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24 juin 2009 Présentation
et commentaires
par Jean-Paul Baquiast
The Medea Hypothesis.
Is life on Earth ultimately self-destructive?
The
Medea Hypothesis. Is life on Earth ultimately self-destructive?
par Peter Ward
Princeton
University press
2009
Peter
Ward est un géologue, biologiste et paléontologue
américain, par ailleurs consultant en astrobiologie pour
la Nasa. Il est professeur de biologie à l'Université
de Washington à Seattle. Parmi ses nombreux livres, les scientifiques
ont retenu Rare Earth: Why Complex Life Is Uncommon in the Universe,
ainsi que Under a Green Sky, que
nous avons précédemment présenté.
Cet excellent ouvrage faisait l'analyse des précédentes
grandes extinctions ayant menacé la survie même de
la vie sur la Terre. Il proposait quelques projections peu rassurantes
concernant un futur relativement proche, autour de l'hypothèse
du réchauffement climatique et de l'augmentation incontrôlable
des gaz à effets de serre.
Peter
Ward vient de reprendre et appliquer ces hypothèses à
l'avenir de la vie sur Terre dans The Medea Hypothesis.
L'auteur développe le concept de Médée, la
déesse qui dévorait ses enfants, pour critiquer celui
de Gaïa, la déesse protectrice, inventée par
James Lovelock. Dans ses premiers ouvrages, Lovelock avait proposé
plusieurs hypothèses selon lesquelles le «système»
associant la vie et la planète Terre, baptisé par
lui Gaïa, était capable d'optimiser son propre développement,
y compris en ce qui concerne les conditions géophysiques,
afin que la Terre demeure habitable. A défaut d'une optimisation
permanente, le système Gaïa pouvait générer
des feed-back réparateurs corrigeant les effets néfastes
liés aux aspects du développement de la vie.
Nous avions indiqué en présentant le dernier ouvrage
de James Lovelock, The Vanishing face of Gaïa [voir
notre recension], que celui-ci était revenu
sur sa croyance en la capacité quasi mythique de la vie sur
Terre pour réguler les grands équilibres menacés
par son propre développement. Pour James Lovelock, aujourd'hui,
l'avenir est profondément sombre : l'importance de la destruction
des écosystèmes est telle que des mécanismes
irréversibles sont désormais en oeuvre, menaçant
sinon la survie de la vie et des humains, du moins réduisant
drastiquement le nombre et les conditions de vie de ces derniers.
The
Medea Hypothesis propose une réflexion sur l'interaction
entre les développements de la vie sur Terre et les évolutions
géophysiques de la planète beaucoup plus ambitieuse
que celle consistant à raisonner sur les perspectives des
prochaines décennies. Le livre reprend les constatations
antérieures de l'auteur sur les grandes extinctions et les
catastrophes les ayant provoquées, en analysant plus en détail
les mécanismes par lesquels les systèmes vivants,
dans les milliards d'années précédents, avaient
à la fois réussi à se développer à
partir d'environnements a priori non favorables à le vie
telle que nous la connaissons et failli ensuite disparaître
à la suite des perturbations résultant de ces mêmes
développements. A partir de là, il fait des hypothèses
sur les événements risquant de se produire dans les
500 millions d'années prochaines, délai au-delà
duquel, selon lui, l'environnement terrestre sera devenu définitivement
inhabitable, bien avant, autrement dit, la transformation du soleil
en une géante rouge.
Les
mécanismes sont intéressants à étudier,
puisqu'ils jouent encore ou peuvent jouer de nos jours. Pour Peter
Ward, la planète, dès son premier milliard d'années
d'existence, aurait pu se transformer sous l'effet de ce puissant
gaz à effet de serre en un enfer thermique analogue à
Vénus, si ce C02 n'avait pas été
transformé en carbonates de calcium par contact avec les
roches riches en silicates des sols primitifs. Les plantes terrestres
ont facilité cette transformation en brisant les sols du
fait de leur enracinement, laissant ainsi l'eau et le CO2
y pénétrer. De plus la photosynthèse tant des
plantes marines que terrestres a contribué et contribue encore
à la séquestration du CO2.
Mais
ce mécanisme apparemment harmonieux, où la vie avait
sa part, n'a pas été sans incidents de parcours graves,
où la vie aurait pu disparaître. Ce fut le cas de la
gigantesque glaciation survenue il y a 2,3 milliards d'années
et ayant duré 100 millions d'années. La Terre transformée
en boule de glace (Snow Ball Earth) avait quasiment éliminé
la vie. Les micro-organismes photosynthétiques avaient tellement
profité de leur capacité à absorber le CO2
que celui-ci avait quasiment disparu, n'étant pas remplacé
à un rythme suffisant par les gaz à effet de serre
volcaniques. Il est donc difficile d'affirmer que la vie contribue
d'elle-même à réparer les déséquilibres
qu'elle produit.
Il
est vrai que cet épisode de glaciation a fini par prendre
fin, grâce à une lente remontée des gaz à
effet de serre volcaniques. Ce qui restait de vie a pu recommencer
à se développer, y compris sous la forme des espèces
photosynthétiques. Mais d'autres périodes glaciaires
durables ont été enregistrées depuis lors,
elles aussi provoquées par les phénomènes d'emballement
résultant du développement non régulé
des formes de vie exploitant jusqu'à épuisement les
ressources de l'environnement. Ainsi, selon Peter Ward, les forêts
terrestres apparues vers la fin du Dévonien (- 416 à
- 360 millions d'années) ont à nouveau considérablement
accru la consommation de CO2 par photosynthèse
et la pénétration des pluies acides dans les sols
profonds, produisant de nouvelles quantités de carbonates.
En
dehors de la réduction drastique du CO2 atmosphérique,
l'explosion initiale des bactéries photosynthétiques
a entraîné la production de quantités massives
d'oxygène. Ce gaz, aujourd'hui associé à la
vie, fut initialement un poison violent pour les microbes anaérobies.
Une extinction massive de ceux-ci se produisit vers – 2,5
milliards d'années. Heureusement de nouvelles espèces
tolérant l'oxygène apparurent, donnant naissance bien
plus tard aux plantes et animaux pour qui l'oxygène est devenu
indispensable.
Dans
The Medea Hypothesis, Peter Ward reprend la liste des grandes
extinctions plus récentes qu'il avait présenté
dans Under a Green Sky. Il rappelle que ces extinctions,
contrairement à ce que l'on croyait encore récemment,
ne furent pas provoquées par des chutes d'astéroïdes
géants. La seule que l'on puisse attribuer à peu près
sûrement à un astéroïde fut celle dite
de la transition Crétacé-tertiaire ayant sans doute
provoqué la disparition des dinosaures – et ouvert
un créneau décisif au développement des mammifères.
Les autres extinctions seraient plutôt attribuées à
des éruptions volcaniques massives ayant relâché
de très grandes quantités de CO2 et autres
gaz toxiques dans l'atmosphère. Le réchauffement du
à l'effet de serre en ayant résulté aurait
favorisé le développement de bactéries productrices
de sulfure d'hydrogène, mortel pour les espèces aérobies.
Ce fut le cas notamment de la grande extinction survenue à
la fin du Permien.
Pour
l'avenir, en dehors de disparitions très prochaines à
l'échelle des temps géologiques, susceptibles de survenir
dans le prochain siècle du fait du réchauffement actuel
provoqué en partie par la combustion des carbones fossilisés,
la grande catastrophe envisagée par Peter Ward résultera
au contraire de la disparition progressive du CO2. Comment
cela ? Au fur et à mesure que le soleil vieillissant rayonnera
davantage, il provoquera un réchauffement global qui accélérera
la dégradation des silicates du sol terrestre. Le rythme
de production du carbonate de calcium augmentera, fixant de plus
en plus de C02, dans le même temps qu'augmentera
la consommation de ce dernier par la photosynthèse. Un moment
ralenti, le réchauffement reprendra très vite lorsque
les plantes n'auront plus de CO2 disponible. A ce moment, la vie
aérienne telle que nous la connaissons disparaîtra
à nouveau, et cette fois-ci définitivement. La mort
des animaux et des plantes induira un nouveau cycle de production
de C02 et de réchauffement. Le scénario du ciel vert
constitué de SH2 se renouvellera, avec une ébullition
des océans et la fin définitive de toutes formes de
vie. Cette extinction pourrait se produire dans 500 millions d'années,
bien avant que le soleil finissant n'ait transformé la Terre
en une planète désertique analogue à Mercure.
La
vie terrestre, apparue il y a 3.8 millions d'années, aurait
ainsi encore 500 millions à 1 milliard d'années devant
elle. Elle serait donc en fin de cycle. Il en serait fini de Gaïa.
On ne pourrait pas dire que la vie se serait détruite par
ses propres excès puisque, après chaque quasi disparition,
elle serait repartie sur de nouvelles bases. De plus sa destruction
finale tiendra à un phénomène astrophysique
n'ayant rien de spécifique à la Terre.
Nous
pensons cependant que Peter Ward a raison de montrer que l'histoire
de la vie n'a jamais fait apparaître de mécanismes
auto-réparateurs spontanés. Si la vie a survécu,
ce fut à la suite d'événements aléatoires,
aussi aléatoires finalement que ceux ayant provoqué
son apparition au tout début des temps géologiques.
On peut toujours imaginer que la vie terrestre s'étant dans
les siècles futurs progressivement artificialisée
pourra donner naissance à des formes de vie et d'intelligences
susceptibles de se développer sur d'autres planètes.
Mais pour le moment, cette perspective demeure du domaine du mythe.
Toute métaphysique à l'égard de la vie (comme
de l'intelligence manifestée par certains organismes complexes)
est non scientifique et donc à rejeter. L'évolution
résulte de mécanismes aléatoires sur le mode
du hasard contraint. L'astrobiologie confirme à cet égard
le point de vue de la biologie.