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Jean-Philippe Rennard est docteur en économie
et informaticien. Il est notamment lauteur dun
ouvrage de référence sur la vie artificielle
: «Vie artificielle, Où la biologie rencontre
l'informatique » (Vuibert, 2002)). Actuellement Professeur
à Grenoble École de Management et responsable
du département Management et Technologie, ses travaux
portent essentiellement sur lutilisation des algorithmes
biomimétiques en économie et en gestion
Les
machines peuvent-elles penser ? Voilà ce que demandait en
1950 Alan Turing dans un fameux article(1)
qui servit de "base de départ" à Allen Newell,
J.-Cliff Shaw et Herbert Alexander Simon concevant à partir
de 1952 la théorie des Heuristiques programmables
qui allait, en 1956, rendre effectives les premières réalisations
programmées de l'Intelligence artificielle. En fait, c'est
dès les années 40 que, forts des progrès des
neurosciences et de ceux de la logique mathématique, ont
émergé les premiers travaux sur le cerveau artificiel.
En s'inspirant de la structure du système nerveux biologique,
on devrait pouvoir construire des systèmes artificiels dotés
de puissantes capacités computationnelles. Très tôt
a pu être montré que des réseaux d'unités
logiques simples (neurones) sont capables de réaliser des
opérations complexes ; plus encore, que de tels réseaux
sont "Turing universels", c'est-à-dire qu'ils sont
potentiellement aptes à traiter toute fonction calculable,
voire, selon l'interprétation physique forte de la thèse
de Church/Turing, à réaliser toute opération
de traitement de l'information opérée par le cerveau
biologique.
C'est sur ces bases que sont apparus les premiers réseaux
apprenants, appelés "réseaux de neurones formels"(2).
C'est à Franck Rosenblatt que l'on doit en 1958 le premier
modèle de ces réseaux(3)
- le Perceptron(4)
- premier système artificiel présentant ainsi une
faculté jusque là réservée aux êtres
vivants : celle d'apprendre par l'expérience.
C'est
une extension du Perceptron, baptisée "Madaline"
et réalisée par Bernard Widrow et Marcian E. Hoff,
qui débouche en 1959 sur la première application réelle,
encore utilisée aujourd'hui comme filtre adaptatif permettant
de réduire l'écho sur les lignes téléphoniques.
Mais si l'espoir était fort, la désillusion sera à
la hauteur des promesses non tenues et, à la fin des années
60, d'importants résultats théoriques démontrèrent
les limites intrinsèques des réseaux existants(5),
hypothéquant alors l'avenir du domaine, qui entrera en hibernation
durant plus de 10 ans
C'est
tout d'abord à toute cette histoire que nous convie Jean-Philippe
Rennard, en filigrane, au cours des pages de cet excellent livre
Réseaux neuronaux. Comme le signale l'auteur, le renouveau
du domaine, qui date du début des années 80, viendra
paradoxalement plus de l'utilisation rénovée de l'outil
mathématique que de nos progrès en neurosciences.
Ceci ouvrira à un foisonnement de travaux donnant lieu à
l'émergence de tout un ensemble de réseaux adaptés
à des problèmes divers insolubles dans les réseaux
anciens. Associés à l'extension de la puissance informatique,
ils ont permis la multiplication des applications dans de très
nombreux domaines, qu'ils concernent l'industrie, la finance, le
marketing, ou encore l'écologie, le transport, les télécommunications,
la robotique, les jeux vidéos, la synthèse vocale
et la reconnaissance de l'écriture, en passant bien sûr
par le domaine militaire ou médical...
Et c'est à la présentation détaillée
de l'ensemble des grands types de réseaux neuronaux(6)
à laquelle s'attaque ici avec talent Jean-Philippe Rennard,
en en montrant à chaque fois la dynamique, les capacités
et les limites. Richement illustré et accompagné de
nombreux exemples, cet ouvrage est cependant plutôt à
conseiller à l'amateur averti. Il satisfera tant le lecteur
ayant des connaissances de base en informatique que l'étudiant,
le professionnel ou le chercheur qui y puiseront toutes les bases
formelles et références détaillées.
Et comme à son habitude, Jean-Phillipe Rennard ne se contente
pas d'être "théorique" mais aussi "pratique"
: le dernier chapitre est consacré à la mise en oeuvre
et à la description d'un modèle objet permettant d'implémenter
une très grande diversité de réseaux étudiés
tout au long de l'ouvrage . Ecrit en langage Java, ce modèle
simple permet à l'utilisateur de construire et de tester
ses propres réseaux. Et comme l'auteur fait toujours les
choses bien, sources et programmes d'illustration sont disponibles
en ligne, à l'adresse http://www.rennard.org/irn.
Une
des applications proposées dans le dernier chapitre
de l'ouvrage :
la reconnaissance de chiffres par un Perceptron multicouche
L'applet
Java implémente le système apte à reconnaître
la numération hexadécimale sur un afficheur
7 segments.
La partie inférieure de l'écran présente
la courbe d'erreur.
Notes (1)
"Computing Machinery and Intelligence", Mind (1950), pages
135 à 175. (2) Dénommés aussi réseaux
de neurones artificiels. Ce sont des systèmes biomimétiques
inspirés du fonctionnement des neurones biologiques, dont
ils sont une métaphore. Aujourd'hui, le vigoureux domaine
des algorithmes biomimétiques s'étend bien au-delà
des seuls réseaux de neurones formels. Parmi les plus matures,
mais aussi les plus prometteurs du domaine, il faut citer les algorithmes
évolutionnaires qui montrent avec éclat la fécondité
des transpositions informatiques des mécanismes biologiques.
(3) Si c'est en 1958 qu'apparaît le premier
réseau de neurones artificiels, les premiers à avoir
proposé un modèle sont deux bio-physiciens de Chicago,
McCulloch et Pitts qui,en 1943, inventent le premier neurone formel
qui portera leurs noms (neurone de McCulloch-Pitts ou automate à
seuil). Puis, en 1949, Hebb proposera une formulation du mécanisme
d'apprentissage, sous la forme d'une règle de modification
des connexions synaptiques (règle de Hebb). Basée
sur des données biologiques, celle-ci modélise le
fait que si des neurones sont activés de façon synchrone
et répétée de part et d'autre d'une synapse,
alors la force de la connexion synaptique va aller croissant. (4) "The Perceptron : a probalistic model
for information storage ans organization in the brain", Psychological
Review n° 65, pages 386 à 408. Le Perceptron est inspiré
du système visuel et possède une couche de neurones
d'entrée (perceptive) ainsi qu'une couche de neurones de
sortie (décisionelle"). Ce réseau parvient à
apprendre à identifier des formes simples et à calculer
certaines fonctions logiques. (5) Une critique violente du Perceptron sera
formulée en 1969 par Minsky et Papert, montrant toutes les
limites de ce modèle et soulevant particulièrement
l'incapacité de ce système à résoudre
les problèmes non linéairement séparables,
tels que le célèbre problème du XOR. Il faudra
attendre le début des années 80 et le génie
de John Hopfield pour que l'intérêt pour ce domaine
soit de nouveau présent : en 1982, il démontre tout
l'intérêt d'utiliser des réseaux récurrents
(dit "feed-back") pour la compréhension et la modélisation
des processus mnésiques. Les réseaux récurrents
constituent alors la deuxième grande classe de réseaux
de neurones, avec les réseaux type perceptron (dit "feed-forward").
(6) Modèle fondateur (McCulloch-Pitts)
; Perceptron et Adaline ; Réseaux multicouches ; Réseaux
récurrents ; Réseaux auto-organisés ; Réseaux
évolutionnaires.