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15 février
2006 Présentation
par Christophe Jacquemin
Comprendre l'organisation
du vivant et son évolution vers la conscience
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Comprendre
l'organisation du vivant et son évolution vers la conscience
par Gilbert
Chauvet
Collection
Automates Intelligents
EditionsVuibert
février 2006
Fondateur
et rédacteur en chef du Journal of Integrative Neurosciences,
Gilbert Chauvet est Professeur Honoraire de la Faculté
de Médecine d'Angers, Chercheur à l'EPHE de
Paris et Research Professor à l'université de
Californie du sud (Los Angeles).
Mathématicien
et physicien de formation, il est devenu médecin pour
modéliser le vivant.
Il
est l'auteur de nombreux articles et de plusieurs livres dont
La vie dans la matière (Flammarion, collection
"Champs") ainsi que du Traité de physiologie
théorique (Masson, 3 volumes) traduit en anglais
chez Elsevier.
C'est
bien sûr un grand plaisir ici de vous annoncer la sortie de
ce nouveau livre dans notre collection Automates Intelligents. Cet
ouvrage vise évidemment à faire connaître au
plus grand nombre les travaux novateurs de Gilbert Chauvet et les
applications fondamentales qui vont en découler (lire
notre préface ci-dessous). Des travaux qui conduisent
enfin à une théorie(1)
générale permettant la compréhension profonde
de la vie. Une théorie capable de décrire l'évolution
des espèces et des individus, dans le temps et dans l'espace,
du niveau moléculaire au niveau social. Ainsi - et malgré
ce que de nombreux biologistes peuvent encore penser - de nombreux
phénomènes du vivant peuvent être expliqués
à partir d'un principe général de nature mathématique.
Pour Gilbert Chauvet "Il faut bien en effet une explication
rationnelle à l'harmonieuse complexité et au fonctionnement
efficace d'un organisme vivant face au nombre énorme des
mécanismes le composant." Ainsi, partisan de l'idée cartésienne selon laquelle
les mathématiques nous donnent accès à la connaissance
des lois de la nature, l'auteur en tire des conséquences
sur l'ensemble des processus du vivant, en particulier sur la compréhension
de la conscience de soi telle qu'elle a pu surgir dans le cadre
de l'évolution des espèces.
Mais dans notre esprit, nous voulions aussi que l'ouvrage mette
le doigt sur un aspect trop peu souvent abordé en la matière
: celui de la difficulté rencontrée par un chercheur
au profil vraiment multidisciplinaire ["background"
hors norme de mathématicien haut niveau, physicien du même
tonneau, médecin et praticien hospitalier, spécialiste
des neurosciences(2)]
de concentrer des équipes sur ce type de travaux. Pour l'auteur,
et quoi qu'on en pense, l'approche mathématique de la biologie
(au sens d'une véritable biologie intégrative(3))
est difficile à faire passer. On entend trop souvent dire
que le séquençage total du génome humain est
le préalable à toute découverte en pathologie
et à toute connaissance de la physiologie, c'est-à-dire
au fonctionnement du vivant. Et pour Gilbert Chauvet, cette vision
est totalement erronée. Il faut aussi, en parallèle,
rechercher le nombre immense de couplages et de niveaux d'organisation
qui font le système biologique. L'intégration des
données biologiques est devenue plus que jamais nécessaire
et est un préalable à tout développement, y
compris et surtout à la découverte de nouveaux médicaments.
Il faut rechercher et découvrir des principes généraux
de physiologie, c'est-à-dire d'intégration des mécanismes
élémentaires en vue d'expliquer le fonctionnement
du vivant. Et finalement, mathématiser ces notions, c'est
changer de paradigme. En fait, et le parcours de l'auteur est là
pour le montrer, l'intégration des mécanismes du vivant
ne semble jamais avoir été le problème essentiel
des biologistes, eux qui étaient obligés de justement
démonter ces mécanismes pour les analyser. Répétons-le
: nombre d'entre eux ne croient toujours pas en des principes généraux
en biologie, leur objection majeure consistant à opposer
la diversité du vivant à la généralité
d'un principe biologique. N'ayant pas la même conception de
la nature, le théoricien qu'est Gilbert Chauvet s'attache
à des principes de fonctionnement. Ceux auxquels il croit,
et qu'il a fini par découvrir, sont de nature purement mathématiques.
Pour l'auteur, il a toujours été évident qu'il
existait nécessairement des lois générales
qui régissent la matière vivante, non seulement du
point de vue de la morphogenèse, mais aussi de la physiogenèse.
Car sinon, comment expliquer le phénomène extraordinaire
de l'embryogenèse ou celui de l'apprentissage, ou celui de
la récupération fonctionnelle chez les traumatisés,
ou encore celui de la repousse d'une pince chez un crabe ou une
écrevisse ?
Ainsi, cet ouvrage nous plonge au coeur du processus de la création
scientifique : comment, à partir de questions qui vous taraudent
et d'idées qui vous viennent, on ne peut plus faire autrement
que d'y consacrer sa vie, pour espérer enfin, au prix d'un
travail acharné, en formaliser une véritable théorie(1).
Et puisque nous parlons de création (mais pas tout à
fait la même que celle précitée 4 lignes au-dessus),
soulignons qu'à l'heure ou l'offensive contre Darwin reste
vivace et que, dans certains mouvements comme le "dessein intelligent"
(Intelligent Design), on prétend encore que "le vivant
est si complexe qu'il ne pourrait provenir que d'un esprit supérieur,
Dieu ou toute autre force surnaturelle", ce livre offre
désormais - et de façon vraiment scientifique - de
précieux arguments pour réfuter le créationnisme.
(1)
Le mot théorie est trompeur. Dans la vie courante, nous l'utilisons
par exemple pour dire "j'ai une théorie là-dessus",
le mot théorie prenant en fait ici le sens de spéculation.
En science, il s'agit de toute autre chose : une théorie
fait appel à un ensemble de concepts et définitions
dans lequel on peut déduire mathématiquement des propriétés
et des théorèmes, ces déductions étant
ici les mêmes pour tous. La théorie de la relativité
en est un exemple. (2) On consultera
notamment sur le site de l'auteur la page "Publications
et communications dans les congrès" (3) Mot encore ici
trop souvent galvaudé. Pour l'auteur, l'intégration
est à prendre dans son sens mathématique : il s'agit
beaucoup plus que de mettre en correspondance des mécanismes
Il s'agit de tenir compte des couplages entre ces mécanismes
pour produire la fonction globale.
Préface du livre par
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin (directeurs de
la collection)
Ce
livre fera certainement l'effet d'une bombe dans le monde
de la biologie. Ce n'est d'ailleurs pas simplement cet
ouvrage mais l'ensemble des travaux de l'auteur qui mérite
d'être qualifié de révolution conceptuelle,
de la même manière que l'a été
à son époque l'invention de la physiologie
et de la médecine expérimentale par Claude
Bernard. Cette dernière, parce qu'elle conciliait
épistémologie et physiologie, expérimentation
et observation clinique, a marqué le démarrage
de l'art de la médecine comme pratique scientifique.
Les recherches proposées aujourd'hui par Gilbert
Chauvet en sont le prolongement et le complément,
apportant un autre chapitre fondateur à cette longue
histoire. L'apport de principes théoriques généraux
mathématiques et intégratifs adaptés
au vivant - gage de la naissance d'une véritable
biologie et physiologie intégratives - fait désormais
entrer la médecine, les sciences de la vie et leurs
nombreuses applications dans le champ des sciences théoriques
dites "dures". Dans cette perspective, la pratique
de l'art médical et de la biologie devient ingénierie
de la vie.
L'organisme
vivant est une sorte d'usine de type unique qui, malgré
les vicissitudes des interactions entretenues avec le
milieu extérieur, présente l'incroyable
pouvoir de maintenir tout au long de sa vie l'intégrité
de sa substance et des mécanismes complexes qui
l'habitent. Pour l'auteur, il est fondamental d'expliciter
la logique qui sous-tend ce phénomène unique
si on veut comprendre ce qui différencie le vivant
de l'inerte et si, en conséquence, on veut savoir
comment intervenir de façon rigoureuse pour remédier
aux dysfonctionnements des êtres vivants, qu'il
s'agisse de la cellule, du cerveau ou de l'organisme dans
son entier. Mais pour cela, il faut disposer d'une "théorie
de la vie".
Dans
son ouvrage Prédire n'est pas expliquer
[Eshel, 1991- réédition Flammarion, 1993],
René Thom regrettait que les chercheurs se dispersent
aujourd'hui dans des manipulations multiples et ne prennent
pas le recul nécessaire pour proposer des théories
nouvelles face à l'inflation expérimentale.
Et si des théories de la vie ont été
énoncées à travers les âges,
depuis le vitalisme jusqu'au néo-darwinisme, ce
ne sont finalement là pour Gilbert Chauvet que
des hypothèses de nature philosophique. Selon lui,
une véritable théorie de la vie doit reposer
sur une modélisation mathématique explicative.
Pour les biologistes, qui ne sont ni physiciens ni mécaniciens,
ceci pourrait passer pour de l'hérésie réductionniste
: le vivant, ce n'est pas des mathématiques ! Mais,
pense Gilbert Chauvet, c'est parce qu'ils n'ont pas encore
trouvé le bon type de modèle permettant
de rendre compte du phénomène vital. Et
c'est ce modèle, cette "bombe conceptuelle",
qui est présenté dans cet ouvrage.
Ainsi,
après un travail de plus de vingt années,
l'auteur a dégagé des lois permettant de
modéliser utilement l'organisme. Elles expriment
le fait que la vie est un miracle permanent résultant
d'une intégration incessamment renouvelée
d'une grande quantité de mécanismes physiologiques.
Le professeur Chauvet en propose les grands principes.
Les interactions fonctionnelles, dans un système
vivant, sont non symétriques, c'est-à-dire
qu'elles ne sont pas réversibles. Ceci se traduit
par le fait que le vivant ne peut jamais remonter son
histoire. Ces interactions sont également non-locales.
Le stimulus chimique ou électrique produit par
un organe agit à distance sur sa cible, en traversant
de nombreux niveaux hiérarchiques qu'il n'affecte
pas. Contrairement à un ordre donné directement
par un supérieur hiérarchique à son
adjoint situé près de lui, il s'agit d'un
ordre qui ressemblerait à celui porté par
un messager à un destinataire situé dans
un autre organisme et dans un autre pays que celui de
l'émetteur de l'ordre, et lui arrivant selon la
procédure bien connue de l'administration, c'est-à-dire
en respectant la voie hiérarchique. On conçoit
alors que si l'on veut comprendre pourquoi le destinataire
se comporte comme il le fait, il faut que l'on ait identifié
la nature du message et les filières complexes
par lesquelles ce dernier atteint sa cible.
Enfin,
les différents messages, dans la théorie
de Gilbert Chauvet, loin de déstabiliser le système
en s'accumulant et s'entrecroisant sans cesse, ont pour
effet de lui permettre ce que l'auteur appelle une auto-association
stabilisatrice. Plus le système devient complexe,
plus il devient "dur", c'est-à-dire durable
et capable de résister aux changements et agressions
du milieu - ceci dans certaines limites évidemment,
puisque les êtres vivants finissent bien par mourir,
contrairement à des machines bien entretenues.
Aujourd'hui,
et malgré ce que l'on pourrait penser, les biologistes
continuent de travailler sur un mode artisanal et empirique.
Ils procèdent à de nombreuses observations
de type descriptif et statistique : telle hormone, par
exemple la testostérone, semble agir avec telle
probabilité sur tel organe en provoquant tel symptôme.
Mais comment cette hormone se combine-t-elle à
de nombreuses autres pour agir, d'une part sur cet organe,
d'autre part sur d'autres organes ? Nul ne peut le dire,
car nul ne dispose à ce jour d'un modèle
de la physiologie intégrant l'ensemble des observations
faites depuis les origines de la médecine puis
de la biologie moléculaire. Un tel travail est
hors de portée de la description littéraire
puisque, potentiellement, ce sont des centaines de milliers
d'actions et de réactions qu'il faudrait intégrer
pour commencer à approcher la complexité
d'un organisme vivant même simple.
Mais
ceci, le modèle mathématique et informatique
proposé par Gilbert Chauvet permet de le faire.
Nous en aurons bientôt la preuve matérielle
puisqu'une première réalisation en vraie
grandeur de ce modèle est en train d'aboutir, concrétisée
par la création prochaine d'une entreprise innovante
par le chercheur.
A
quoi ceci servira-t-il ? D'abord au diagnostic thérapeutique
puisque sa représentation d'un système biologique
fournit une définition rigoureuse du "terrain",
c'est-à-dire de toutes les interrelations entre
les parties d'un organisme, ce qui fournira les causes
des maladies multifactorielles. De même, on pourra
mieux étudier, en évitant de coûteuses
expériences in vivo, l'effet d'une nouvelle molécule
sur l'organisme tout entier. On voit l'intérêt
qu'y trouveront les industries pharmaceutiques et plus
généralement les soignants.
Mais
ces travaux induisent aussi d'autres avantages fondamentaux.
La pratique clinique et l'expérimentation biologique
et pharmacologique accumulent des quantités considérables
d'observations. Celles-ci aujourd'hui vont s'entasser
dans des bases de données qui, bien qu'informatisées
par les outils de documentation automatique, n'ont guère
d'intérêt pratique. Les éléments
en sont dispersés sur d'innombrables supports,
au lieu d'être rendus disponibles au moment où
le scientifique en a besoin. Leur intégration dans
le système mathématique et informatique
proposé par l'équipe du professeur Chauvet
les rendra utilisables. Et ceci sans limites de taille
et de temps de réponse puisque les performances
de l'informatique moderne permettent aujourd'hui de traiter
des quantités considérables d'informations.
En
poussant encore plus loin notre raisonnement, on peut
penser qu'au bout d'un certain temps le modèle,
ayant atteint une grandeur suffisante, pourra faire apparaître
de l'inconnu, c'est-à-dire suggérer des
hypothèses qui seront testables expérimentalement.
Il y aura là une source inépuisable de sujets
de thèses et d'applications pour les chercheurs,
qui devraient révolutionner la démarche
biologique et renouveler l'intérêt professionnel
de ceux qui s'y adonnent. On peut espérer aussi
que la mathématisation du vivant, encore bien fruste
disent les spécialistes au regard de la complexité
de celui-ci, pourra bénéficier des problèmes
théoriques soulevés par le fonctionnement
du modèle.
Soulignons-le
avec force : la démarche du Professeur Chauvet
est novatrice, du moins en France, et ceci pour plusieurs
raisons. Il est un représentant rare, sinon unique
(?) de trois cursus différents : la physique, les
mathématiques, la médecine (c'est-à-dire
aussi la biologie), sans parler de sa grande connaissance
de la philosophie des sciences. Tout cela parce que pour
lui "c'était la seule façon de vraiment
comprendre le fond des choses" et que "observer
n'est pas expliquer".
Mais
sa démarche est également exemplaire par
le fait qu'il ne s'est pas contenté de théoriser,
mais cherche aussi aujourd'hui les supports financiers
lui permettant de fonder sa société et de
réaliser ses prototypes. Souhaitons-lui alors toute
la réussite possible, avec un produit industriel
breveté et la création de nombreux emplois.
VFS-Bio,
leader de la physiologie intégrative, sest
donnée pour objectif dapporter une aide à
la compréhension du vivant par la simulation des
fonctions physiologiques intégrées.
Forte de son activité de recherche et de développement
et de ses outils innovants, elle est la première
société de service au monde en mesure de coupler
et de simuler à façon les modèles de
fonctions physiologiques de natures différentes,
décrits à des niveaux hiérarchiques
hétérogènes et sur des échelles
spatiotemporelles étendues.