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3 janvier 2007 Présentation
par Jean-Paul Baquiast
Imaginary Weapons
:
A Journay through
the Pentagon's Scientific Underworld
Imaginary
Weapons : A Journey Through the Pentagon’s Scientific Underworld
Sharon
Weinberger
Nation
- 2006
Voir le site du livre http://www.imaginaryweapons.net/
Voir aussi la critique de Michaël Shermer dans e-Skeptics, 20 décembre
2006 et plus généralement par M. B. Shermer,
Why People Believe Weird Things: Pseudoscience, Superstition,
and Other Confusions of Our Time (Holt, New York, ed. 2, 2002).
Nous
mentionnons souvent dans nos articles les financements que l’Agence
de recherche du Pentagone, la Darpa, consacre à des programmes concernant
les possibles applications militaires de technologies émergentes.
Sur le site même de cette Agence, le visiteur peut trouver une liste
impressionnante d’appels à contributions s’adressant aux scientifiques
et industriels du monde entier. Ces appels et les financements éventuels
qui s’en suivent ne sont pas innocents. Ils permettent à la Darpa
de connaître, mieux que tout autre service en charge de l’intelligence
économique, l’état de l’art dans des domaines où l’Amérique ne veut
laisser à aucune autre puissance la possibilité de prendre une avance
décisive. Pour ce qui les concerne, les scientifiques qui travaillent
pour la Darpa sont embrigadés dans un système de confidentialité
obligée et de consensus sur les finalités qui, quoi qu’ils pensent
ou disent, leur retire à vie, pratiquement, toute indépendance tant
sur le plan professionnel proprement dit qu’au plan politique plus
général.
L’Amérique
n’étant pas cependant une dictature, des voix peuvent s’élever pour
étudier la façon dont fonctionne ce système et montrer les risques
ou, plus simplement, les gaspillages de ressources auxquels il donne
souvent lieu. C’est le cas de la journaliste d’investigation et
éditrice de la revue Defense Technology International Sharon
Weinberger qui vient de consacrer un ouvrage, Imaginary Weapons:
A Journey Through the Pentagon’s Scientific Underworld, au
monde difficilement pénétrable des experts du Pentagone et des chercheurs
qui avec eux concoctent les armes du futur. Elle montre que des
aberrations peuvent parfois se produire. Leurs conséquences budgétaires
ne sont pas négligeables mais, plus gravement, avec un peu de malchance,
elles pourraient conduire des savants ou des militaires «fous» à
développer des prototypes d’armes dont les conséquences voulues
ou fortuites seraient catastrophiques. Le Dr Folamour n’est donc
jamais loin.
Un
des cas étudiés par le livre concerne une super-bombe classée top
secret, la bombe au hafnium. Pour l'ancien conseiller scientifique
en chef de l'U.S. Arms Control and Disarmament Agency, Peter Zimmerman,
consulté par l’auteur, il s’agit d’un exemple typique de pseudo-science,
finalement plus ridicule que dangereux. Mais pour Sharon Weinberger,
le mal est plus grave car cette recherche aurait pu comporter de
graves conséquences.
La bombe au hafnium n’est qu’un exemple pris parmi
d’autres recherches que la Darpa, comme le KGB et bien d’autres
agences ont toujours cherché à mettre au point : fusées propulsées
à l’anti-matière, perception extra-sensorielle, téléportation quantique,
etc. On peut rire à l’énoncé de ces thèmes, mais ce serait une erreur.
Il s’agit de ce que l’on appelle en anglais la « Blue sky research
» ou recherche fondamentale à très long terme et sans applications
immédiates. De telles recherches devraient être financées par les
organismes scientifiques civils mais ceux-ci en général n’en ont
pas les moyens. La responsabilité en incombe donc aux militaires,
ce qui n’est pas sans conséquences politiques multiples. Nous avons
nous-mêmes plusieurs fois constaté que le monde de demain sera en
grande partie le produit de l’imagination de ceux qui préparent
les guerres technologiques futures.
Pour Sharon Weinberger, la bombe au hafnium était ce qu’elle appelle
une "terriblement mauvaise idée". Il s’agissait d’une
grenade nucléaire à main utilisant un isomère très instable,
l'hafnium-178. Il a été présenté au Pentagone comme une arme décisive
dans la guerre contre la terreur, guerre dont on sait qu’elle a
remplacé la lutte contre le communisme dans l’argumentaire de tous
les bellicistes américains. Son explosion aurait généré des flux
de rayons gamma très durs qui aurait pu détruire des abris souterrains
ou des immeubles entiers, avec tous leurs occupants, en quelques
centaines de seconde.
Mais des experts, consultés par Sharon Weinberger, lui ont expliqué
que la bombe était irréalisable : trop radioactive, trop coûteuse,
incapable de déclencher la réaction en chaîne initiale. C’était
dont à proprement parler une arme imaginaire.
Pourquoi donc la proposition à t-elle été prise au sérieux par la
Darpa ? Précisément à cause de la philosophie de l’Agence. Pour
elle il faut savoir courir tous les risques. Le terme « impossible
» y est interdit a priori. Par ailleurs, afin de juger de la faisabilité
d’un projet, la Darpa renonce aux contrôles et avis croisés qui
sont généralement imposés aux chercheurs quand ils publient un résultat.
Si des résultats négatifs apparaissent, la Darpa les ignore. Aussi
elle ne tire jamais parti des échecs. Elle recommence sans cesse
à creuser l’idée initiale, en y consacrant des sommes considérables
– car pour elle les économies budgétaires ne sont pas la première
priorité. On ajoutera que les scientifiques de la Darpa sont recrutés
sur des contrats n’excédant pas 4 ans. La prospective à long terme
ne les intéresse pas.
Finalement cependant, dira le lecteur, la bombe au hafnium n’a pas
fait l’objet de développement. Il n’y eu donc que moitié mal. Le
système n’est pas aussi pervers qu’il apparaît. On ne doit pas oublier
cependant que les recherches faites sur les noyaux de hafnium auraient
pu comporter des fuites, avec des conséquences insoupçonnées. On
retrouve là l’inquiétude exprimée par Fred Charles Iklé concernant
les retombées létales des recherches scientifiques mal contrôlées
(voir notre présentation).
Le cas bien plus inquiétant du polonium, qui est à l’actualité aujourd’hui,
montre que des produits nucléaires dangereux peuvent très facilement
entrer dans le cycle de la criminalité ordinaire.