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16 avril 2006 Présentation
et commentaire par Jean-Paul Baquiast. Texte relu et complété
par Christophe Jacquemin
Programming
the Universe
A quantum computer scientist takes on the Cosmos
Programming
the Universe
a quantum computer scientist takes
on the Cosmos
par Seth Lloyd
Alfred
A. Knopf
mars 2006
Seth
Lloyd est professeur d'ingénierie quantique (quantum
Mechanical Engineering) au MIT et concepteur du premier
ordinateur quantique pratiquement
réalisable.
Il
a publié de nombreux articles sur la théorie
quantique de l'information.
L'auto-construction
naturelle de notre univers selon Seth Lloyd(1)
L'histoire
que le livre raconte est celle de notre univers. Elle commence banalement,
comme toutes celles ayant été écrites par des
cosmologistes ces dernières années. Au départ
de l'histoire, c'est-à-dire avant ce que Seth Lloyd continue
à nommer le Big Bang(2),
il n'y avait rien ou plutôt rien dont on puisse parler avec
certitude. L'hypothèse retenue par l'auteur, qui ne se distingue
pas en ceci de la grande majorité des cosmologistes contemporains,
est que notre univers est né d'une fluctuation dans l'énergie
du vide quantique (ou énergie de point zéro)(3).
On pourrait dire de façon imagée que ce terme d'énergie
du vide désigne un univers sous-jacent à tous les
univers possibles, notamment à notre univers. Il est dénué
de temps, d'espace et de masse. Son entropie est maximum (infinie
?) dans la mesure où il est impossible de donner la moindre
information concernant ce qui s'y trouve. Mais cet univers sous-jacent
se manifeste en permanence au niveau de notre univers. D'abord par
l'existence des trous noirs, si on conserve l'hypothèse de
l'existence de ceux-ci. Mais aussi simplement parce que toutes les
particules matérielles qu'étudie notre physique doivent
être considérées comme résultant de la
décohérence [voir
encadré ci-dessous] de processus ondes-particules
quantiques appartenant au monde quantique.
Seth Lloyd pose aussi un autre postulat, que certains voudront discuter
: les «lois de la physique» (telles que nous les décrivons
aujourd'hui, c'est-à-dire sous réserve d'une évolution
ultérieure de nos connaissances) s'appliquent au vide quantique
comme à notre univers. Les lois de la physique font donc
partie également de l'univers sous-jacent à tous les
univers possibles. Ces lois de la physique comportent en particulier
les lois de la physique quantique.
Selon certaines hypothèses de la physique qantique, l'énergie
du vide n'est pas statique. Elle est bouillonnante. A grande échelle,
elle manifeste des fluctuations imprévisibles. En permanence,
des particules ou bouffées d'énergie sont créées
et d'autres annihilées. Autrement dit, des «bulles
d'univers», dotées de temps et d'espace locaux, sont
aléatoirement créées et annihilées.
On peut faire l'hypothèse que notre univers a été
le produit d'une de ces fluctuations. C'est le début de son
histoire. Dès le premier temps de celle-ci, le temps et l'espace
que nous connaissons sont apparus. Seth Lloyd ne s'appesantit pas
sur les épisodes supposés s'être produits aux
premiers instants de cette création, notamment l'inflation.
Il les considère comme acquis mais son propos est ailleurs.
L'essentiel
de sa thèse est que la première manifestation d'énergie
créée au début de ce processus s'est comportée
comme un bit d'information. Autrement dit, non seulement il s'est
agit d'une particule énergétique capable d'interagir
avec celles qui allaient suivre pour former des entités physiques
matérielles, mais d'une particule dotée des caractères
d'une unité d'information dans la théorie de l'information,
c'est-à-dire basiquement de représenter des 0 et des
1 ainsi que toutes les valeurs intermédiaires entre 0 et
1. Ceci lui permet de fonder son hypothèse selon laquelle
notre univers est un ordinateur(4),
et qui plus est un ordinateur quantique (nous allons y revenir).
L'univers se construit en exploitant ses propres capacités
computationnelles.
Chaque
modification physique impliquant l'univers est aussi une opération
informatique
Pour
comprendre la façon dont est né et évolue notre
univers, l'auteur nous invite à porter un double regard sur
chacun des changements d'état qui peut affecter la plus élémentaire
des parties composant cet univers. Ces changements d'état
doivent être vus à la fois comme des actions physiques
et comme des opérations informatiques. Il n'y a là
en fait que du très banal. Prenons un exemple. Si un rayon
ionisant (par exemple un rayon cosmique) modifie l'état d'excitation
(ou d'énergie électrique) d'un atome dans une molécule
chimique ou biologique, ce rayon entraîne, fut-ce d'une façon
non perceptible par nous, une modification de la façon dont
l'atome contribue aux propriétés de cette molécule
et à son rôle fonctionnel. Nous sommes donc là
en présence d'un effet physique. Mais il s'agit aussi d'un
effet informatique dans la mesure où l'atome est engagé
de fait, par interaction avec ses voisins, dans un ou plusieurs
des circuits logiques qui sont à la base du calcul informatique
booléen : ET, OU, NON, COPIE, etc. En effet, modifier l'état
de l'atome a pour effet de changer
sa valeur informatique, autrement dit de réaliser une opération
élémentaire de calcul. Dans la numération binaire,
on dira que la valeur informatique de l'atome passera de 0 à
1 ou de 1 à 0 (avec possibilité d'adopter toutes les
valeurs intermédiaires entre 0 et 1 si on estime devoir se
situer au plan d'une opération analogique et non digitale).
Ce changement de valeur informatique aura lui-même un résultat
physique obligé. Ainsi, au cas où l'atome était
lié à un voisin dans une porte logique ET, utilisée
pour obtenir un niveau de sortie 1 si tout les niveaux d'entrée
sont à 1, son changement d'état transforme la sortie
1 en sortie 0, ce qui peut modifier non seulement l'état
physique immédiat de la molécule mais la façon
dont celle-ci, considérée à son tour comme
un élément de calcul dans un réseau plus vaste,
interagit avec le reste de son environnement physique et biologique(5).
On obtiendrait exactement le même résultat si le rayon
ionisant tombait sur une des mémoires de mon ordinateur.
Non seulement l'état physique de cette mémoire serait
modifié (avec possibilité de destruction incapacitante)
mais le programme faisant appel à cette mémoire, ainsi
modifiée, serait lui-même modifié : soit rendu
plus efficace (avec beaucoup de chance) soit plutôt affecté
d'un bug entraînant des effets parasites ou même bloquants.
Entropiesénergétiques
et informationnelles
Seth Lloyd nous invite alors à réfléchir au
concept d'entropie. Le changement d'état physique et informationnel
d'une unité quelconque de l'univers entraîne des effets
très importants au regard de "l'entropie énergétique
et informationnelle" de ce dernier. De même qu'il rapproche
l'état physique d'un élément de l'univers avec
son état informationnel, l'auteur rapproche l'état
d'entropie énergétique de cet élément
avec son état d'entropie informationnelle. L'énergie
de l'univers, mesurée par son niveau d'entropie (p. 40 de
l'édition anglaise) est "ce qui lui permet de faire
telle ou telle chose. L'information est ce qui lui commande de faire
telle ou telle chose". Dans ce cas, l'entropie informationnelle
est l'information nécessaire pour analyser les mouvements
au hasard des atomes et des molécules de l'univers. Comme
ces mouvements sont trop petits pour être identifiés
par nous, l'information les concernant nous sera invisible. On parlera
alors d'entropie informationnelle pour ce qui nous concerne ici
et maintenant. Elle mesure notre ignorance relative à l'état
de détail de ce système (ignorance qui n'était
pas celle, on s'en souvient de l'imaginaire démon de Maxwell,
qui savait tout sur l'état de toutes les molécules
d'un gaz enfermé dans une enceinte). La 2e loi de la thermodynamique
(une autre des lois de la physique que Seth Lloyd considère
comme universelle) précise que l'entropie énergétique
ne diminue jamais. Autrement dit, l'énergie inutilisable
s'accroît sans cesse aux dépens de l'énergie
utilisable. Il en est de même de l'information. L'essentiel
de l'information intéressant un système physique (par
exemple les positions relatives de chacun de ses atomes) nous est
inconnue. Nous n'avons que des informations statistiques ou de probabilité
à leur sujet. Nous pouvons préciser ces informations
- sous réserve des limites imposées par la mécanique
quantique et tenant au principe d'incertitude). Mais ceci exige
alors une recherche d'information introduisant plus de désordre
informationnel dans le système global que nous n'obtenons
d'ordre permettant d'améliorer la précision de notre
description.
Entrée
en scène de l'ordinateur quantique
Les hypothèses assimilant l'univers à un immense ordinateur
se modifiant lui-même par des opérations à la
fois physiques et informatiques sont aujourd'hui relativement nombreuses.
Depuis longtemps, la comparaison entre l'univers et un calculateur
digital, analogue à notre PC, avait été faite.
Mais elle restait théorique dans la mesure ou, pour simuler
l'univers ou un simple élément de celui-ci, il faudrait
des quantités d'unités de calcul et de mémoire
imposant le recours à un ordinateur aussi grand que l'univers
lui-même, sinon plus. Stephen Wolfram - et Konrad Suze avant
lui - avait pour sa part envisagé de comparer l'univers à
un vaste automate cellulaire [voir
notre actualité du 19/12/02]. Mais la même
objection lui a été faite.
Seth
Lloyd, qui est un des théoriciens les plus reconnus de l'ordinateur
quantique, évite ces objections en proposant dans son livre
l'hypothèse selon laquelle l'univers serait lui-même
un ordinateur quantique, qu'il qualifie d'ordinateur quantique universel.
D'une part ceci serait en accord avec les lois de la physique qui
postulent nous l'avons rappelé l'existence d'un univers quantique
sous-jacent à tous les univers possibles. D'autre part, et
surtout, la puissance de calcul de l'ordinateur quantique permet
d'envisager dans un avenir relativement proche la simulation de
tout ou partie de l'univers. Cette possibilité tient à
la possibilité qu'il offre de réaliser des calculs
superposés à partir des bits quantiques ou q.bits
propres qui le composent.
Nous
ne commenterons pas ici les passages consacrés par Seth Lloyd
à l'ordinateur quantique et aux difficultés de mise
au point rencontrées aujourd'hui. Certains chercheurs estiment
avoir réalisé des ordinateurs quantiques à
7 q.bits, et ne désespèrent pas de faire mieux [voir
notre article du 29/1/04 "Pour un grand programme européen
: l'ordinateur quantique]. Même en superposant
les calculs, 7 q.bits ne permettent pas de simuler un système
physique avec la même puissance qu'un ordinateur digital actuel,
mais les spécialistes de l'ordinateur quantique espèrent
faire beaucoup mieux prochainement.
Celà dit, la question soulevée par Seth Lloyd n'est
pas en premier lieu celle de savoir à quelle époque
un ordinateur quantique fabriqué par l'homme pourra simuler
l'univers entier. Elle est d'affirmer que l'univers entier se comporte
comme un ordinateur quantique universel. Il ne s'agit pas pour lui
d'une image mais d'une réalité. Autrement dit, l'univers
n'a pu apparaître et se développer qu'en se servant
à lui-même d'ordinateur quantique. De la même
façon, notre organisme ne peut croître et se protéger
des agressions qu'en utilisant ses propres capacités computationnelles.
Evidemment, comme la théorie de l'information prescrit que
n'importe quel ordinateur peut simuler n'importe quel autre, il
est intéressant pour nous que l'univers soit fondamentalement
un ordinateur quantique. Nous pourrons ainsi le simuler quand nous
aurons réalisé un de ces instruments. Mais le point
essentiel est que, dans le scénario proposé par Seth
Lloyd, si l'univers n'avait pas été un ordinateur
quantique, il n'aurait pas pu acquérir dans les 14 milliards
d'années de sa vie supposée, la complexité
que nous lui connaissons aujourd'hui. En effet, les toutes premières
informations reçues par l'univers à sa naissance,
si elles avaient été traitées de façon
linéaire par un ordinateur séquentiel, n'auraient
pas permis d'explorer en temps utiles les multiples branches d'opportunité
nécessaires à ce que soient dégagées
les solutions les plus viables à la survie de l'univers sous
la forme que nous lui connaissons aujourd'hui, depuis la création
des galaxies jusqu'à celle de la vie et de l'intelligence
sur notre Terre. L'univers se serait développé de
façon linéaire, sans doute très monotone. Il
aurait ressemblé à un lac sans vent.
La décohérence
Au
contraire, la multiplication des calculs en superposition a permis
d'explorer toutes les possibilités d'évolution en
parallèle. Certes, toutes les hypothèses n'ont pas
été matérialisées. Seules certaines
ont été retenues. Mais par qui et de quelle façon
? Selon l'auteur, elles l'ont été par l'interaction
entre les bits quantiques et les bits matériels résultant
des premières opérations logiques de type ET, OU,
NON, COPIE réalisées initialement. Cette interaction
«matérialisante» résulte du phénomène
désormais admis par les physiciens quantiques, dit de la
décohérence. En termes plus classiques, on parle de
la réduction de la fonction d'onde d'un système quantique
suite à la mesure réalisée par un observateur
macroscopique.
Petit
rappel sur la décohérence
et la réduction de la fonction d'onde
C'est à Erwin Schrödinger que l'on doit d'avoir
popularisé la décohérence et la notion
de réduction de la fonction d'onde. Son expérience
imaginaire formulée en 1935(1), dite "paradoxe
du chat de Schrödinger", est en effet désormais
assez connue du grand public.
L'expérience
est la suivante : dans une boîte fermée pourvue
d'un hublot se trouve un chat, une fiole de cyanure, un
marteau retenu par un fil et un détecteur quantique
(un compteur Geiger). On y dépose un élément
radioactif (atome d'uranium U) qui, dans un temps donné,
a 50% de chance de se désintégrer en émettant
un électron, électron qui ira frapper le détecteur;
lequel actionnera alors le marteau qui brisera la fiole
de poison mortel
Fermons
la boîte, déclenchons l'expérience et
demandons-nous avant de regarder par le hublot si le chat
est vivant ou mort... C'est évident direz-vous :
il a 50% de chance que le chat soit vivant et autant qu'il
soit mort...
Mais
selon la physique quantique le chat, avant observation,
est vivant ET mort à la fois ! Elle affirme que l'atome
U est un être quantique auquel est applicable le principe
de superposition : les particules atomiques peuvent exister
dans plusieurs états superposés et simultanés.
Ainsi, l'état vivant ou mort du chat ne dépend
que de l'état (émission d'un électron
ou non) de l'atome d'uranium. Or on sait que l'électron,
étant donné sa nature ondulatoire, peut être
localisé tout autour du noyau d'un atome. Il est
présent simultanément à plusieurs endroits,
et cela AVANT qu'il ne se soit observé. De même,
un atome radioactif d'uranium peut exister dans deux états
superposés (intact et désintégré).
Cet état de superposition cesse immédiatement
dès qu'il y a observation, et donc interaction, de
la particule. On dit alors qu'il y a décohérence
lorsqu'un système A et B devient un système
A ou B. Ainsi, regarder n'importe quelle particule quantique
l'empêche de rester dans son double état (ET)
ce qui l'oblige à en choisir un des deux (OU)
Dans
l'expérience, l'état superposé de l'atome
U devrait donc se transmettre à notre chat macroscopique
et le transformer en mort-vivant, le fait d'observer le
chat à travers le hublot entraînant la décohérence
de son état (mort/vivant) et le choix d'un seul état.
Cette explication, difficilement acceptable pour notre monde
macroscopique, montre alors les difficultés d'interprétation
que soulève le formalisme mathématique quantique
(où les états superposés sont faciles
à concevoir lorsqu'ils sont définis par des
fonctions d'onde car celles-ci s'additionnent sans problème).
Mais
alors, le chat ? Est-il mort ou bien vivant ? En d'autres
termes, ceci s'applique-t'il vraiment aux êtres macroscopiques.
La réponse vient ici de chercheurs français
qui ont déterminé que la période d'incertitude
est inversement proportionnelle à la complexité
d'un objet. Ce qui pour le chat, qui est un objet complexe,
revient à une période tellement courte qu'elle
est négligeable. Dit d'une autre façon, l'état
superposé "vivant ET mort" dans lequel
se trouve le chat ressemble à une bulle de savon
: une bulle est éphémère et détruite
à la moindre interaction. La décohérence
des objets macroscopiques est quasi-immédiate.
Seth
Lloyd nous invite à prendre comme exemple une des toutes
premières opérations réalisées par l'univers
dès sa naissance (soit approximativement 10-44
secondes en temps de Planck). Il s'agit de la façon dont
des instabilités dans la répartition de l'énergie
initiale sont apparues à la suite des fluctuations quantiques
des niveaux d'énergies. Si l'on considère ces fluctuations
comme des opérations informatiques, explorer leurs conséquences
aurait pris beaucoup trop de temps à un ordinateur digital,
au rythme imposé par l'inflation. L'univers serait resté
homogène. Leur exploration en parallèle par un ordinateur
quantique a permis de faire apparaître de nombreux types de
répartition de la densité énergétique.
Un multivers aux innombrables branches a été esquissé.
Mais le propre de l'ordinateur quantique est de décohérer
des que l'on veut connaître le résultat de ses calculs.
En l'espèce, comme il n'y avait pas à l'époque
d'observateur macroscopique capable d'interagir avec les calculs
de l'ordinateur quantique universel, c'est un simple hasard qui
a entraîné le choix d'un embranchement parmi les multiples
histoires virtuellement possibles. C'est ce hasard qui a produit
les inégalités dans la densité de matière
énergie du cosmos initial, détectées par la
sonde Wilkinson.
De
proche en proche, ces premiers choix ont entraîné des
décohérences en chaînes portant sur les innombrables
calculs quantiques que continuait à faire l'ordinateur quantique
universel. L'univers tel que nous le connaissons en a résulté.
Chaque fois qu'un q.bit de l'ordinateur quantique universel proposait
un grand nombre, sinon une infinité de choix, l'interaction
avec la matière déjà créée obligeait
l'univers à choisir une solution et une seule. Mais ceci
ne veut pas dire que l' « histoire » ainsi écrite
était obligée de redevenir linéaire. Les fluctuations
propres à la physique quantique introduisaient en permanence
des éléments générateurs de diversité,
dont certaines mutations génétiques donnent un exemple
en biologie.
Ajoutons que, contrairement au physicien David Deutsch [voir
notre présentation de son ouvrage "L'étoffe de
la réalité], Seth Lloyd ne s'embarrasse
pas ici de l'hypothèse des multivers. Pour lui, seul compte
l'univers tel que nous le connaissons dans l'état actuel
de la science. Les choix non retenus par l'ordinateur quantique
universel, c'est-à-dire les innombrables autres types d'univers
perdus lors des opérations de décohérence,
ne le préoccupent pas plus qu'un promeneur ne s'interroge
sur ce qui se serait passé s'il avait pris tel embranchement
au lieu de celui qu'il a effectivement choisi. C'est une position
raisonnable que nous ne pouvons qu'approuver.
Commentaires
Précisons d'emblée que le livre est remarquablement
lisible (à condition de connaître l'anglais, of course).
L'auteur évite soigneusement les équations toujours
rébarbatives. Il illustre chacun des termes un peu techniques
qu'il doit employer par des exemples ou des croquis simples qui
permettent de les comprendre, même si l'on n'est pas étudiant
en sciences. Par ailleurs l'ouvrage est parsemé, sur le mode
américain, d'anecdotes plaisantes personnelles concernant
l'auteur et ses expériences universitaires.
Concernant la thèse elle-même, il se trouvera sans
doute des critiques réfutant tels ou tels points précis,
par exemple l'hypothèse relative à la possibilité
de trouver une formule pour résoudre la question de la gravitation
quantique sans faire appel aux hypothèses de la théorie
des cordes et autres M. Théories (auxquelles l'auteur manifestement
n'accorde aucun crédit) . Mais pour le reste, on ne voit
pas pourquoi refuser l'hypothèse selon laquelle l'univers
observable se comporterait comme un ordinateur quantique. Elle est
conforme à l'importance que prend de plus en plus en théorie
et en pratique la physique quantique dans les explications scientifiques
intéressant l'univers, au niveau cosmologique comme au niveau
sub-atomique. Par ailleurs, il est incontestable que, malgré
les difficultés pratiques rencontrées, la construction
effective d'ordinateurs quantiques disposant d'un nombre suffisant
de q.bits pour concurrencer les ordinateurs digitaux devrait progresser
dans les années prochaines.
Nous dirions davantage. L'ouvrage de Seth Lloyd vient à point
nommé pour préciser les points qui demeuraient obscurs
ou flous dans les «histoires de l'univers» présentées
par la science contemporaine. Dans l'article que nous avons nous-mêmes
publié il y a quelques semaines(6)
le lecteur aura noté les imprécisions gênantes
qui marquent les passages relatifs aux origines de l'univers et
de la complexité. A la lueur du livre de Seth Lloyd, cet
article pourra désormais, pensons-nous, être réécrit
avec des précisions plus convaincantes concernant ces points.
Plus
généralement, dans cette revue, comme dans le livre
disponible en ligne sous le titre Comprendre. Nouvelles sciences,
nouveaux citoyens(7),
nous avions résumé plusieurs travaux de chercheurs
développant ce que nous avions appelé l'hypothèse
constructionniste ou du «réel humanisé».
Il s'agit de postuler que les espèces vivantes et l'humanité
en particulier, construisent un univers aussi adapté que
possible à leurs exigences de survie en n' «observant»
dans le monde que ce qui leur est favorable. L'important travail
de Mme Mugur-Schächter, en particulier, montre qu'il est illusoire
de parler d'un réel en soi existant en dehors des observations.
C'est l'observation, que ce soit dans les sciences macroscopiques
ou en physique quantique (réduction du paquet d'ondes) qui
crée le réel sur lequel l'humanité s'appuie
pour se développer. Il ne s'agit pas en ce cas d'un réel
hypothétique, mais d'un réel relatif créé
par l'homme. Nous avions étendu cette hypothèse à
l'ensemble des processus par lesquels l'interaction entre des entités
biologiques ou matérielles du monde macroscopique avec des
entités quantiques amène celles-ci à décohérer
dans le sens favorable à la survie de ces entités
macroscopiques.
Nous pouvons penser que le livre de Seth Lloyd confirme cette approche,
en l'étendant au cosmos tout entier. Au fur et à mesure
de la progression de l'ordinateur quantique universel dans la construction
de complexifications reposant sur des processus d'acquisition de
néguentropie, énergétique et informationnelle,
notre univers approfondit et diversifie la route initialement choisie
par hasard et conduisant, sur Terre tout au moins, à l'apparition
de la vie et de la conscience. Il n'y a cependant pas de marche
obligée vers plus de vie et de conscience, car des accidents
dus à des fluctuations quantiques peuvent toujours se produire
(de même que mon ordinateur pourrait s'arrêter subitement
de fonctionner ou, au contraire, refuser de s'arrêter). Mais
chaque jour qui passe renforce la cohérence globale des solutions
adoptées par notre univers, dont bénéficient
la vie et la conscience.
Est-ce à dire que nous suivrons l'auteur qui, par son titre
(Programming the Universe), semble laisser penser que l'humanité
serait désormais capable de programmer, reprogrammer ou déprogrammer
tout ou partie de l'univers grâce aux ordinateurs quantiques?
Certainement pas. L'humanité en est loin. Le titre semble
dicté par un souci commercial (faire acheter l'ouvrage) plutôt
que par la rigueur scientifique. Les perspectives à très
long terme qu'il évoque lui-même dans le dernier chapitre
sont d'ailleurs assez décourageantes. Dans le grand futur,
la vie, l'intelligence et la conscience lui paraissent condamnées
à mort. On est loin des perspectives encourageantes proposées
par l'auteur de Biocosm(8).
Mais comme il s'agit à ce niveau de spéculations métaphysiques,
le lecteur ne s'arrêtera pas à ces lugubres perspectives.
Notes
(1) Pourquoi ce
sous-titre? Pour rappeler nos propres opinions philosophiques, confortées
par la lecture du livre de Seth Lloyd. Avec le terme d'auto-construction
naturelle, nous postulons l'existence d'un processus ayant sa propre
logique, laquelle se trouve dans les lois de la nature. On ne connaît
pas encore toutes ces lois, mais on estime pouvoir les préciser
grâce à la science. Ce processus de construction de
l'univers est donc entièrement matériel (ou matérialiste)
et ne doit rien à l'intervention d'une quelconque entité
spirituelle. Le terme de construction rappelle par ailleurs qu'il
s'agit d'un processus s'inscrivant dans le temps, dont l'évolution
future ne peut être précisée. On ne peut donc
pas, contrairement à ce que voudraient les spiritualistes,
lui assigner des finalités quelconques.
Quant au terme de "notre univers" il se borne à
rappeler que, comme Seth Lloyd, nous ne refusons pas l'hypothèses
des univers multiples, mais que nous ne nous intéressons
ici qu'à l'univers visible par nous (l'univers à l'intérieur
de l'horizon de notre espace-temps, "within the horizon"),
le seul sur lequel en l'état actuel des connaissances nous
pouvons agir.
(2) On sait que
certains scientifiques hésitent dorénavant à
considérer le Big Bang comme un événement unique,
spécifique à notre univers. Ils y voient plutôt
un type d'émergence pouvant se produire à tous moments
à partir du vide quantique.
(3) Voir notre article
"Trous Noirs ou étoiles à énergie noire?"
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/72/gravastar.htm
(4) Konrad Suze
a été le premier à évoquer cette idée
dès 1968 (cf http://www.idsia.ch/~juergen/digitalphysics.html),
publiant l'année suivante "Rechnender Raum" livre
publié chez Friedrich Vieweg & Sohn, Braunschweig, 1969.
On peut en trouver une version traduite en anglais (Computing Space))
sur ftp://ftp.idsia.ch/pub/juergen/zuserechnenderraum.pdf
(5) Sur les portes
logiques, voir Electronique pour tous :
http://www.electronique-pour-tous.com/html/principal/electronique/l
ogiques.shtml
(6) Voir ne article
"Pour un principe matérialiste fort" : http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/72/materialisme.htm
(7)Baquiast. Comprendre.
Nouvelles sciences, nouveaux citoyens 2005 : http://www.admiroutes.asso.fr/baquiast.htm
(8)Voir
notre recension de l'ouvrage
Addendum. Quelques
questions réponses
Nous
n'examinons pas ici toutes les assertions du livre (par
exemple celles concernant la complexité ou les règles
de la mécanique quantique (qui supposons-le, sont
déjà connues de nos lecteurs) mais celles
plus originales intéressant la théorie quantique
de l'information. Les réponses présentées
comme celles de Seth Lloyd sont en fait, le lecteur l'a
compris, celles qu'à la lecture du livre, nous croyons
comprendre que ferait Seth Lloyd .
1.
Les systèmes physiques utilisent-ils obligatoirement
la numération binaire ? Seth Lloyd (SL) répond:
non. Un système à deux états enregistre
2 bits, un système à 8 états enregistre
3 bits, etc. Comme nul n'est là pour en décider,
c'est la structure des systèmes qui impose tel type
de numération. De plus, dans la nature, la valeur
d'un enregistrement n'est pas nécessairement discrète
(0 ou 1). Elle peut varier entre 0 et 1. Ceci permet d'utiliser
des ordinateurs analogiques pour simuler certains systèmes
physiques. Mais de plus en plus, on tend à considérer
que les systèmes physiques sont constitués
d'unités discrètes et que par ailleurs le
nombre de leurs états distincts est fini.
2.
Y a-t-il des bits partout dans la nature ? SL répond
: l'univers est fait de bits. Chaque molécule, chaque
atome, chaque particule élémentaire enregistrent
des bits d'information. Mais ces bits n'ont pas la même
valeur. Leur valeur dépend de la question posée.
Le bit qui définit l'identité d'une paire
de base dans un gène a plus d'importance que celui
qui enregistre l'activité d'un atome de carbone dans
un matériau.
3. Quels langages parlent les bits de la nature ? SL
répond : ils parlent le langage de la physique
quantique, d'abord, de la physique macroscopique ensuite.
Pour leur parler, il faut simultanément découvrir
ces lois et inventer les instruments adéquats : par
exemple les lasers capables de modifier le spin d'une particule.
Il s'agit d'un gros travail, mais bien engagé de
nos jours.
4. Mais qu'en est-il de l'algèbre booléenne
? Le livre décrit les portes logiques que l'on retrouve
dans les systèmes de traitement de l'information
naturels. Pourtant personne n'a appris l'algèbre
booléenne à l'ordinateur naturel. JPB
répond : la réponse est la même
que celle appelée par la question plus fréquemment
posée des mathématiques dans la nature. Les
mathématiques, comme les règles du calcul
informatique humain, sont une façon de représenter
dans nos langages et plus profondément dans nos cerveaux
des phénomènes naturels. Ainsi, quand deux
énergies de même sens s'ajoutent dans la nature,
elles obéissent tout naturellement à la règle
logique ET, sans avoir appris à programmer l'addition.
5. Comment concevoir pratiquement le processus qui constitue
le point fort de l'argument de SL : l'univers est, à
la fois, un système physique ET un système
de traitement de l'information (qui plus est, quantique).
N'a-t-on pas là, soit une impossibilité, soit
une banalité ? JPB répond:
SL n'est pas clair sur ce point. Peut-être pour lui
ne s'agit-il que d'une image à ne pas prendre au
pied de la lettre. Cependant, réfléchissons.
Reprenons l'exemple d'un rayon ionisant qui modifie l'état
d'un atome au sein d'un gène et d'un bit dans la
mémoire de mon ordinateur. Dans les deux cas se produit
une opération informatique. Cette opération
n'a de conséquences que parce que le gène
et mon ordinateur sont en fait des machines à traiter
de l'information, c'est-à-dire à déclencher
des programmes en chaîne, grâce à leur
architecture qui comporte de nombreux circuits, portes logiques,
etc. Ni l'un ni l'autre ne procèdent à un
calcul informatique préalable (fut-il quantique)
avant de se demander comment ils vont réagir physiquement
à la nouvelle information reçue. Ils réagissent
spontanément.
Mais pourquoi le gène et mon ordinateur sont-ils
architecturés comme des machines à traiter
de l'information ? En ce qui concerne l'ordinateur, la réponse
est évidente. En ce qui concerne le gène et
tous les systèmes naturels quels qu'ils soient, les
évolutionnistes diront qu'ils n'ont survécu
que parce qu'ils ont été sélectionnés
pour traiter logiquement l'information, au lieu de la recevoir
dans le désordre et n'en rien faire. Ceci quel que
soit le type de traitement qu'ils sont capables d'appliquer
à l'information, quantique ou digital .
SL ajouterait sans doute que la sélection des systèmes
physiques de notre univers a été faite, aux
origines, à partir des choix multiples rendus possibles
par le calcul quantique. C'est cette variété
de solutions possibles qui a permis la diversité
de l'univers, même si la plupart des possibilités
proposées par le calcul quantique n'ont pas été
retenues par la nature. Le processus se poursuit encore
à des niveaux que nous ne savons pas encore apercevoir
(par exemple en ce qui concerne l'organisation du traitement
de l'information dans le cerveau, aboutissant à ce
que l'on appelle la conscience volontaire).
6. Pourrait-on alors penser que si les humains ont «
inventé » l'ordinateur, ils se sont bornés
à redécouvrir et formaliser des processus
existants déjà dans la nature. Ceci expliquerait
les progrès énormes accomplis par l'informatique
et la science de l'information depuis l'invention des ordinateurs
artificiels ? SL répond : oui. Il
en est de même dans de nombreux systèmes artificiels
adaptant des dispositifs naturels, sans nécessairement
l'avoir recherché initialement. Exemple : le sonar.
7. Qu'est-ce qui pousse un système physique à
calculer, autrement dit à traiter de l'information
? SL répond : tous les systèmes
physiques enregistrent de l'information et, quand ils évoluent
dynamiquement, ils transforment et traitent cette information.
Mais pourquoi évoluent-ils dynamiquement au lieu
de rester inertes ? Parce qu'ils consomment l'énergie
libre rendue disponible dès les origines de l'univers.
8. Si l'univers constitue un ordinateur quantique universel,
comme l'affirme SL, pourquoi n'observons nous pas (en général)
de calculs quantiques dans la nature, mais des calculs classiques.
SL répond : parce que nos moyens
d'observations appartenant au monde macroscopique obligent
les q.bits à décohérer. Nous ne voyons
alors qu'un seul calcul parmi un grand nombre d'autres.
Les calculs que nous ne voyons pas se perdent dans le multivers
quantique.
Une autre réponse, bien plus fondamentale, est qu'en
fait aujourd'hui nous ne savons pas bien comment fonctionne
un ordinateur quantique naturel (universel) parce que nous
n'avons pas encore construit d'équivalents artificiels
suffisamment performants. Découvrir le fonctionnement
de l'ordinateur quantique universel, pour le cas échéant
modéliser d'abord, reprogrammer ensuite, l'univers
ou des parties de celui-ci, constitue une des raisons fortes
pour construire des ordinateurs quantiques plus performants
que ceux existant actuellement. JPB ajoute
: Il est donc dommage de constater que cet objectif n'intéresse
que médiocrement aujourd'hui, tant les communautés
scientifiques que les bailleurs de fonds.
9. Mais alors, nos moyens d'observations ne nous font-ils
voir que ce qu'ils sont déjà capables de voir
? Notre connaissance du monde ne tourne-t-elle pas alors
en rond, autour de ce que veut bien reconnaître «
la conscience de l'observateur » (pour reprendre une
expression classique) ? JPB répond :
c'est la question abordée ci-dessus dans l'article
à propos du constructivisme et des travaux de Mme
Mugur-Schächter concernant le caractère relatif
du réel. Nous « qualifions » les entités
quantiques en fonction des questions que nous sommes capables
de leur poser. On pourrait craindre ce faisant, effectivement,
de tourner en rond. Mais en fait, comme ces questions ne
sont pas nécessairement redondantes (elles aussi
fluctuent), nous pouvons élargir notre construction
du monde en prenant en compte et assimilant de nouvelles
réponses de la nature, venant elles-mêmes de
calculs quantiques de l'univers auxquels nous avons partiellement
accès.
Par ailleurs, quand nous construirons de véritables
ordinateurs quantiques, capables d'importants calculs, nous
pourrons simuler l'univers (c'est-à-dire le fonctionnement
du calculateur quantique universel) sur de vastes échelles
et ce faisant faire apparaître des aspects de lui
encore inconnus. Nous pourrons même le reprogrammer
différemment, ce que semble suggérer le litre
du livre de SL.
10. Les lois de la physique sont-elles antérieures
à l'apparition de l'univers ? JPB répond:
SL ne nous semble pas clair sur ce point. D'une part il
considère, ce qui parait normal, qu'un certain nombre
de lois physiques sont indépendantes de l'apparition
de notre univers. Ce serait le cas des lois de la physique
quantique qui gouverneraient le comportement de l'énergie
du vide initiale avant l'apparition de tous systèmes
physiques, quels qu'ils soient. Mais d'autres lois auraient
été établies par les premiers calculs
auxquels se serait livré notre univers. Nous pouvons
penser qu'en effet, il existe dans la nature une hiérarchie
de lois fondamentales, dont en premier lieu celles de la
physique quantique. Ces dernières, en bonne logique,
ne devraient pas être liées à l'apparition
du temps, de la matière et de l'espace, c'est-à-dire
à l'apparition de notre univers. De toutes façons,
il faut admettre, avec SL et beaucoup d'autres, que les
lois les plus fondamentales sont les plus simples. C'est
de l'interaction de simples lois que naissent toutes les
complexités macroscopiques que nous connaissons.
11. Les lois de la physique quantique ne sont pas déterministes.
Elles sont seulement probabilistes et à de larges
échelles. Le futur qu'elles peuvent prédire
est donc fondamentalement imprévisible. Pourquoi
en ce cas l'univers nous apparaît-il déterminé
? SL répond : la nature macroscopique
est fondamentalement le résultat de probabilités
concernant l'état des entités quantiques sous-jacentes.
Vous et moi n'existons macroscopiquement que parce qu'à
grande échelle, il y a de fortes probabilités
que nous existions. JPB ajoute : Mais il
arrive que des événements quantiques imprévus
viennent bouleverser l'ordre (apparent) des systèmes
macroscopiques (nous avons cité dans l'article ci-dessus
le cas où un rayon ionisant introduisant une particule
quantique de haute énergie perturbe un gène
ou la mémoire de mon ordinateur).
12. D'où viennent les bits d'information de l'univers
primitif ? SL répond : de la combinaison
des lois de la mécanique quantique avec celles de
la gravité. L'univers primitif était uniforme,
la densité d'énergie était partout
la même. Il n'y avait pas de bits d'information (ou
très peu). Mais la mécanique quantique interdit
de préciser l'état exact (position et impulsion)
des particules individuelles. Cet état fluctue donc
légèrement. De ce fait, certaines régions
de l'univers ont pu être plus denses que d'autres.
La gravité a obligé la matière à
se diriger vers ces régions, ce qui a renforcé
les inégalités de densité et donné
naissance aux galaxies et autres agrégations de matière.
L'accélération de la matière vers les
zones denses, sous l'effet de la gravité, l'a échauffé
et a libéré de l'énergie libre. A chaque
fois des bits d'information ont été créés
en grand nombre, correspondant aux détails matériels
de plus en plus nombreux qui apparaissaient. Par ailleurs,
il faut rappeler que les fluctuations quantiques aléatoires
interviennent en permanence pour introduire de la nouveauté
dans l'univers.
13. Pourquoi alors distinguer l'univers et l'ordinateur
quantique universel dans lequel se produisent ces fluctuations
et ces créations d'informations ? SL répond
: il n'y a pas lieu de les distinguer. Il s'agit
d'une seule et même chose. L'univers est un ordinateur
quantique de taille égale à lui-même.
Note
au 15 mai 2006. Nous avons reçu du professeur Lloyd, après
l'avoir consulté sur l'article, le message suivant que nous
transcrivons avec plaisir, en le remerciant. AI.
"Dear
M. Baquiast and Jacquemin, Thank you very much for sending me the
link to your review. I read it with great interest: You have put
considerable effort into constructing a general and understandable
summary. Indeed, I felt that you managed to express better than
I some of the key points of the book (perhaps they come across better
in French; but I suspect that it is because of the care you took
in coming up with with felicitous expressions). I would enjoy talking
with you in person about your ideas and conceptions and hope that
our paths cross soon."