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James
Hansen (68 ans) s'est fait connaître comme le «grand
père» de la dénonciation du réchauffement
climatique. En effet, depuis plus de 10 ans, s'appuyant sur son
expérience de directeur du Goddard Institute for Space Studies
de la Nasa, il avait expliqué que le refus de reconnaître
à la fois le réchauffement climatique et le rôle
aggravant de la consommation actuelle des combustibles fossiles
(l'effet anthropique) conduisait le monde à la catastrophe.
Dès le début des années 1980 il avait pronostiqué
le réchauffement global. Le phénomène avait
été nié avec véhémence, mais
a été vérifié depuis sans ambiguïtés.
Ceci
lui avait valu, du temps de l'administration Bush et jusqu'encore
aujourd'hui, des campagnes de haine et des mesures de rétorsion
sur le plan professionnel, dont on imagine mal la violence. Il heurte
en effet les intérêts bien établis des puissants
lobbies politico industriels qui gouvernent encore l'Amérique
et qui notamment, financent avec des moyens considérables
les élections des sénateurs et représentants.
Les «négationnistes» n'hésitent pas à
mettre en accusation sa probité, l'accusant de chercher uniquement
à se rendre célèbre. Nous considérons
au contraire que James Hansen est le modèle de ce que devrait
être un scientifique. Lorsque, par des méthodes critiques
aussi rigoureuses que possible, certains faits peuvent être
mis en évidence, constituant une «vérité»
qui sans être définitive, paraît indiscutable
au regard des critères de la science, il faut les faire connaître,
si besoin était au péril de sa carrière et
parfois de sa vie.
Il n'attendait rien de la conférence des Nations Unies à
Copenhague, destinée seulement selon lui à donner
des gages verbaux aux environnementalistes, sans rien changer au
fond des pratiques actuelles. Il n'a même pas jugé
bon d'assister aux réunions. Pour lui, les nations développées
vont continuer le « business as usual » tout en donnant
une aumône de quelques centimes aux pays pauvres pour calmer
leurs inquiétudes. Il semble même qu'il se soit réjoui
de l'échec : mieux vaut être confronté aux impasses
que se satisfaire, comme l'ont fait Barack Obama et quelques autres,
de faux semblants.
Un
livre de référence
James
Hansen n'avait encore rien publié sur le sujet. Ce n'est
plus le cas désormais. Vient de paraître à sa
signature un ouvrage qu'il convient selon nous de lire attentivement
: Storms of My Grandchildren. The truth about the coming climate
change and our last chance to save humanity, Bloomsbury. Ce
livre est loin d'être rassurant. D'abord il y expose sa conviction,
basée sur l'étude des précédents changements
climatiques : les menaces pesant sur nos civilisations sont bien
plus importantes que l'on ne se l'imaginait il y a quelques années.
La survie même de la Terre en tant que planète accueillante
à la vie est menacée. Le soleil est 2% plus chaud
qu'il ne l'était il y a seulement 250 millions d'années.
Ceci n'est pas dû à l'homme, mais si l'homme continue
à brûler jusqu'au dernier atome tous les combustibles
fossiles emmagasinés sous différentes formes depuis
l'apparition de la vie, il provoquera un emballement de l'effet
de serre dont résultera la mise en ébullition des
océans.
Ceci
ne se produira pas dans le siècle, mais peut-être très
vite ensuite. Si rien donc n'est fait dès maintenant, il
deviendra de plus en plus difficile de réduire suffisamment
les émissions pour prévenir l'extinction de la vie.
Or rien, selon James Hansen, n'est fait et ne sera fait en ce sens.
Ceci tient à une cause structurelle. Des années d'expérience
de la vie politique lui ont montré que les gouvernements
savent très bien qu'ils mentent en proposant de limiter les
émissions, y compris avec le système du Cap anda Tarde
(marché des droits à polluer) favorisé par
le gouvernement Obama.
Pourquoi mentir délibérément ? Ceci tient aux
vices fondamentaux des systèmes politiques dits démocratiques.
Les gouvernements et parlements sont nécessairement soumis
aux groupes de pression économiques qui ne s'intéressent
qu'à la rentabilité à court terme. Peu leur
importe ce qui se passera ne fut-ce que dans 30 ans. Ces groupes
disposent de suffisamment d'argent pour corrompre non seulement
les hommes politiques mais de nombreux scientifiques et experts.
Nous
ajouterons pour notre part que la situation n'est guère différente
dans les pays à gouvernement autoritaire. En Chine, par exemple,
on ne voit pas qui, aujourd'hui, prendra la risque de recommander
des mesures visant à diminuer la production des gaz à
effet de serre, même si la Chine et l'Inde sa voisine sont,
encore plus directement que les Etats-Unis et l'Europe, menacées
par la sécheresse, les inondations, les nuages de suie, les
maladies dues à la pollution et autres conséquences
d'une «croissance» non régulée.
James
Hansen, comme beaucoup d'experts faisant ces constatations, conclut
par un appel à l'action directe des citoyens. "C'est
à vous de jouer", dit-il (It's up to you).
Mais cet appel à la «résistance civile»
n'est-il pas un peu utopique ? On pourrait montrer que les citoyens
sont aussi divisés et soumis aux influences des lobbies politico-industriels
que les autres forces politiques. De plus, quand ils se mobilisent,
ils sont très vite réprimés, y compris de façon
violente. Ce fut un peu le cas à Copenhague. Mais le Danemark
reste encore un havre de douceur face aux manifestants, par comparaison
avec la Chine, où les paysans et suburbains se plaignant
des abus des grandes entreprises publiques sont traités comme
des criminels. Nous pensons, pour notre part, que les humains sont
tous à divers titres impliqués dans ce que nous avons
nommé des "systèmes anthropotechniques",
dont la concurrence pour la survie n'a pas encore permis de faire
appel à la raison. Mais ces considérations ne devraient
pas décourager la mobilisation citoyenne.
Mais
alors, quelles actions recommander, au service de quels objectifs
mettre la «résistance civile» que James Hansen
préconise ?
Pour lui, la seule pouvant être efficace serait une taxe carbone
universelle et croissante, de façon à rendre de plus
en plus coûteux l'emploi des combustibles fossiles. Sans cela,
du fait que ces derniers, relativement, sont encore durablement
moins chers (c'est-à-dire sans tenir compte des dégâts
induits), rien ne permettra d'en décourager l'emploi. Les
produits de cette taxe devraient en être consacrés
à la promotion des énergies non polluantes, au rang
desquels il veut donner sa place à l'énergie nucléaire.
Le
lecteur sera sans doute un peu déçu par la modestie
apparente de telles ambitions. Mais cette déception tiendra
au fait que l'on ne se rend pas compte de la véritable révolution
politique mondiale que supposerait l'adoption, sous la contrainte
citoyenne et à l'échelle du monde, d'une taxe carbone
et de toutes les mesures administratives en découlant. Ceci
dans un monde encore soumis à la concurrence, sinon une guerre
larvée, entre de grands super-Etats.
James
Hansen connaît mal l'Europe et les efforts qu'elle a commencé
de faire en faveur de lutte contre le réchauffement. Sinon,
pensons-nous, il aurait conclu son livre en faisant un appel plus
particulier à l'Europe, en lui demandant aussi de se comporter
en super-Etat agressif face aux Etats-Unis et à la Chine.
C'est ce que manifestement elle n'a pas su faire à Copenhague,
mais ce qu'il serait peut-être encore temps d'envisager.