabore depuis plus de trente
ans avec le New York Times. Ses domaines de prédilections
vont des neurosiences à la génétique,
en passant par la biologie cellulaire et les sciences de la
Terre. Elle est notamment co-auteur, avec V. S Ramachandran
de l'ouvrage "Phantom in the Brain - Probing the Mysteries
of the Human Mind "
Jeff
Hawkins, dans Intelligence, propose une nouvelle vision de
la façon dont fonctionne le cerveau humain. Il montre que
celui-ci n'est pas un ordinateur (une machine de Turing) mais un
vaste système de mémoires qui engrange les expériences
accumulées par chaque personne depuis sa naissance (voire
depuis le stade foetal). Ces expériences accumulées
reflètent la structure du monde tel qu'il est apparu au sujet
possesseur du cerveau tout au long de sa vie, sous la forme de séquences
d'événements et des relations entre ces séquences.
A partir de ces contenus de mémoire, le cerveau fait à
tout instant des prédictions qui sont confrontées
aux nouvelles expériences et mémorisées à
leur tour après modifications éventuelles. C'est ce
système de mémoire-prédiction qui constitue
l'essentiel de l'intelligence humaine, en organisant les perceptions,
la créativité et même la conscience.
Résumé
de la thèse
Le
siège de ces propriétés se trouve selon l'auteur
dans le néocortex, dont il donne une description dont la
précision (nous y reviendrons dans la suite de cet article)
surprendra ceux qui n'imaginaient pas que les neurosciences, même
assistées des instruments modernes de l'imagerie, aient pu
atteindre un tel niveau de détail dans la description aussi
bien anatomique que physiologique de cette partie essentielle du
cerveau. Il présente les six couches empilées de neurones
aux fonctions différentes constituant le néo-cortex,
sur une épaisseur qui ne dépasse pas 2 mm mais qui
recouvre, chez l'homme, l'ensemble de la surface de l'encéphale.
Grâce à sa structure hiérarchique, le néocortex
reçoit en parallèle les messages envoyés par
les organes sensoriels et par les couches plus profondes du cerveau,
et les organise sous forme de «patterns». Par pattern,
il faut entendre des ensembles d'informations présentant
une cohérence au plan géographique et au plan temporel
(séquences chronologiques). Ces patterns correspondent, après
diverses opérations destinées à éliminer
l'accessoire pour garder le permanent, aux représentations
que nous nous faisons du monde.
Mais le point essentiel, souvent négligé par les modèles
courants du cerveau, est que le néocortex ne fonctionne pas
seulement du bas vers le haut. Les patterns se forment dans chacune
des six couches de neurones et sont restitués à la
couche inférieure en même temps qu'ils sont adressés
à la couche supérieure. Ce rétro-feedback prend
la forme d'une prédiction renvoyée à la couche
inférieure et instantanément comparée et modifiée
si besoin ést compte tenu des nouvelles informations provenant
de l'extérieur. Dans ce modèle d'architecture, on
pourrait dire que chaque couche de neurones du néocortex
se comporte comme un néocortex à elle seule, à
la différence qu'intégrée dans un système
hiérarchique, ce qu'elle reçoit et émet influence
en parallèle ce que reçoivent et émettent les
autres couches. C'est cette architecture qui permet notamment de
ne pas confondre le cerveau avec un ordinateur classique. Contrairement
à celui-ci qui produit une information en sortie à
chaque entrée d'information venant de l'extérieur,
le cerveau fait, à diverses échelles de complexité,
des prédictions basées sur les expériences
et les séquences préalablement enregistrées.
Ces prédictions provoquent des sorties motrices qui modifient
le monde environnant et provoquent en retour de nouvelles informations
au niveau des entrées sensorielles. L'interaction avec l'extérieur
résulte du fait que le système global est doté
d'organes sensoriels et d'organes effecteurs. Mais ces organes ne
fonctionnent pas isolément. Ils s'auto-influencent à
tous les niveaux de complexité du cortex, du fait des nombreuses
liaisons synaptiques qui les relient.
Deux autres caractères différencient le néocortex
des autres fibres et structures neuronales. L'une est l'organisation
en colonnes verticales de quelques millimètres de diamètres
qui mettent les neurones de chaque couche, à l'intérieur
de ces colonnes, en communication avec ceux situés au dessus
et au dessous. Ces colonnes (ou groupes de colonnes, car rien n'est
unique dans le cerveau) sont en principe dédiées,
du fait d'une architecture acquise par l'évolution et commandée
à la naissance par les gènes de structure, à
des types spécifiques de messages, par exemple transmettre
via le cortex visuel, l'information relative à la perception
d'une ligne verticale. Mais si nécessaire, en cas d'accident,
elles peuvent se remplacer l'une l'autre. Le cerveau n'est donc
pas au départ un amas indifférencié de neurones,
un «tas de nouilles». Le deuxième caractère
est opposé au précédent, ou plutôt complémentaire
de celui-ci. Dans toutes les couches, avec une densité de
plus en plus grande lorsqu'on s'élève dans la hiérarchie
de ces couches, il existe des fibres de liaison qui, grâce
aux synapses, permettent d'associer les mémoires et donc
les prédictions formulées à chaque niveau hiérarchique.
Ce sont ces fibres horizontales qui ont donné d'ailleurs
au cortex son qualificatif d'associatif. L'existence de liaisons
horizontales était connue depuis longtemps, mais Hawkins
montre qu'elles jouent un rôle permanent dans la modulation
tant des informations émises en sortie que des informations
reçues en entrée, ceci quelle que soit la complexité
des patterns et des séquences transitant au sein des couches
et à travers elles.
Un autre point important, qui permet au cerveau, malgré la
lenteur de ses composants primaires, de réagir vite et de
façon régulière, est l'invariance des patterns
stockés à chaque niveau du cortex. Il s'agit d'une
invariance relative, puisque les séquences mémorisées
peuvent être modifiées si elles sont contredites par
de nouvelles expériences. Mais lorsque ce n'est pas le cas,
elles peuvent être immédiatement mobilisées
pour produire des prédictions et entraîner des actions
s'appuyant sur ces productions. Ceci ne constitue pas une observation
nouvelle. On sait depuis longtemps que le cerveau commande de nombreux
comportements sur le mode automatique, par exemple dans le cas de
la conduite automobile, l'appel à des solutions plus complexes
ne survenant qu'en cas de difficulté inattendue. Cette invariance
des patterns ne doit pas être confondue, évidemment,
avec les boucles sensori-motrices automatiques caractérisant
l'ensemble de la vie organique et ne faisant pas intervenir le cortex.
Mais le point sur lequel Hawkins insiste est que ce phénomène
de l'invariance des patterns au niveau du néocortex est absolument
général. C'est pourquoi il caractérise le cortex
comme un ensemble de mémoires prédictives. Dans chacune
des couches et des colonnes, le néocortex stocke des séquences
de patterns. Il s'agit d'un stockage auto-associatif, tel élément
de séquence pouvant suffire à faire apparaître
la séquence entière ou des séquences différentes
dans lesquelles il figure. Là encore, c'est l'extrême
connectivité synaptique du cerveau qui rend possible ces
associations.
Enfin, les patterns sont stockés sous une forme invariante
et hiérarchique. C'est ce caractère qui assure la
permanence bien connue de la mémoire et le fait que les représentations
primaires que nous nous donnons du monde s'articulent dans notre
esprit en représentations de plus en plus complexes. Plus
on s'élève dans la hiérarchie, plus les détails,
importants dans les niveaux inférieurs, s'atténuent
au profit des lignes générales. On voit ainsi apparaître,
au sommet des couches néocorticales, des représentations
correspondant à ce que l'on appellera en linguistique des
concepts ou des noms. Les concepts sont seulement des abstractions
épurées des détails. Ils n'ont pas besoin d'être
nommés par le langage social pour exister et servir à
orienter le comportement intelligent supérieur. Au plus haut
de la pyramide, c'est le concept de « moi » qui synthétisera
l'ensemble des expériences passées et actuelles enregistrées
par le sujet. Mais de nouveau, on rappellera que la permanence et
la hiérarchie ne sont que relatives. Elles peuvent laisser
place à des variantes de représentations ou de hiérarchies
si de nouvelles expériences imposent ces changements et si
la plasticité d'ensemble du système permet d'en tenir
compte pour assurer la réadaptation du système à
un milieu profondément changé.
Comment s'élaborent les abstractions, au fur et à
mesure que les patterns s'élèvent dans la hiérarchie
corticale ? L'auteur évoque des processus statistiques (hebbiens),
le niveau supérieur ne mémorisant que les données
les plus fréquentes et ne tenant pas compte des données
plus occasionnelles. Ceci ne paraît pas poser de difficulté
conceptuelle, sauf qu'il faudra pour bien faire préciser
dans chaque cas le processus neuronal à l'oeuvre dans la
fabrication de l'abstraction. Ce pourra être le renforcement
des liaisons synaptiques les plus souvent ou les plus fortement
sollicitées.
Finalement, on pourra se représenter l'organisation du cortex
comme un modèle du monde acquis par le sujet au fur de son
développement et tout au long de sa vie. Par organisation,
on entendra les patterns et associations entre patterns qui ont
été mémorisés dans les couches et colonnes
corticales sous forme d'associations de plus en plus stables et
hiérarchisées au fur et à mesure que l'on s'élève
vers les couches corticales supérieures. Il s'agit de représentations
du monde et du sujet lui-même qui sont propres à ce
dernier. Mais l'auteur rappelle, sans insister suffisamment pensons-nous,
que l'architecture de base du cerveau lui a été transmise
par l'hérédité. Elle correspond à un
modèle du monde acquis non plus par l'individu mais par l'espèce
au cours de son évolution darwinienne. Les cortex des dauphins
ne sont pas analogues à ceux des humains car ces espèces
vivent dans des mondes différents. Nous dirions presque,
en nous appuyant sur l'hypothèse constructiviste, sur laquelle
nous reviendrons, qu'elles ont construit des mondes différents.
Pour prendre une comparaison informatique, on dira que l'individu
reçoit dès le stade foetal, comme tous les membres
de son espèce, un ordinateur et un système d'exploitation
vides, et qu'il les garnira de logiciels d'application, de fichiers
et de données de plus en plus riches tout au long de sa vie.
Ces contenus lui seront propres. Ils matérialiseront le monde
particulier dans lequel vit le sujet. Mais il s'agit d'un modèle
du monde qui est aussi un modèle du «moi» du
sujet, ou plus exactement qui constitue très exactement le
«moi» du sujet. On retrouve là le "rêve"
des nouvelles générations de moteurs de recherche
sur Internet: représenter extensivement une personne par
la collection de tous les messages émis et reçus par
lui pendant une période déterminée. Nous sommes
évidemment là en présence d'une description
matérialiste ou physicaliste de l'intelligence et de la conscience,
c'est-à-dire d'une position philosophique dont Jeff Hawkins
(qu'il en soit loué) ne se cache pas d'être un représentant
particulièrement averti.
Comparons
le cortex avec une division d'infanterie
L'architecture
neuronale décrite par Hawkins rappelle, en infiniment plus
complexe, celle des réseaux de neurones formels ou réseaux
neuronaux artificiels. Mais l'auteur réfute cette comparaison,
tout au moins dans l'acception donnée aujourd'hui à
de tels réseaux par les informaticiens. Les réseaux
de neurones formels produisent des patterns mais ils n'ont que peu
de couches et fonctionnent essentiellement dans un sens, soit en
entrée, soit en sortie. De plus ils ne sont pas conçus
pour enregistrer des séquences temporelles. Une comparaison
plus parlante, bien qu'éloignée de la neurologie,
est proposée par l'auteur. C'est celle que l'on peut tirer
de l'architecture et du fonctionnement d'une entreprise hiérarchique
ou mieux, d'une unité militaire, par exemple une division
d'infanterie, manoeuvrant sur le terrain.
On peut regretter que Hawkins n'ait abordé cette comparaison
qu'en quelques lignes, au lieu de la développer. D'une part,
elle peut rendre plus parlantes les descriptions de l'architecture
neuronale qu'il nous propose. D'autre part, la similitude entre
le cortex et les images de structures sociales organisées
que l'on peut en donner conduisent inévitablement à
des réflexions d'ordre épistémologiques que
l'auteur n'a pas faites et qui manquent à son ouvrage, comme
nous le dirons dans la seconde partie de cet article.
Développons la comparaison du cortex avec une unité
militaire manoeuvrant sur le champ de bataille. Chaque soldat individuel
peut être considéré comme un neurone. Il dispose
de nombreux organes sensoriels spécialisés qui lui
permettent de collecter des informations sur ce qui se passe autour
de lui et, dans un premier temps, de les traiter à son niveau.
Ainsi il confirmera une image visuelle par la recherche d'un son
ou d'une odeur. S'avançant vers l'ennemi, il fait constamment
des prédictions sur ce qu'il va trouver, en s'appuyant sur
son expérience antérieure. Il confronte ces prédictions
à ce qu'il constate. S'il observe des phénomènes
correspondants à des séquences classées dans
sa mémoire comme non significatives (par exemple l'envol
d'un oiseau qu'il dérange), il ne leur donne pas suite. S'il
remarque un événement important, auquel il s'attendait,
comme la vue d'une mine isolée, mais s'il peut traiter lui-même
cet événement, par exemple en neutralisant la mine,
il n'alertera pas, en principe, l'échelon hiérarchique
supérieur. Il pourra par contre prévenir ses voisins
immédiats en utilisant les moyens de communications à
courte portée dont il dispose. Si enfin il observe un fait
auquel il s'attendait également mais auquel il ne pourra
pas faire face seul, comme l'apparition d'un char d'assaut, il alertera
aussitôt son chef de section. Il fera de même, a fortiori,
s'il note un événement grave auquel il ne s'attendait
pas, par exemple une incapacité physique subite pouvant laisser
penser qu'il est soumis à une agression chimique.
Le chef de section, à son niveau, fait de même. Tant
que le soldat en avant-garde ne signale rien, il ne prend pas de
mesures particulières. Mais il s'attend, en fait, à
ce que son groupe rencontre une résistance ennemie. Dès
que le compte-rendu du soldat lui parvient, il peut préciser
l'image théorique de l'ennemi qu'il avait formée dans
sa mémoire suite à des expériences précédentes
et donner des ordres en conséquence. Ces ordres impliquent
l'ensemble des hommes de la section et circulent entre eux immédiatement,
de façon horizontale, grâce aux moyens de communication
propres à cette dernière. Si la section, en tant qu'unité,
peut traiter l'événement, le chef de section n'alertera
pas le capitaine. Il le fera au contraire si l'occurrence se révèle
dépasser les dimensions de l'événement qu'il
avait mémorisées et auquel il était préparé
à faire face. Le processus se répète à
tous les niveaux de la hiérarchie, jusqu'au général
commandant la division. Celui-ci avait prédit le fait, parmi
d'autres occurrences possibles déjà mémorisées
elles aussi, que sa division rencontrerait une forte résistance.
Si les différents niveaux inférieurs lui signalent
qu'une résistance effective est observée, il prend
un ordre global en conséquence. Cet ordre pourra être
de stopper la progression et de s'abriter. L'ordre redescend tous
les échelons et est traité, de façon différente,
en fonction du terrain, c'est-à-dire des retours d'expérience,
par chaque niveau. Le fantassin de base l'exécute à
son tour et rend compte, en signalant au besoin les événements
nouveaux pouvant rendre l'ordre inopportun.
On voit que dans une telle architecture, chaque niveau est en principe
spécialisé. Mais la spécialisation peut s'adapter
aux retours d'expérience. Cette possibilité d'adaptation
résulte du fait que chaque niveau émet à la
fois vers le haut (rendre compte, voire prendre des initiatives)
et vers le bas (transmettre les ordres). Elle résulte aussi
du fait qu'il existe des communications horizontales entre niveaux
permettant aux unités composant ceux-ci de coopérer
entre elles et se remplacer si nécessaire. Ces communications
sont assurées par des liaisons radio ou autres spécialisées
à chaque niveau. Si les soldats étaient dotés
d'émetteurs Internet personnels, ils pourraient en principe,
comme dans l'Internet civil, correspondre avec tous les autres abonnés
au réseau, quel que soit leur niveau hiérarchique.
Mais ils ne le feraient que pour des raisons exceptionnelles, signalant
l'émergence d'occurrences profondément inattendues.
Si nous poursuivons la comparaison entre le cerveau et une unité
militaire opérant sur le champ de bataille, que pouvons-nous
ajouter ? La constatation essentielle qui s'impose est la suivante
: l'unité, à chaque instant, constitue une mémoire
d'ensemble représentant le champ de bataille tel qu'il est
à cet instant. D'autres points de vue sur le champ de bataille
pourraient être obtenus par d'autres observateurs situés
à l'extérieur, mais ces points de vue ne seraient
pas plus «vrais» que ceux obtenus par les différents
éléments de l'unité, depuis le fantassin à
la base jusqu'au commandant de division au sommet, qui interagissent
en temps réel avec les évènements du monde
survenant dans le cours de la progression de l'unité sur
le terrain, au contact de l'ennemi. Ceci ne veut pas dire que l'unité
obtient une description objective du champ de bataille, c'est-à-dire
du monde en soi hypothétique qui correspond à ce terme.
Les patterns ou représentations stables obtenues par l'unité
ne sont pas imaginaires, puisqu'elles sont testées en permanence
par les différents capteurs sensoriels et actuateurs physique
dont dispose l'unité. Mais ils restent relatifs à
ces capteurs et actuateurs, c'est-à-dire finalement à
l'observateur et à ses instruments observant le monde externe.
Ils n'ont donc qu'une vérité relative, mais ceci est
suffisant pour permettre à l'unité de naviguer dans
le champ de bataille en optimisant ses chances de survies grâce
aux échanges permanents entre ces divers composants.
Une autre question intéresse le niveau de connaissance du
champ de bataille, c'est-à-dire du monde extérieur,
que peuvent obtenir les différents échelons hiérarchiques.
Le soldat individuel ne pourra produire qu'une connaissance locale,
celle qu'il obtient personnellement ou en communiquant avec ses
voisins immédiats. Mais chaque niveau hiérarchique
supérieur produira une connaissance plus étendue,
dont la combinaison au sommet de la division aboutira à une
connaissance globale - aussi globale que possible, tout au moins,
compte tenu des moyens mis en oeuvre. Dans le schéma du cerveau
proposé par Hawkins, les patterns ou représentations
dotés d'une certaine permanence et produits aux différents
niveaux hiérarchiques du cortex servent de base aux prédictions
qui déterminent les actions et qui sont elles-mêmes
soumises à la sanction de l'expérience découlant
de la mise en oeuvre de ces actions.
Il
en sera de même dans notre exemple.Au reçu des informations
provenant des niveaux subordonnés, le commandant de la division
donnera un ordre global qui sera exécuté par chaque
échelon subordonné pour ce qui le concerne. Mais celui-ci
n'obéira pas en aveugle, si l'on peut dire. Il adaptera l'exécution
de l'ordre compte tenu des représentations locales du milieu
dont il est porteur, et que le commandant de division ne pouvait
pas connaître. Tout problème non prévu par le
commandement et pouvant remettre en question l'exécution
de l'ordre remontera immédiatement vers les échelons
supérieurs, si son importance le mérite. Ainsi la
division se comportera comme un ensemble d'agents auto-adaptatifs
capables de prendre en compte les éléments les plus
fins de la réalité du monde. Autrement dit, elle aura
un comportement intelligent. Sans avoir nécessairement lu
Hawkins, les organisateurs civils et militaires ont compris cela
depuis longtemps, ce qui a condamné les structures hiérarchiques
à la prussienne, où le soldat ne doit être qu'un
exécutant aveugle.
Hawkins explique qu'il a eu la révélation de l'existence
de l'architecture «interactive» et adaptative qu'il
décrit en lisant une étude du neurologue Vernon Mountcastle,
de la Johns Hopkins University (voir http://www.jhu.edu/~gazette/aprjun98/apr2098/20mount.html).
Ce dernier avait observé que, malgré les différents
rôles fonctionnels des aires du néocortex, celui-ci
présentait partout la même structure en 6 couches neuronales
elles mêmes organisées en colonnes verticales. D'où
l'idée que les différentes parties du néocortex
fonctionnent de la même façon, selon un algorithme
de base unique. Les différences entre les fonctions remplies
par chacune d'elles tiennent non à des différences
de structure mais à la façon dont elles sont reliées
aux autres parties du cerveau. Et de quel type d'algorithme s'agit-il
? Produire à partir des scènes et séquences
préalablement mémorisées des prédictions
sur ce que l'action en cours va faire apparaître, afin de
mettre en évidence les différences entre ce qui était
prévu et ce qui se produit réellement. Une fois ces
différences reconnues, de nouvelles mémorisations
les intégrant remplacent les précédentes, ce
qui permet au cerveau et plus exactement au néocortex d'optimiser
en permanence son adaptation aux changements du monde.
La plupart de ce processus de prédiction-mémorisation
sont inconscients car le néocortex traite l'information à
la milliseconde et ce sont le plus souvent des détails infimes
qui font l'objet du mécanisme d'adaptation. De plus, et c'est
un point essentiel intéressant la question de la conscience
de soi, le cerveau n'est pas organisé pour s'auto-informer
de la façon dont ses différents composants fonctionnent
- ou cessent de fonctionner (alors que, dans de nombreux cas, il
peut être informé de la façon dont fonctionnent
un certain nombre de composants du corps, organes sensoriels et
moteurs notamment. Mais lorsque les sens font apparaître des
éléments importants, par exemple un oeil manquant
dans un visage, nous éprouvons inconsciemment un choc qui
nous oblige à rechercher la cause du conflit et à
lever l'incertitude. Les neurologues modernes ont confirmé
que plus de la moitié des échanges d'information entre
les couches supérieures du cortex, siège des fonctions
nobles, et les couches inférieures en relation avec les entrées-sorties
endogènes et exogènes sont dans le sens descendant
et non, comme on le croyait jusque là dans le sens ascendant
(les sens informant la conscience). Pour illustrer le rôle
de ces communications descendantes, Hawkins prend l'exemple de l'audition.
Pourquoi parvenons à comprendre un interlocuteur dans une
foule dont le bruit de fond dévore la plupart des paroles.
Si notre compréhension se construisait uniquement de bas
en haut, à partir des messages brouillés que nous
recevons, nous ne comprendrions pas grand-chose. En réalité,
notre cortex supérieur anticipe, compte tenu de la connaissance
que nous avons de notre interlocuteur, ce que sera l'essentiel de
son discours. L'information est communiquée au système
auditif, de haut en bas. Ce dernier n'aura plus qu'à enregistrer,
même à partir de réceptions brouillées,
les quelques différences qui permettront de restituer le
sens complet du nouveau discours.
Premiers
commentaires
Le
livre s'inscrit dans un domaine de recherche bien connu de nos lecteurs
et généralement accepté aujourd'hui par tous
les scientifiques et philosophes qui rejettent le dualisme, c'est-à-dire
le fait que l'esprit puisse relever d'un tout autre ordre d'explication
que le corps et soit en fait d'origine divine et non matérielle.
On doit saluer à cet égard le courage de Jeff Hawkins
à affirmer son matérialisme au sein d'une société,
la société américaine, de plus en plus soumises
aux pressions de groupes religieux prônant, même en
sciences, le retour aux Ecritures et à leur vision du monde.
Pour
nous qui n'avons heureusement pas ces préjugés, il
est intéressant de voir grâce à ce livre une
nouvelle illustration possible de la façon dont les entités
biologiques, à commencer par les plus simples, ont progressivement
élaboré sous la pression de sélection darwinienne
des représentations ou modèles symboliques du monde.
Ces représentations leur ont permis de créer des réponses
de plus en plus complexes aux contraintes du milieu et donc d'envahir
celui-ci à une vitesse de plus en plus accélérée.
Cette évolution a produit l'homme doté non seulement
d'un cerveau mais d'un néocortex. Elle n'est sans doute pas
près de s'arrêter, d'une part parce que les cerveaux
humains ne sont que des unités au sein d'une société
de milliards d'équivalents reliés par les langages
et les voies de communication des sociétés et cultures
modernes. Il n'est d'ailleurs pas impossible que sous la pression
de sélection culturelle, l'héritage génétique
commandant l'organisation du cerveau humain, dès le stade
embryonnaire, puisse encore évoluer. Mais d'autre part aussi,
comme le suggère fort opportunément l'auteur, parce
que la société humaine est sur le point de créer
des cerveaux artificiels qui augmenteront de façon sans doute
illimitée les capacités des cerveaux biologiques.
Il s'agit de phénomènes qui n'intéressent pas
seulement l'avenir de l'homme mais celui de l'intelligence consciente
au sein de l'univers global.
Cependant le livre de Hawkins ne se borne pas à répéter
ce qui n'est plus pour nous aujourd'hui qu'une constatation triviale.
Il essaye de montrer avec précision, en descendant au niveau
des neurones individuels, comment l'architecture du cerveau, sous
la forme récemment apparue du néocortex, permet de
générer, dès le plus jeune âge, les bases
de l'intelligence culminant dans la représentation de soi
dans le monde et dans l'élaboration de stratégies
très larges de survie individuelle et collective. Certes,
comme l'auteur le rappelle avec justesse, ces bases existent chez
tous les animaux, même dotés de simples amorces de
systèmes nerveux centraux. L'intelligence n'est pas le monopole
de l'homme. Elle prend des formes très différentes
et très subtiles dans l'ensemble des espèces. Mais
c'est le néocortex humain qui en permet le déploiement
le plus élaboré, du moins tel que nous pouvons en
juger à ce jour.
On lira donc avec le plus vif intérêt les descriptions
anatomiques et fonctionnelles du néocortex proposées
par Hawkins, lequel bien que non neurologue, s'est appuyé
sur les constations les plus récentes des neurosciences.
Mais il nous semble cependant que l'enthousiasme de l'auteur vis-à-vis
de la pertinence de ses propres hypothèses mérite
un certain recul. On ne peut pas ne pas poser des questions qui
ne contrediront certainement pas ces hypothèses, mais qui
devraient pouvoir au contraire les enrichir et les prolonger. L'auteur
d'ailleurs nous invite à le faire, sur le site qu'il a consacré
à son livre et qui est référencé au
début de cet article.
Que pourraient être ces questions ?
La première concerne la validité des descriptions
du cortex présentées dans le livre, tant au plan de
l'anatomie que du fonctionnement. Sans les contester radicalement,
ce dont d'ailleurs nous n'aurions pas la compétence, on se
bornera à remarquer qu'il ne s'agit encore que d'hypothèses,
restant à vérifier par des études fines menées
in vivo. On constate par exemple qu'à toute difficulté
intéressant par exemple les capacités de la mémoire
et des associations, l'auteur fait appel à la richesse quasi
infinie du cerveau en neurones et plus encore en connexions synaptiques.
Mais ceci ne suffit pas à montrer comment les associations
s'orgnaisent effectivement, certains pouvant subsister indéfiniment
et d'autres disparaître. Ce n'est pas parche que notre galaxie
comporte cent milliards d'étoiles, autant que de neurones
dans le cerveau, qu'elle est intelligente. Or de telles études
sont encore très difficiles, compte tenu du manque de précision
des méthodes actuelles d'imageries conduites sur des personnes
vivantes en action. L'auteur est conscient de ce problème,
il suggère d'ailleurs des expériences qui pourraient
être menées dans un proche avenir pour vérifier
ses hypothèses. Mais c'est plus généralement
sur la possibilité pour un observateur confronté à
un observé susceptible de multiples interprétations
qu'il faut s'interroger. On se trouve un peu dans la situation que
celle du physicien quantique face au monde microscopique. La conscience
de l'observateur crée dans une certaine mesure l'observé.
Tout au moins, elle le qualifie d'une certaine façon, qui
est fonction des instruments dont il dispose sur le moment. Ce n'est
donc pas finalement le monde quantique en soi qui est observé
et décrit, mais la construction résultant de l'interaction
de l'observateur/acteur humain et de ses instruments avec un continuum
quantique non descriptible. Nous renvoyons sur ce point aux articles
consacrés dans cette revue au non-réalisme en physique
et aux travaux
de Mme Mugur-Schächter.
Que conclure de cette première observation ? C'est que la
description des mécanismes du cerveau, de l'intelligence
et de la conscience que nous propose Jeff Hawkins est nécessairement
le reflet de la façon dont il voit le monde en tant qu'observateur/acteur
situé dans un temps et dans un espace bien définis.
Ceci ne veut pas dire qu'il faudrait les rejeter, mais les replacer
dans la démarche constructiviste de l'ensemble des sciences
occidentales contemporaines. Il ne décrit certainement pas
ni l'intelligence ni le néocortex en soi, tâche impossible
voire sans objet, mais quelque chose en train de se construire à
son insu et dont il est un agent particulièrement bien informé.
Que voulons-nous dire ? Les entités conscientes dont nous
sommes sont (sans doute) engagées dans un processus général
d'extension au sein du cosmos. Tout au moins c'est ainsi qu'elles
se conçoivent. Se concevant ainsi, elles font en sorte, sans
le vouloir et donc inconsciemment, de transformer le monde naturel
au profit du type d'organisation qu'elles représentent. Hawkins,
comme nous qui le lisons, sommes en train de nous construire de
façon à augmenter en nous les capacités de
traitement intelligent et conscient telles que, sans doute par émergence,
nous avons appris à nous les représenter. Nous projetons
donc dans ce que nous croyons observer du monde des processus visant
à assurer cette augmentation, processus qui eux-mêmes
résultent d'une longue évolution biologique dont nous
sommes les produits. Les observations du cortex que formulent Hawkins
sont à cet égard des prédictions visant à
être prescriptives de ce que devrait être le cortex
pour répondre à nos ambitions d'êtres en marche
vers plus d'intelligence. En d'autres termes, à travers les
yeux d'Hawkins, nous ne voyons pas le cortex tel qu'il est (concept
d'ailleurs non acceptable aux yeux du non-réalisme) mais
tel qu'il devrait être pour répondre à nos exigences
actuelles en matière de système intelligent.
On peut avoir un soupçon de cela en constatant que Hawkins,
ne sachant pas dans le détail comment se font les échanges
d'informations au sein des couches corticales, se comporte comme
s'il était le responsable d'une organisation sociale (une
division d'infanterie pour reprendre l'exemple ci-dessus) dont il
aurait mission d'améliorer l'adaptabilité. Il disposerait
pour ce faire d'une grande quantité de ressources, les neurones
ou soldats, les liaisons synaptiques ou radio entre ceux-ci, et
il devrait organiser au mieux l'émergence d'une entité
intelligente globale, le sujet conscient d'une part, la division
d'infanterie d'autre part. A cette fin, il imagine les meilleures
solutions possibles, en l'état actuel de ses connaissances,
pour améliorer le fonctionnement du cortex. Nous ne voulons
pas dire que ces solutions ne correspondent pas à ce qui
se passe dans le cortex ou ne sont pas de bonnes solutions en elles-mêmes.
Mais le lecteur doit toujours se demander si le cortex, et plus
généralement le cerveau, et plus généralement
encore le corps humain tout entier immergé dans les relations
sociales, ne font pas appel à d'autres solutions pour générer
de l'intelligence et de la conscience. En d'autres termes, pour
parler simplement, ne prenons pas les perspectives ouvertes par
Jeff Hawkins au pied de la lettre, ce qui risquerait d'empêcher
de voir des solutions profondément différentes susceptibles,
elles aussi, d'expliciter les faits de conscience et notre propre
conscience...à plus forte raison des types d'intelligences
non humaines. A fortiori, ne nous appuyons pas exclusivement sur
les schémas de Hawkins pour réaliser des automates
intelligents. Les travaux d'Alain Cardon visent, dans l'ensemble,
cet objectif, mais ne partent pas tout à fait des mêmes
prémisses (voir par exemple http://www.automatesintelligents.com/labo/2005/jui/cardon1.html).
Nous pouvons faire d'autres observations à l'auteur, dont
certaines ont d'ailleurs été esquissées dans
le forum consacré au livre. En voici quelques-unes dans le
désordre :
La question de la conscience de soi, du Je tel que nous le percevons,
n'est pas véritablement traitée. L'auteur s'en tire
par une pirouette. Dans l'architecture proposée, on en voit
pas comment s'organise ce que Bernard Baars appelle l'espace de
travail conscient. Même si celui-ci n'est pas localisé
de façon permanente dans le cortex, il doit bien correspondre
à des échanges neuronaux spécifiques, qui ne
se produisent pas dans les traitements inconscients, fussent-ils
«intelligents». Comment dans ce cas distingue-t-on le
conscient de l'inconscient et du préconscient. Quel apport
spécifique au système décrit par l'auteur représente
l'intervention du moi conscient et de ce que l'on appelle encore
le "libre-arbitre". S'agit-il d'illusions ou non? (voir
notre article consacré à Plus
vaste que le ciel, de Gérald Edelman).
De la même façon, l'auteur évacue bien trop
cavalièrement la question des sentiments et affects. Pour
la plupart des spécialistes de la conscience, notamment Damasio
et Edelman, les sentiments constituent un élément
essentiel de la construction des architectures neuronales. Ils modulent
souvent de façon très profonde les inputs ou entrées
responsables des connexions synaptiques, venant soit de l'extérieur
soit de l'intérieur du corps. Ils modulent également
les expressions émises en sortie. Aussi bien les concepteurs
de conscience artificielle, tel Alain Cardon, leur font jouer un
rôle essentiel dans la réponse à une question
fondamentale : qu'est-ce qui peut faire penser une machine consciente
? Posons une question incidente : pourquoi Hawkins ne cite-t-il
pas les auteurs évoqués ici ?
Pourquoi ne pas évoquer le rôle des mèmes dans
la construction de la capacité associative du cortex ? Les
mèmes de type langagier, selon les méméticiens,
représentent une bonne explication à la croissance
extraordinaire du cortex associatif observée depuis 1 ou
2 millions d'années chez l'homme, seule créature capable
d'échanges sociaux systématiques à base de
messages symboliques. La colonisation du cortex et de ses ressources
en connexions synaptiques par des mèmes en compétition
darwinienne pourrait aussi expliquer pourquoi les connexions internes
au cortex se sont produites si efficacement, en apparence, bien
qu'aucun ingénieur n'ait prévu à l'avance le
moindre schémas de réseaux. Ne nous trouvons nous
pas en présence de phénomènes d'auto-organisation
entraînant leur propre optimisation, analogues d'ailleurs
- et ce ne serait pas une simple coïncidence - à ce
qui se passe au sein du réseau Internet. Lorsqu'en quelques
secondes je trouve en utilisant un moteur de recherche puissant
l'adresse d'un nom précis, fut-il présent en un seul
exemplaire au sein du web mondial, je suis aussi surpris que lorsque
je constate que mon cerveau peut se remémorer subitement
un fait de mon passé oublié depuis longtemps et qui
était pourtant mémorisé quelque part dans les
cent milliards de neurones dudit cerveau. (Sur les mèmes,
voir Susan
Blackmore et Robert
Aunger).
Les questions soulevées ici et d'autres mériteraient
plus de discussion. Nous ne le ferons pas pour ne pas donner à
cet article une taille déraisonnable. Mais nous y reviendrons
sans doute. Le livre de Jeff Hawkins n'est pas en effet un de ceux
qui peut s'abandonner facilement. Nous incitons donc nos lecteurs
à le lire d'abord, à en débattre ensuite et,
s'ils veulent bien, à nous communiquer leurs réflexions.
L'article est à cette fin édité sur notre blog
du Monde http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/
Note:
Dans The Wisdom Paradox: how your mind can grow stronger as
your brain grows older (Free Press 2005) le professeur de neurologie
clinique à la New York University School of Medecine Elkhonon
Goldberg montre que le cerveau des personnes viellissantes conserve
ou augmente sa capacité à résoudre des problèmes,
ceci même si l'âge inflige d'autres pertes de cognition,
notamment en termes de mémoire immédiate. Cette propriété
découle du fait que la fonction dite "pattern recognition"
ou aptitude à reconnaître des patterns ne fait que
s'accroître au fur et à mesure que s'accroît
l'expérience des personnes âgées. La fonction
est complexe et mal comprise, que ce soit chez l'homme ou dans les
robots. Cependant, elle apparaît comme générique
à la plupart des espèces dotées d'un encéphale
et par conséquent ne subirait pas la dégradation des
autres fonctions du cerveau humain. Encore faut-il l'exercer, aussi
bien par des activités intellectuelles que par des activités
physiques obligeant à résoudre des problèmes.
Acceptons en l'augure (source New Scientist 13 Août 2005,
p. 51).